Guy Cabay

Polleur 02/10/1950

Dans la lignée des grands jazzmen wallons, Guy Cabay occupe une place toute particulière. Musicien hors pair, chanteur, reconnu sur toutes les scènes du monde, il affiche sans complexe une identité wallonne qu’il enrichit sans cesse par ses créations.
Ayant grandi dans une famille de musiciens – ses grands-pères étaient, l’un, organiste à l’église de Polleur, l’autre, clarinettiste – Guy Cabay a suivi une formation complète en musicologie à l’Université de Liège (diplômé en 1973), où il reçoit notamment l’enseignement de Henri Pousseur. Avec son professeur ainsi qu’avec Steve Houben, il contribue, en 1979, à la création du Séminaire de Jazz du Conservatoire de Liège ; Cabay travaille alors à son doctorat sur la musique médiévale, entreprise qui l’amène régulièrement à Venise et à Bologne. Pianiste et vibraphoniste de jazz, chanteur, compositeur et arrangeur, il saisit toutes les occasions pour s’adonner à la musique, côtoyant les Jacques Pelzer, Raoul Faisant et autres René Thomas. En 1981, il crée son premier groupe, Lemon Air. L’année suivante, il sort un 33 tours, Li Tins, lès-ôtes èt on pô d’mi, et collabore la même année à l’album Steve Houben plus Strings. Assurément, Cabay impose un style quand il chante en wallon liégeois sur des rythmes de bossa nova. À l’heure de la décentralisation réelle de la RTBf, sa musique touche un large public et Guy Cabay jouit d’une notoriété qui apporte encore plus de poids au Manifeste pour la Culture wallonne qu’il signe, en 1983, avec de nombreuses autres artistes et intellectuels wallons.
En pleine concordance avec les idées du Manifeste, Cabay ne s’enferme pas dans une culture figée ; associant de nombreux autres artistes, les trois albums qu’il enregistre en 1984 (In the Gardens of silence), 1985 (Miroirs d'ailleurs) et 1986 (Balzin'rèyes) en témoignent. Nommé professeur au Conservatoire de Bruxelles et au Conservatoire de Luxembourg en 1987, Cabay est amené à se consacrer davantage à l’enseignement de l’histoire du jazz, délaissant ses activités de chanteur, mais en se consacrant à la musique expérimentale. C’est ainsi que sort, en 1992, l’album Lemon Air avec 14 titres exclusivement instrumentaux. Dans ce genre sortiront encore Fasol Fado (1995) et The Gost of McCoy’s Castle (1995), avant que le chanteur ne revienne à ses premières amours. À l’heure du CD, il sort un Bièsse Tof, en 1998, fait de chansons wallonnes, mêlant jazz et musique brésilienne.
Professeur en France, élu « meilleur vibraphoniste belge » en 1998 et 1999, Prix du Patrimoine au Conservatoire de Bruxelles (2000), Cabay signe en 2000 un album original à l’occasion de la reconstitution éphémère, à Liège, de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert (De la pierre à la toile, les misères de la cathédrale, en quatre tableaux et deux rawètes). Après On the jazz side of my street (2004), Guy Cabay crée, en 2013, un spectacle piano-voix qu’il présente dans son village natal de Polleur (Carrousel Village, Djazzeries et brésileries autour de mon clocher). L’album qui sort en 2014 (Wah-Wah Samba) reste fidèle au double ancrage – wallon et brésilien – d’un artiste auquel plusieurs surnoms sont proposés (Master of Jazz Vibes, King of Swing Wallon, Plus Brésilien des Liégeois, plus Carioca des Verviétois), sans qu’aucun ne s’impose définitivement.

Émile HENCEVAL (dir.), Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, 1991
La Wallonie à l’aube du XXIe siècle, Namur, Institut Destrée, Institut pour un développement durable, 2005
http://www.musicme.com/#/Guy-Cabay/biographie/
http://www.igloorecords.be/artists/guy-cabay/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Cabay (s.v. juillet 2014)

Marie Dewez - Paul Delforge, décembre 2014