Guillaume Beeckman

Lieu et date de naissance inconnus, Liège 29/01/1631

Président du « Conseil municipal de Liège », bourgmestre à six reprises, considéré comme le chef du parti populaire – les Grignoux –, Guillaume de Beeckman marque fortement la vie politique de la cité de Liège durant le premier tiers du XVIIe siècle. Dans la capitale de la principauté, la fonction de bourgmestre est une des charges les plus importantes, notamment parce qu’elle symbolise annuellement, au moment du renouvellement, une forme de participation des couches populaires à la vie politique, en application de la « constitution communale » obtenue au XVe siècle.
Pour obtenir la levée d’un nouvel impôt, en 1603, le prince-évêque de Liège est contraint d’accepter un nouveau règlement électoral qui s’avère plus « démocratique ». C’est sous ce régime que Guillaume de Beeckman obtient son élection comme bourgmestre, fonction qu’il exerce en 1608 et en 1613. Mais cette avancée démocratique concédée par Ernest de Bavière est contestée par son successeur, Ferdinand de Bavière (qui est « intronisé » en janvier 1613). Il impose des règles plus strictes par le « règlement dit de 1613 ». Il ouvre ainsi une violente polémique dans la cité. Avocat, bénéficiant d’une ascension sociale récente, Guillaume de Beeckman s’impose comme le chef du parti populaire, partisan de la garantie des libertés liégeoises.
Malgré les prescrits impériaux et l’opposition du prince-évêque, les élections se poursuivent à la manière des Liégeois. En 1616, 1618 et 1623, Beeckman est l’un des deux bourgmestres de la cité. Sa contestation des décisions impériales (favorables au prince-évêque dans la gestion intérieure de la principauté) finit par lui valoir d’être accusé de soutenir le parti de la France. Il est surtout vrai qu’il jouit d’un prestige exceptionnel dans la cité de Liège qui lui procure un pouvoir considérable. Cette situation affuble le personnage d’autant de défauts que de qualités selon le camp que l’on a choisi.
En juillet 1629, le jour de la Saint-Jacques, se déroule l’élection annuelle des deux magistrats, en application du « règlement de 1613 », comme l’exige le prince-évêque. Quand la foule apprend que les deux bourgmestres sont des adversaires de Beeckman, elle manifeste son mécontentement, en appelle à l’élection de son chef, et finit par obtenir gain de cause. Pour rétablir le calme, le scrutin est annulé et les Bons Métiers désignent Beeckman en application des dispositions de 1603. Cette élection est elle aussi annulée et, pour apaiser les esprits, Beeckman accepte d’être administrateur de la cité pendant un an. En juillet 1630, malgré l’application du règlement de 1613 en présence d’un commissaire impérial, Guillaume de Beeckman est à nouveau élu, cette fois avec Sébastien La Ruelle son disciple. Le prince-évêque ne peut accepter un tel camouflet. Annonçant que l’empire cassera l’élection, il convoque les États à Huy, mais n’est pas entendu. La situation est ainsi figée quand survient le décès de Guillaume de Beeckman, quelques jours seulement après son entrée de charge (29 janvier 1631).
L’annonce de sa disparition sème la consternation dans les rangs de ses partisans. Très vite circule la rumeur d’un empoisonnement, jamais formellement démentie. Dans les rues, les deux camps s’affrontent avec violence. Cependant, La Ruelle parvient à renouer le dialogue avec le prince-évêque et les affrontements entre les deux camps cessent temporairement. Les pages de l’histoire de Liège s’écriront sans Beeckman, mais son souvenir marquera durablement les esprits, principalement celui du parti des Grignoux.

Bourgmestre de Liège (1608, 1613, 1616, 1618, 1623 et 1630)
Administrateur (1629)

Alphonse LE ROY, dans Biographie nationale, t. 2, col. 86-95
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 296
Viktoria VON HOFFMANN, La mémoire des Chiroux et des Grignoux. Histoire d’une guerre civile liégeoise politisée, dans Tradition wallonne, n° 22, 2006, p. 119-155.
Viktoria VON HOFFMANN, Un mythe réactualisé. La commémoration de l’assassinat de Sébastien La Ruelle en 1938, dans Bulletin du CHTP, n°19, 2008, p. 7-44.
Bruno DEMOULIN, Jean-Louis KUPPER, Histoire de la Principauté de Liège. De l’an mille à la Révolution, Toulouse, 2002, p. 158-174.
J. FRESON,  Les dernières années du Bourgmestre de Liège Guillaume Beeckman, Liège, 1890

Paul Delforge, décembre 2014