Théophile Iserentant

Herve 1860, Herve 04/01/1921

Lors de l’attaque allemande du 4 août 1914, le pays de Herve est l’un des tout premiers théâtres des opérations militaires. En quelques heures, les villes de Visé, de Battice et de Herve notamment sont envahies. Des soldats belges résistent du côté de Visé et la nervosité des soldats allemands ne va cesser de s’accroître. Alors qu’ils s’entretuent maladroitement, les Allemands accusent les populations civiles et s’en prennent à elles. Ainsi en est-il à Herve où un colonel allemand accuse le bourgmestre d’organiser une résistance civile et menace la cité de représailles. Réfutant des accusations imprécises et infondées, Théophile Iserentant négocie et obtient de pouvoir avertir la population, en circulant nuitamment dans le village accompagné de soldats, d’un porte-clairon et d’un porte-lanterne. Le bourgmestre Iserentant n’en a pas fini avec l’occupant.
Entre les 5 et 8 août, les troupes allemandes bloquées par la résistance inattendue du fort de Fléron se défoulent sur les populations : 850 civils sont tués, près de 1.500 habitations sont incendiées ou détruites. À Herve, en particulier, la journée du 8 août voit plus de 300 maisons partir en fumée et 38 civils être abattus. Regroupés dans un champ, 72 civils de plusieurs villages proches de Mélen y sont abattus. À de nombreuses reprises, témoins et historiens (ainsi par exemple Horne et Kramer, p. 36) ont prétendu que le bourgmestre de Herve, venu reconnaître les corps de ses concitoyens tués à Mélen, est alors appréhendé et abattu. Heureusement pour Théophile Iserentant, il n’en est rien. Le maire de Herve a été confondu avec d’autres Iserentant, effectivement victimes des atrocités allemandes (dont l’échevin de Battice, Raphaël, exécuté avec ses proches).
Comme d’autres bourgmestres de Wallonie, Théophile Iserentant continue d’exercer ses fonctions maïorales pendant toute l’occupation allemande, entourant les familles éplorées, veillant au ravitaillement et à la sécurité de ses administrés, mais sans pouvoir siéger dans « son » hôtel de ville qui a été détruit par les flammes durant la sinistre journée du 8 août.
Ancien étudiant du Collège de Herve, notaire, Théophile Iserentant jouit depuis longtemps d’une grande popularité dans sa région. Fondateur de l’association des anciens du collège royal Marie-Thérèse (1910), il est encore le trésorier-fondateur du comité Herve-Attractions. Élu conseiller provincial de Liège en 1894, il ne siège que jusqu’en 1898 ; président de l’association catholique du canton de Herve, il accepte d’être nommé bourgmestre de la localité en 1903 : il succède alors à Jean Dewandre, décédé, qui fut le maïeur de Herve pendant trente ans. Régulièrement reconduit dans ses fonctions, Théophile Iserentant est aussi candidat aux élections législatives dans l’arrondissement de Verviers. Ainsi, en est-il en 1914, moment où il est le seul candidat catholique à répondre au formulaire préparé par l’Assemblée wallonne et envoyé par la Ligue wallonne de Verviers : il a pris l’engagement de défendre le programme wallon, mais il n’est pas élu à la Chambre. Après les éprouvantes années de guerre, il n’a pas l’occasion de se représenter au suffrage désormais de ses citoyens, s’éteignant en janvier 1921.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse (dont L’Avenir, août 2014)
John HORNE, Alan KRAMER, 1914, les atrocités allemandes, traduit de l’anglais par Hervé-Marie Benoît, Paris, Tallandier, 2005, p. 33 et 36
Gustave SOMVILLE, Vers Liège, le chemin du crime, août 1914, Paris, 1915, p. 67 (http://dgtl.kbr.be:8881//exlibris/dtl/d3_1/apache_media/L2V4bGlicmlzL2R0... )
Mémorial de la Province de Liège, 1836-1986, Liège, 1987, p. 200

Paul Delforge, décembre 2014