Emile Duculot

Tamines date de naissance inconnue, Tamines 28/09/1934

Lors de l’invasion allemande d’août 1914, l’envahisseur commet un certain nombre d’exactions à l’encontre des civils dans des villes et communes de Wallonie : incendies, pillages, exécutions sommaires, etc. Des autorités prises en otages sont froidement exécutées. Dans la foulée du massacre de Seilles-Andenne, les troupes allemandes rencontrent la résistance de soldats français lorsqu’elles se dirigent sur la Sambre. Après avoir utilisé les civils comme boucliers, les envahisseurs rassemblent la population de Tamines dans l’église locale (21 août). Le lendemain 22 août, 383 civils sont exécutés à coup de fusils et de mitraillettes. Après Dinant, il s’agit du massacre le plus important connu par le pays wallon lors de l’invasion allemande de 14-18.

En l’absence de J. Guiot, bourgmestre faisant fonction qui a quitté la ville et a trouvé refuge en France, Émile Duculot, jusque-là conseiller communal, accepte de faire provisoirement fonction de bourgmestre (29 août). Sa mission s’étendra à toute la période de guerre et se prolongera, officiellement, ensuite, de 1919 à 1921. Frère de Jules Duculot, l’imprimeur de Gembloux, Émile Duculot prend la responsabilité d’administrer Tamines durant la période d’occupation, de veiller au sort de ses administrés traumatisés par les événements, d’assurer une sépulture pour les nombreux défunts, et de commencer à reconstruire un tissu social tout en veillant à assurer le ravitaillement. Organisant les œuvres de secours, il veille à l’approvisionnement de la population et à sa défense vis-à-vis de la politique de l’occupant. Quant à sa librairie à l’enseigne de L’Abeille, elle n’avait pas été épargnée par les destructions allemandes : pillée et incendiée, il n’en restait rien. Après la Grande Guerre, il sera honoré à de multiples reprises pour le courage et le dévouement qu’il avait déployés en faveur de ses concitoyens.

En dépit du mot d’ordre d’Union sacrée et du caractère dramatique des événements, l’administration de la commune de Tamines est exemplative des fortes tensions qui continuent d’opposer cléricaux et anticléricaux depuis de très nombreuses années. De nombreuses situations sont similaires en pays wallon. Bien que disposant de la majorité lors du scrutin de 1911, le cartel des gauches n’a pas obtenu du ministre catholique de l’Intérieur la désignation du libéral J. Guiot à la fonction de bourgmestre. Depuis les rangs de l’opposition, Émile Duculot s’est opposé à la réorganisation du personnel communal et a usé de ses relais politiques pour freiner des dossiers locaux que l’État pourrait financer. Alors que le cartel proposait un poste d’échevin à la minorité catholique, le ministre de l’Intérieur est demeuré inflexible et Guiot est resté échevin faisant fonction de bourgmestre quand la guerre a éclaté. La période d’occupation ne va pas atténuer les tensions. En effet, maintenu dans sa fonction de bourgmestre dans l’immédiat après-guerre (novembre 1918 – avril 1921), le catholique Émile Duculot est battu au scrutin communal du 24 avril 1921 par le cartel des gauches et doit céder son fauteuil à J. Guiot ; sa nomination au maïorat continue de susciter les mêmes débats qu’avant 14, si ce n’est que s’ajoute en arrière-plan le comportement des uns et des autres durant l’occupation.

Resté au conseil communal de Tamines, Émile Duculot ne sera plus bourgmestre, mais entrera au Conseil provincial de Namur en 1932. Pendant vingt ans, il présidera également la mutuelle La Taminoise, mais son activité principale s’exerce principalement au sein de l’imprimerie familiale de Gembloux où il assume des fonctions de direction.

John HORNE, Alan KRAMER, 1914, les atrocités allemandes, traduit de l’anglais par Hervé-Marie Benoît, Paris, Tallandier, 2005, p. 58-59

Jean SCHMITZ, Norbert NIEUWLAND, Documents pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 3e partie, Tamines et le bataille de la Sambre, Bruxelles, Paris, 1920

Annales parlementaires, Chambre des Représentants, 19 avril 1912, p. 173

Paul Delforge, décembre 2013