Guy Mathot

Saint-Séverin-en-Condroz 20/04/1941, Seraing 21/02/2005

Député wallon : 1980-1981 ; 1981-1985 ; 1992-1995 ; 1995-1999
Ministre wallon : 1977-1978 ; 1992-1994
2e Ministre-Président wallon : 1977-1978

Licencié en Sciences biologiques de l’Université de Liège (1962), Guy Mathot est trempé dès son plus jeune âge dans le bain politique socialiste, militant au sein des Jeunes Gardes socialistes à la fin des années cinquante, participant aux grèves wallonnes de l’hiver ’60-’61 avant de créer et de présider la section Étudiants-Université de Liège du Mouvement populaire wallon, et de siéger au Conseil général du mouvement créé par André Renard.
Assistant à l’Institut de Pharmacie et de Botanique de l’Université de Liège (1962-1965), il crée et préside la section Personnel scientifique-Université de Liège du secteur Enseignement de la CGSP. Rapidement, sa carrière prend une orientation essentiellement politique ; elle se caractérise par une ascension fulgurante. Attaché de Cabinet du ministre de l’Éducation nationale Fernand Dehousse (1965-1966), permanent au secrétariat national du SETCa avec Urbain Destrée (1966-1967), député suppléant (1968-1971), attaché au Cabinet du ministre des Relations communautaires Freddy Terwagne (1968-1970), Guy Mathot contribue à la préparation des congrès des socialistes wallons de Tournai et de Verviers (1967) et se retrouve au cœur des négociations institutionnelles de 1968-1971. Repéré par André Cools, il est élu secrétaire politique national francophone du PSB (octobre 1968-janvier 1972). Plébiscité à Seraing aux élections communales d’octobre 1970, Guy Mathot devient l’un des plus jeunes bourgmestres de Wallonie (janvier 1971), succédant à JJ Merlot décédé accidentellement en janvier 1969 et à Léon-Xavier Deleval lui aussi disparu en décembre de la même année. Il est aussi secrétaire du Comité permanent des Fédérations wallonnes du PSB (1972-1974) et membre du bureau du parti.
Élu député pour la première fois en novembre 1971 dans l’arrondissement de Liège, Guy Mathot est choisi par son parti pour le représenter au sein du Conseil économique régional de Wallonie (1975-1980). Rapporteur lors du congrès des socialistes wallons organisé à Jolimont (1976), défenseur d’une réelle régionalisation, il devient le président du Comité ministériel des Affaires wallonnes (3 juin 1977-18 octobre 1978) lorsque le PS accepte de former une majorité avec le CVP de Leo Tindemans. Successeur d’Alfred Califice, deuxième ministre à présider un exécutif wallon, Guy Mathot est ministre des Travaux publics et des Affaires wallonnes dans le gouvernement Tindemans III, puis dans l’éphémère équipe présidée par Paul Vanden Boeynants II (20 octobre-18 décembre 1978). Sans fonction ministérielle entre mars 1979 et janvier 1980, il est désigné comme ministre de l’Éducation nationale (F) dans les éphémères gouvernements Martens II et III (23 janvier-22 octobre 1980). Comme député, il vote les lois spéciale et ordinaire des 8 et 9 août 1980 créant notamment les institutions wallonnes. Dès octobre, il participe aux travaux du Conseil régional wallon.
Dans le gouvernement Martens IV, Guy Mathot hérite du portefeuille de ministre de l’Intérieur et du Budget (22 octobre 1980). Quand G. Spitaels remplace A. Cools à la présidence du PS, G. Mathot devient vice-Premier ministre (26 février 1981), cédant l’Intérieur à Philippe Busquin, mais conservant le Budget. Vice-Premier et ministre du Budget, c’est aussi le mandat qu’il exerce enfin dans le gouvernement de Mark Eyskens qui achève avec peine la législature (6 avril-17 décembre 1981).
Fulgurante, l’ascension ministérielle de Guy Mathot est aussi chahutée. Une série d’affaires propulsent le ministre au-devant d’une actualité dont il se serait bien passé. En septembre 1985, son immunité parlementaire est levée et il ne se présente pas au scrutin d’octobre. Bénéficiant d’un non-lieu le 22 décembre 1987, il est désigné le lendemain, via le Conseil provincial, comme sénateur provincial de Liège. Comme les statuts du PS interdisent le cumul entre un mandat parlementaire et la fonction de bourgmestre d’une grande ville, Gaston Onkelinx fait fonction de bourgmestre (1988-1994). Président de plusieurs intercommunales, intervenant comme pacificateur dans les vives querelles de la Fédération liégeoise du PS, G. Mathot fait un retour spectaculaire aux élections de novembre 1991 en s’ouvrant directement les portes du Sénat puis en étant désigné par Guy Spitaels comme ministre dans son gouvernement wallon. En charge des Affaires intérieures, des Pouvoirs locaux, de l’Administration et des Travaux subsidiés (8 janvier 1992-24 janvier 1994), le ministre contribue à la mise en place rapide et définitive de la Région wallonne et de ses instruments, et concrétise les accords du passé relatifs à la décentralisation des « outils wallons », tout en s’occupant d’organiser les avancées institutionnelles acquises : en tant que sénateur, le Sérésien a adopté les réformes de 1988 et 1989, ainsi que celles de 1992-1993 issues des accords de la Saint-Michel et de la Saint-Quentin.
Fin octobre 1993, en application de la régionalisation de compétences communautaires, le ministre Mathot reçoit la responsabilité supplémentaire du subventionnement des infrastructures sportives, communales et privées. À l’époque, on évoque une fusion entre les exécutifs régionaux wallon et bruxellois, pour janvier 1994, et la transformation radicale du gouvernement francophone. Les événements vont en décider autrement. Dans le cadre du dossier Agusta, la juge Ancia demande la levée d’immunité parlementaire de Guy Mathot, Guy Spitaels et Guy Coëme. Même si la procédure est différente, les trois « Guy » finissent par démissionner ensemble (20 janvier 1994).
Inculpé pour corruption de fonctionnaire au moment de l’achat des « A-109 » (juin 1994), objet de nombreuses accusations médiatisées, Guy Mathot se présente néanmoins au scrutin régional de mai 1995 et décroche un mandat « à Namur ». Il figure parmi les 75 premiers députés élus directement au Parlement wallon. Il retrouve aussi le Conseil de la Communauté française dont il a été membre de 1972 à 1985 et de 1992 à 1995. Dès les premières séances du nouveau Parlement wallon, le dossier fiscal du mandataire sérésien conduit à la levée partielle de son immunité parlementaire. Alors que les accusations se multiplient dans de nombreux autres dossiers, Guy Mathot n’est pas inculpé dans le dossier Dassault, et se contente de se mettre en congé de ses mandats exécutifs au sein de la Fédération liégeoise du PS (février 1997-janvier 1998), aucune charge n’étant retenue contre lui dans le dossier Agusta. Il sort blanchi de l’affaire qui l’avait amené à démissionner en janvier 1994. Maintes fois éclaboussé, jamais mouillé, il achève son mandat au Parlement wallon en juin 1999, en apportant sa contribution à la rédaction du projet de décret créant la Société publique de Gestion de l’Eau (SPGE).
Après vingt-cinq ans de vie parlementaire, il a décidé de ne plus se présenter qu’au scrutin communal. Ayant retrouvé la mairie serésienne le 20 décembre 1999 et ayant été plébiscité en octobre 2000, il s’investit dans la politique locale et de l’agglomération liégeoise. Président de la Fédération liégeoise du PS (2003-2005), il doit cependant concentrer tous ses efforts pour lutter contre une maladie qui aura finalement raison de lui en février 2005.

Cfr Encyclopédie du Mouvement wallon, Parlementaires et ministres de la Wallonie (1974-2009), t. IV, Namur, Institut Destrée, 2010, p. 415-420

conseiller communal de Seraing (1971-2005)
bourgmestre (1971-1977, 1979-1980, 1981-1988, 1999-2005)
député (1971-1985)
ministre (1977-1978)
ministre-Président du Comité ministériel des Affaires wallonnes (1977-1979)
ministre (1980-1981)
membre du Conseil régional wallon (1980-1985)
sénateur provincial (1988-1991)
sénateur (1992-1995)
membre du Parlement wallon (1992-1995)
ministre wallon (1992-1994)
député wallon (1995-1999)

Paul Delforge, décembre 2014