Jacques Ochs

Nice 18/02/1883, Liège 3/04/1971

Né à Nice de parents musiciens venus d’Allemagne, Jacques Ochs arrive à Liège avec sa famille, en 1893. Dès 1897, il arrache à ses parents l’autorisation de suivre les cours du soir de dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Après le Collège Saint-Hadelin de Visé, l’Athénée de Herve et celui de Liège, il fréquente à temps plein les cours supérieurs de l’Académie (1899). Élève d’Émile d’Heur, d’Évariste Carpentier et d’Adrien de Witte, il publie ses premiers dessins, humoristiques, sous forme de cartes postales. Premier prix de peinture avec la médaille en vermeil du gouvernement et prix Auguste Donnay, il achève l’Académie en 1903, séjourne brièvement en Toscane, avant de poursuivre sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de Paris (1904-1906). Hésitant entre la peinture et la caricature, il est sollicité par des journaux et des revues qui apprécient le talent de l’observateur attentif et critique de la société. En 1910, quand Jacques Ochs apporte son premier dessin au Pourquoi Pas ?, commence une très longue et fructueuse collaboration, l’hebdomadaire le laissant exprimer sa verve de caricaturiste ironique et incisif dans des croquis qui feront la couverture de nombreux numéros jusqu’en 1958. Sa réputation de caricaturiste est faite. Pourtant, il s’occupe toujours de peinture et expose à diverses reprises. Après la Grande Guerre, il s’orientera vers le genre des tableaux historiques ou commémoratifs, ainsi que des scènes de la vie quotidienne puis, de plus en plus, vers le portrait. Affichiste et portraitiste, Jacques Ochs pratique encore le reportage dessiné (dans les grands procès) et apporte sa contribution au Petit Parisien et à la Nation belge.
Avant-guerre, Jacques Ochs se montre aussi brillant escrimeur, enlevant de nombreuses épreuves tant en Belgique qu’à l’étranger. Il décroche notamment une médaille d’or olympique à Stockholm en 1912 et le titre de champion du monde à l’épée à Barcelone, en 1914. Amateur d’aviation, il accomplit très tôt son baptême de l’air (vers 1909-1910) et deviendra officier observateur en 1917. Bien que dispensé de service militaire, il s’est porté volontaire et, en 1915, a été initialement engagé dans le corps des autos blindées comme chauffeur mitrailleur canonnier. Passé à l’aviation, il est blessé lors d’une mission de reconnaissance (août 1917). Néanmoins rappelé au front (avril-octobre 1918), le dessinateur réalise durant sa convalescence des croquis du front et des dessins évoquant l’actualité de l’immédiat après-guerre.
Au lendemain de l’Armistice, Jacques Ochs entre comme professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Liège où, à partir de 1921, il est en charge du cours de peinture. En 1934, il est nommé directeur de l’Académie. Simultanément, lui échoit la direction du musée des Beaux-Arts de la ville de Liège. Avec Jules Bosmant, il conseille l’échevin Auguste Buisseret lors de la vente par Hitler de tableaux considérés comme « Art dégénéré » (Lucerne, 30 juin 1939). À cette occasion, la ville de Liège se porte propriétaire de Picasso, Gauguin et autre Chagal.
Défenseur du monopole de la langue française partout en Belgique, celui qui a fondé les Amitiés françaises avec Olympe Gilbart notamment en 1909 produit volontiers des dessins pour Noss Pèron (1922), La Défense wallonne (1923-1926), L’Action wallonne (1933-1940) et, après la Libération, Wallonie libre (1945-1946). Membre de la section de Liège des Amitiés françaises (1937-1940), il prend une part active dans l’organisation de nombreuses manifestations visant à défendre l’influence de la France en Belgique. Mais la reconnaissance publique dont jouit alors Jacques Ochs, notamment ses fonctions à l’Académie, suscite des jalousies.
Après s’être réfugié en France en mai 1940, il revient à Liège où il est arrêté le 20 novembre 1940 par la Gestapo qui lui reproche une couverture du Pourquoi Pas ? représentant un Hitler aux mains sanglantes. En fait, J. Ochs est victime de dénonciations de la part de son collègue de l’Académie Auguste Mambour. Mis au secret à la prison Saint-Léonard à Liège, J. Ochs est ensuite conduit à Breendonck où il est incarcéré (décembre 1940-février 1942). Durant cette captivité, il parvient à réaliser des croquis et des portraits bouleversants qui, publiés en 1947, sont un témoignage des pénibles conditions vécues par les détenus. De février 1942 à juillet 1944, il est assigné à résidence. Il se plonge tout entier dans la peinture avant d’en être brutalement ressorti par la Gestapo qui l’arrête à nouveau. Il est encore arrêté le 4 juillet 1943 et emprisonné jusqu’à la Libération. Dénoncé comme “ juif ”, il est conduit au camp de Malines et évite in extremis la déportation, grâce à l’arrivée des troupes alliées (septembre 1944). Il recouvre alors ses fonctions de directeur de l’Académie et de conservateur du musée des Beaux-Arts de Liège, avant d’y renoncer en 1948. La même année, il devient correspondant de la section de peinture de la classe des Beaux-Arts de l’Académie dont il est élu membre en 1953.
En octobre 1945, il participe au Congrès national wallon de Liège sans que l’on sache pour quelle solution il a voté. Néanmoins, quand il signe, en 1949, la pétition La Wallonie en alerte, avec une cinquantaine d’académiciens et de professeurs d’université, il se montre clairement opposé à la minorisation politique de la Wallonie et favorable à une formule d’un Parlement paritaire, à défaut de l’instauration du fédéralisme. En décembre 1952, il est encore l’un des cinquante signataires wallons du Manifeste des Intellectuels wallons et flamands, aussi appelé Accord Schreurs-Couvreur.

Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1200-1201
Nouvelle Biographie nationale, Bruxelles, 1997, t. 4, p. 283-285
Jacques Ochs (1883-1971) œuvre graphique, Fondation Jacques et Yvonne Ochs-Lefèvre, Catalogue rédigé par Bénédicte SCHIFFLERS, Bruxelles, 1997
Index biographique des membres, correspondants et associés de l’Académie de Belgique, 1769-1984, p. 198
La Wallonie, le Pays et les Hommes, t. 3, p. 271
Rétrospective Jacques Ochs. Musée de l’Art wallon. Liège juin 1975, Liège, 1975
Jacques OCHS, Breendonck, bagnards et bourreaux (1947)

Paul Delforge, septembre 2012