Jules Bastin

Roux 23/03/1889, Gross Rosen 1/12/1944

Comme de nombreux Wallons de sa génération, Jules Bastin est surpris par l’invasion allemande d’août 1914, ainsi que par celle de mai 1940. Fait prisonnier, il se distinguera par ses nombreuses tentatives d’évasion lors de la Grande Guerre et il paiera finalement de sa vie son engagement au sein de l’Armée secrète, lors de la Seconde Guerre mondiale.
Engagé volontaire à l’armée dès ses 17 ans, Jules Bastin passe du 13e régiment de ligne à Dinant à l’École militaire où il est admis en 1907 ; il opte pour la cavalerie, l’armée d’élite de l’époque. Le 31 décembre 1913, il est admis au 1er régiment de Chasseurs à cheval à Tournai. Lieutenant de cavalerie en 1914, il est blessé sur le champ de bataille après une charge à la tête de son peloton, le 16 août. Fait prisonnier à hauteur de Chaumont-Gistoux, il est transféré en Allemagne à l’instar de près de 42.000 soldats capturés principalement durant ce mois d’août 14. Les conditions de détention sont abominables. Mû par une seule obsession, s’évader, Jules Bastin s’y reprend à dix reprises avant de parvenir à rejoindre les Pays-Bas. De plus en plus surveillé, c’est finalement du fort IX d’Ingolstadt, en Bavière, qu’il reprend définitivement sa liberté en novembre 1917. Arrivé près de la frontière entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, un tunnel creusé sous la ligne électrifiée lui permet de gagner Vaals, puis Maastricht, avant d’embarquer pour Calais où il arrive en décembre. Car son intention ultime est de rejoindre les troupes belges sur l’Yser ; avec elles, il participe à l’offensive victorieuse de septembre-octobre 1918.
Commandant d’un escadron du 1er Lanciers caserné à Spa (1928), promu lieutenant-colonel (1934) puis colonel (1939), professeur de tactique à l’École de Guerre (1936), il raconte dans un livre à succès, publié dans les années 1930, ses 10 tentatives d’évasion ; un aviateur français, Roland Garros, était parmi ses compagnons d’infortune. Dans ses souvenirs, Charles de Gaulle, lui aussi prisonnier en Allemagne au printemps 1916 non loin de Jules Bastin, racontera que le militaire de Charleroi était alors pour lui un modèle. Plusieurs fois récompensés des plus hautes distinctions, Jules Bastin est un « héros » qui s’en est retourné à la vie normale jusqu’en 1939.
Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, Jules Bastin participe à la Campagne des 18 Jours en tant que chef d’État-Major du corps de la cavalerie belge. Après la capitulation décidée par Léopold III, il refuse la situation, embarque pour l’Angleterre, revient en France avant de finalement rentrer au pays. Affecté à l’OTAD (Office des Travaux de l’Armée démobilisée), il va contribuer à la formation de La Légion belge (septembre 1941). Le danger est permanent. Il est arrêté et emprisonné une première fois (un mois, en novembre 1941). Commandant de l’organisation de combat, le colonel Robert Lentz a moins de chance et Bastin lui succède à la tête du réseau clandestin (mai 1942), avant de devenir le commandant de la Légion belge (novembre 1942), qui devient L’Armée de Belgique (1943) avant de prendre l’appellation définitive d’Armée secrète (1er juin 1944). Depuis la fin 1942, Bastin est en effet chargé par le gouvernement belge en exil à Londres de coordonner et fédérer tous les organes de résistance armés du pays. Tombé dans un guet-apens près de Liège (avril 1943), il échappe de peu à la mort et passe quelques semaines en prison avant d’être libéré. Mais sa troisième arrestation, le 24 novembre 1943, lui est funeste. Il est envoyé à la prison de Saint-Gilles où ses tentatives d’évasion sont vaines. Finalement, le 5 février 1944, il est déporté vers l’Est et, épuisé par les mauvais traitements qui lui sont infligés, Jules Bastin ne reviendra pas du camp de concentration de Gross Rosen.

Jules BASTIN, La lutte pour la liberté. Mes 10 évasions, 1914-1917, Paris, Payot, 1936
Albert CRAHAY, Vingt héros de chez nous : 1940-1964, Bruxelles, 1983, p. 209-229
Daniel CONRAADS et Dominique NAHOE, Sur les traces de 14-18 en Wallonie, Namur, IPW, 2013, p. 255
http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-36+de-la-legion-belge-a-l... (s.v. septembre 2014)
Léon-E. HALKIN, dans Biographie nationale, t. 31, col. 55-56

Paul Delforge, décembre 2014