Monuments

DONNAY Auguste

Mémorial Auguste Donnay, réalisé par Georges Petit, 4 septembre 1927.

Surnommé « le maître de Méry », le peintre Auguste Donnay ne pouvait être honoré d’un mémorial que dans l’entité qui fait actuellement partie de la commune d’Esneux et en particulier au sommet du bois des Manants, lieu que l’artiste nommait son « Fuji-Yama ». Né à Liège en 1862, l’artiste wallon avait pris les paysages de l’Ourthe en particulière affection et était devenu citoyen de Tilff à titre officiel dès octobre 1905. Professeur à l’Académie de Liège nommé en 1901, il avait choisi de résider à la campagne pour profiter en permanence du ravissement de la vallée de l’Ourthe. Cherchant l’endroit idéal à Méry même, il changea d’adresse à quatre reprises, trouvant finalement le nid idéal dans un repli du vallon, dans une demeure discrète qui transformait l’artiste en ermite ; c’est là qu’il vécut jusqu’en 1921. Là, Donnay disposait du paysage recherché, avec ses multiples variations de couleurs. Le dessinateur y avait trouvé l’inspiration de la couleur, notamment grâce à l’utilisation des crayons Raffaëlli. En raison de ce profond attachement à Méry, l’évidence a poussé les promoteurs d’un mémorial Auguste Donnay à l’installer au plus près de l’endroit où l’artiste exprima son talent.
C’est sur la crête du coteau de Méry que fut inauguré, le 4 septembre 1927, le bas-relief réalisé par Georges Petit et posé sur une pierre brute, au sommet d’une série de roches assemblées. Dans la clairière de la chêneraie, ce jour-là, ils étaient plusieurs dizaines – autorités locales, amis de l’artiste, enfants des écoles – pour se souvenir de celui qui avait l’habitude de se promener dans cet endroit en solitaire (10.000 personnes affirme le Bulletin de l’ADO, 1929, p. 162). Simultanément, à deux pas de là, étaient aussi inaugurés un belvédère fournissant un point de vue élevé sur la vallée de l’Ourthe, ainsi qu’une série de chemins de promenade. En plus des discours (le bourgmestre de Tilff Delrée, Charles Delchevalerie, Olympe Gilbert) et de la lecture d’un hymne composé pour l’occasion par Félix Bodson, deux ouvriers fondeurs, auteurs de la plaque, ont fait le déplacement et sont venus exprimer, au nom de leurs camarades, leur sympathie au grand Wallon qu’était l’artiste aux peintures si réussies.
L’idée initiale du Mémorial revient à Jacques Ochs qui s’en ouvre à Louis Gavage fin 1926. L’initiative en revient à l’Association pour la Défense de l’Ourthe (ADO, présidée par Louis Gavage) qui en confie l’organisation à la société Tilff-Attractions. Les défenseurs de l’Ourthe avaient trouvé en Donnay un éminent propagandiste. En illustrant si bien la vallée, le peintre rencontrait, volens nolens, les objectifs des protecteurs de la nature, soucieux de la préserver face à des investissements « sauvages ». S’il peint la nature, Auguste Donnay s’en avère aussi un défenseur affirmé. En août 1899 – bien avant Les Peupliers de Thierry Haumont –,  il avait rédigé une très ironique Lettre à M. le Directeur des arbres, des plantes et des herbes de la bonne ville de Liège en Belgique afin de protester contre le sacrifice de la nature à l’auteur des promoteurs immobiliers. Un an plus tard, le peintre adressera une autre missive aux accents écologistes aux industriels désireux de s’implanter dans les Fonds de Quarreux (STASSEN). Au lendemain de la Grande Guerre, il était un membre actif de la Comité provincial liégeois des monuments et des sites.
À la démarche d’hommage des amis de la nature s’est activement associée la section liégeoise des Amis de l’Art wallon, cercle dont faisait aussi partie Donnay depuis 1912 ; cette société ne cessait de prendre ses références dans l’important rapport/discours présenté par Auguste Donnay lui-même, lors du Congrès wallon de 1905. À cette occasion mémorable, Donnay avait apporté des arguments convaincants en faveur de l’existence d’un sentiment wallon en peinture.
En figeant le profil gauche du peintre avec une sobriété expressive, le sculpteur Georges Petit (1879-1958) fixait définitivement les traits du « maître de Méry » pour les générations futures. Pour le promeneur qui ne connaîtrait par Donnay, la dédicace figée dans le bronze précise :

DEVANT CES HORIZONS
AUGUSTE DONNAY
PEINTRE ET POETE
ENTENDIT CHANTER
L’AME DE SON PAYS

Ami d’Auguste Donnay, Georges Petit était né à Lille, de parents liégeois. Il grandit à Liège et reçoit une formation artistique à l’Académie des Beaux-Arts où il est l’élève de Prosper Drion, Jean Herman et Frans Vermeylen. Il deviendra plus tard professeur de cette Académie. « Depuis 1901, date de ses premières œuvres, jusqu’à la guerre de 1940, Georges Petit a occupé avec autorité la scène artistique liégeoise », affirme Jacques Stiennon qui explique qu’il devait sa position aux multiples commandes officielles reçues autant qu’à sa maîtrise précoce de son art. Sa sensibilité et sa capacité à transformer une anecdote en symbole universel ont influencé durablement ses élèves, parmi lesquels Oscar et Jules Berchmans, Robert Massart, Louis Dupont et Adelin Salle. D’abord attiré par les portraits, Petit a livré plusieurs bustes de grande facture, tout en s’intéressant à la condition humaine. Marqué par la Grande Guerre, l’artiste y puise une force qui se retrouve dans ses réalisations des années 1917 à 1927, période où s’inscrit la stèle dédiée à Auguste Donnay. C’est aussi à cette époque (1919 précisément) qu’il réalise la médaille commémorant la remise par la France de la Croix de la Légion d’honneur à la ville de Liège. Ensuite, comme épuisé par tant de souffrances, il choisit la peinture de chevalet et devient plus léger, sans tomber dans la facilité. Les visages humains tendent à disparaître et tant les paysages que les traditions wallonnes l’inspirent : en peinture, comme dans ses médailles (qui sont très nombreuses et d’excellente facture), voire dans les quelques sculptures qu’il exécute encore, comme la Tradition commandée par le Musée de la Vie wallonne.

La Vie wallonne, septembre 1927, LXXXV, p. 25-28
La Vie wallonne, octobre 1927, LXXXVI, p. 42-53
Liliane SABATINI, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 507-508
Jacques PARISSE, Auguste Donnay, un visage de la terre wallonne, Bruxelles, 1991
Maurice KUNEL, dans Biographie nationale, 1967-1968, t. 34, col. 244-247
Paul DELFORGE, Société des Amis de l’Art wallon, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1484-1486
Jacques STIENNON (introduction), Georges Petit, catalogue de l’exposition organisée à Liège du 9 janvier au 2 février 1980, Verviers, 1980
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°35, printemps 1970, p. 11
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 282
Benjamin STASSEN, La Fête des Arbres. L’Album du Centenaire. 100 ans de protection des arbres et des paysages à Esneux et en Wallonie (1905-2005), Liège, éd. Antoine Degive, 2005, p. 18, 85.
Bulletin de l’Association pour la Défense de l’Ourthe, juillet 1928, n°1, p. 4 ; n°2, p. 26 ; 1929, p. 161-163

 

Mémorial Auguste Donnay

Mémorial Auguste Donnay

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Adresse : 
bois des Manants – 4130 Esneux (Méry)
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DONNAY Auguste
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Mémorial Auguste Donnay
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DOMMARTIN Jean dit Jean d'Ardenne

Médaillon Jean d’Ardenne, réalisé par Marnix d’Haveloose (ou Max d’Havelouse), 9 septembre 1920.

C'est en 1758 que le Parc de Sept Heures est aménagé en promenade publique. Au cours du XXe siècle, il accueille de nombreux monuments dont celui dédié à Léon Dommartin (1839-1919). Il se présente sous la forme d’un portrait réalisé dans le bronze et incrusté dans une pierre du parc, le long de la promenade. Le bronze est signé Marnix d’Haveloose (1885-1973, ou 1882-1975). L’initiative du monument en revient au Comité de Spa-Attractions. En présence de membres de sa famille, d’amis et des autorités locales, l’inauguration s’est déroulée le 9 septembre 1920, soit l’année qui a suivi la disparition de Léon Dommartin, mieux connu sous son nom de plume « Jean d’Ardenne » (parfois écrit Dardenne). Il ne s’agissait pas là de la première démarche des « autorités » spadoises à l’égard de l’enfant du pays. En 1904, une promenade lui était dédiée (la Feuillée Jean d’Ardenne) et, le 24 septembre 1905, le Comité Spa Attractions avait organisé une journée de l’Arbre, en présence du Président de la Ligue des Amis des Arbres.
Durant ses études au Collège de Herve (1852-1858), Léon Dommartin développe déjà à la fois le goût de l’écriture et de la nature. Devenu libraire à Spa, sa ville natale, il s’oriente ensuite vers le journalisme. Il fonde un journal satirique, Le Bilboquet qui ne vit que quelques mois (1864-1865), et est marqué durablement par la nature qui l’entoure. Par la suite, il prend ses quartiers à Paris où il commence sa carrière dans un petit journal intitulé Gazette des étrangers. Avec le marquis Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, il fonde en 1867 une publication hebdomadaire, La Reine des Lettres et des Arts à l’existence éphémère. En 1868, il entre au Gaulois. C’est pour ce journal qu’il suit avec attention la Guerre franco-prussienne de 1870. Il accompagne l’armée de Mac Mahon jusqu’à la débâcle de Sedan et ses reportages en font l’un des tout premiers correspondants de guerre de l’histoire. Critique littéraire de Paris-Journal entre 1871 et 1874, il prend ensuite la direction de Bruxelles, s’installe à Ixelles et entre à la rédaction de la Chronique : il y devient rédacteur en chef en 1896. C’est après sa période parisienne qu’il prend le nom de plume Jean d’Ardenne qui lui survivra. Il sera aussi nommé bibliothécaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.
Amateur de voyages, il parcourt la Flandre, le nord de la France et le nord-ouest de l’Afrique, mais c’est l’Ardenne qui le marque le plus. En 1881, il publie un guide touristique, L’Ardenne, qui fera date et connaîtra plusieurs éditions. Six ans plus tard, ses Notes d’un vagabond (1887) sont également fort appréciées. Le regard qu’il pose sur « son » Ardenne l’entraîne à prendre fait et cause pour sa préservation, plus particulièrement à s’investir dans la défense des arbres, des sites et des maisons présentant un intérêt patrimonial. Face au développement prodigieux de l’industrie en pays wallon au XIXe siècle, il est l’un des premiers à attirer l’attention sur la nécessité de préserver la qualité des paysages et peut être qualifié de pionnier de l’écologie. En décembre 1891, il fonde la Société nationale pour la Protection des Sites et des Monuments en Belgique. En 1895, Léon Dommartin est encore parmi les fondateurs du Touring Club de Belgique.
Après sa mort survenue au lendemain de la Grande Guerre, Dommartin inspirera la création de nombreux cercles et associations de défense de la nature, comme l’Association pour la défense de l’Ourthe, Les Amis de l’Ardenne, le Comité de Défense de la Nature, etc. En 1905, il était lui-même membre de la Ligue des Amis des Arbres dont la présidence lui est confiée (juillet) et avait contribué à organiser la première « Fête des Arbres » en Wallonie, avec Léon Souguenet ; elle avait eu lieu à Esneux le 21 mai 1905.Encourageant les autorités publiques à installer des bancs rustiques le long des promenades comme dans les parcs publics des villes, il sera entendu dans l’Entre-deux-Guerres, certains bancs prenant une forme plus artistique en étant dédié à Dommartin lui-même.
C’est le jeune le sculpteur d’Haveloose qui réalise le médaillon. Gendre de l’aquarelliste anversois H. Cassiers, d’Haveloose a fait ses premiers pas à Bruges, dans l’atelier de D’Hondt, avant de parfaire sa formation à l’Académie de Bruxelles avant la Grande Guerre. Prix Goderlache de sculpture en 1910, se réfugie en Angleterre pendant la guerre, puis il s’établit à Bruxelles où il accomplit toute sa carrière. Professeur à l’Académie de Bruxelles (1935-1955), il en assure la direction entre 1951 et 1955. Ne se contentant pas de bustes et de nus (comme La Toilette au cœur des Jardins du parc de la Boverie à Liège), il s’est lancé dans la peinture dès les années 1930. C’est donc à un jeune artiste prometteur que Spa-Attractions a confié la tâche de réaliser l’hommage à Dommartin. On dispose d’une photo du médaillon datant de 1920 ; il présente des différences par rapport à celui que l’on connaît aujourd’hui.
L’original mentionne en grandes lettres

A JEAN D’ARDENNE AMI DES ARBRES

tandis que l’actuel mentionne en tout petit

« A JEAN D’ARDENNE
(LÉON DOMMARTIN)
HOMME DE LETTRES
NE A SPA
SPA-ATTRACTIONS »

 

http://www.spatourisme.be/fr/parc-de-sept-heures#sthash.QGdVY8oy.dpuf
Léon MARQUET, sur http://www.sparealites.be/jean-dardenne-1839-1919 (s.v. avril 2014)
La Vie wallonne, 15 octobre 1920, n°2, p. 86-88
La Vie wallonne, mars 1935, n°175, p. 179-185
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 486
Benjamin STASSEN, La Fête des Arbres - 100 ans de protection des arbres et des paysages à Esneux et en Wallonie (1905-2005), Liège, éd. Antoine Degive, 2005, p. 38

Médaillon Jean d’Ardenne

Médaillon Jean d’Ardenne

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Adresse : 
parc des Sept Heures – 4900 Spa
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DOMMARTIN Jean dit Jean d'Ardenne
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Médaillon Jean d’Ardenne
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DE WITTE Adrien

Buste Adrien de Witte, réalisé par Oscar Berchmans avec l’aide de l’architecte Alfred Lobet, 19 novembre 1938.

Au lendemain de l’Exposition universelle de 1905, le parc de la Boverie devient progressivement le lieu privilégié pour accueillir des monuments dédiés principalement à des artistes liégeois. Dès 1907, est inauguré un buste dédié au peintre Léon Philippet ; en juillet 1923, Gilles Demarteau est honoré à son tour, avant que ne les rejoignent, sans être exhaustif, Louis Boumal (1925), Jean Varin (1928), Jean-Barthélémy Renoz (1930), Armand Rassenfosse (1935), Adrien de Witte (1938), Georges Antoine (1938), Auguste Donnay (1956 ?) et Richard Heintz (1956). Une galerie des bustes prend ainsi place dans la pergola du parc de la Boverie ; elle permet au public de croiser une palette d’artistes de renom, du moins jusqu’au début du XXIe siècle. On assiste en effet alors une série de disparitions et d’actes de vandalisme (vols, dégradation, lancer de buste dans la Meuse…) contraignant les autorités liégeoises à mettre à l’abri certains bustes restants. Si quelques monuments restent intacts, d’autres ont entièrement disparu, comme en témoignent certains socles nus.
Inauguré le 19 novembre 1938, en présence du bourgmestre Xavier Neujean, le buste d’Adrien de Witte n’a pas échappé à ce phénomène. Le socle est toujours présent, mais le buste a disparu en 2007. Réalisé en bronze coulé, d’une dimension de 70 centimètres, il était dû à l’initiative de l'Œuvre des Artistes qui en avait confié la réalisation au sculpteur liégeois Oscar Berchmans (Liège 1869 – Spa 1950). En 1938, l’artiste jouit d’une solide réputation. Son monument à Hubert Goffin, inauguré en 1912, est sa carte de visite la plus visible en région liégeoise jusqu’au moment où il achève le très remarqué fronton de la façade de l’Opéra royal de Wallonie qui constitue sa plus belle réussite (1930). Depuis sa plus tendre enfance, il évolue dans un milieu tourné vers la peinture ; lui a cependant opté pour la sculpture lorsqu’il a suivi les cours de l’Académie des Beaux-Arts de Liège auprès de Prosper Drion et d’Adrien de Witte (1884) ; il a aussi fréquenté l’atelier de Léon Mignon et de Paul de Vigne auprès desquels il a appris son métier. Au-delà de commandes pour des particuliers, Berchmans est régulièrement sollicité par les autorités communales liégeoises qui lui confient la réalisation de bas-reliefs pour le Palais des Beaux-Arts de l’Exposition de 1905, le mémorial Mignon (1906), des bustes et des monuments comme celui déjà cité à Hubert Goffin à Ans (1912), ou celui dédié à Hortense Montefiore-Levi (1911), voire le mémorial Wauters de Waremme. Comme ses collègues, Berchmans a également signé de nombreux monuments aux victimes et aux héros de 14-18, par exemple, le mémorial dédié à l’exploit de l’Atlas V ou le bas-relief apposé contre la façade de l’Université de Liège commémorant les exécutions sommaires de civils par les Allemands durant la nuit du 20 au 21 août 1914. À partir de 1919, Berchmans enseigne à l’Académie de Liège et il ne fait aucun doute qu’il y croise la route de son collègue Adrien de Witte, sans savoir encore qu’il sera amené à en réaliser le buste de son aîné.
Adrien de Witte (Liège 1850 – Liège 1935) est de la génération qui précède Berchmans. Lui aussi a été formé à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, mais de Witte a choisi la peinture quand il accomplit un premier voyage en Italie en 1872-1873, avant d’y séjourner plus longtemps, de 1879 à 1884, en tant que boursier de la Fondation Darchis. Dès la décennie 1870, l’artiste a signé ses œuvres les plus significatives : La Lessiveuse, La femme au corset noir et la très connue Femme au corset rouge, datant de 1880. Professeur à l’Académie des Beaux-Arts dès 1885, il va se consacrer entièrement à ses élèves, jusqu’en 1921, faisant finalement regretter que l’artiste ne se soit pas montré plus productif : 80 œuvres ont été cataloguées en 1927 – 237 en 1981 à l’occasion d’une rétrospective au « musée de la Boverie ». Ses dessins, eaux fortes, aquarelles et peintures à l’huile ont sonné la renaissance de l’école liégeoise dans le dernier quart du XIXe siècle.

Françoise CLERCX LEONARD-ÉTIENNE, Sylvie LEJEUNE (dir.), Adrien de Witte : dessins, pastels, gravures : Liège, cabinet des estampes, musée de la Boverie, du 11 septembre au 15 novembre 1981, Ville de Liège, 1981
(Jules BOSMANT), Salon 1950 : exposition rétrospective Adrien De Witte organisée à l'occasion du centenaire de la naissance du maître : musée des beaux-arts de Liège, 14 octobre-12 novembre, Liège, 1950
Charles DELCHEVALERIE, Adrien De Witte, Anvers, 1949, coll. Monographies de l’Art belge
Jacques STIENNON, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995
Jacques PARISSE, Actuel XX : la peinture à Liège au XXe siècle, Liège, Mardaga, 1975, p. 32
Charles DELCHEVALERIE, Adrien de Witte, peintre, dessinateur et graveur, Liège, Bénard, 1927
Une certaine idée de la Wallonie. 75 ans de Vie wallonne, Liège, 1995, numéro spécial de La Vie wallonne, t. LXIX, p. 141 et 142
http://balat.kikirpa.be/photo.php?path=A118170&objnr=10128100
La Vie wallonne, juin 1927, LXXXI, p. 265-268
La Vie wallonne, II, n°250, p. 109-117
La Vie wallonne, IV, n°252, 1950, p. 291-295
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°35, été 1970, p. 11
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 83
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. III, p. 359
Gaëtane LEROI, http://www.art-memoires.com/lm/lm03ulgberchmos.htm (s.v. juillet 2013)
La Vie wallonne, III, 1950, n°251, p. 219
Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996

 

Buste Adrien de Witte. Montage réalisé à partir d’une photographie de l’IRPA

Buste Adrien de Witte. Montage réalisé à partir d’une photographie de l’IRPA

Map

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Adresse : 
parc de la Boverie – 4020 Liège
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DE WITTE Adrien
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Buste Adrien de Witte. Montage réalisé à partir d’une photographie de l’IRPA
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DEVIGNE Benjamin

Monument  Benjamin Devigne, réalisé par les sculpteurs Colette et fils et par l’architecte Jean Fonder, 11 août 1912.

À Dinant, du côté droit de la rue Léopold, s’élève la rue de la Montagne de la Croix ; route escarpée, jalonnée de potales, celle-ci est le point de départ du chemin de pèlerinage à Notre-Dame de Foy. Au croisement des deux chaussées a été inauguré le 11 août 1912 un monument-fontaine rendant hommage à un sculpteur dinantais, Benjamin Devigne (1827-1894). Ce sont les anciens élèves de celui qui fut professeur à l’Académie de Dinant qui ont pris l’initiative du monument Devigne. Son buste en bronze culmine au sommet d’un ensemble en pierre tout en arrondi. La décoration du piédestal est relativement élaborée ; sur la face avant apparaît la dédicace :

A
BENJAMIN
DEVIGNE
1827-1894
SES
ELEVES
RECONNAISSANTS

Le piédestal lui-même repose sur une structure arrondie posée au cœur d’un bac, lui aussi arrondi, recevant l’eau projetée de la gueule ouverte de cinq petits « dragons ». Elle a fait l’objet d’une restauration en 1991.
Originaire de Dinant où son père apporte au jeune Benjamin un solide bagage artistique, il prend goût à la sculpture et part se perfectionner, à Bruxelles, dans l’atelier de l’éminent statuaire Guillaume Geefs. C’est cependant à Dinant que Benjamin Devigne fait sa carrière. Professeur de sculpture et de dessin, il devient ensuite directeur de l’école des Beaux-Arts de Dinant, entre 1873 et 1894. Sculpteur sur bois, spécialiste des autels et des chaires de vérité, Benjamin Devigne signe la monumentale chaire de vérité de l’église Saint-Loup à Namur qui s’inspire des paroles de l’Évangile selon Mathieu 19:14 : « Laissez venir à moi les petits enfants » (1876). Quelques années après la disparition du sculpteur Devigne qui avait été l’auteur des plans de restauration de la fontaine Patenier (1887), la ville de Dinant attribue son nom à une rue du quartier Saint-Pierre (1911), avant que ses anciens élèves ne lui élèvent le monument du pied de la Montagne de la Croix.
L’architecte de l’ensemble est Jean Fonder de Dinant et le sculpteur est Colette et fils de Liège.

http://www.dinant.be/patrimoine/celebrites/art-&-culture/devigne-benjamin (s.v. octobre 2013)
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 461

Monument  Benjamin Devigne

Monument  Benjamin Devigne

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au carrefour des rues Léopold et Montagne de la Croix – 5500 Dinant
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DEVIGNE Benjamin
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Monument  Benjamin Devigne
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DESTENAY Maurice

Mémorial Maurice Destenay, réalisé par Marceau Gillard, 29 septembre 1975 ; circa 1976.
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Située place des Carmes, du côté du bâtiment de l’Athénée de Liège I, un mémorial est dédié à Maurice Destenay (Tilleur 1900 – Liège 1973), personnalité libérale importante de la vie politique liégeoise puisqu’après avoir été député et échevin, il devient le bourgmestre de la plus grande ville de Wallonie de l’époque, en l’occurrence entre 1963 et 1973. Très vite après sa disparition, ses amis se réunissent pour lui ériger un monument qui prend place dans l’espace public. Avec un médaillon réalisé sobrement par Marceau Gillard (Louvroil 1904 – Liège 1987), le mémorial Destenay est inauguré en 1975 en même temps que son nom est attribué à l’un des grands boulevards de la cité.
Ayant connu la Grande Guerre durant son adolescence, Maurice Destenay mène une carrière d’instituteur durant tout l’Entre-deux-Guerres, tout en exerçant des responsabilités au sein du Parti libéral ; mobilisé en 1939-1940, ce lieutenant est fait prisonnier de guerre à la suite de la Campagne des 18 Jours et va connaître une captivité de 5 ans similaire à celle de près de 65.000 autres Wallons de sa génération. Actif dans l’action wallonne, il va mener une carrière politique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ancien président des Jeunesses libérales, opposant affirmé au retour de Léopold III, le député de Liège ne devient pas ministre, mais, désigné à la présidence nationale du Parti libéral (1954-1958), il se flatte d’avoir été l’un des auteurs du fameux Pacte scolaire. Sans doute est-ce la raison de sa désignation comme Ministre d’État en 1966. Conseiller communal (1952), échevin de l’Instruction publique et des Sports (1953-1964), il prend plusieurs initiatives depuis l’hôtel de ville de Liège pour défendre la Wallonie et la langue française. Fédéraliste affirmé, défenseur des Fourons au début des années 1960, il remplace Auguste Buisseret à la tête de la ville de Liège tout en continuant à affirmer des positions wallonnes. Il est le dernier maire libéral de la cité liégeoise, qui s’est largement agrandi après la fusion des communes de 1976.
Durant son maïorat, la ville de Liège était entrée dans une période de grands travaux, selon un plan directeur faisant la part belle aux grandes voies de pénétration vers le centre-ville. Dès lors, le nom de Destenay fut donné à la nouvelle avenue reliant le bord de Meuse au boulevard d’Avroy. Son mémorial y fut aussi inauguré à un endroit particulièrement visible, à l’heure des Fêtes de Wallonie. Cette visibilité s’est singulièrement restreinte quand d’importants travaux justifièrent son déplacement et son installation à hauteur de la place des Carmes, devenue zone piétonne en 1975. La stèle en pierre bleue originale n’a subi aucun changement au cours de ce transfert. Avec ses lignes droites et très simples, la stèle accueille un médaillon réalisé par Marceau Gillard et porte l’inscription suivante :

M. DESTENAY
BOURGMESTRE
           DE LIÈGE
MINISTRE  D’ETAT
  1900-1973

En 1974 déjà, Gillard avait reçu commande d’une médaille présentant le profil droit de Maurice Destenay ; Jean Lejeune l’avait jugée « digne des médailleurs liégeois du grand siècle » ; pour le mémorial, il adapte son œuvre et livre une stèle de facture très classique, répondant parfaitement au genre officiel que constitue l’exercice auquel il s’est déjà livré ou se livrera encore pour représenter ou honorer Hector Clockers, Edmond Cathenis, Jean Lejeune, Edgard Scauflaire, Constant Burniaux, Jules Jaumotte et d’autres encore, soit dans l’espace public, soit dans l’espace fermé de cimetières.
Né en France de parents wallons, Marceau Gillard arrive à Liège avec sa famille en 1914. Au sortir de la Grande Guerre, il suit les cours de dessin à l’Académie de Liège avant d’opter aussi pour la sculpture, où il devient l’élève d’Oscar Berchmans. Il se distingue par plusieurs prix durant sa formation (1918-1928). Restaurateur de tableaux (dans les années 20), décorateur de théâtre, il devient professeur dans le réseau provincial liégeois (1931-1949) à Seraing, puis à Huy ; après la Seconde Guerre mondiale, il succède à Oscar Berchmans quand il devient professeur de sculpture à l’Académie de Liège (1949-1970). Membre de l’Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie, Gillard fait partie du groupe « Pointes et Bosses », sous-section figurative de l’association présidée par Marcel Florkin. Aspirant à la réalisation de grands formats, il répond surtout à des commandes officielles et privées, émanant principalement de la région liégeoise. Associé notamment à la décoration du Pont des Arches (« Naissance de Liège » – 6 mètres) et du Pont Albert Ier, il signe l’imposant monument d’hommage aux victimes de Grâce-Berleur, tuées lors des événements de la Question Royale. À Huy, il signe le monument aux prisonniers politiques de la Seconde Guerre mondiale.

Paul DELFORGE, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 482-483
Joseph TORDOIR, Des libéraux de pierre et de bronze. 60 monuments érigés à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, Centre Jean Gol, 2014, p. 193-196
http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/carmes-clarisses-destenay/ (s.v. juin 2014)
Jean-Patrick DUCHESNE, Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 626-627
Joseph PHILIPPE, Marceau Gillard dans l’École liégeoise de sculpture, Liège, 1991
Jean BROSE, Dictionnaire des rues de Liège, Liège, Vaillant-Carmanne, 1977, p. 125

 

Mémorial Maurice Destenay

Mémorial Maurice Destenay

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Adresse : 
avenue Destenay, 29 septembre 1975 ; place des Carmes, circa 1978 – 4000 Liège
Titre alternatif : 
DESTENAY Maurice
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Mémorial Maurice Destenay
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SAX Adolphe

Monument Adolphe Sax, 28 juin 2002.
Réalisé par Jean-Marie Mathot.

En dépit des destructions dont Dinant a été victime durant les deux guerres mondiales, le n°37 de la rue Adolphe Sax est considéré comme la maison natale du célèbre inventeur du saxophone. Afin de satisfaire la curiosité des nombreux touristes qui se pressent dans la cité mosane, surtout depuis l’année Sax 1994, l’année du centenaire de sa disparition, les autorités locales ont confié au sculpteur Jean-Marie Mathot le soin d’immortaliser Adolphe Sax en un monument significatif : assis sur un banc en bois, le bras appuyé sur le dossier, le héros local coulé dans le bronze tient sur ses jambes croisées son invention la plus célèbre. Réalisé dans des dimensions « réelles », l’ensemble est placé sur le trottoir et constitue une réelle attraction touristique, tout en étant un hommage moderne et pédagogique. En effet, la statue attire aussi les curieux vers le rez-de-chaussée du n°37 où un espace muséal dynamique est ouvert en libre accès. Derrière de grandes vitrines, au moyen d’objets et de panneaux descriptifs, le parcours de Sax est expliqué en plusieurs langues.

On y rappelle notamment que ce maître de la clarinette devenu l’inventeur du saxophone a révolutionné le monde des instruments à vent. Déjà son père était facteur d'instruments et c’est entre fabrication d’instruments et apprentissage des sons, qu’Adolphe Sax (Dinant 1814 – Paris 1894) se révèle vite très doué. Après des cours à l’École de chant de Bruxelles (1830), il introduit déjà ses premiers changements techniques sur sa clarinette, déposant déjà des brevets (1835). Parti s’installer à Paris (1842), il met au point un ensemble de nouveaux instruments à touches dont la qualité conduit à les identifier en les assimilant au nom de leur fabricant. Vient ensuite un autre instrument (brevet déposé en 1846) qui assure la célébrité à son inventeur : le saxophone. En introduisant cet instrument dans son Chant sacré pour sextuor à vent, Hector Berlioz lui donne ses lettres de noblesse. Devenu industriel, Adolphe Sax devra sans cesse veiller à protéger ses inventions. Il passera de nombreuses heures dans des procès et à assurer la rentabilité de la société « Adolphe Sax et Cie ». Inventeur, industriel, professeur, Adolphe Sax est encore éditeur de musique, organisateur de concerts, chef de fanfare de l’opéra, le réorganisateur des musiques des régiments militaires français, et même nommé professeur au Conservatoire de Paris (1857), pour y diriger une classe nouvelle dédiée au saxophone.

Qui d’autre qu’un autre artiste de renommée internationale pouvait réaliser le monument dinantais ? Le Namurois Jean-Marie Mathot (Namur 1948) disposait du profil recherché. Après sa formation à l’Académie de Bruxelles à la fin des années 1960, il y est nommé professeur de sculpture et de modelage (1978). Il enseigne aussi à l’École des Arts de Braine-l’Alleud. Issu d’une famille de marbriers, il opte d’abord pour la peinture et le dessin avant de se tourner résolument vers la sculpture. Il a commencé par la création de figures en taille directe, avant de mener diverses expériences qui rompent ponctuellement avec sa production habituelle. Délaissant les représentations figuratives, il s’oriente vers « l’exploration des potentialités expressives de la matière ». Tour à tour, il intègre des pierres peintes dans ses compositions, il s’attaque à des « déchets » de carrière, s’essaye au travail du béton et de l’acier. Deux de ses œuvres ornent un rond-point à La Louvière et à Gembloux. Récompensé à diverses reprises (Prix Donnay, Prix Georges Van Zevenbergen, Prix de la Gravure au Festival de la Jeunesse à Auderghem, Premier Prix de la présélection au Concours International Musée 2000 à Luxembourg, Prix Eugène Delattre de sculpture et Prix Constant Montald de l'Académie Royale de Belgique), il est aussi  lauréat de la Fondation belge de la Vocation et de la Bourse triennale Maurice et Henri Evenepoel. Artiste expérimental, il signe plusieurs œuvres en acier Corten au moment où lui est passée la commande dinantaise. Cette œuvre est coulée dans les Ateliers des arts du feu, ASBL à finalité sociale de La Louvière.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Ernest CLOSSON, Adolphe Sax, dans Biographie nationale, t. 21, col. 523-526
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 147
http://mathot-sculpture.be/
http://acabat.blogspot.be/2010/03/vitaminesarts-20-0309.html
http://commission-des-arts.wallonie.be/opencms/opencms/fr/integrations/createurs/mathot.html (s.v. mai 2014)

Monument Adolphe Sax – © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

Monument Adolphe Sax

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Carte : 
Adresse : 
Rue Adolphe Sax, 37, 5500 Dinant
Titre alternatif : 
SAX Adolphe
Image : 
Monument Adolphe Sax – © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
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SCHMERLING Philippe-Charles

Monument Schmerling, 5 septembre 2001.
Réalisé à partir de la copie d’un buste de Léon Mignon.

Grâce aux recherches et aux découvertes de Philippe-Charles Schmerling (1790-1836), la Wallonie peut être considérée comme le berceau des recherches préhistoriques. Ses découvertes dans la deuxième grotte dite d’Engis, vers 1829-1830, le conduisent à étayer les bases vraiment scientifiques de l’ancienneté de l’espèce humaine. Schmerling est le premier à consigner cette théorie par écrit. Si la calotte crânienne humaine qu’il a découverte ne donne pas naissance à « l’homme engisien », elle ouvre la voie à l’affirmation et à la confirmation d’une thèse solide sur les origines de l’homme lorsqu’en 1856 est découvert l’homme de Neandertal. Le crâne I d’Engis remonte bien au Néolithique. Quant au 2e crâne découvert, examiné avec attention par le professeur Fraipont (1936), il s’agit bien de celui d’un enfant néandertalien…
Un monument se devait de rendre hommage à celui qui avait fixé les bases d’une nouvelle discipline, plus précisément à :

Ph.-C. SCHMERLING (1791 -1836)
Fondateur de la paléontologie humaine
Généreux médecin
Professeur de zoologie à l’Université de Liège

Dans le district de Liège, l’homme est contemporain
de l’ours des cavernes et de plusieurs espèces éteintes.
(Schmerling, 1833-1834)

Telle est la dédicace gravée sur une plaque de bronze qui est incrustée sur le bloc en calcaire brut qui sert de piédestal au buste de Schmerling. Aux Awirs, sur la commune de Flémalle, une large esplanade est en effet consacrée à l’illustre personnage dont Léon Mignon avait réalisé le buste pour l’Académie dans les années 1884-1885. À partir d’un modèle en terre approuvé par son commanditaire, Léon Mignon cisèle en effet dans le marbre les traits de l’anthropologue. Ce buste en marbre de 80 centimètres de haut se trouve dans la galerie des bustes de l’Académie. C’est sa copie conforme qui a été reproduite pour être installée un siècle plus tard à Flémalle.

Même si son œuvre la plus connue à Liège reste Li Toré, Léon Mignon (Liège 1847 – Schaerbeek 1898) n’est pas qu’un sculpteur animalier. Bénéficiaire d’une bourse de la Fondation Darchis, cet élève studieux de l’Académie des Beaux-Arts de Liège, qui fréquentait depuis son plus jeune âge l’atelier de Léopold Noppius, avait trouvé l’inspiration en Italie (1872-1876). Médaille d’or au salon de Paris en 1880 pour son taureau, il s’était installé à Paris (1876-1884) avant d’être contraint de venir habiter Bruxelles pour pouvoir  exécuter des commandes officielles du gouvernement : c’est l’époque de ses bustes, mais aussi de la statue équestre de Léopold II particulièrement remarquable, d’une série de bas-reliefs pour le Musée d’Art moderne de Bruxelles et le Musée des Beaux-Arts d’Anvers, ainsi que d’une Lady Godiva, sa dernière œuvre.

Signataire du buste de Schmerling, Mignon ne l’a pas connu. En effet, originaire de Delft où il était né en 1790, Schmerling est décédé jeune, à Liège, en 1836. Avec sa formation de médecin, il avait entamé sa carrière dans l’armée des Pays-Bas (1812-1816), avant de s’établir comme médecin civil à Venlo d’abord, à Liège ensuite où il s’établit en 1822. Il y a repris des études et défend sa thèse en 1825. Quatre ans plus tard, il est interrogé par un directeur de carrières à Chockier qui a découvert des ossements : Schmerling se passionne alors pour la question et explore une soixantaine de grottes autour de la Meuse et de la Vesdre, et en dresse une description approfondie. Entreprenant ses « excursions » entre deux visites de patient, il publie sans que l’intérêt capital de ses découvertes n’alerte la communauté scientifique de son temps. Membre de la classe des sciences de l’Académie de Belgique (1834), chargé du cours de zoologie à l’Université de Liège, co-fondateur de la Société des Sciences de Liège (1835), il disparaît en 1836 en laissant une riche collection d’ossements qui ne sera exploitée que bien plus tard.

Non loin de l’endroit où le monument Schmerling a été inauguré en 1989, se trouvaient, le long de la rue des Awirs, quatre grottes : l’une d’elles a disparu dans l’exploitation d’une carrière ; dans Li Trô Cwaheûr, Schmerling a découvert des ossements humains et d’animaux aujourd’hui disparus. En 1899, d’autres chercheurs ont exploré la quatrième grotte qui révéla l’existence d’une sépulture néolithique comprenant les restes de quatre individus. L’initiative du monument remonte à 1988 et en revient au professeur Hamoir du département de Paléontologie de l’Université de Liège, à l’absl « Science et Culture », et aux « Chercheurs de Wallonie ». Sous la conduite de la firme liégeoise Menchior, la pierre calcaire offerte par la société Carmeuse a été taillée par la maison Opsomer (Ivoz-Ramet) qui réalisa aussi la plaque. Si de hautes personnalités (notamment André Cools) assistent à l’inauguration, le monument est aussi un projet partagé par les habitants, notamment par ceux qui acceptèrent de concéder de leur terrain pour accueillir la pierre commémorative. Néanmoins, son emplacement initial, en contrebas de la cavité, n’est pas idéal ; en raison de l’importance de Schmerling, il est décidé d’accorder une meilleure visibilité à son monument qui est déplacé sur la place de l’Église Saint-Étienne (2001). Le projet est mené par les autorités communales et la Direction de l’Archéologie du MET, avec l’appui du Préhistosite de Ramioul et des initiateurs du projet en 1989. La nouvelle inauguration coïncide avec l’organisation du XIVe Congrès de l’UISPP-Union Internationale des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques (5 septembre 2001). Dans le même temps, les habitants du quartier se mobilisent autour d’un projet-mémoire (avec le soutien de Qualité-Village-Wallonie asbl).

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
http://www.trekearth.com/gallery/Europe/Belgium/Wallonia/Liege/Awirs/photo334414.htm
http://www.hermalle-sous-huy.be/fr/tourisme-hermalle.html (s.v. octobre 2013)
Léon FREDERICQ, Ph-Ch. Schmerling, dans Biographie nationale, t. XXI, Bruxelles, 1913, p. 728-734
Liliane HENDERICKX, Ph-Ch. Schmerling, dans Nouvelle Biographie nationale, t. III, p. 288-
Jacques VAN LENNEP, Les bustes de l’Académie royale de Belgique. Histoire et catalogue raisonné précédés d’un essai. Le portrait sculpté depuis la Renaissance, Bruxelles, Académie royale, 1993, p. 376-377
Willy LEMOINE, Léon Mignon, dans Biographie nationale, t. XXXIII, col. 491-493
Hugo LETTENS, Léon Mignon, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 504-508
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 231
Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996
Les Chroniques, Flémalle, commission historique, 2010 sur http://www.flemalle.be/ckfinder/userfiles/files/Philippe-Charles%20Schmerling,%20pr%C3%A9curseur.pdf  (s.v. mai 2014)
Michel TOUSSAINT, Les hommes fossiles en Wallonie, Carnets du Patrimoine, n°33, Namur, 2001
Michel TOUSSAINT, Déplacement du monument Schmerling, dans Chronique de l’archéologie wallonne, Namur, Ministère de la région wallonne, 2002, n°10, actualité archéologique 2001, p. 99-101

Monument Schmerling – © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

 

 

Monument Schmerling

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Adresse : 
Les Awirs au pied des grottes, 16 décembre 1989 ; place de l’Église Saint-Étienne, 4400 Flémalle
Titre alternatif : 
SCHMERLING Philippe-Charles
Image : 
Monument Schmerling – © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
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DE PRÉMOREL Adrien

Mémorial Adrien de Prémorel, réalisé par Alfred Leroy, 28 septembre 1968.

L’endroit est champêtre. Depuis quelques dizaines de mètres, la route nationale reliant Virton à Arlon s’est éloignée et l’on emprunte la rue Bakèse qui conduit à Bleid. À peine entré dans le bois de Bakèse, apparaissent de part et d’autre de la chaussée deux monuments. Celui de gauche est dédié à Arnoul de Briey ; celui de droite à Adrien de Prémorel (1889 - 1968). Un bas-relief en bronze représente le profil droit de ce « chantre de nos bois et de nos campagnes », passionné par la vie des animaux ; chapeau sur la tête, de Prémorel semble observer l’environnement immédiat, tenant sur l’épaule un fusil. Sous le bas-relief, sur une plaque en marbre blanc ont été gravés les mots de la dédicace :

ADRIEN
DE PREMOREL
CHANTRE DE NOS FORETS
1889 – 1968

S’il naît à Bruxelles en 1889, Adrien de Prémorel passe l’essentiel de son temps en Gaume, en Ardenne, puis en Famenne. Depuis le milieu du XIXe siècle, sa famille possède le petit château de Bleid et c’est dans l’atmosphère des forêts et des châtelains-chasseurs que se déroule sa jeunesse. Après des études secondaires, Adrien de Prémorel bénéficie d’un niveau de vie qui lui permet de vivre de ses rentes, tout en se consacrant à la chasse et à l’écriture. Après diverses publications où déjà se mêlent ses passions pour la chasse, la pêche, les plantes et les animaux, il publie en 1931 un premier ouvrage qui fait date. Sous le signe du martin-pêcheur, préfacé par Thomas Braun, sera suivi, en 1935, par Cinq histoires de bêtes pour mes cinq fils et, en 1959, par sept récits de Nouvelles histoires de bêtes qui constituent les trois ouvrages majeurs de l’écrivain de la nature. Contraint à réduire son train de vie dès le milieu des années 1930, de Prémorel doit renoncer à habiter en Ardenne ; mais il quitte fréquemment son appartement bruxellois pour s’immerger dans « son » Luxembourg, où il continue à partager son temps en parties de chasse ou en réunions de l’Académie luxembourgeoise, dont il est membre et qu’il préside de 1966 à 1968. Promoteur de la cérémonie de la « Bénédiction de la Forêt » à Saint-Hubert, il est devenu, après la Libération, le rédacteur en chef de la revue Chasse et pêche où il signe la quasi-totalité des articles. Il tient aussi une chronique « nature » dans les pages du journal Le Soir. Cet exercice régulier d’écriture lui donne matières à d’autres livres : Au beau domaine des bêtes (1956), Dans la forêt vivante (1959), Le vrai visage des bêtes (1962).
Pour honorer cet enfant du pays qui l’illustra si bien, un comité regroupant différentes académies et associations prend l’initiative de lui construire un monument, avec le soutien des autorités communales de Virton. Le projet se concrétise très rapidement, puisque le monument est inauguré le 28 septembre 1968, soit sept mois jour pour jour après le décès d’Adrien de Prémorel. Bâti en arc de cercle, en grès de Buzenol et pierres de Grandcourt, le monument est implanté dans un décor correspondant parfaitement à l’état d’esprit du personnage représenté dans un médaillon de bronze. « Fernand Leroy est l'auteur des plans du monument, M. Edon, entrepreneur à Signeulx, en est le réalisateur. Quant au médaillon de bronze, il est l'œuvre d'Alfred Leroy ».
Originaire de Chiny, Alfred Leroy a 12 ans quand éclate la Seconde Guerre mondiale. Dix ans plus tard, il entre à l’École royale militaire et fait une carrière militaire. Parallèlement, il est attiré par l’expression artistique et suit une formation en céramique et en sculpture à l’Académie de Cologne au milieu des années 1950. Touche à tout, il s’essaye à différents styles esthétiques et pratique autant la sculpture, la peinture, la gravure que la céramique. Fondateur et président de la confrérie des « Amis du pays de Chiny », il préside aussi pendant plusieurs années l’École des Beaux-Arts de Chiny, ainsi que le groupement des Luxembourgeois de Bruxelles où s’est installé ce colonel. Artiste signant ses œuvres « Fred Leroy » ou « Alleroy », Alfred Leroy est aussi écrivain, poète et historien, se consacrant à des sujets relatifs au passé et aux traditions du pays de Chiny. À l’époque où il signe le médaillon « de Prémorel », il publie plusieurs guides touristiques sur la région du Chiers et de la Semois.

Frédéric KIESEL, dans Nouvelle Biographie nationale, t. II, p. 121-123
La Vie wallonne, II, 1949, n°246, p. 118
La Vie wallonne, IV, 1962, n°300, p. 305-306
La Vie wallonne, IV, 1982, n°380, p. 273
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 68
http://www.servicedulivre.be/sll/fiches_auteurs/l/leroy-alfred.html (s.v. avril 2014)
Informations communiquées grâce au Syndicat d’Initiative de Virton et à madame Françoise Fincœur.
Informations communiquées par Jean-Luc Duvivier de Fortemps

Mémorial Adrien de Prémorel

Mémorial Adrien de Prémorel

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Adresse : 
à droite de la rue de Bakèse en se dirigeant vers Bleid – 6760 Virton (Bleid)
Titre alternatif : 
DE PRÉMOREL Adrien
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Mémorial Adrien de Prémorel
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DE PAEPE César

Sgraffite César de Paepe, réalisé par Paul Cauchie, circa décembre 1902.

À hauteur de la place du Peuple, à Pâturages, à l’entrée de la rue de la Libération, deux sgraffites sont intégrés dans la décoration de la façade de la Maison du Peuple ; ils représentent César de Paepe et Alfred Defuisseaux. La présence de bas-reliefs ou de sculptures n’est pas rare sur la façade des Maisons du Peuple de Wallonie, mais le plus souvent elles évitent de représenter des personnalités historiques, privilégiant les ouvriers, des Marianne au bonnet phrygien ou des allégories. Avec les trois personnalités du mouvement socialiste de la Maison du Peuple d’Ollignies, les César de Paepe et Alfred Defuisseaux  explicitement illustrés à Pâturages constituent donc une rareté. Nettement plus discrets que l’imposant Triomphe du Travail qui décore l'arcade aveugle de la travée centrale, les deux sgraffites sont insérés latéralement, chacun dans un médaillon, et représentent le visage l’un de César de Paepe, l’autre d’Alfred Defuisseaux, avec leur nom qui surmonte leur portrait. Ces dessins gravés dans du mortier coloré, typiques des façades Art Nouveau, ont progressivement perdu de leur éclat, depuis leur inauguration au tout début du XXe siècle.
Les trois sgraffites sont l’œuvre de Paul Cauchie (Ath 1875 – Etterbeek 1952) qui n’en est alors qu’à ses tout débuts. Après avoir entamé des études d’architecture à l’Académie d’Anvers, il s’est réorienté vers la peinture. Dans la dernière décennie du XIXe siècle, il fréquente l’Académie de Bruxelles (1893-1898). Élève de Montald, Cauchie s’initie à une technique redécouverte en tant que manière de décorer tant en extérieur qu’en intérieur, le sgraffito. Influencé par l’École de Glasgow, en particulier par Mackintosh, Cauchie est un décorateur indépendant (à partir de 1896) qui s’impose comme un représentant de l’Art Nouveau. Sa propre maison (il s’est installé rue des Francs à Etterbeek vers 1904) est une sorte de manifeste de son engagement artistique. Sa réputation ne cessera de croître jusqu’à la Grande Guerre, mais il n’est encore qu’un tout jeune artiste lorsqu’il réalise la décoration de la Maison du Peuple de Pâturages. À la tête d’une « Entreprise générale de Décoration en Sgraffito pour Façades et Intérieurs », il signera des centaines de ces décorations caractéristiques dans les communes de l’arrondissement de Bruxelles, à La Haye (pendant la Grande Guerre), mais aussi dans de nombreuses villes de Wallonie.
La raison pour laquelle Cauchie représente César de Paepe (Ostende 1842 – Cannes 1890) sur la façade de la Maison du Peuple de Pâturages est liée au rôle majeur joué par ce dernier dans le mouvement socialiste durant la deuxième moitié du XIXe siècle. Typographe, correcteur d’imprimerie par nécessité, de Paepe a mené en parallèle des études universitaires qui lui permettent de décrocher un diplôme de médecine. Exerçant sa nouvelle profession auprès de patients de conditions sociales difficiles, il poursuit une action politique qu’il a entamée dès son adolescence, et ce en dépit d’une santé personnelle chancelante. Actif à Gand dans une série de cercles et associations, il est particulièrement séduit par les idées des socialistes français, en particulier celles de P-J. Proudhon. Délégué belge à l'Association internationale des Travailleurs (Londres, 1864), César De Paepe se fait rapidement un nom au niveau européen par la qualité de ses interventions et de ses rapports. S’éloignant du proudhonisme, il contribue à l’émergence d’un socialisme belge qui prend la forme du POB, en 1885, nouveau parti auquel il donne le nom. Défenseur de la libre pensée, auteur prolixe, César De Paepe est « sans conteste la figure la plus marquante du mouvement socialiste belge à ses débuts » (Delsinne), même si dans le Hainaut, et le Borinage en particulier, on insiste surtout sur l’action d’Alfred Defuisseaux, souvent opposé à de Paepe quant à la forme de la stratégie à adopter. Les deux hommes sont justement représentés par Cauchie… L’équilibre et la symétrie qui prévalent sur la façade de la Maison du Peuple de Pâturages sont donc davantage artistiques que le reflet de leurs positions politiques.

François FONCK, Les Maisons du Peuple en Wallonie, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2010, p. 50, 78, 143
Guy DESSIEY (dir.), Paul Cauchie. Architecte. Peintre. Décorateur, Bruxelles, éd. Cauchie, 1994
http://www.cauchie.be/maison-cauchie/restauration/historique (s.v. juin 2014)
Léon DELSINNE, César de Paepe, dans Biographie nationale, t. 30, col. 647-653
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 199

Sgraffite César de Paepe

Sgraffite César de Paepe

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Carte : 
Adresse : 
1 place du Peuple – 7340 Pâturages
Titre alternatif : 
DE PAEPE César
Image : 
Sgraffite César de Paepe
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DEMARTEAU Gilles

Buste Gilles Demarteau, réalisé par Berthe Centner, 28 juillet 1923.

En 1907 déjà, un buste dédié au peintre Léon Philippet avait été inauguré dans le parc de la Boverie, à deux pas du palais construit pour l’Exposition universelle de 1905. En juillet 1923, un deuxième buste est inauguré. Il est destiné à commémorer Gilles Demarteau (1722-1776), considéré comme un graveur ayant acquis une grande renommée à Paris au XVIIIe siècle. L’initiative en revient à l’Œuvre des Artistes, présidée par Hogge, qui remet à la ville de Liège le buste en bronze coulé, dû à Berthe Centner. Adossé à la façade principale du Palais des Beaux-Arts, le buste (70 cm) est posé sur une stèle de style Louis XV, en pierre d’Euville. Sobrement était mentionné sur la stèle :

« Gilles Demarteau. 1722-1776 »

Pour l’inauguration en 1923, le tout Liège est présent, bourgmestre, parlementaires, échevins, professeurs d’université, militaires, consul de France, ainsi que des artistes, dont Berthe Centner. Recevant le buste officiellement au nom de la ville de Liège, l’échevin des Beaux-Arts, Olympe Gilbart, exprime le vœu de voir le parc de la Boverie « s’enrichir d’autres monuments rappelant les titres de Liégeois qui s’illustrèrent aux différentes époques dans le domaine des arts et des lettres ».
Peu connue, la Verviétoise Berthe Centner (Lambermont 1866 – Verviers 1950)) s’était distinguée avant la Grande Guerre par ses bustes ; elle avait participé à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1910 et à plusieurs Salons de cette époque, et elle avait réalisé le buste de Gilles Demarteau pour une exposition sur le graveur de Louis XV, organisée – déjà – par l’Œuvre des Artistes, avec le soutien de la ville de Liège et le concours de collectionneurs. Cette exposition s’était tenue à Liège, de juin à septembre 1912. La ville avait acheté le buste en plâtre à Berthe Centner (il se retrouvera dans les collections du Musée de l’Art wallon). Dans le même temps, avait été émise l’idée de commander un buste en marbre ou en bronze, afin de le placer dans un square de Liège, une fois l’exposition terminée. La décision semble même avoir été prise dès le mois d’août 1912 et le parc de la Boverie est déjà choisi pour l’accueillir. Les événements internationaux ne permettent cependant pas de concrétiser rapidement ce projet. L’Œuvre des Artistes n’y renonce pas et, en 1923, celle qui est membre du Cercle des Beaux-Arts de Liège peut assister à l’inauguration d’un monument qui trouve place dans le plus beau parc de la Cité ardente. En 2014, force est de constater que le buste et le socle ont disparu sans laisser de trace.
Contemporain d’André-Modeste Grétry, Gilles Demarteau (1722-1776) a marqué le XVIIIe siècle français par des estampes particulièrement appréciées. Issu d’une famille de maîtres armuriers liégeois, il  bénéficie de l’enseignement de J-B. Coclers avant de rejoindre Paris, où il rejoint son frère (circa 1740). Sa famille semble en effet posséder à Paris une boutique d’orfèvrerie établie sur le quai éponyme. Excellant dans son art, Demarteau entre à la Monnaie de Paris en 1762, en qualité de graveur-ciseleur juré. À côté de cet emploi au service du royaume de France, Demarteau développe une production propre comme graveur d’estampes (1751-1776). La technique qu’il a mise au point lui assure renommée et reconnaissance : appelée « la gravure en manière de crayon », elle consiste, au moyen d’outils spéciaux (dont la roulette), à produire des fac-simile de crayon qui ont l’apparence exacte de l’original. Selon certains auteurs, Demarteau est l’inventeur de la technique en question, mais d’autres la lui contestent (l’attribuant au Nancéen Jean-Charles François). Nul ne peut toutefois lui enlever le mérite d’avoir porté le procédé à la perfection. En 1766, Gilles Demarteau est agréé à l’Académie et en 1769, il est reçu comme Académicien. Ses gravures d’après Boucher et Cochin font tourner la tête au tout Paris : ses mécènes et protecteurs se font nombreux. Il reproduit aussi des œuvres de Watteau et de Fragonard. En 1770, il est nommé graveur des dessins du Cabinet du roi. À son décès, en 1776, il avait atteint le sommet de sa gloire. Après être tombée quelque peu dans l’oubli au XIXe siècle, l’œuvre de Demarteau est redécouverte au début du XXe siècle quand l’art du XVIIIe siècle revient à la mode. Quelques-unes de ses gravures suscitent l’admiration lors d’une exposition à Paris en 1906. C’est cependant dans sa ville natale que, sous le patronage de la ville, la Bibliothèque centrale expose plus de 200 gravures de Gilles Demarteau et de son neveu, Gilles-Antoine.

La Vie wallonne, 15 août 1923, n°XXIX, p. 580-581
La Vie wallonne, I, 1977, n°357, p. 26-29
La Belgique artistique et littéraire, juillet-septembre 1912, n°82-84, p. 113
L’Art moderne, 25 août 1912, n°34, p. 269
Cor ENGELEN, Mieke MARX, Dictionnaire de la sculpture en Belgique à partir de 1830, Bruxelles, août 2006, t. I, p. 480
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Buste Gilles Demarteau

Buste Gilles Demarteau

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parc de la Boverie – 4020 Liège
Titre alternatif : 
DEMARTEAU Gilles
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Buste Gilles Demarteau
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