Severin Fernand

Culture, Littérature

Grand-Manil 04/02/1867, Gand 04/09/1931


Œuvre de maturité, La Source au fond des bois, publiée en 1924, est sans conteste la meilleure production du poète Fernand Severin. « Cette somme, [explique Marcel Thiry,] est bien le produit d’une longue retraite ; la pensée, à laquelle est vouée, aux dépens de l’impression, une fidélité plus grave que jamais, se condense en rythmes volontiers plus courts, l’alexandrin qui régnait d’une respiration si naturelle sur les poèmes de la première époque fait place souvent à des mètres plus serrés. C’est bien l’aspiration à la pureté qui se prolonge continuelle et s’élève encore, mais, dirait-on, jusqu’à vouloir s’épurer du lyrisme même. Quant au thème fondamental, non moins fidèlement, c’est toujours celui du recours à la nature ».

Plusieurs pages de ce dernier recueil sont inspirées de la ferme de Penteville, à Gembloux, là où le jeune Severin a grandi. La ferme de Penteville étant assez éloignée de l’école de la localité, le jeune garçon est dès lors confié à son instituteur et ne rentre à la maison familiale que le samedi.

Une fois ses études primaires terminées et conformément à la tradition familiale, le futur poète est envoyé en Allemagne, à la Domschule d’Aix-la-Chapelle, où il séjourne de 1878 à 1880, avant de passer quatre ans au Collège Notre-Dame de la Paix de Namur Étudiant brillant, c’est au moment où il achève ses humanités à l’Athénée de Bruxelles qu’il rédige ses premiers vers.

Au cours de ses études de Philologie classique, il collabore à divers périodiques, notamment La Jeune Belgique, avec Camille Lemonnier ou encore La Wallonie, lieu de rencontre des symbolistes wallons, tels Maurice Wilmotte ou encore Auguste Donnay, mais aussi flamands (Maeterlinck, Van Lerberghe, son ami…) et français (Mallarmé, Verlaine…). Proclamé Docteur en 1891, Fernand Severin entame sa carrière de professeur au Collège communal de Virton, où il dispense les cours de français, latin et grec (1892-1896). Mais l’écriture le taraude. Critique littéraire de L’Indépendance belge (1893), il se démarque par une approche faite d’objectivité et de rigueur ; poète, il publie, en 1888, Le Lys, « premier recueil lamartinien où se révèlent sa personnalité méditative et son sens naturel de l’harmonie du vers » – pour citer Marcel Thiry – de tonalité symboliste donc, une étiquette qu’il rejettera sa vie durant, malgré sa collaboration à La Wallonie. Ne signe-t-il d’ailleurs pas une lettre à Mockel, en 1887, « F.S., symboliste malgré lui » ? Paraissent ensuite, à intervalles de trois à cinq ans, divers recueils : Le don d’enfance (1891), Le chant dans l’ombre (1895).

Désigné à l’Athénée de Louvain (1896), il publie Poèmes ingénus (1899), regroupant les recueils précédents ainsi que des poèmes inédits, Les Matins angéliques, témoignant toujours de ce même souci de la perfection artistique. Promu à la chaire de littérature française à l’Université de Gand (1907), il consacre désormais une partie de ses activités à l’histoire des Lettres, particulièrement au poète Théodore Weustenraad auquel il consacre un essai. Durant la Grande Guerre, il trouve refuge avec sa famille d’abord aux Pays-Bas, à Utrecht, ensuite en Angleterre, à Ermelo (1915-1918). Là, il se perfectionne dans l’exégèse de Dante et donne des conférences sur la littérature belge. Au lendemain de l’Armistice, il retrouve à Gand une université qui a connu des péripéties particulières. Attaché à la langue française, Severin échappera à la transformation de l’Université de Gand ; des ennuis de santé le contraignent à renoncer à toutes ses fonctions. Membre de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, la fameuse Académie Destrée, dès 1920, c’est à ce moment qu’il écrit La source au fond des Bois, ouvrage publié en 1924.

 

Sources



ACADÉMIE ROYALE DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE FRANÇAISES DE BELGIQUE, http://www.arllfb.be/composition/membres/severin.html
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres. Arts. Culture, t. II, p. 409-411
Robert-O.-J. VAN NUFFEL, dans Biographie nationale, t. 40, col. 741-777

 

Œuvres principales

 

Le Lys (1888)
Le don d’enfance (1891)
Un chant dans l’ombre (1895)
Poèmes ingénus (1899)
La solitude heureuse (1904)
Théodore Weustenraad (1914), essai
Charles Van Lerberghe, esquisse d’une biographie (1922), essai
La source au fond des bois (1924)