Charleroi

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Marc Feulien : l'arc

L’intégration de Marc Feulien à la maison du bailli est une œuvre très simple, dépouillée, abstraite mais riche de portée symbolique. Disposant d’un mur grand mur blanc et aveugle, traversé et coupé visuellement par une passerelle reliant les premiers niveaux des édifices anciens et modernes, Marc Feulien a travaillé sur le rituel du passage, préoccupation dans son travail depuis les années nonante. Non loin, à l’Eden, Centre Culturel régional, le plasticien avait exploité cette thématique pour une intégration commandée lors de travaux de rénovation de la salle de spectacle. Il s’agissait là de la traversée de systèmes cubiques. Ici, Marc Feulien insère, dans l’épaisseur du mur, un encadrement carré rouge. L’idée de passage a lieu dans l’image formée sur le mur, comme si le spectateur pénétrait dans le paysage abstrait mais aussi plus concrètement d’un lieu vers un autre. Le quart supérieur gauche du quadrangle est détaché du mur, perpendiculairement, afin d’obtenir une section en « L » renversé, surplombant la passerelle. Visuellement, lorsque l’on entre dans l’espace d’accueil, l’œil reconstitue le carré initial, il discerne aussi l’orientation vers l’ancien édifice que suggère la partie en décrochage.

Ici, le travail sur le bois laqué étonnera les amateurs de l’œuvre de Marc Feulien. Céramiste de formation, celui-ci a constamment exploité les effets de matière et de texture. Dans ses céramiques, ses pierres taillées et ses fontes, il s’est largement inspiré des tonalités et des matériaux qu’il trouvait dans les paysages industriels de sa région natale. Ici, le choix du rouge laqué s’est opéré par contraste. Le rouge primaire, choisi également pour le mobilier métallique, marque la scission entre le passé et le présent, il parvient à la même perfection en terme de traitement industriel que les autres matériaux utilisés dans l‘architecture (acier inoxydable, pierre polie…). Cependant, dans l’esprit de Marc Feulien, l’analogie entre la terre et le carré reste évidente. Le carré est le symbole du lieu idéal, sa propre synthèse spatiale du paysage.

Le site : l’ancienne maison du Bailli à Charleroi - "espace Wallonie"

Comme la plupart des cités industrielles de Wallonie, Charleroi compte parmi ces villes dont les centres historiques ont connu de profonds bouleversements au XIXe siècle. De la forteresse du XVIIe siècle, démantelée en 1868, il ne subsiste que peu de vestiges, sinon un tracé significatif des rues de la Ville Haute. Parmi ces témoins du passé, il subsiste la maison du bailli, érigée en 1780 et située aujourd’hui au n°3 de la rue Turenne.

Sa façade, tournée vers l’un des côtés de l’hôtel de ville art déco (1936), est typique du style Louis XVI. L’intérieur comme l’extérieur ont fait l’objet de travaux de restauration importants en 2000.

À l’arrière de l’édifice, après avoir procédé à la démolition de plusieurs immeubles, une communication a été établie sur une place publique et un passage pédestre vers la plus importante artère commerciale de la Ville. Une extension contemporaine à la maison du Bailli a été construite d’après les plans de l’architecte Jean-Michel Autenne.Un intéressant contraste entre les façades a été ainsi créé. On retrouve d’un côté, l’édifice avec deux niveaux, son entrée axiale sous une allège millésimée 1780, un parement de briques enduites sur un soubassement en pierre calcaire ; de l’autre, une façade résolument contemporaine de verre et d’acier inoxydable. Entre ces deux univers, l’espace intérieur de la nouvelle construction profite d’une cour intérieure pour gérer le passage de l’ancien édifice vers le nouveau. C’est donc autour de ce vide central qu’est organisé, tout en transparence, le nouveau hall de lEspace Wallonie de Charleroi et de l’Agence wallonne à l’exportation (Awex). C’est là, au cœur de l’espace public que se situe, sur un mur de briques enduites de 5 x 9 m, l’intervention de Marc Feulien.

Adresse : rue de France, 3 6000 Charleroi

Conditions d'accès : l'espace Wallonie vous accueille du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h 00.

Contact : 071 20 60 80

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Naos Atelier

Le hall d’accueil de cette antenne des services régionaux à Charleroi a été entièrement aménagé par le bureau de design liégeois Naos Atelier. L’un de ses fondateurs, Pierre Jeghers a cherché une dimension poétique plus très forte à cet espace de 50 m² destiné à accueillir les visiteurs. Parce que l’intégration artistique prenait place dans un imposant édifice dont l’architecture ne rappelait pas particulièrement la personnalité de la ville, le hall voulait d’emblée la relater plus intimement.

Naos Atelier s’est d’une part chargé de réaliser le mobilier, comme il l’aurait fait pour tout autre espace d’accueil, mais en donnant d’autre part une dimension narrative très marquée par la présentation de cliché photographiques.

L’idée maîtresse de cette intégration est de contrarier la fonction de cet espace, initialement conçu comme un lieu de passage, par le présentation d’un album photo, un livre ouvert sur le passé, rempli d’images de gens qui ont façonné l’histoire de la cité. Naos Atelier a réalisé ce choix d’images qui interpellent au sein des collections du Musée de la Photographie de Charleroi. Monde ouvrier dans sa dimension naturaliste et poétique, exil des travailleurs italiens en Wallonie, paysages industriels nocturnes… tels sont quelques-uns des sujets des photographies de Roger Anthoine, Herman Chermanne ou Jean-Louis Sieff, visibles dans le hall. Loin des images clichées du Pays noir, à l’encontre d’une vision misérabiliste, c’est le caractère humain et généreux de la ville qui est constamment exploré. En provoquant une trace émotionnelle qui incite à marquer un temps d’arrêt, l’espace devient autonome, hors du temps, déconnecté des réalités contemporaines. Les photographies sont placées sur trois bornes faisant songer à des colonnes Morris ou sur les murs vierges. Les images sont imprimées sur des films transparents couleurs sépia façon diapositives ou sur des supports papiers traditionnels. Des phrases de l’historien Carl Havelange prolonge le contenu visuel.

Quant au mobilier, entièrement en bois (merbau), chaleureux et sobre, il trouve la meilleure adéquation entre l’esthétique inhérente aux matériaux traditionnels et les technologies nouvelles qui les mettent en œuvre. Cet équilibre est l’un des leitmotive du travail de Naos Design.

Le site : l’îlot de l’Écluse à Charleroi - Services extérieurs du SPW xxx de la direction générale des Routes et Bâtiments, de la direction générale de l'Agriculture, des ressources naturelles et de l'Environnement et de la direction générale de l'Aménagement du Territoire, du Logement, du Patrimoine et de l'Energie Actualiser

Le complexe administratif de l’îlot de l’Écluse regroupe divers services régionaux. Ce quartier au bord de la Sambre, situé entre les rues de l’Écluse, de Marcinelle et le quai de Brabant, a connu de profondes transformations au cours des années 1990. On est bien loin de l’époque où un pont et une écluse donnaient des accents pittoresques au lieu. Dès les années 1930 déjà, le cours initial de la Sambre fut modifié pour céder sa place à l’un des principaux boulevards de la Ville basse – le boulevard Joseph Tirou. Aujourd’hui, c’est le pont de la Résistance qui sépare ce quartier du centre de la commune de Marcinelle. Paysage urbain éclectique, prédominé par l’industrie lourde, une gare tentaculaire, un périphérique en viaduc, un quai de Sambre avec ses bâtisses patriciennes art déco et ses immeubles à appartement modernistes, une statuaire de Constantin Meunier (1903), etc., les abords de l’îlot de l’écluse constituent l’un des lieux les plus contrastés de Wallonie.

Réalisation des Sociétés interprofessionnelles d’architectes Dooms en collaboration avec le bureau Nokerman, le complexe immobilier de l’îlot de l’Écluse s’étend sur 14 000 m². Sa sobriété est celle qui caractérise différents édifices érigés par le Service public de Wallonie, à Jambes notamment.

Adresse : rue de l'Écluse, 22  6000 Charleroi

Conditions d'accès : hall d'entrée accessible aux heures de bureau

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Dominique Bonsang : un jardin de transition

Concevoir un jardin destiné à accueillir des sculptures des artistes "différenciés" du Créahm et situé entre des bâtiments à l'architecture contemporaine classique était une tâche difficile ! Autant essayer de concilier, l'informel et le formel, l'irrationnel et le rationnel. Ce pari, l'architecte paysagiste, Dominique Bonsang, l'a pourtant relevé, lors de la conception du jardin de plantations de l'Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (AWIPH), où prennent place les êtres imaginaires du fabuleux "zoo" inventé par les artistes du Créahm.

Un réseau d'allées rectilignes découpe l'espace de manière à faciliter les déplacements. Mais l'itinéraire amène invariablement les passants à circuler autour d'une fontaine centrale en forme de pyramide. Celle-ci concrétise symboliquement le glissement imperceptible de l'organisation rationnelle du jardin vers le monde irrationnel des sculptures. Les oeuvres sont entourées d'écrins de verdure qui forment des enclos, à la géographie informelle, qui assurent une transition entre l'esprit des sculptures et celui de l'architecture du bâtiment. La traversée du parc se mue alors en une promenade surprenante à travers un monde fantastique.

Le site : le site Saint Charles à Charleroi - Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées (AWIPH)

Depuis 1994, la Région wallonne est compétente pour certaines matières relatives à la politique en faveur des personnes handicapées. C'est pourquoi, par un décret de son conseil régional, daté du 6 avril 1995, elle a créé l'Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées (AWIPH). Dans la foulée, le Gouvernement wallon a également décidé d'ériger le siège de cette nouvelle institution sur le site Saint-Charles, à Charleroi.

Le ministre régional wallon de l'Action sociale, Willy Taminiaux, a alors suggéré d'insérer des oeuvres d'artistes handicapés mentaux, sur ce nouveau site. Il a confié au centre liégeois d'accompagnement aux handicapés mentaux adultes, Créahm (Création - Handicap mental), le soin de coordonner ce projet qui doit, toujours selon la volonté d'ouverture du ministre, impliquer d'autres institutions de ce type, établies en Wallonie.

La Commission des arts de la Région wallonne a alors été chargée d'assurer la bonne implantation de ce parc de sculptures et d'organiser un concours, afin de choisir un projet d'architecture paysagère pour conformer le jardin à ces nouveaux occupants ! C'est à l'architecte paysagiste Dominique Bonsang (bureau Verazur) qu'a été confiée cette délicate mission.

Adresse : rue de la Rivelaine, 21 6061 Charleroi

Conditions d'accès : zone de jardin accessible sans restriction

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VIESLET Yvonne

Monument Yvonne Vieslet, réalisé par le sculpteur Patris de Marchienne, 29 juillet 1956 – 16 juillet 2010.

Le nom d’Yvonne Vieslet (Monceau-sur-Sambre 1908 – Marchienne-au-Pont 1918) est associé à un épisode dramatique de la Grande Guerre dans le pays de Charleroi. Après avoir survécu aux privations et aux souffrances des quatre années de guerre, Yvonne Vieslet est une petite fille de dix ans qui, en toute innocence, est victime de la folie meurtrière des « grands ». En octobre 1918, les soldats allemands sont en pleine débandade. Dans leur repli, ils maintiennent prisonniers des soldats français et un camp de passage a été aménagé à Marchienne-au-Pont. Après la distribution de couques et de pains aux élèves de l’entité grâce à l’intervention du Comité de Secours local, la petite fille passe à proximité du camp et est émue par l’état des prisonniers. En dépit d’une interdiction, elle propose sa couque à un détenu et la sentinelle allemande de faction tire dans sa direction, la touchant mortellement.
Le récit de ce drame fait rapidement le tour du pays de Charleroi, confortant l’animosité et l’exaspération à l’égard de ceux qui occupent le territoire depuis quatre ans. Alors que l’Armistice approche, l’événement prend une dimension internationale. À titre posthume, le président français Raymond Poincaré décerne la médaille de la Reconnaissance française en argent (1919). Les écrits se multiplient (poèmes ou récits), apportant toujours davantage de précisions... Une médaille commémorative est frappée ; des milliers de photographies de la petite victime sont vendues ; les autorités communales de Marchienne-au-Pont et de Monceau-sur-Sambre attribuent à une rue le nom d’Yvonne Vieslet et une souscription publique contribue à l’élévation d’un premier monument, rue de Châtelet, à Marchienne-au-Pont, à l’endroit même où la petite fille a été tuée. Dès 1919, une plaque commémorative a été apposée dans la cour de l’école de Monceau-sur-Sambre. En 1956, un second monument voit le jour, à Monceau, devant l’école fréquentée par la petite Vieslet, rue Ferrer. Il est inauguré une semaine à peine avant que ne survienne la catastrophe de Marcinelle.
L’émotion provoquée par la mort violente de la petite Yvonne a-t-elle masqué la réalité des événements ? Dans un ouvrage publié en 1984, Claude Daubanton s’appuie sur le témoignage d’un témoin pour donner une version différente des faits qui se sont déroulés le 12 octobre 1918. Il y avait bien des soldats français retenus prisonniers dans la cour du Cercle Saint-Édouard, à Marchienne. Depuis la rue, les passants observaient la tension manifeste qui opposait les prisonniers épuisés et les Allemands en déroute, chacun éprouvant les mêmes difficultés pour se nourrir. Un quignon de pain jeté depuis la rue atterrit dans la cour et sème le trouble entre détenus et geôliers. La sentinelle allemande qui repousse violemment un prisonnier français est prise à partie verbalement par les Carolorégiens. Sentant la tension monter, un soldat tire pour disperser la foule et la balle atteint mortellement la jeune Vieslet. Il n’y avait par conséquent pas intention manifeste de la part du soldat allemand.
Quoi qu’il en soit, la population reste attachée à la mémoire de l’événement, quelle qu’en soit la version. On en veut pour preuve une mobilisation de citoyens pour remplacer la statue de Monceau dérobée en 2007, probablement en raison de la valeur de son métal… Œuvre d’Ernest Patris (1909-1981), l’originale pesant plusieurs dizaines de kilos ne sera jamais retrouvée. En 2010, une œuvre similaire est réalisée par Fabrice Ortogni en polyester. Elle est inaugurée le 16 juillet 2010.
Sculpteur et céramiste, le Gembloutois Ernest Patris venait de créer un atelier de poterie à Marchienne-au-Pont (1952), où il commençait aussi à couler le bronze et l’étain (1955), lorsqu’il est sollicité pour réaliser la statue d’Yvonne Vieslet. Diplômé de l’Université du Travail où il a suivi des cours de dessin technique, de modelage et de fonderie, Patris avait appris seul à modeler la terre glaise dans l’Entre-deux-Guerres, période où il était ouvrier aux ACEC. Des cours d’anatomie qu’il avait suivis à l’Académie de Gand et de fonderie à l’École professionnelle de Gilly, il avait retenu les principes qui lui permettraient de réaliser des bustes et des portraits d’autant plus appréciés que son amitié avec James Ensor lui apporta un savoir-faire supplémentaire. Ses modèles étaient autant les enfants que les ouvriers mineurs et même si, comme nombre de statuaires de sa génération, les monuments aux victimes des deux guerres constituent une partie de son activité, il réalise une œuvre personnelle originelle qui s’enrichit aussi de tableaux. Fin observateur de la société et de scènes de vie, Ernest Patris s’essaya à diverses techniques tant en peinture qu’en sculpture. Sa réputation ayant dépassé les frontières du pays de Charleroi, il expose à de nombreuses reprises à l’étranger, où il est maintes fois récompensé. En Suisse, il signe le monument Interflora et on lui doit encore un buste de l’abbé Pierre et de Roberto Benzi.
Ayant appris le métier dans la fonderie familiale Walcast à Gosselies, Fabrice Ortogni a étudié le design industriel à La Cambre, avant de se lancer dans une activité qui allie technique et créativité. Designer industriel, « jonglant avec la coulée des aciers inoxydables et les alliages spéciaux pour réaliser des moules » qui lui sont commandés sur le marché international, le directeur de Corsair s’est porté candidat quand les autorités carolorégiennes ont sollicité une entreprise capable de reproduire presqu’à l’identique la statue en bronze de Vieslet réalisée par  Patris et dérobée un demi-siècle après son inauguration. Avec un procédé de fabrication innovant, Ortogni a ainsi mis les nouvelles technologies (polyester imitation bronze) au service du passé, et rendu au quartier de Monceau son monument Vieslet.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse (dont L’Avenir, 30 mai 2009 et 17 juillet 2010)
Louis GOFFIN, Yvonne Vieslet, Monceau-sur-Sambre, Collet, 1956
http://www.bel-memorial.org/cities/hainaut/marchienne-au-pont/marchienne-au-pont_monument_yvonne_vieslet.htm (s.v. juillet 2015)
http://www.galeriedupistoletdor.com/gdpo/sculpture/Patris.htm
http://www.walcast.be/glass_moulding.html
http://www.corsair-co.com/
http://www.charleroi-decouverte.be/index.php?id=113 (s.v. juin 2015)
Claude DAUBANTON, Royale Feuille d’Etain de Marchienne-au-Pont, Marchienne-au-Pont, 1984
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 260

 

Monument Yvonne Vieslet (Monceau)

Monument Yvonne Vieslet (Monceau)

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rue Ferrer – 6031 Monceau
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VIESLET Yvonne
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Monument Yvonne Vieslet (Monceau)
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PASTUR Paul

Statue à la mémoire de Paul Pastur, réalisée par Alphonse Darville, 28 octobre 1950.

Au cœur du piétonnier qui longe les bâtiments de l’Université du Travail, une imposante statue en bronze représentant Paul Pastur (1866-1938) rend hommage à celui qui contribua à la fondation de l’établissement scolaire et fut, pendant de longues années, un bâtisseur tant à Charleroi que dans la province du Hainaut, préoccupé aussi par la question wallonne. Réalisé par Alphonse Darville à la demande de la province du Hainaut, le monument a été inauguré en octobre 1950, quelques semaines à peine après la fin de la Question royale.
Avocat au barreau de Charleroi, grand ami de Jules Destrée, Pastur resta marqué toute sa vie par les événements sociaux de 1886 et se fera le défenseur acharné du suffrage universel et de législations sociales favorables aux travailleurs. Dirigeant du POB naissant, échevin de Charleroi entre 1896 et 1900, il n’acceptera que des mandats à l’échelon provincial : de 1900 à 1938, il est l’un des députés permanents du Hainaut et, à ce titre, consacre ses meilleurs efforts pour démocratiser l'enseignement et la culture, et pour favoriser une société des loisirs qui contribue à l’émancipation des individus. Initiateur de l'École industrielle supérieure provinciale (1903) qui devient l'Université du Travail en 1911, au moment de l’Exposition internationale de Charleroi, il est considéré comme le père de cet instrument destiné à former une main d’œuvre qualifiée pour l’industrie en pleine expansion. De Paul Pastur, on retient aussi volontiers qu’il introduit en Hainaut, sur l'exemple américain, une fête des mamans, le dernier dimanche de mai (1927), qui deviendra nationale dix ans plus tard. Il consacre aussi une attention particulière à l’obtention puis à l’amélioration de loisirs pour les travailleurs (temps de travail, infrastructures, etc.).
La réalisation du monument Pastur a été confiée à Alphonse Darville (1910-1990). Né à Mont-sur-Marchienne en 1910, formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, le jeune Darville a bénéficié très tôt de la confiance de ses contemporains, en particulier de celle de Jules Destrée et de Paul Pastur. À 20 ans, il était encore fort peu connu quand il s’était vu confier la réalisation du buste de Pierre Paulus. Ce n’est que l’année suivante, en 1931, que Darville recevra le Prix Godecharle puis, en 1935, le Premier Grand Prix de Rome. Co-fondateur de L’Art vivant au pays de Charleroi (1933), attaché à la promotion de la création artistique en Wallonie, co-fondateur de la section de Charleroi de l’Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie (1945), Darville contribue aussi à la création de l’Académie des Beaux-Arts de Charleroi, qu’il dirige de 1946 à 1972. En 1951, il signe l’insolite monument au pigeon-soldat qui trouve place dans le parc Astrid de Charleroi.
En 1950, le monument que Darville consacre à Pastur est l’un des plus spectaculaires, en tout cas l’ensemble est l’un des plus grands jamais réalisés par l’artiste. À l’arrière de la statue en bronze d’un Paul Pastur qui se tient debout, tenant son chapeau de la main droite, s’élève une sorte de tour de près de 10 mètres de haut sur laquelle sont délivrés plusieurs messages. D’abord, au-dessus de la statue elle-même, apparaît la mention :

PAUL PASTUR
1866 – 1938
AVOCAT
DEPUTE PERMANENT
FONDATEUR DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
DU HAINAUT
PRÉSIDENT DE L’UNIVERSITÉ DU TRAVAIL
1902 – 1938

Au sommet de cette face de la tour, est gravé le sigle de l’UT. Sur les faces latérales, Darville a donné libre cours à son inspiration pour réaliser une allégorie de la jeunesse et de la culture ; à l’arrière, le blason de la province est gravé dans la pierre, avec la mention

A PAUL PASTUR
LE HAINAUT RECONNAISSANT
INAUGURE LE 28 – 10 – 1950

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse dont La Nouvelle Gazette, le Journal et Indépendance, 15 juillet 1991
Jacques GUYAUX, Paul Pastur, la grandeur du Hainaut, Bruxelles, éd. Labor, Institut Destrée, Fonds Pastur, 1978, p. 115-116
Paul DELFORGE, Paul Pastur, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1240-1241
Geneviève ROUSSEAUX, Alphonse Darville sculpteur, Charleroi, Institut Jules Destrée, 1982, coll. « Figures de Wallonie »
Alphonse Darville : 60 [soixante] années de sculpture, catalogue d’exposition, 20 novembre 1982 - 16 janvier 1983, Jean-Pol DEMACQ [préface],  Charleroi, Musée des Beaux-Arts, 1982
Alphonse Darville 1977, Charleroi, Impaco, 1977
Paul DELFORGE, Essai d’inventaire des lieux de mémoire liés au Mouvement wallon (1940-1997), dans Entre toponymie et utopie. Les lieux de la mémoire wallonne, (actes du colloque), sous la direction de Luc COURTOIS et Jean PIROTTE, Louvain-la-Neuve, Fondation Humblet, 1999, p. 285-300
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 290 ; t. II, p. 190

 

Statue Paul Pastur (Charleroi)

Statue Paul Pastur (Charleroi)

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piétonnier de l’Université du Travail – 6000 Charleroi
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PASTUR Paul
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Statue Paul Pastur (Charleroi)
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DEWERPE Orsini

Plaque commémorative Orsini Dewerpe, réalisée par F-G. Schmidt, 26 septembre 1954.

Sur la façade de la maison où il vécut, une plaque commémorative a été apposée en septembre 1954 en l’honneur d’Orsini Dewerpe qui, dans le même temps, donne son nom à la rue. Les Dewerpe sont connus depuis plusieurs générations à Jumet pour leurs activités de souffleurs de verre. Pourtant, c’est la musique qui désormais fait leur notoriété. Le père d’Orsini Dewerpe, Pierre-Joseph, a déjà rompu avec la tradition familiale en vivant de la musique, comme violoniste et professeur de musique à l’École moyenne de Jumet. La mère est aussi chanteuse et pianiste. Trempé dans la musique dès son plus jeune âge, Orsini Dewerpe (1887-1943) se révèlera un excellent pianiste, mais c’est une chanson composée en l’honneur de Paul Pastur qui lui survivra : En Wallonie ! reste en effet, dans le pays de Charleroi, un air connu, du moins déjà entendu. Avec la chanson Amis Chantons la Wallonie, voire avec Femmes wallonnes, la chanson En Wallonie ! est l’œuvre la plus remarquable de celui qui a été le directeur de l’École moyenne de Jumet (aujourd’hui Athénée qui porte le nom de Dewerpe depuis 2002).
Né au lendemain des grèves qui mobilisent violemment le bassin industriel wallon, le jeune Dewerpe reçoit le prénom peu usité d’Orsini, en référence explicite au révolutionnaire et patriote italien Felice Orsini (1819-1858) : membre de Jeune Italie, adepte de Mazzini, ce républicain italien contribue à l’éphémère expérience de la « république romaine » de 1848-1849 et est l’un des auteurs de l’attentat perpétré en janvier 1858 contre l’empereur Napoléon III ; condamné à mort, Orsini est guillotiné en mars 1858.
En plus des conseils familiaux en matière musicale, le jeune Dewerpe suit les cours d’harmonie de Paulin Marchand à l’Académie de Charleroi. Pianiste virtuose sur des airs de Liszt et de Chopin, il ne fait cependant pas de la musique sa carrière. Diplômé de l’École normale de Nivelles (1906), où il a marqué une prédilection pour la littérature, il entame une carrière d’instituteur à Ransart, avant d’enseigner le français à Jumet, sa commune natale, et l’hygiène à l’École moyenne. Engagé à temps partiel à l’Université du Travail, il est nommé en 1925 à la direction de l’École industrielle de Jumet, puis de l’École moyenne (1933). Il n’a pas renoncé pour autant à la musique. Mariant écriture et interprétation, Orsini Dewerpe forme un duo apprécié avec l’industriel Jules Cognioul, de la commune voisine de Marcinelle. Ce dernier va chanter une série de textes écrits par Dewerpe qui l’accompagne aussi au piano. Leur association commence en 1916 ; Dewerpe n’hésite pas à dénoncer les atrocités de la guerre, les profiteurs et les occupants ; après l’Armistice, la thématique rencontre un succès certain. Par la suite, son amour pour la Wallonie et pour la France occupe une place importante dans son répertoire d’Entre-deux-Guerres, ce qui incite Dewerpe à ne pas s’attarder au pays de Charleroi en mai 1940. De retour au pays, il est en contact étroit avec le docteur Marcel Thiry (de Charleroi) et s’informe régulièrement de l’activité de la Wallonie libre clandestine, sans pouvoir s’y impliquer personnellement. Son exil a affecté sa santé et il décède en août 1943.
Au moment où un hommage appuyé est rendu pour le 10e anniversaire de sa disparition, l’administration communale de Jumet annonce son intention d’apposer une plaque commémorative. Elle reçoit le soutien actif de la section de Jumet de Wallonie libre – avec Marcel Thiry, Marcel Gilson et Jean Deterville notamment – qui lance la souscription et choisit un artiste local, F-G. Schmidt, pour réaliser une plaque en bronze originale puisqu’elle inscrit le profil gauche d’Orsini Dewerpe entre l’emblème de Jumet et celui de la Wallonie, en mentionnant les dates 1887-1943 et l’inscription :

ICI A VECU ORSINI DEWERPE
CHANTRE DU PAYS WALLON
HOMMAGE DE WALLONIE LIBRE

L’inauguration a lieu le 26 septembre 1954 et s’est inscrite dans le cadre des Fêtes de Wallonie.

Paul DELFORGE, Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 500
Wallonie libre, décembre 1953, p. 3
Achille GOETHALS, Orsini Dewerpe, Jumet, éd. El Bourdon d'El Mojo des Wallons, 2002 - Chiroux
René DEMEURE, Jules Cognioul, chantre de Wallonie 1872-1952, Une vie en chansons, Charleroi, 1963 -IJD
Émile LEMPEREUR, dans Robert WANGERMÉE (dir.), Dictionnaire de la chanson en Wallonie et à Bruxelles, Liège, Mardaga, 1995, p. 136-137
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Wallonie libre, n° de 1954, dont celui d’octobre, p. 3

 

Plaque Orsini Dewerpe (Jumet)

Plaque Orsini Dewerpe (Jumet)

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Adresse : 
12 rue Orsini Dewerpe – 6040 Jumet
Titre alternatif : 
DEWERPE Orsini
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Plaque Orsini Dewerpe (Jumet)
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DETHIER René

Plaque en hommage à René Dethier, réalisé par Joseph Vanhamme, décembre 1911.
 

Sur le court pignon du 63 de l’avenue Meurée à Marcinelle, une plaque commémorative est dédiée

A RENÉ DETHIER
DIRECTEUR DE LA « JEUNE WALLONIE »
SES CONFRÈRES
SES VRAIS AMIS RECONNAISSANTS

Sur la plaque de pierre, un médaillon rond occupe la position centrale, entouré de la mention des dates 1889-1910 qui en disent long sur le chagrin des amis qui assistent, impuissants, à la disparition d’un jeune écrivain, directeur de revues à l’avenir prometteur.
Essayiste et critique littéraire, poète, René Dethier avait fondé en 1906 une revue d’art, La Jeune Wallonie dont il était le directeur. Cette revue succédait au Sillon, autre revue carolorégienne qu’avait fondée Arille Carlier. Le projet éditorial de René Dethier ambitionnait pour la Wallonie d’être la manifestation d’un renouveau littéraire analogue à celui de la Jeune Belgique pour la génération précédente. En quelques mois, le jeune Dethier a publié une dizaine d’essais critiques sur Arthur Daxhelet (1907), Maurice Desombiaux (1907), Fernand Severin (1908), Joseph Chot (1908) notamment et collaboré, avec Joseph Chot, à l’élaboration de la volumineuse Histoire des lettres françaises de Belgique depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours (1910). Dethier collabora aussi à plusieurs autres revues dont Wallonia, Le Florilège, Le Thyrse, ou La Revue funambulesque. On trouve encore sa signature dans L’Action wallonne (1907-1908), où il tient une chronique intitulée Les livres et les revues : il rend compte des publications susceptibles de « donner aux Wallons une meilleure conscience de leur origine, de leur force, de leurs droits ». Entre l’important Congrès wallon de 1905 et la relance d’une action wallonne résolue, tant à l’initiative de la Ligue wallonne de Liège présidée par Julien Delaite qu’à celle de Jules Destrée (Exposition de Charleroi en 1911 et l’Assemblée wallonne à partir de 1912), René Dethier occupe une place toute particulière dans le pays de Charleroi, en dépit de la brièveté de son action.
Fauché dans la force de l’âge, René Dethier est honoré par ses nombreux amis wallons. Sa mémoire reste vivante en raison de son importante production littéraire et elle est entretenue par la présence d’une plaque commémorative apposée, en décembre 1911, sur la maison de ses parents, à Marcinelle. L’autorisation en avait été donnée par les autorités carolorégiennes, en juillet, en même temps qu’était approuvée la demande de « Jeune Wallonie », soutenue par Jules Destrée, de rebaptiser la rue des Glacières en rue René Dethier. C’est le sculpteur Jos. Vanhamme (1878- peut-être 1941) qui signe le médaillon. Formé à l’Académie de Bruxelles où il eut Van der Stappen comme maître, Van Hamme est alors un tout jeune sculpteur puisqu’il avait quitté l’Académie en 1904 et avait concouru au Prix de Rome 1906. Portraits, figures, nus, dieux de la mythologie seront les principaux thèmes de cet artiste qui réalise tant des statues que des médailles. Il met son talent au service du soutien au moral des soldats en 1914-1915 (médailles) et il figure parmi les quelques sculpteurs bruxellois qui réalisent des monuments provisoires, à Bruxelles, à peine l’Armistice signé. Intitulé À nos blessés, son œuvre ne convainc pas davantage que le monument aux morts qu’il dresse à Couvin, peu après.

Paul DELFORGE, Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 492
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 638
Stéphanie CLAISSE, Du Soldat inconnu aux monuments commémoratifs belges de la Guerre 14-18, Bruxelles, ARB, 2013, p. 51, 54, 58, 244

 

Plaque René Dethier (Charleroi)

Plaque René Dethier (Charleroi)

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63 avenue Meurée – 6000 Charleroi
Titre alternatif : 
DETHIER René
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Plaque René Dethier (Charleroi)
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DAVAUX Ferdinand

Plaque commémorative sur la maison natale de Ferdinand Davaux, réalisé par Robert Davaux, 29 septembre 1957.
 

Dans le cœur de la ville de Charleroi, au milieu des importantes transformations immobilières, la rue du Collège semble éviter d’être emportée dans le tourbillon des démolitions. Du moins retrouve-t-on encore au début de la rue, au n°5, une plaque rappelant que la maison est celle où était né, en 1878, Ferdinand Davaux (Charleroi 1878 – Marcinelle 1918), particulièrement apprécié au pays de Charleroi comme chansonnier wallon. Artiste, chansonnier, cabaretier, Davaux avait été l’un des premiers collaborateurs du Tonia (1895-1906), écrivant de nombreuses chansons, ainsi que des poésies où la mort précoce est un thème qui revient régulièrement. Se montrant discret pendant quelques années, il retrouve l’inspiration et compose des chansons qui rencontrent un réel succès au moment de l’Exposition internationale de 1911. Cette fois, de sa fréquentation avec le journaliste Gustave Hourdez, avec l’avocat, dialectologue et militant wallon Arille Carlier, avec le conservateur du Musée archéologique Léon Foulon, voire avec Muldermans et Robert Davaux son cousin, Ferdinand Davaux retire un substrat qui enracine ses compositions dans le terreau carolorégien, en leur donnant un ton tantôt sentimental, railleur ou bachique. Il écrit paroles et musique et publie deux recueils en 1913. La finesse de son style et de son écriture est unanimement reconnue et appréciée. Quelques-unes de ses compositions entreront dans le répertoire traditionnel des chansons en wallon de Charleroi. Mais l’artiste n’échappe pas à la mobilisation de l’Armée belge en 1914. Ayant réussi à traverser la Grande Guerre, il n’est pas épargné par la grippe espagnole qui l’emporte en décembre 1918.

La plaque d’hommage a été apposée le 29 septembre 1957 dans le cadre des Fêtes de Wallonie :

FERDINAND DAVAUX
CHANSONNIER WALLON
NAQUIT DANS CETTE
MAISON
LE 18 MARS 1878

La plaque est due à Robert Jean Davaux (Seneffe 1887-Charleroi c. 1965). Tout à la fois peintre, aquarelliste, dessinateur, sculpteur et graveur, Robert Davaux figurait parmi les candidats malheureux aux Prix de Rome de peinture en 1913 et de gravure et de sculpture en 1920 ; cela ne l’a pas empêché de poursuivre une carrière artistique dans les trois disciplines. Installé à Bruxelles où il a établi son atelier et où il travaille avec sa sœur Alphonsine, il est l’auteur de plusieurs centaines de toiles (beaucoup de paysages et de portraits), de dessins à l’encre de chine et de gravures ; il s’est distingué par une production abondante de lustre en fer forgé et de vitraux. Cousin de Ferdinand Davaux, il avait déjà « silhouetté » le chansonnier sur la couverture de certains recueils de musique ; en 1957, il grave une plaque commémorative en l’honneur de Ferdinand, l’année même où un Géant est créé en mémoire du chansonnier wallon de Charleroi. Les deux premiers géants de Charleroi (D’jean et D’jène) étaient nés lors des Fêtes de Wallonie 1934. Deux autres les avaient rejoints en 1956 (El Champête et El Facteur), avant que quatre autres n’apparaissent en 1957 : outre Davau, il y avait Lahousee, Maka et El Mayeur.

Émile LEMPEREUR, Charleroi, ce désert culturel ?, Charleroi, Centre culturel, 2000, p. 39, 80, 83, 133
Émile LEMPEREUR, dans WANGERMÉE (dir.), Dictionnaire de la chanson en Wallonie et à Bruxelles, Liège, Mardaga, 1995, p. 119-120
http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/622697 (décembre 2014)
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 292

 

Plaque Ferdinand Davaux (Charleroi)

Plaque Ferdinand Davaux (Charleroi)

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5 rue du Collège – 6000 Charleroi
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DAVAUX Ferdinand
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Plaque Ferdinand Davaux (Charleroi)
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NAVEZ François-Joseph

Buste François-Joseph Navez, réalisé par Jean Hérain, 6 septembre 1889.

Parc public créé à la fin du XIXe siècle et baptisé parc Astrid peu après le décès accidentel de la reine, en 1935, cet espace vert au cœur de Charleroi a très tôt été choisi pour accueillir les bustes ou monuments honorant des personnalités de la métropole wallonne. L’un des tout premiers est celui du peintre François-Joseph Navez (Charleroi 1787-Bruxelles 1869), réalisé par le sculpteur Jean Hérain. L’histoire de ce buste est cependant fort tourmentée.
En mars 1883, soit quatorze ans après sa mort, un Comité Navez se constitue pour élever un monument digne de la notoriété de l’enfant du pays. Le bourgmestre Audent préside ce comité, aidé par Clément Lyon qui, en tant que secrétaire, accomplit l’essentiel des démarches nécessaires. Afin de ne pas limiter l’événement à la seule ville de Charleroi, un comité bruxellois est constitué ; des anciens élèves de Navez le composent. Plusieurs manifestations (banquets, fêtes) sont organisées en 1883 pour rassembler les moyens nécessaires, mais leurs coûts mangent les bénéfices et force est de constater que même une simple plaque commémorative ne pourra pas être apposée rapidement sur la maison natale de l’artiste. Ayant raté l’occasion de présenter le monument lors de l’inauguration du nouveau parc de la ville de Charleroi, éclairé de manière exceptionnelle par un système électrique dû à Julien Dulait (24 juin 1883), le Comité Navez se démobilise. La crise économique qui frappe durement la Wallonie n’est guère propice au lancement de souscriptions publiques ou à l’organisation de tombolas. De surcroît, investir les deniers de l’État dans un monument ne serait guère apprécié par la population. Le violent printemps wallon de 1886 témoigne à suffisance des préoccupations du moment et le projet d’un monument Navez semble tomber à l’eau lorsque Clément Lyon acquiert, au nom du Comité mais avec ses propres fonds, un buste en bronze réalisé par le sculpteur bruxellois Jean Hérain (Louvain 1853 – Ixelles 1924). Le Comité Navez l’offre solennellement à la ville de Charleroi lors d’une inauguration qui se déroule à l’occasion du 20e anniversaire de la disparition de Navez. Après avoir occupé la rotonde de l’ancien hôtel de ville, le buste est finalement installé dans le parc public (la date n’est pas connue) et est posé sur un socle en pierre, de style classique, où apparaît la simple dédicace :

A F J Navez
1787-1869

En 1911, à la suite des Salons artistiques sur l’art wallon organisés par Jules Destrée dans le cadre de l’Exposition internationale de Charleroi, une plaque commémorative est apposée sur la maison natale de Fr-J. Navez. Elle a cependant disparu, semble-t-il, au moment de la Seconde Guerre mondiale. Dans la foulée de l’Exposition internationale, les Amis de l’Art wallon, du moins la section de Charleroi, met en projet l’idée d’un « vrai » monument Navez. Cette fois, c’est la Grande Guerre qui a raison des intentions des Buisset, Dupierreux et autre Destrée.
Néanmoins la volonté d’honorer Navez à Charleroi reste grande. À l’occasion du 150e anniversaire de la naissance du peintre, une rétrospective rassemblant une quarantaine de toiles se tient à Charleroi, dans la salle de la Bourse, de fin janvier jusqu’au début février 1938. Après la Seconde Guerre mondiale, le souvenir de Navez se maintient à Charleroi principalement par le buste du parc Astrid. Mais le vol du buste de Pierre Paulus, durant l’hiver 2007-2008, conduit les autorités locales à une mesure de précaution. Pour prévenir tout acte similaire, les autres bustes du parc sont mis à l’abri (2008). Seul le socle évoque encore la présence passée du buste de celui qui est considéré à la fois « comme le chef de file de l’École classique belge moderne » et comme un authentique artiste wallon contraint de faire carrière à Bruxelles.
Ayant grandi durant une période politiquement agitée, le jeune Navez (1787-1869) a fréquenté l’Académie de Bruxelles de 1803 à 1808, puis a reçu ses premiers conseils artistiques dans l’atelier du Namurois Joseph François (1808-1811), avant de se perfectionner à Paris dans l’atelier du célèbre Louis David. Quand il quitte Paris pour s’établir à Bruxelles (1816), il y retrouve David condamné à l’exil en raison de son vote, en 1793, condamnant Louis XVI. À ce moment (1816), Navez réalise son tableau le plus fameux, La famille de Hemptinne, qui demeurera son chef d’œuvre absolu. Après un long séjour en Italie (1817-1822) où il fait notamment la rencontre d’Ingres, Navez devient le peintre de l’opulente société bruxelloise. Il dirige son propre atelier qui accueille de nombreux disciples (1830-1859). Pour vivre, il signe des compositions religieuses et s’essaye à traiter des sujets historiques ; ces toiles-là ne résisteront pas au temps. Par contre, les portraits, genre à propos duquel il affirmait lui-même qu’il s’agissait de sa spécialité, restent les meilleurs témoins du talent de Navez, dont un Autoportrait (1826). C’est là que l’artiste concilie le mieux son néo-classicisme avec le vérisme que le genre exige. Nommé inspecteur des académies de province, Fr-J. se préoccupe de voir respecté le néoclassicisme. Professeur puis directeur pendant plus de vingt-sept ans de l’Académie de Bruxelles, il y forme de nombreux jeunes promis à un bel avenir (comme par exemple Charles De Groux, Constantin Meunier, Théodore Baron, Alfred Stevens ou Eugène Smits, ainsi que son gendre Jean-François Portaels).
Quant à Jean Hérain qui signe le buste du peintre en 1889, il a été formé, lui aussi, à bonne école – notamment auprès de Louis de Taeye à l’Académie de Louvain, sa ville natale, et d’Eugène Simonis à l’Académie de Bruxelles dans les années 1870, ainsi qu’à l’École des Beaux-Arts de Paris. S’orientant très tôt dans la réalisation de portrait en buste et en médaillon, il fréquente principalement les Salons en Flandre, où il est fort apprécié mais peu acheté. C’est cependant en Wallonie qu’il inaugure son premier buste dans l’espace public avec Fr-Ch. Navez. Après avoir brièvement tenté sa chance en Amérique, il obtient plusieurs commandes officielles d’autorités publiques à Bruxelles et pour les chemins de fer. S’il n’est pas retenu pour le Vieuxtemps de Verviers, il décroche plusieurs contrats au début du XXe siècle comme le monument Seutin à Nivelles, les Combattants de 1830 à Grez-Doiceau, et le Sigebert de Gembloux.

La Vie wallonne, février 1938, CCX, p. 182-187
La Vie wallonne, II, 1955, n°270, p. 103-107
Joseph HARDY, Chroniques carolorégiennes inspirées des écrits de Clément Lyon, Charleroi, éditions Collins, (circa 1944), p. 81-88
Léo VAN PUYVELDE, François-Joseph Navez, Bruxelles, 1931, coll. Peintres et sculpteurs belges
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 699 et t. II, p. 218
Hugo LETTENS, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 448-449

Buste François-Joseph Navez photo extraite de La Vie wallonne, II, 1955, n°270, p. 105

Buste François-Joseph Navez photo extraite de La Vie wallonne, II, 1955, n°270, p. 105

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Carte : 
Adresse : 
parc de la ville de Charleroi (reine Astrid) – 6000 Charleroi
Titre alternatif : 
NAVEZ François-Joseph
Image : 
Buste François-Joseph Navez photo extraite de La Vie wallonne, II, 1955, n°270, p. 105
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TRESIGNIES Léon

Plaque, bas-relief et médaillon à la mémoire de Léon Trésignies, réalisée par Eugène de Bremaecker, 1920.

À Charleroi, sur le boulevard général Michel, la caserne qui accueille désormais le Musée des Chasseurs à pied porte depuis les années 1920 le nom du caporal Trésignies. Né à Bierghes en 1886, cet ouvrier aux chemins de fer a été mobilisé en août 1914 et a rejoint directement la 2e compagnie, 3e bataillon du 2e Chasseur à pied. À hauteur du canal de Willebroeck, sa compagnie est bloquée par les Allemands et il n’hésite pas à se porter volontaire pour plonger dans le canal et tenter d’actionner le mécanisme du pont-levis. Repéré  par les Allemands, il est abattu sur place (26 août 1914). Cité à l’ordre du jour de l’Armée belge, il devient le héros du Pont-Brûlé, un héros de la résistance nationale auquel de nombreux hommages sont rendus après l’Armistice. À Charleroi, une réalisation du sculpteur Eugène de Bremaecker est inaugurée en 1920.
Elle représente le profil gauche de Trésignies inscrit dans un médaillon, cerclé de feuilles de chêne et de laurier ; une étoile le surmonte. Dans la partie inférieure, apparaît en grand la mention :

« Au Caporal Trésignies »

Vient ensuite un long texte gravé dans le bronze qui explique dans le détail l’exploit du héros :

« Est cité à l’ordre à l’ordre du jour du 15 septembre 1914 :
Trésignies Léon, caporal, 2e compagnie, 3e bataillon du 2e Chasseur à pied
Ce militaire s’est offert à son commandant pour travers à la nage
le canal de Willebroeck afin de glisser le tablier du pont qui devrait se
manœuvrer de la rive fortement occupée par l’adversaire.
A été frappé mortellement pendant qu’il actionnait le mécanisme du pont.
Sachant qu’il allait à la mort, le caporal Trésignies, avec un courage
d’une simplicité héroïque, a écrit son nom sur un bout de papier qu’il remit
à un sous-officier puis partit pour ne plus revenir.
Ce Caporal honore son régiment, l’armée et la nation ».

Habile portraitiste et médailleur, les autorités ont fait appel à Eugène de Bremaecker (1879-1963) pour réaliser le médaillon de Trésignies. Élève de Victor Rousseau et de Julien Dillens à l’Académie de Bruxelles (1900-1907), sa ville natale, attiré par la photographie à laquelle il consacre beaucoup de temps avant la Grande Guerre où il fut volontaire, de Bremaecker trouve à vivre de la sculpture, pour laquelle il avait de réelles prédispositions, après l’Armistice, en répondant notamment à des commandes officielles pour plusieurs monuments aux victimes du conflit mondial. Des bustes du roi et du cardinal Mercier assoient cependant davantage sa notoriété et lui ouvrent de nombreuses portes, en Belgique comme en Europe. Fréquentant les Salons depuis le XIXe siècle, il entretient sa propre création, en réalisant des statues et statuettes de danseuses qui sont très prisées. Actif jusque dans les années 1950, de Bremaecker a signé un tel nombre d’œuvres qu’il est quasi impossible d’en dresser l’inventaire ; les unes étaient destinées à être exposées à l’intérieur, d’autres, à l’extérieur, comme son Trésignies, à Charleroi, inauguré en 1920, ou La Musique réalisé pour l’Exposition de l’Eau, à Liège, en 1939.
À l’intérieur de la caserne, figure un second hommage à Trésignies. Surmontée d’un bas-relief illustrant une femme et un homme séparé par une flamme brûlant pour la patrie, une plaque, entre deux couronnes de laurier, une à gauche et une à droite mentionnant les dates de 1886 et de 1914, rend hommage à Trésignies de la manière suivante :

« Au caporal Trésignies
le héros de Pont-Brûlé
il honora son régiment
l’armée et la nation
(ordre du jour de l’armée du 15 septembre 1914) »

http://www.bel-memorial.org/names_on_memorials/display_names_on_mon.php?MON_ID=1154
http://www.bel-memorial.org/cities/hainaut/charleroi/charleroi_caserne_tresignies.htm
http://www.sculpturepublique.be/6000/DeBremaecker-CaporalTresignies.htm (s.v. juillet 2013)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_J._de_Bremaecker (s.v. janvier 2014)
Yves VANDER CRUYSEN, Un siècle d’histoires en Brabant wallon, Bruxelles, Racine, 2007, p. 51-52
Raymond GILON, Les Carnets de la mobilisation 38-40, Liège, Dricot, s.d., p. 308
Arthur DELOGE, Le caporal Trésignies, le héros du Pont-Brûlé, Bruxelles, ACJB, 1922
Camille BUFFIN, La Belgique héroïque et vaillante, Paris, 1916, p. 117-119
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 310

 

Plaque, bas-relief et médaillon Léon Trésignies

Plaque, bas-relief et médaillon Léon Trésignies

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Carte : 
Adresse : 
1 boulevard général Michel – 6000 Charleroi
Titre alternatif : 
TRESIGNIES Léon
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Plaque, bas-relief et médaillon Léon Trésignies
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