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Cité des Grandes Rames

La cité des Grandes Rames, construite en 1808, est traditionnellement considérée comme la plus ancienne cité ouvrière d’Europe. C’est à nouveau aux familles Biolley et Simonis que l’on doit la construction de ces bâtiments où s’entasseront des générations d’ouvriers. Situés à la limite du territoire municipal, ils sont proches des usines et fabriques qui s’implantent en nombre au début de cette période prospère. Cette rapide explosion industrielle provoque rapidement des problèmes démographiques et dès lors de logement qui se posent d’ailleurs tout au long du XIXe siècle.

La construction de la première maison débute sur le site le 25 avril 1808 sous la direction de l’architecte Henri Douha. L’édifice doit être fonctionnel et bon marché, il est dénué d’ornements, d’esthétisme et de variété. Cinq autres maisons identiques sont construites par la suite et habitables dès août 1809 ; elles précèdent quatre autres habitations qui complètent l’ensemble après 1810. Mis à part les disgracieux escaliers extérieurs en béton ajoutés lors de sa restauration, le site est encore aujourd’hui l’héritier de cette époque et a conservé son aspect d’origine : dix maisons identiques et mitoyennes formant deux gros blocs parallèles. Chaque maison est élevée en brique rouge et calcaire sur quatre niveaux de cinq travées et couverte d’un long toit brisé. Chaque étage est divisé en quatre pièces organisées autour d’un couloir central. Chaque maison possède une cave, une cuisine et un grenier aménagé dans lequel sont installés, au XIXe siècle, des métiers à tisser. Chaque chambre abrite alors un ménage de quatre à six personnes pour une superficie de 23 m² ! L’eau courante n’est installée qu’en 1876 et le raccordement à l’égout en 1883…

Après avoir été désaffectés, inoccupés et menacés de démolition, les bâtiments sont vendus par le CPAS de Verviers à une société de logements sociaux en 1991 qui procède à une rénovation de l’ensemble et son aménagement en habitations. Le crucifix, les arbres et le grillage présents contre un des pignons de l’ensemble ont été classés en 1983. Les maisons sont pour leur part reprises à l’inventaire du patrimoine monumental de Belgique.

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G. Focant © SPW

Ancienne usine Simonis de Verviers

L’ancienne usine textile Simonis est résolument un des plus beaux témoins de l’architecture industrielle du début du XIXe siècle conservé en Wallonie. Situé le long de la Vesdre, le bâtiment est le plus ancien témoin d’une époque où bon nombre de ces usines s’implantaient à cet endroit. L’entreprise, une foulerie, appartient à la famille Dauchap au XVIIIe siècle avant d’être successivement vendue à Jean-François Biolley en 1760 puis Jean-François Simonis le 23 avril 1801. Ces deux grandes familles d’industriels verviétois provoquent le déclic qui fera de Verviers une des plus importantes villes industrielles d’Europe au XIXe siècle. Dans les dernières années du siècle précédent, Biolley et Simonis désirent acheter des machines textiles anglaises mais les droits d’invention exorbitants en empêchaient l’exportation. William Cockerill enfreint cette défense et débarque avec ses deux fils sur le continent, en Russie puis en Allemagne. Il arrive à Verviers en 1799 et conclut un contrat d’exclusivité avec les familles Simonis et Biolley qui se voient réserver le monopole par le mécanicien anglais. La production explose instantanément : les machines textiles permettent en effet de remplacer deux cents bras et connaissent un important succès.

L’édifice le plus ancien des usines Simonis est érigé à la même époque, dans les premières années du XIXe siècle. De plan rectangulaire, l’usine compte sept niveaux, dont deux sous le toit, de dix-huit travées de long et trois travées de large. La façade ouest est percée au rez-de-chaussée de trois portes-fenêtres cintrées, et de baies à linteaux droits aux étages. Le long de la rue de Limbourg, la façade principale comporte des baies à linteaux droits et trois hautes portes-fenêtres à arcade en plein cintre d’une hauteur de deux niveaux à l’extrémité droite. La bâtisse, de style néoclassique, diffère des bâtiments industriels qui sont construits par la suite en Wallonie. Avant le véritable départ de la Révolution industrielle, l’architecture dans le domaine est encore très influencée par l’architecture traditionnelle régionale dont on retrouve toutes les caractéristiques ici : utilisation mêlée de brique et pierre calcaire, baies à linteaux droits, toitures mansardées la plupart du temps percées de lucarnes. L’ensemble a depuis été brillamment restauré et réaffecté en logements et constitue un bel exemple de réhabilitation d’un bâtiment industriel.

Rue de Limbourg
4800 Verviers

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Frédéric MARCHESANI, 2014

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Ancien hôtel Simonis à Verviers

Actuelle maison décanale de la paroisse Saint-Remacle et maison des vicaires, l’ancien hôtel Henri Simonis compte au nombre des demeures de prestige du centre de Verviers. Cette demeure aristocratique a été érigée en 1806 et constitue encore aujourd’hui un témoin de l’importance de Verviers sur le plan industriel dès les premières années du XIXe siècle. La façade, de style néoclassique, compte trois niveaux de cinq travées, dont les deux de gauche pourraient avoir été construites ultérieurement. La dernière travée à droite est percée d’une porte cochère s’ouvrant sur un vestibule qui traverse l’édifice de part en part et permet d’accéder à la cour intérieure et le jardin, où se trouvent également les dépendances, construites quant à elles en 1727 par le propriétaire précédent. La maçonnerie de l’ouvrage est mixte et traditionnelle de nos régions : les façades alternent brique et pierre bleue. 

L’intérieur est lui aussi caractéristique de l’époque de son édification au temps de l’Empire ; il comporte notamment de beaux plafonds en stuc et des cheminées en marbre.

La maison est cédée en 1830 par la veuve de Henri Simonis à son neveu, l’industriel Raymond de Biolley qui l’échange en 1839 contre l’ancienne église désaffectée de la place du Marché. Le conseil de fabrique dispose ainsi depuis lors d’une résidence pour le curé-doyen.

Rue des Raines 6
4800 Verviers

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Classé comme monument le 19 octobre 1984

Frédéric MARCHESANI, 2014

Simonis Marie-Anne

Socio-économique, Entreprise

épouse BIOLLEY

Verviers 17/01/1758, château de Hodbomont (Theux) 21/11/1831

Originaires de la région de Polleur où leur présence est attestée dès le XVe siècle, les Simonis se sont installés comme marchands sur la place du Marché, à Verviers, à la fin du XVIe siècle. Au XVIIIe siècle, ils fournissent des bourgmestres à la « Bonne ville » de la principauté de Liège ; c’est notamment le cas de Jacques Joseph Simonis (1717-1789), également seigneur de Barbençon et de Senzeille. De son mariage en 1745 avec Marie-Agnès Dieudonné de Franquinet (1726-1799) sont nés une dizaine d’enfants, parmi lesquels Marie-Anne (la sixième) et Jean-François Dieudonné, le cadet de la famille, dit Iwan Simonis (1769-1829), qui sera considéré, sous le régime français, comme l’homme le plus riche du pays wallon. Par les liens du mariage, les Simonis se sont unis à plusieurs familles actives dans le travail et le commerce de la laine. C’est le cas de Marie-Anne qui, en décembre 1777, épouse Jean François Biolley, seigneur de Champlon. Cousine de sa belle-mère, Marie-Anne Simonis unit ainsi sa destinée à celui qui aura à diriger la « Maison François Biolley et fils », à partir de 1790 ; de ce mariage, il n’y aura pas de descendant.

Pendant plusieurs années, Marie-Anne Simonis fréquente régulièrement les milieux mondains qui se retrouvent à Spa, la cité thermale internationale. Par son érudition, elle se tisse un réseau de relations à travers l’Europe. Elle en bénéficie lorsque les troubles révolutionnaires surviennent en principauté de Liège à partir de l’été 1789 ; lorsque la crise se prolonge, elle trouve refuge du côté de Hambourg et de Brunswick (vers l’hiver 1794-1795), avant de rentrer à Verviers (vers 1797) alors devenue cité de la République française. Le climat redevient plus propice au développement de la fabrication drapière ; de France viennent à Verviers de jeunes entrepreneurs soucieux d’apprendre le métier auprès d’une entreprise de pointe ; Marie-Anne Simonis les accueille, comme elle le fait d’ailleurs avec un mécanicien anglais recruté par son frère : en 1799, William Cockerill va apporter aux Biolley et aux Simonis les perfectionnements techniques qui placeront leurs industries loin devant toute la concurrence.

Palliant les importants problèmes de santé de son mari, Marie-Anne Biolley-Simonis parvient à s’entourer de conseillers et de directeurs avisés et, déjà du vivant de J-F. Biolley, elle apparaît comme la patronne de la « Maison François Biolley et fils », fonction qu’elle assumera jusqu’à sa disparition en 1831. Sans enfant, elle avait repéré et choisi Raymond Biolley pour leur succéder. Très impliquée dans les œuvres caritatives catholiques, elle émerge comme une figure étonnante du capitalisme wallon du début du XVIIIe siècle. Après les innovations introduites par Cockerill dans le cardage et la filature, la société de M-A. Simonis est l’une des premières à introduire la mule-jenny (1818) et la tondeuse mécanique (1821). Avec Jules Grand Ry, elle est la fondatrice, en 1822, de la première filature de laine peignée du pays ; la société est équipée d’une machine à vapeur.

 

Sources

G. DEWALQUE, dans Biographie nationale, t. II, col. 432-436
Dictionnaire des femmes belges. XIXe – XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006, p. 504-505
Y. LONGTAIN, Histoire de la machine textile verviétoise. Dictionnaire des constructeurs et fabricants d’accessoires, Verviers, 1987
Paul LÉON, Ywan Simonis, dans Biographie nationale, t. XLIII, col. 651-660

Simonis Jean François Dieudonné

Socio-économique, Entreprise

dit Ywan (ou Yvan)

Verviers 06/01/1769, Verviers 13/01/1829


Originaires de la région de Polleur où leur présence est attestée dès le XVe siècle, les Simonis sont une famille importante de la région verviétoise. Installés comme marchands sur la place du Marché, à Verviers, à la fin du XVIe siècle, ils sont actifs dans le secteur textile à partir de 1680 et ils fournissent plusieurs bourgmestres à la « Bonne ville » de la principauté de Liège au XVIIIe siècle. Par les liens du mariage, les Simonis se sont aussi unis à d’autres familles bourgeoises, notamment actives dans le travail et le commerce de la laine. C’est notamment le cas de Jacques Joseph Simonis (1717-1789), également seigneur de Barbençon et de Senzeille : il est bourgmestre de Verviers à trois reprises, en 1760-1761, 1765-1766 et 1770-1771. De son mariage en 1745 avec Marie-Agnès-Dieudonnée de Franquinet (1726-1799) sont nés une dizaine d’enfants, parmi lesquels Marie-Anne (la sixième) et Jean-François Dieudonné, le cadet de la famille, dit Iwan Simonis qui est considéré, sous le régime français, comme l’homme le plus riche du pays wallon.

Pourtant, lorsqu’il fête ses 20 ans, le jeune Simonis perd son père et, tandis que sa mère reprend la direction de la manufacture familiale, éclatent les troubles révolutionnaires (été 1789). Les Simonis ne sont guère favorables à ces changements brutaux. Bourgmestre de 1784 à 1786 et frère d’Iwan, Henri-Guillaume Simonis est un adversaire de J-J. Fyon par exemple, et en 1792, sous le règne du dernier prince-évêque et alors que les armées de Dumouriez sont aux portes de la principauté, le même Henri-Guillaume accepte de reprendre du service : désigné en octobre, il est écarté en novembre… Pour cette famille d’industriels, les affaires sont plus difficiles et s’aggravent surtout durant l’hiver 1794-1795. Comme de nombreux ouvriers, plusieurs familles bourgeoises ont fui devant l’arrivée des armées françaises et ont trouvé refuge du côté de Brunswick et de Hambourg ; c’est d’ailleurs là que J-F. Simonis épouse, en novembre 1795, Marie-Agnès de Grand Ry, sa nièce, issue d’une autre fratrie active dans le commerce et l’industrie, et impliquée également dans la vie « politique » de la cité sous l’Ancien Régime.

L’exil forcé dans le nord de l’Allemagne permet au jeune Simonis de découvrir les techniques utilisées dans la fabrication du textile et de tisser des relations durables. Rentrés à Verviers alors devenue cité de la République française, les Simonis reprennent leurs activités en intégrant certaines de ces techniques, tout en cherchant des débouchés nouveaux et d’autres innovations. Comme délégué dans le nord de l’Allemagne, la Maison Simonis s’est attaché les services d’un jeune Amstellodamois : Henri Mali (1774-1850). C’est lui qui, en 1798, croise la route d’un mécanicien anglais dont les idées nouvelles n’ont pas réussi à trouver preneur auprès des Russes, des Suédois et des Allemands. Mali invite William Cockerill à se rendre sur les bords de la Vesdre. 

En 1799, à bout de ressources, l’Anglais se décide ; ses frais sont pris en charge par la société d’Iwan Simonis qui installe le mécanicien dans une dépendance de ses ateliers, vraisemblablement dans une ancienne foulerie qui deviendra bientôt l’imposant bâtiment industriel surnommé « au Chat ». Le génial Anglais apporte à Verviers des techniques révolutionnaires qui vont donner aux usines Simonis et Biolley des longueurs d’avance par rapport à la concurrence. Dès le 29 décembre 1800 la filature Simonis dispose d’un moulin activé par trois personnes qui produisent 400 écheveaux par jour, ce qui remplace le travail de 100 personnes !

Engagé avec un contrat d’exclusivité, W. Cockerill construit des machines à carder et à filer la laine qui propulsent l’industrie lainière verviétoise au premier rang mondial. « Le temps du rouet avait vécu, c’était le début de la mécanisation de l’industrie lainière ».

En faisant appel à James Hodson et à ses fils, William Cockerill trouvera un moyen de se défaire de son contrat avec les Simonis et Biolley ; dès lors, tous les concurrents peuvent acquérir la technologie mise au point grâce à l’investissement d’Iwan Simonis. En 1810, avec une petite centaine de fabricants et plus de 20.000 travailleurs occupés, Verviers a réalisé sa révolution industrielle en une période très courte et est devenue le centre mondial des fibres cardées. Les fournitures textiles aux armées assurent la prospérité qu’un vaste marché continental favorise.

En recrutant d’autres mécaniciens, parfois anglais, et en s’entourant d’ingénieurs et directeurs verviétois de première qualité, Iwan Simonis réussit à conserver un leadership dans l’industrie. C’est un événement familial qui viendra affaiblir la « Maison Simonis ». En 1822, François-Xavier (1762-1825), frère d’Iwan, décide de retirer ses capitaux de l’affaire familiale et provoque une difficile répartition des avoirs entre les dix héritiers du père Jacques Joseph Simonis. Pour la société Simonis, ce sont deux tiers du capital qui sont ainsi soustraits. Les enfants et petits-enfants d’Iwan Simonis redresseront la barre, assurant la pérennité à l’entreprise familiale. Plus de deux cents ans après la collaboration Simonis-Cockerill, une Société Iwan Simonis existe toujours ; elle a acquis une réputation internationale indiscutable dans la confection du drap de billard.

Comme ses ancêtres, Iwan Simonis a aussi exercé des responsabilités publiques. Nommé conseiller municipal en octobre 1800, il fait partie de la délégation verviétoise qui vient saluer Napoléon lors de son passage à Liège en 1803. Conseiller général du département de l’Ourthe et membre des États-généraux, il siège à la Commission d’Arrondissement qui remplace la préfecture de Malmédy au moment du départ des Français (30 mars 1814). En 1815, il est membre du Conseil municipal, et adjoint au maire et, le 31 décembre 1817, c’est le roi des Pays-Bas, Guillaume d’Orange, qui le désigne comme membre du Conseil de Verviers, puis comme représentant de Verviers aux États généraux de Liège. Entre 1820 à 1827, il est l’un des trois bourgmestres de Verviers, et exerce comme échevin de 1824 à 1827. Depuis 1817, il est encore appelé par ses pairs à siéger au sein de la Chambre de Commerce de Verviers : de 1817 à 1826, il préside d’ailleurs ce collège de notables, au rôle essentiel entre le monde politique et le monde économique.

 

Sources

Paul LÉON, dans Biographie nationale, t. XLIII, col. 651-660
Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995
Ginette KURGAN, Serge JAUMAIN, Valérie MONTENS, Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996, p. 145-146
Pierre LEBRUN, L’industrie de la laine à Verviers pendant le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, Liège, 1948, p. 234-241
Paul HARSIN, La Révolution liégeoise de 1789, Bruxelles, Renaissance du Livre, 1954, coll. Notre Passé, p. 98
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Histoire. Économies. Sociétés, t. I, p. 328
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 366, 375
Portraits verviétois (Série L-Z), dans Archives verviétoises, t. III, Verviers, 1946
Liste des bourgmestres de Verviers de 1650 à nos jours, selon Detrooz, complétée jusqu’en 2001 (s.v. juillet 2013)
Yvan SIMONIS, Transmettre un bien industriel familial pendant six générations (1750-1940). Une étude de cas en Belgique. Premiers résultats, dans Les Cahiers du Droit, 1992, vol. 33, n°3, p. 735-737

Simonis Jacques Joseph

Socio-économique, Entreprise

Verviers 12/08/1717, Verviers 03/03/1789

Originaires de la région de Polleur où leur présence est attestée dès le XVe siècle, les Simonis sont une famille importante de la région verviétoise. Installés comme marchands sur la place du Marché, à Verviers, à la fin du XVIe siècle, ils sont actifs dans le secteur textile à partir de 1680 et ils fournissent plusieurs bourgmestres à la « Bonne ville » de la principauté de Liège au XVIIIe siècle. 

Par les liens du mariage, les Simonis se sont aussi unis à d’autres familles bourgeoises, notamment actives dans le travail et le commerce de la laine. C’est notamment le cas de Jacques Joseph Simonis, fils de Henri (1686-1745) : il est bourgmestre de Verviers à trois reprises, en 1760-1761, 1765-1766 et 1770-1771. De son mariage en 1745 avec Marie-Agnès de Franquinet (1726-1799) – fille d’industriel du textile et de bourgmestre – sont nés une dizaine d’enfants, parmi lesquels Marie-Anne (la sixième) et Jean-François Dieudonné, le cadet de la famille, dit Iwan Simonis qui sera considéré, sous le régime français, comme l’homme le plus riche du pays wallon. C’est Marie-Agnès de Franquinet qui se porta acquéreuse du château de Senzeilles en 1787 et apportant ainsi à son mari le titre seigneur de Senzeille, qui s’ajoutera à celui de Barbençon. Après 1789, ce château fut confisqué.

Mais à ce moment, Jacques Joseph Simonis n’est plus là. Il a laissé à sa famille une entreprise textile qui s’est fortement transformée depuis sa création en 1680, par Guillaume Henri Simon Simonis. Comme les Dethier et les Franquinet, J-J. Simonis a pris l’initiative de rassembler sous un même toit l’ensemble des gestes du travail de la laine, hormis le filage et le tissage. Il a ainsi créé un vaste atelier qui, très vite, va compter un nombre d’ouvriers assez élevé pour l’époque (près d’une centaine). En s’installant de préférence le long du canal des usines, il a cherché à bénéficier d’une eau en abondance, mais au débit moins brusque qu’à même la rivière. Renommée notamment pour la qualité de ses toiles de billard depuis ses origines, l’entreprise de draps dirigée par J-J. Simonis doit surtout sa prospérité à sa dynamique commerciale ; elle fait affaire avec plus de 30 grossistes établis dans les grandes villes du commerce textile en Europe, de Moscou à Lisbonne, en passant par Hambourg, Amsterdam, Vienne, Lyon ou Venise. Capitaliste-marchand, J-J. Simonis avait acquis une fortune considérable que ses enfants feront encore fructifier.

Sources

Liste des bourgmestres de Verviers de 1650 à nos jours, selon Detrooz, complétée jusqu’en 2001
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. I, p. 343 ; t. II, p. 23
Michel ORIS, dans Jean-François POTELLE (dir.), Les Wallons à l’étranger, hier et aujourd’hui, Charleroi, Institut Destrée, 2000
Yvan SIMONIS, Transmettre un bien industriel familial pendant six générations (1750-1940). Une étude de cas en Belgique. Premiers résultats, dans Les Cahiers du Droit, 1992, vol. 33, n°3, p. 735-737 (s.v. juin 2013) 

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De Lalieux de la Rocq Emile

Politique, Résistance

Nivelles 25/11/1862, Ouchy-Lausanne 7/09/1918

Docteur en Droit de l’Université catholique de Louvain, fils d’une famille de la noblesse terrienne, Émile Lalieux de la Rocq est actif dans les milieux catholiques où il entend contribuer à l’amélioration de la condition ouvrière tant par sur le plan politique que sur le plan social. Président de la Ligue des Capacitaires de Nivelles, créée dès 1889, Émile de Lalieux plaide en faveur d’un suffrage universel tempéré par le vote plural. Président de la Jeune Garde Catholique, il peut être considéré comme un des pionniers de la démocratie chrétienne dans le Brabant wallon, tâche difficile que la bulle Rerum novarum de Léon XIII vient renforcer (1891) : il crée dès lors une Ligue démocratique. À la même époque, il épouse Marie Simonis, une arrière-petite-fille de l’industriel verviétois Ywan Simonis.

Élu au conseil communal de Nivelles en octobre 1890, il devient d’emblée échevin (avril 1891). Quelques mois après l’entrée en vigueur du suffrage universel plural, de Lalieux entre à la Chambre des représentants, en tant que député de Nivelles (1896). Il siège à Bruxelles jusqu’en 1900, avant de retrouver un siège en avril 1908 quand il remplace J. Brabant décédé. Il ne renouvelle pas son mandat en 1910, mais retrouve place à la Chambre l’année suivante quand il remplace G. Snoy démissionnaire. Son mandat s’achève pendant la Grande Guerre à laquelle il ne survit pas.

En effet, désigné par le roi en 1905 comme bourgmestre de Nivelles, c’est lui qui se retrouve à la tête de la cité des Aclots quand éclate la Première Guerre mondiale. Nivelles échappe aux massacres de l’invasion allemande des mois d’août et septembre, mais n’évite pas les conditions d’occupation imposées par le Generalfeldmarschall Colmar von der Goltz, puis par son successeur, le Generalgouverneur von Belgien Moritz von Bissing à partir de décembre 1914. Poursuivant son mandat maïoral afin de venir en aide à ses administrés, Émile de Lalieux s’investit dans sa mission ; il en vient même à distribuer des secours à des ouvriers du chemin de fer qui refusent de travailler pour l’occupant et refuse de livrer la liste des « chômeurs » de sa ville. Cette résistance n’est pas tolérée par l’occupant qui met en prison le bourgmestre « rebelle ». L’enfermement dure quatre mois à Nivelles et est suivi d’une déportation en Allemagne. Gravement malade, « l’indésirable » – selon la terminologie allemande – est transféré en Suisse ; ayant perdu un fils qui s’était porté volontaire de guerre, Émile de Lalieux ne reviendra pas d’Ouchy-Lausanne.

Pendant l’occupation allemande, Charles Vanpée (1915-1916) puis Ferdinand Delcroix feront fonction de bourgmestre d’une ville de Nivelles qui a quitté la province du Brabant pour intégrer celle de Hainaut en vertu du décret de mars 1917 sur la séparation administrative. Après l’Armistice, c’est Pierre de Burlet qui succède au vaillant maire.

Paul VAN MOLLE, Le Parlement belge 1894-1972, Ledeberg-Gand, Erasme, 1972

 

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De Biolley Raymond Jean-François

Socio-économique, Entreprise

Verviers 10/02/1789, Verviers 22/05/1846


En raison des troubles révolutionnaires de l’été 1789, les Biolley ont préféré trouver refuge dans le nord de l’Allemagne. Ils ne rentrent à Verviers, devenue municipalité française, qu’en 1795. Quatre ans plus tard, le mécanicien anglais William Cockerill procure aux entreprises des familles Biolley et Simonis un avantage incontestable sur tous leurs concurrents. C’est dans cet esprit de réception aux idées techniques nouvelles qu’est éduqué Raymond Biolley. Ses études sont brillantes et, très tôt, il est associé à la direction de la « Maison François Biolley et fils ». Comme son oncle, Jean-François Biolley (1755-1822) connaît de sérieux problèmes de santé, c’est son épouse, Marie-Anne Simonis, dite de Champlon, qui assume la responsabilité de l’entreprise familiale. C’est elle qui confie à Raymond la direction de la succursale que les lainiers verviétois possèdent à Cambrai. Cédant à l’insistance de sa tante, Raymond de Biolley épouse, en 1817, Marie-Isabelle Simonis (1799-1865) qui est la nièce de Marie-Anne, mais surtout la fille de Jean-François Dieudonné Simonis (1769-1829), dit Iwan Simonis, considéré comme l’homme le plus riche du pays wallon sous le régime français.

Disposant ainsi de solides réseaux, le jeune entrepreneur allait démontrer ses propres capacités après un long séjour en Angleterre où il étudie attentivement les raisons de la prospérité de l’industrie insulaire. De retour en bord de Vesdre, il y attire – comme ses prédécesseurs – des ingénieurs et mécaniciens anglais qui procurent à ses installations verviétoises un savoir-faire exceptionnel. Tout au long de sa carrière, il gardera l’habitude de voyages à l’étranger, certes pour présenter ses produits, mais surtout pour observer l’évolution de la concurrence. La perfection des draps verviétois est pourtant reconnue au niveau international et c’est un important commerce qui s’est établi de part et d’autre de l’Atlantique ; les activités du Verviétois sont fortement soutenues par le roi Guillaume d’Orange ; ce dernier n’hésite pas à le désigner comme délégué effectif de Verviers aux États provinciaux (1820) ; il accorde encore une distinction à l’industriel peu avant que ne se produise la révolution de 1830.

Dans un contexte politico-économique neuf, celui qui n’est plus directeur de la grande société commercial, l’Algemeen Handels Maatschappij (1824-1830), doit alors faire face à de nouvelles responsabilités, à Verviers, quand il devient le principal héritier de la « Maison François Biolley et fils », suite au décès de sa tante (1831). Le changement n’effraye nullement cet entrepreneur. À toutes difficultés, il trouve ou invente des solutions à son avantage. Quand Napoléon avait imposé le blocus continental et privé les « continentaux » des laines britanniques, Biolley avait lancé un élevage de 4.000 moutons mérinos sur les hauteurs de Verviers. Quand le blocus a été levé et que les coûts de transport ont été très bas, il a commandé ses laines dans l’hémisphère sud. Quand naît le royaume de Belgique, il plaide en faveur d’accords douaniers avec la France pour rouvrir le marché mosan, à la France certes, au monde si possible. Le Zollverein est un système dans lequel il verrait bien entrer la Belgique. Libre-échangiste, Raymond Biolley est un industriel qui a tôt fait de se sentir chez lui aux quatre coins du monde.

Principal pourvoyeur de travail dans la vallée de la Vesdre, Raymond de Biolley est reconnu par ses pairs comme le principal industriel de l’est wallon : son savoir-faire, sa fortune et ses investissements sans limites font de la Maison de Biolley à la fois une référence, un bailleur de fonds et un moteur d’innovations exceptionnelles. Depuis 1824, il siège au sein de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Verviers ; en 1830, il la préside. Dans le nouveau royaume de Belgique, les censitaires attribuent à ce chef d’entreprise le mandat de sénateur dès 1831, fonction qu’il exercera jusqu’à son décès. Refusant les distinctions, il acceptera le titre de vicomte que lui attribue Léopold Ier, en 1843, lorsqu’il inaugure la ligne de chemin de fer qui relie Anvers à Verviers. La famille royale avait d’ailleurs l’habitude de prendre ses quartiers dans l’hôtel de maître que l’industriel s’était fait construire au cœur de la cité lainière.

L’action sociale du couple Biolley-Simonis est souvent soulignée : une partie de la fortune de l’industriel a servi à alimenter des œuvres religieuses de secours, de soins et d’hygiène, à améliorer du logement ouvrier et des institutions scolaires et hospitalières, tant à Verviers, qu’à Augsbourg et à Sallanches, les trois cités que les Biolley marquèrent de leur empreinte. Là où s’étend aujourd’hui la rue Raymond, il a fait aménager plusieurs petites maisons destinées à la population ouvrière. Certains veulent y voir l’une des toutes premières cités ouvrières construites en Europe.

Cette générosité discrète ne doit pas dissimuler le tempérament décidé du patron face aux revendications ouvrières. Au moment de sa disparition, on estime qu’il était à la tête de 2.000 ouvriers, rassemblés dans quatre grosses usines. Propriétaire de biens de prestige, Raymond de Biolley avait encore investi dans des entreprises en Prusse rhénane et possédait des parts dans deux charbonnages proches de Verviers, investissements motivés par la nécessité de contrôler des sources d’énergie à l’heure du développement de la machine à vapeur. De 1842 à 1846, il avait également présidé le Comité industriel de Belgique.

 

G. DEWALQUE, dans Biographie nationale, t. II, col. 436-440

Paul LÉON, dans Biographie nationale, t. XLI, 1979, col. 24-30

Ginette KURGAN, Serge JAUMAIN, Valérie MONTENS, Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996, p. 145-146

Pierre LEBRUN, L’industrie de la laine à Verviers pendant le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, Liège, 1948, p. 207

Portraits verviétois (Série Α-K), dans Archives verviétoises, t. II, Verviers, 1944

P. GASON, Raymond de Biolley, Verviers, 1950

Remember, Nos Anciens. Biographies verviétoises 1800-1900, parues dans le journal verviétois L'Information de 1901 à 1905, Michel Bedeur (préf.), Verviers, éd. Vieux Temps, 2009, coll. Renaissance, p. 27-28



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Cockerill William

Conception-Invention, Socio-économique, Entreprise

Lancashire /1759, Behrensberg (Aix-la-Chapelle) 23/01/1832

Père de John et Charles-James Cockerill, William est un artisan qui cherche à faire fortune et n’hésite pas à quitter son Angleterre natale pour réussir. D’origine irlandaise, « jennymaker » de profession, William Cockerill est un mécanicien qui déborde d’inventivité. Il connaît les mécanismes de la machine à filer la laine qui procure aux Anglais un avantage sur tous leurs rivaux. Résolu à développer sur le continent les procédés mécaniques nouvellement découverts sur son île, il brave les interdits que son pays impose pour empêcher la concurrence, se rend en Russie en 1794, puis en Suède et en Allemagne. Personne n’est cependant disposé à entendre les moyens qu’il préconise pour améliorer les outils en filature lorsqu’il croise la route d’un agent commercial d’une firme verviétoise. À Hambourg, en 1798, William Cockerill s’entretient en effet avec Henri Mali : celui-ci finit par le convaincre de rejoindre les bords de la Vesdre où son patron, Ywan Simonis, est disposé à l’héberger après avoir payé ses frais de transports depuis Hambourg.

Saisissant ce qui paraît être sa dernière chance, William Cockerill vient s’établir à Verviers (en 1799 semble-t-il) ; il est installé dans une dépendance de l’usine « au Chat » et, en secret, met au point ses idées au profit exclusif du patron lainier verviétois. Dès le 29 décembre 1800, la filature Simonis dispose d’un moulin activé par trois personnes qui produisent 400 écheveaux  par jour, ce qui remplace le travail de 100 personnes ! Cockerill construit encore d’autres machines à carder et à filer la laine pour les fabriques Biolley et Simonis, en accordant à leur société l’exclusivité de ses inventions. Très vite, le succès est au rendez-vous : les innovations de W. Cockerill vont propulser l’industrie lainière verviétoise au premier rang mondial. « Le temps du rouet avait vécu, c’était le début de la mécanisation de l’industrie lainière ».
Pour se défaire du contrat d’exclusivité qui le lie aux Biolley-Simonis, William Cockerill fait venir d’Angleterre un ouvrier qualifié, James Hodson, qui deviendra son beau-fils. Celui-ci monte son propre atelier de construction de machines, qui trouve très rapidement des commandes auprès des industriels de la laine. Avec les fils Cockerill, Hodson fournit librement des moulins dès 1803 aux filatures J-N. David, Godart, Leloup et Meunier, puis dans une seconde vague aux Dethier, Godin, Duesberg, Peltzer, Hauzeur, Sauvage.

En dépit de l’hostilité qui règne entre Anglais et Français en cette période troublée (Verviers est l’une des villes de la République française puis de l’empire napoléonien depuis 1795), les mécaniciens anglais que sont William et ses enfants – en l’occurrence William (1783-1847), James (1787-1837) et John (1790-1840) – peuvent continuer à œuvrer en terres liégeoises. D’ailleurs, en 1807, ils s’installent dans la cité ardente, au pied du pont des Arches d’abord, au Pont des Jésuites (future place Cockerill), ensuite lorsque l’atelier devint trop petit. Les Cockerill y fabriquent de nombreuses machines et y développent ce qui deviendra la grande sidérurgie du bassin de Liège. S’ils contribuent ainsi au décollage de la révolution industrielle dans l’est wallon, les Cockerill sont considérés comme des traîtres en Angleterre… En 1810, William Cockerill reçoit la grande naturalisation française et, en 1812, se retire des affaires, fortune faite. Décédé près d’Aix-la-Chapelle, William Cockerill est enterré au cimetière de Spa.

Pierre LEBRUN, L’industrie de la laine à Verviers pendant le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, Liège, 1948, p. 234-241

Michel ORIS, dans POTELLE Jean-François (dir.), Les Wallons à l’étranger, hier et aujourd’hui, Charleroi, Institut Destrée, 2000, p. 127

P.M. GASON, Histoire des sciences et des techniques. John Cockerill et le nouveau monde industriel, Seraing, 1995

Suzy PASLEAU, Itinéraire d’un géant industriel, Liège, 1992

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Histoire. Économies. Sociétés, t. I, p. 328

Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995

Biographie nationale, t. IV, col. 229-230

Paul LÉON, Ywan Simonis, dans Biographie nationale, t. XLIII, col. 651-660

Anne-Catherine DELVAUX, Inventaire des archives de la Société Cockerill Sambre (Groupe Arcelor) Siège de Seraing (1806-2005), Bruxelles, AGR, 2011, Archives de l’État de Liège, n°113