Philippe Bodson

Liège 02/11/1944

Après des humanités latin-mathématiques au Collège Saint-Servais de Liège, Philippe Bodson devient ingénieur civil métallurgiste diplômé de l’Université de Liège, avant de décrocher un Master of Business Administration à l’INSEAD à Fontainebleau. Ayant hérité de l’esprit d’entreprendre d’un père qui avait fondé sa propre distillerie et commercialisait lui-même ses produits en région liégeoise, il a déjà travaillé au Canada, en Amérique du Sud et en Algérie quand il entre comme consultant auprès du groupe MacKinsey Co Paris (1969-1972). Fondé de pouvoir pour la Banque Paus Frankfurt Saint-Louis (USA) de 1972 à 1977, il intègre ensuite la société Glaverbel : en 1977, il est membre du comité de Direction et, en 1980, Philippe Bodson devient l’administrateur délégué et directeur général de Glaverbel, fonction qu’il exerce jusqu’en 1989, moment où, coïncidence, le secteur du verre plat est devenu une compétence régionale.
Durant les années 1980, administrateur de Belref et de la société Louis De Waele, celui qui s’est installé à Bruxelles préside tour à tour la Fédération de l’industrie du verre (1981-1984), le Groupement européen des producteurs de verre plat (1986-1988), avant de devenir le président de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) de 1987 à 1990. Lorsqu’il préside aux destinées de Glaverbel, il est choisi par ses pairs comme Manager de l’année 1987. Choisi à la présidence de la Fondation pour l’Architecture (1995), il est encore administrateur de la Fondation pour l’Entreprise (1995).

Administrateur de Glaverbel (1989) et de la Compagnie immobilière de Belgique – Immobel – (1989), Philippe Bodson devient administrateur de la Société générale de Belgique (1989-1999) et surtout l’administrateur délégué et président de la direction générale de Tractebel (1989-1999). À la tête de Tractebel qui est alors une filiale à 40 % de la SGB et à 26 % de GBL, il bénéficie de la confiance de Maurice Lippens et d’Étienne Davignon et il se lance dans la mise en place d’un grand groupe belge de l’énergie, assurant rapidement sa présence aux quatre coins du monde. Mais ce développement se heurte à la stratégie menée par Gérard Mestralet au nom de Suez-Lyonnaise des Eaux. Empêché de fusionner Tractebel avec Electrabel, Philippe Bodson remet sa démission en guise de protestation (mars 1999), ne bénéficiant d’aucun soutien du côté politico-financier : en août, Suez lance une OPA pour s’emparer de 100% de Tractebel et l’absorbe à l’automne.

Entre-temps, tenté par la politique, voire par un portefeuille en charge de l’énergie…, Philippe Bodson s’est présenté sur la liste de la Fédération PRL-FDF-MCC dans le collège électoral français, lors du triple scrutin de juin 1999. Avec 59.237 voix de préférence, Philippe Bodson devient sénateur (1999-2003), mais rien que sénateur dans une majorité arc-en-ciel imposée par le résultat d’Écolo. Dès lors, il ne résiste pas aux invitations pressantes des milieux économiques. Président du conseil d’administration de Diamant Boart (1999-) et de BarcoNet (2000-), administrateur de Tractebel (1999-2000), du groupe telecom BT Belgium (2000), Philippe Bodson relève un nouveau défi quand il accepte de devenir Chief Executive Officer de Lernout & Hauspie Speech Product placée sous concordat judiciaire en janvier 2001, pour tenter de redresser cette entreprise qui fit rêver la Flandre pendant plusieurs années. Si les créanciers approuvent les plans de relance du directeur général, le tribunal de commerce d’Ypres et la cour d’appel de Gand les refusent, et la faillite de L&H est prononcée en octobre 2001. Cet échec n’enlève rien aux mérites du capitaine d’industries.

Celui qui fut membre du cercle de réflexion politique appelée le Groupe Coudenberg ne renouvelle pas son expérience parlementaire, lui préférant le monde des affaires. Pressenti pour prendre la tête de Belgacom (2003), vice-président puis président du Conseil d’administration de l’armateur flamand Exmar (2003-), administrateur de Prisma International, une des trois filiales de la société américaine Enron spécialiste de l’énergie (septembre 2003), il est surtout très présent dans l’important holding industriel wallon « La Floridienne », où il remplace Jean-Marie Delwart en juin 2004 : il y préside le Conseil d’administration, est président exécutif un jour par semaine et se révèle l’allié de la famille Waucquez face à Jean-Marie Delwart dans la querelle de leadership qui agite le groupe à partir de 2005/2006. Il redevient aussi administrateur non exécutif du holding devenu Fortis (2004-2008), où il va occuper momentanément la tête du comité « risk and capital ». Pressenti pour succéder à Maurice Lippens lorsque la crise financière de l’automne 2008 éclate, il est finalement évincé du holding de bancassurance et du nouveau projet BNP-Paribas.

Elevé au titre de baron en 2000, administrateur de Mondial Telecom (2010), Philippe Bodson dispose d’un carnet d’adresses et d’une expertise particulièrement utiles pour favoriser le redressement de Liège et de la Wallonie. Invité à prendre part à la reconversion du bassin industriel liégeois au moment de la première annonce de la fin de la sidérurgie, Philippe Bodson intègre, en juillet 2005, le Groupement de Redéploiement Economique (GRE), dont il est d’ailleurs, en tant que consultant rémunéré, l’un des membres du Directoire. Lorsque le gouvernement wallon lance le Plan Marshall, Philippe Bodson fait partie, dès 2006, des membres du jury qui sélectionne les projets qui pourront bénéficier du soutien public dans le cadre des cinq pôles (initiaux) de compétitivité.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse

Ginette KURGAN et Erik BUYST, 100 grands patrons du XXe siècle en Belgique, Bruxelles (Alain Renier), 1999, p. 22-25

Rik DECAN, Qui est qui en Belgique francophone 1985-1989, Encyclopédie biographique, Bruxelles, Lannoo, 1984, p. 79

Paul Delforge, décembre 2013