
Gahouchi Latifa
Politique, Député wallon
Oujda (Maroc) 26/02/1961
Députée wallonne : *2012-2014 ; 2014-2019 ; 2019-2024
Née au Maroc, Latifa Gahouchi arrive à Charleroi, en 1965, avec ses parents qui, opposants au nouveau régime de Hassan II, ont été contraints de quitter leur pays. Dès son plus jeune âge, elle est aux côtés de son père, ouvrier et délégué syndical chez Caterpillar, dans les manifestations visant à défendre les droits des citoyens. N’oubliant pas ses racines, elle n’a que 19 ans lorsqu’elle entame une grève de la faim dans le but de dénoncer une loi visant à réduire le nombre d’étudiants étrangers autorisés à poursuivre leurs études dans les Hautes Écoles et Universités belges (Loi Bertouille) ; elle est alors la présidente de l’Union nationale des étudiants marocains. Après un parcours scolaire en bord de Sambre, des études à l’Université libre de Bruxelles qu’elle ne termine pas, Latifa Gahouchi devient médiatrice interculturelle en milieux scolaire et hospitalier, puis professeur de morale dans l’enseignement secondaire spécialisé à Châtelet (-2007), tout en ayant un fort engagement dans la vie associative hennuyère ; elle préside notamment l’asbl marocaine Chem’s, est active au sein des Femmes prévoyantes socialistes, et au sein du Parti socialiste marocain de Belgique.
Candidate sur la liste du PS aux élections communales de Charleroi en octobre 2000, Latifa Gahouchi est élue conseillère communale, le PS disposant alors de 30 sièges (sur 51), grâce au soutien de 51,37% des électeurs. Son mandat est renouvelé six ans plus tard (20e candidate, 1.287 vp), malgré la perte de 13% du PS (38,4%, 23 sièges, -7). Entre-temps, elle est attachée de Cabinet auprès du ministre-Président wallon, Jean-Claude Van Cauwenberghe (2003-2004) et représente le PS en tant qu’administratrice au Centre régional d’Intégration de Charleroi (CRIC, 2002-2007), à l’Intercommunale d’électricité du Hainaut (IEH, 2002-2007), à l’Intercommunale d’électricité de l’Est et du Centre du Hainaut (IEECH, 2002-2007), à Aquasambre (2005-2006), ou comme commissaire à l’Intercommunale du Gaz du Hainaut (IGH, 2002-2007) et au Holding communal énergétique (HCE, 2002-2007). Elle est encore administratrice du Centre chorégraphique Charleroi/Danses (2006-2010).
En 2005-2007, la ville de Charleroi est plongée dans une longue crise politique liée aux « affaires de la carolo » ; les difficultés sont grandes pour mettre en place un Collège communal stable. Après les socialistes Jacques Van Gompel et Léon Casaert, c’est finalement le cdH Jean-Jacques Viseur qui se retrouve à la tête d’un Collège fortement secoué durant tout le printemps 2007 par les démissions successives. Dans l’équipe qui se met en place en juillet 2007, suite à la médiation de Paul Magnette, l’enseignement et la formation sont confiées à Latifa Gahouchi qui devient ainsi la première femme d’origine maghrébine à accéder au poste d’échevin en Wallonie. Proche de Paul Ficheroulle, elle reçoit aussi la Promotion de la Santé à l’École et les Centres récréatifs aérés et de la Jeunesse dans ses attributions. Avec six échevins dont quatre femmes, le PS carolorégien entame un important processus de réformation, cherchant à montrer qu’il intègre tous les principes de bonne gouvernance.
Chargée d’une tâche de grande envergure – la gestion quotidienne d’une centaine d’écoles –, l’échevine de l’Enseignement s’attache particulièrement à favoriser l’insertion des jeunes handicapés dans le milieu scolaire, à redorer le blason de l’enseignement technique et professionnel et à faire entrer les écoles dans le numérique. Elle veille aussi à ce que le port du voile soit interdit aux élèves dans les écoles. Membre du CECP (2007-2012), l’échevine siège aussi au sein du Conseil d’administration de l’Intercommunale pure de Financement du Hainaut (IPFH, 2006-2013), de la Régie communale autonome de Charleroi (2007-2012) et de Publigaz (2007-2010), puis d’Ores Assets (2013-2017) ; elle est encore administratrice de Solidaris (Centre-Charleroi-Soignies, 2016-). Dans ses attributions, l’échevine Latifa Gahouchi est aussi responsable des plaines de jeux, une compétence qui va peser lourdement sur la suite de sa carrière politique.
En effet, le week-end de Pâques 2009, à la suite d’un home-jacking présumé chez la responsable logistique et administrative de toutes les plaines de jeux de la ville de Charleroi, les enquêteurs de la police fédérale découvrent l’existence d’un système de caisse noire alimentée par des suppléments financiers demandés aux parents des enfants. Au-delà de cet argent noir qui servirait, selon les enquêteurs, à financer des campagnes électorales du côté de Gilly, ils soupçonnent d’autres comportements douteux, voire frauduleux (emplois fictifs, gonflement de subsides ONE, etc.). Une nouvelle affaire éclate donc à Charleroi (septembre 2010), sur fonds de rivalités politiques entre les anciens et les nouveaux. Mise en cause par la responsable administrative sur laquelle elle avait la tutelle, l’échevine Gahouchi réfute toutes les accusations et refuse de démissionner. Si la juge d’instruction Baeckeland ne retient pas de charges suffisantes contre l’échevine, le parquet par contre insiste régulièrement pour que Latifa Gahouchi soit entendue et accompagne sept inculpés en Correctionnelle, afin qu’elle s’explique sur des faits présumés de faux en subsides et blanchiment. Appelé à statuer sur le sort de leur collègue, le Collège communal de Charleroi estime (février 2011) que l’échevine ne pouvait être au courant de ces pratiques et qu’elle avait dénoncé l’existence de cagnottes hors comptabilité communale lorsqu’elle l’avait découvert (plainte au parquet au printemps 2009). En conséquence, elle n’est pas invitée à démissionner et la ville assure les frais de défense de son avocat. Cela n’empêchera pas l’affaire des « plaines de jeux » de continuer de coller aux semelles de la mandataire politique.
Huitième suppléante sur la liste PS emmenée par Paul Magnette au scrutin régional wallon du 7 juin 2009, Latifa Gahouchi ne cherche pas à siéger à Namur, mais à tester sa popularité dans la circonscription de Charleroi (3.365 vp). Dixième candidate lors des communales d’octobre 2012, elle rassemble 60% de voix de plus qu’en 2006 (2.030 vp) et contribue au succès de la liste PS de Paul Magnette qui retrouve une large majorité absolue (47,7%, 30 sièges). Néanmoins, ses démêlés avec le Parquet de Charleroi coûtent assurément à Latifa Gahouchi la prolongation de son échevinat. C’est Serdar Kilic qui reprend ses attributions municipales et bien que le nouveau décret spécial wallon sur le cumul ne soit pas encore d’application, Kilic décide de démissionner de son mandat wallon, appliquant ainsi d’emblée les principes du décumul. Or, sa suppléante à Namur n’est autre que Latifa Gahouchi qui prête dès lors serment au Parlement wallon en décembre 2012. De facto, elle y bénéficie d’une immunité dont la levée – demandée par le Parquet en février 2017 – sera rejetée par les députés de la Fédération Wallonie-Bruxelles et du Parlement de Wallonie (mai). En octobre 2017, le procès des « caisses noires » s’achève par la condamnation de l’ancienne directrice des plains de jeux, le procureur général épinglant cependant l’échevine Gahouchi qui « n’a pas initié les dysfonctionnements, mais ne les a pas empêchés non plus », et le Parquet se réservant le droit à d’autres poursuites lorsqu’il n’y aura plus d’immunité parlementaire.
Durant les dix-huit derniers mois de la législature régionale 2009-2014, la députée wallonne est membre de la Commission du Budget-Finances-Emploi et de la Commission Santé-Action sociale-égalité des chances ; elle se montre particulièrement active dans les dossiers relatifs à Charleroi (notamment l’aéroport, le métro, les TEC, les entreprises). Membre de la Commission de l’Éducation à Bruxelles (2013-2014), elle dépose notamment, en février 2014, une « proposition de résolution visant à arrêter les balises d’une amélioration de la formation continue des personnels de l’enseignement » et entend favoriser le bien-être des jeunes à l’école. Comme elle le faisait dans ses précédences fonctions, elle défend un enseignement de qualité, accessible à tous. Quatrième candidate effective au scrutin régional du 25 mai 2014 dans la circonscription de Charleroi, elle réalise le 5e score du PS (3.989 vp) et le 7e tous partis confondus. Elle renouvelle ainsi son mandat au Parlement wallon. Membre de la Commission Économie-Emploi-Formation (2014-2019) dont elle prend l’une des vice-présidences dans les six derniers mois de la législature, membre de la Commission de Vérification des pouvoirs (2014-2019) et de la Commission Affaires générales-Relations internationales (2015-2019), elle siège aussi dans la Commission spéciale « Renouveau démocratique » (2015-2019). Avec ses collègues, elle y mène une réflexion sur les mesures de bonne gouvernance à mettre en œuvre au niveau régional ou local, visant notamment à améliorer tant la démocratie représentative que la démocratie participative. à la suite de ces travaux, la Wallonie adopte notamment deux décrets qui en font la première entité du pays à adopter le principe d’une consultation d’initiative citoyenne (2019). Cette consultation peut être organisée si une majorité simple des députés le décide ou si sont réunies au moins 60.000 signatures de citoyens belges et étrangers résidant en Wallonie. Par ailleurs, elle adopte aussi la réforme des circonscriptions électorales wallonnes, dont une « nouvelle » circonscription électorale de Charleroi-Thuin, qui enverra désormais 10 représentants à Namur (-1) (décret spécial du 25 janvier 2018) ; elle est directement concernée.
Membre de la sous-Commission de contrôle des licences d’armes (2014-2017), la députée wallonne Latifa Gahouchi se mobilise régulièrement contre toutes les formes de discriminations. Par ailleurs, elle défend les dossiers du métro de Charleroi et du classement du HF4 (haut-fourneau n°4 de Carsid). Le maintien d’une liaison Thalys sur la dorsale wallonne (2014) fait aussi l’objet des préoccupations de celle qui tente aussi un texte de résolution demandant la reconnaissance formelle par la Belgique de l’état de Palestine (2014). Membre de la Commission d’avis chargée des Questions européennes (2015-2017, suppléante ensuite), qui analyse les enjeux des traités de libre-échange négociés par la Commission européenne (TTIP, CETA, ACS), elle fait partie des 47 députés (PS-cdH-Ecolo-PTB-indép.) qui refusent que le Parlement de Wallonie délègue ses pleins pouvoirs au Gouvernement fédéral pour la signature de l’accord CETA entre l’UE et le Canada (14 octobre 2016). Le ministre-président wallon, Paul Magnette, est chargé de faire valoir le point de vue majoritaire wallon auprès des autorités européennes. Après une semaine de crise internationale inédite et de rudes négociations, le Parlement de Wallonie donne son accord au CETA (58 oui, 5 non), dès lors que l’Europe prend en considération ses doléances de manière contraignante lors de la signature et dans l’application du CETA, ainsi que dans tous les autres traités de nouvelle génération à venir (28 octobre 2016). Pour raison de santé, Latifa Gahouchi est absente au moment de ce vote.
Dans la toujours mouvementée fédération socialiste de Charleroi, elle quitte l’USC de Gilly d’éric Massin et rallie celle de Lodelinsart à quelques mois du scrutin communal de 2018, afin, dit-elle, de préparer ce rendez-vous électoral dans les meilleures conditions. Occupant l’avant-dernière place sur la liste PS emmenée par Paul Magnette, elle réalise le 16e score (1.066 vp) qui lui permet de continuer à siéger au Conseil, aux côtés des 25 autres élus d’un parti socialiste qui conserve in extremis la majorité absolue (26 s., -4). Lors du scrutin régional wallon du 26 mai 2019, occupant la deuxième place derrière Paul Furlan, elle rassemble 5.494 voix sur son nom, soit le 5e score de sa liste et le 8e tous partis confondus, dans la « nouvelle » circonscription électorale de Charleroi-Thuin. En perdant près de 7%, le PS (33%) perd aussi un siège et Latifa Gahouchi ne doit le renouvellement de son mandat au Parlement de Wallonie qu’à l’effet dévolutif de la case de tête. En décembre 2019, elle est l’une des nombreuses signataires d’une Lettre ouverte au formateur du gouvernement fédéral pour que soit créé un ministère fédéral des Droits des Femmes.
Membre de la Commission économie-Aménagement du Territoire-Agriculture (2019-2024), la députée wallonne porte notamment un texte de soutien au secteur de l’Horeca durant la période de la Covid-19 (2021) et plusieurs résolutions pour la défense des minorités et de la liberté d’expression dans le monde (Ouïghours, Zhang Zhan, droits des femmes en Iran, etc.). Au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle préside la Commission Éducation. Depuis juillet 2014, désignée par son parti, elle siège au Sénat où elle représente la Wallonie ; elle est confirmée dans ce mandat en septembre 2019, mais en tant que représentante de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et elle devient la cheffe du groupe PS dans cette assemblée des entités fédérées.
Le 9 juin 2024, elle occupe la 6e place sur la liste PS emmenée par Thomas Dermine, dans la circonscription de Charleroi-Thuin, sollicitant des électeurs le renouvellement de son mandat de députée wallonne. Avec 3.482 vp, elle réalise le 8e résultat sur les dix candidats effectifs socialistes et n’est pas élue. Avec 30,1%, le PS (en recul de 3,1% par rapport à 2019) ne conquiert que 3 sièges et s’il reste la première force politique de la circonscription de Charleroi-Thuin, il réalise son moins bon résultat depuis la première élection directe des députés wallons, le 21 mai 1995.
Mandats politiques
Conseillère communale à Charleroi (2001-2007 ; 2012-)
Échevine (07/2007-2012)
Députée wallonne (12/2012-2024)
Sénatrice de la Wallonie (2014-2019)
Sénatrice de la Fédération Wallonie-Bruxelles (2019-2024)
Sources
Centre de Recherche & Archives de Wallonie, Institut Destrée, Revue de presse (-06/2024), dont L’Avenir, 30 juin 2007 ; La DH, 14 juillet 2007, 12 octobre 2017
Parlement de Wallonie, Rapports d’activités, de 2004 à 2023, https://www.parlement-wallonie.be/rapports-brochures
Cumuleo (-2023)
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