Plaque Charles BALBOUR
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Stèle et plaque à la mémoire d’un musicien et d’un combattant de 1914 victime de la grippe espagnole.
Plaque commémorative en l’honneur d’un résistant dinantais de 1914
Réalisée à l’initiative des autorités dinantaises.Dinant, circa 1930.
Apposée sur un mur, juste sous le début du pont de Dinant, à hauteur de la collégiale, une plaque en pierre rend hommage à Charles Balbour (1885-1924) qui s’est distingué en réalisant un acte de désobéissance spectaculaire par rapport aux occupants allemands de la Grande Guerre. Cantonnier des ponts et chaussées, plongeur, Balbour connaît particulièrement bien la Meuse.
Avec Jules Hentjens, Charles Balbour est l’un des principaux protagonistes de l’évasion spectaculaire de dizaines de citoyens à bord de l’Atlas V, épisode héroïque de la Grande Guerre qui se déroula dans la nuit du 3 au 4 janvier 1917. Malgré la surveillance et les tentatives d’interception des Allemands, le navire parvient à quitter Liège et à gagner les Pays-Bas, où une centaine de personnes arrivent à bon bord.
Afin de rendre hommage à Charles Balbour qui perdit la vie, en 1924, lors des travaux de reconstruction du pont détruit pendant la guerre, la ville de Dinant inaugure cette inscription gravée dans la pierre :
À
Charles Balbour
Héros de l’Atlas V
3-1-1917
Décédé ici
Le 13 mai 1924
Près de la collégiale, depuis 1993, une place porte aussi le nom de Charles Balbour.
Édouard DEHARENG, L’odyssée du remorqueur Atlas V, Visé, s.d.
L'Atlas V, Liège, Vonêche, 1930
Adresse
près de la collégiale, sur le mur du pont de Dinant
5500 Dinant
Auteur de la fiche
Paul DelforgeStatue Arnould de Binche
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Statue d’Arnould de Binche, réalisée par Frantz Vermeylen, septembre 1911.
Face à la gare de Binche, de style néo-gothique, construite entre 1905 et 1910, s’étend une imposante esplanade, au centre de laquelle a été inaugurée en 1931 une statue de l’Indépendance ; autour de ce monument central s’étendent quatre pelouses séparées par des chemins : la moitié supérieure, côté gare, est ceinturée par une balustrade en pierre bleue, sculptée, de style néo-gothique d’où émergent 8 colonnes de pierre, elles-mêmes surmontées d’une statue en bronze. Destiné à mettre la gare davantage en évidence tout en atténuant harmonieusement le dénivelé du terrain, le square a été aménagé en respectant les indications très précises de la Commission royale des Monuments qui délégua sur place, à plusieurs reprises, ses représentants pour veiller à la bonne exécution des travaux (adjugés à 60.000 francs de l’époque). Soutenu par les autorités locales, et en particulier par le bourgmestre Eugène Derbaix, le projet de square s’inspire de celui du Petit Sablon, à Bruxelles, avec ses colonnettes gothiques et ses statuettes évoquant « l’histoire nationale ». Il est inauguré en septembre 1911.
Oeuvres des sculpteurs Vermeylen et Valériola, désignés en mai 1911, les 8 statues représentent « des personnages illustres qui ont joué dans l’histoire locale un rôle important et dont le souvenir mérite de vivre dans la mémoire des Binchois » (Derbaix). Quatre sont dues au ciseau d’Edmond de Valériola : Baudouin le Bâtisseur, Gilles Binchois (statue disparue en 2014), Yolande de Gueldre et Marie de Hongrie (statue volée en 1993) ; il s’agit en fait de toutes les statues de gauche quand on fait face à la gare. Les quatre autres ont été réalisées par Frantz Vermeylen (1857-1922) : Charles-Quint, Guillaume de Bavière, Marguerite d’York et Arnould de Binche qui nous occupe ici. Il s’agit de la statue la plus à droite (par rapport à la gare) et la plus éloignée de celle-ci.
Natif de Louvain, où son père (Jan Frans) exerçait déjà le métier, Fr. Vermeylen a appris la sculpture dans l’atelier familial, avant de suivre les cours de l’Académie des Beaux-Arts de Louvain (1869-1878) où son père enseigne, et de se perfectionner à Paris (chez A-A. Dumont). Ayant certainement travaillé sur les chantiers de décoration de l’hôtel de ville de Louvain, de la gare d’Amsterdam et au Rijksmuseum dans les années 1880, il devient l’expert attitré des autorités louvanistes, avant de répondre aussi à des commandes de décoration pour la ville d’Audenarde, l’abbaye Saint-Gertrude, la Volksbank, etc. Spécialisé dans les intérieurs d’église (par ex. Saint-Martin à Sambreville), il reste un artiste demandé tant pour ses médailles que pour ses bustes et ses statues, comme celle du gouverneur Orban de Givry à Arlon (1903), que pour les quatre statues qu’il réalise pour Binche.

© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Concernant les 8 statues qui composent l’ensemble face à la gare, tous les personnages ont vécu avant le XVIIe siècle, six représentent des « princes ou princesses », et les deux autres sont des artistes : Gilles Binchois et Arnould de Binche. Représenté tenant un plan et un compas dans ses mains, ce dernier est un architecte né à Binche au XIIIe siècle et auquel on attribue la construction de l’église de Pamele près d’Audenaerde, édifice datant de 1235 et remarquable en raison de son style curieux, typique de la transition entre le roman et l’ogival. Les connaissances dont l’architecte fait preuve dans la construction de Pamele témoignent de sa grande maîtrise des techniques nouvelles de son temps. Au XIXe siècle, Arnould de Binche apparaît comme l’architecte le plus ancien d’un monument belge. Une recherche menée par Félix Hachez au milieu du XIXe siècle apporte quelques renseignements sur le parcours d’un Arnould de Binche qui reste néanmoins un personnage fort mystérieux.
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Le Journal de Charleroi, 31 octobre 1910 et 16 mai 1911, Journal de Bruxelles, 3 octobre 1911
Ludo BETTENS, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 602-604
Eugène DERBAIX, Monuments de la Ville de Binche, Vromant & Cie, 192
0, p. 38-39
Étienne PIRET, Binche, son histoire par les monuments, Binche, Libraire de la Reine, 1999
Victor DE MUNTER, Frantz Vermeylen et son œuvre, dans Revue belge de numismatique et de sigillographie, Bruxelles, Société royale de Numismatique, 1925, n°1, p. 57-68
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 739
Baron de SAINT-GENOIS, dans Biographie nationale, t. 1, col. 464-465
Félix HACHEZ, Notice sur maître Arnould de Binche, architecte au XIIIe siècle, Mons, 1859
Adresse
place et square Eugène Derbaix
7130 Binche
Auteur de la fiche
Paul DelforgeStatue saint ARNOULD
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Statue de saint Arnould, réalisée par Victor Demanet, sur le pont de Liège 25 juin 1939 puis au bout du quai de la Tannerie après la Libération de 1945.
Sculpteur des rois et des reines, des soldats et des résistants, des personnages historiques lointains comme de personnalités contemporaines, Victor Demanet a fait de l’espace public, notamment de Wallonie, sa galerie d’exposition. Remarqué au Salon des Artistes français de Paris, en 1923, pour son buste de Bonaparte à Arcole, Victor Demanet s’est rapidement imposé comme un portraitiste de talent auquel sont confiées de nombreuses commandes publiques. Il a déjà participé à plusieurs expositions internationales et reçu d’importants prix et distinctions lorsque lui est confiée la réalisation de deux statues, l’une de saint Arnould et l’autre de Godefroid de Bouillon, destinées à la ville de Bouillon.
Dans la deuxième moitié des années 1930, la cité achève en effet d’importants travaux de voirie : dédoublement de la rue de la Maladrerie et création d’un nouveau quai qui dégage de nouvelles perspectives (circa 1937). S’inspirant du Pont Saint-Ange à Rome, les autorités locales ont par conséquent décidé de garnir les deux accès du pont de Liège des statues en question. Chargé de cette importante commande publique, Victor Demanet doit inscrire les deux statues sur un socle imposant (2,5 m de haut, sur 0,9 m de large) où viendront s’inscrire des bas-reliefs en bronze à motifs héraldiques.
Dès 1938, les statues d’Arnould et de Godefroid sont achevées par le sculpteur et peuvent être installées aux accès du Pont de Liège. La cérémonie d’inauguration, le 25 juin 1939, se déroule en grandes pompes. La duchesse de Vendôme (la sœur de feu le roi Albert Ier) a fait le déplacement. Mais quelques mois plus tard, lors de l’invasion allemande de mai 1940, aucune chance n’est laissée au Pont de Liège. Miraculeusement, le bombardement épargne les deux statues. À la Libération, il n’est plus question de les réinstaller sur le pont reconstruit. Elles sont séparées et le Godefroid de Bouillon escalade le contrefort pour trouver place à quelques mètres de l’entrée du château, tandis que le saint Arnould est relégué en bord de Semois, au bout du quai de la Tannerie. On l’aperçoit tant bien que mal depuis l’autre rive, en scrutant bien depuis le boulevard Vauban. Saint Arnould aura moins de visibilité que son homologue Godefroid.
Moins célèbre en dehors de Bouillon que l’homme des croisades, Arnould (ou Arnoul) n’en est pas moins considéré comme le premier dans la généalogie des ducs de Bouillon, descendant des comtes d’Ardenne. Né vers 582 à Lay-Saint-Christophe, près de Nancy, Arnoul serait le fils de Bodogisel et de Chrodoara (celle qui deviendra l’abbesse d’Amay). Ayant grandi au sein d’une noble famille franque, il est considéré comme le fondateur de la dynastie des Arnulfiens, famille alliée aux Pépinides. Aussi appelé Arnoul de Metz, il a gouverné l’Austrasie avec Pépin de Landen à l’époque des Mérovingiens (en l’occurrence Thibert II, la régente Brunehilde, puis Clotaire II). Fils d’Arnoul, Ansegisel épouse d’ailleurs Begge, la fille de Pépin, contribuant ainsi au développement de la dynastie carolingienne. Mais lassé par la vie de cour, Arnoul accepte d’être désigné évêque de Metz, alliant alors fonctions administratives et religieuses (613-628) ; il est à ce moment aussi précepteur du jeune Dagobert Ier. Mais il aspire à consacrer exclusivement sa vie à Dieu ; il renonce définitivement aux affaires de la cité et vit désormais en ermite solitaire jusqu’à son décès en 640. Godefroid en serait un lointain descendant. Décédé un 18 juillet de l’année 640 ou 641, Arnoul est fêté localement à cette date. Patron des brasseurs, il n’est pas le saint patron de Bouillon car c’est saint Eloi qui a ce titre.

© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Ayant grandi au confluent de la Sambre et de la Meuse où ses parents tiennent un commerce d’antiquités au cœur de la ville, Victor Demanet (Givet 1895 – Namur 1964) était appelé à leur succéder si ses études à l’Académie des Beaux-Arts (1916-1919), ne lui avaient pas donné le goût de la pratique de la sculpture. Élève de Désiré Hubin, Demanet eut la révélation en voyant des œuvres de Constantin Meunier et surtout celles traitant de la thématique sociale et ouvrière développée par le peintre/sculpteur bruxellois. Lors d’un séjour à Paris, les œuvres de Rude, Carpeaux et Rodin avaient fini de convaincre Demanet que sa voie était dans la sculpture. Comme d’autres artistes de son temps, il va réaliser plusieurs monuments aux victimes des deux guerres ; auteur de plusieurs dizaines de médailles, il poursuit aussi une œuvre plus personnelle à l’inspiration comparable à celle de Constantin Meunier, avec de nombreux représentants du monde du travail.
Les sculptures en pierre de Victor Demanet à Bouillon, Les jalons d’une ville n°3, dans
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 397
Jacques TOUSSAINT, Les médailles du sculpteur-médailleur Victor Demanet (1895-1964), dans Revue belge de numismatique et de sigillographie, Bruxelles, 1984, n°130, p. 141-204 + planches
Jacques TOUSSAINT, Victor Demanet dans Arts plastiques dans la province de Namur 1800-1945, Bruxelles, Crédit communal, 1993, p. 147
M-J-F. OZERAY, Histoire des pays, château et ville de Bouillon, depuis l’origine du Duché jusqu’à la révolution de 1789…, Luxembourg, 1827, p. 313
Le Guetteur wallon, 1961, n°3, p. 65
Adresse
sur le pont de Liège puis au bout du quai de la Tannerie après la Libération de 1945
6830 Bouillon
Auteur de la fiche
Paul DelforgeStatue Arlette de Huy
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Statue Arlette de Huy, réalisée par André (Fanneau) de la Horie, 1986.
À deux pas de la Grand Place de Huy, une place ouverte vers l’avenue des Ardennes accueille, dans un décor de bandes dessinées, un groupe monumental composé d’un ancien bassin-abreuvoir, d’un bloc de pierre en forme de stèle évoquant une sortie de fontaine, lui-même surmonté d’une statuette. Sur le bloc, une plaque en cuivre contient l’inscription suivante en lettres d’or :
ARLETTE de HUY
MERE DE GUILLAUME
LE CONQUERANT
DON DU ROTARY CLUB
DE HUY
À l’avant du bassin, une autre plaque noire aux lettres blanches identifie tous les éléments de cet ensemble composite :
Arlette de Huy
André de la Horie, 1986. Don du Rotary.
Autrefois fontaine, il n’est reste que la
sculpture évoquant la mère supposée de
Guillaume le Conquérant (1066).
Offerte à la ville de Huy par le Rotary Club local en 1986, la statue est du Hutois André Fanneau de la Horie, qui en tira la forme en travaillant de la terre d’Andenne, avant que la fonderie Peeters n’en fasse un bronze, solidement arrimé dans une pierre de Vinalmont.
Habituellement l’année 1066 fait référence, à Huy, à la
Personnage historique ou légendaire, Arlette (dite aussi Herlève, Arlot, Arleite, etc.) serait, selon une des traditions qui remonte au XIIIe siècle, la fille de Fulbert (ou Herbert ou Robert) et de Doda (ou Duwa), couple qui se maria à Huy en 1004. Tanneur de son état, Fulbert aurait épousé une princesse d’Écosse qui se serait échappée du couvent sainte Begge d’Andenne. Ayant décidé de quitter Huy pour la France, le couple se serait trouvé en Normandie, à Falaise, un jour de 1027 où le jeune Robert le Libéral (dit aussi Robert le Magnifique), duc de Normandie, croisa la route de la jeune Arlette et en tomba amoureux.

© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
De leur union illégitime serait né Guillaume II, dit le Bâtard, futur Guillaume le Conquérant et roi d’Angleterre… Si l’histoire est belle, bien fol qui s’y fie, tant les versions varient. En Normandie, Arlette est surnommée Arlette de Falaise, tandis qu’une autre tradition fait partir les parents d’Arlette de Florennes. Néanmoins, les Hutois ont adopté depuis longtemps la version de Maurice de Neufmoustier, « le plus ancien historien de Huy » (du Ry) et le Rotary local n’a fait que s’inscrire dans cette tradition en invitant le sculpteur André de la Horie à en réaliser la statue.
C’est au hasard des activités professionnelles de son père qu’André Fanneau de la Horie naît à Louvain en 1923. Enracinée en Normandie depuis des générations, la famille des Fanneau de la Horie compte quelques ancêtres qui s’illustrèrent dans l’histoire de France, comme le fameux général qui tenta un coup d’état contre Napoléon. Mais, loin de la Normandie, c’est d’abord à Maredsous qu’André suit des humanités artistiques, avant de s’orienter vers des études d’ingénieur à l’Université catholique de Louvain. Ingénieur industriel, il séjourne notamment au Congo (1955-1958) et en Algérie (1975-1981).
À l’heure de la retraite, André Fanneau de la Horie s’établit à Couthuin-Surlemez, dans une ancienne bâtisse qu’il rénove et où il se consacre désormais à la sculpture : il s’était passionné pour cet art quand il était adolescent, avait fréquenté l’Académie de Louvain et Saint-Luc, mais sans jamais trouver le temps de s’adonner pleinement à sa passion. Le modèle féminin l’inspire constamment, qu’il s’agisse de travailler le bois, la pierre, la terre cuite ou le bronze. Professeur de sculpture aux ateliers du Cercle Li Cwerneu, il y donne pendant plus de dix ans des cours qui influencent durablement le style de ses élèves, de même que celui de ses deux filles, Barbara et Brigitte, toutes deux artistes. En acceptant l’invitation du Rotary de sculpter Arlette de Huy, André de la Horie renoue aussi avec les racines familiales normandes. Il exposera à Huy à deux reprises, avant son décès, en novembre 1998.
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse dont l’article de Jacques Henrard, dans Vers l’Avenir, Huy-Waremme, 13 novembre 1998
Chantal DU RY, Huy : histoire d’une ville à travers ses légendes et des monuments, Liège, Cefal, 2000, p. 63-69
Freddy VAN DAELE, Arlette de Huy, Hosdent, 2007
François BAIX, La légende d’Arlette de Huy, dans Namurcum, bulletin de la Société archéologique de Namur, 1954, t. XXVIII, p. 1-12
Adresse
en Mounie, avenue des Ardennes
4500 Huy
Auteur de la fiche
Paul DelforgeMonument Guillaume APOLLINAIRE
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Monument érigé à la mémoire du poète Wilhelm Apploniars de Kostrowisky - alias Guillaume Apollinaire, œuvre réalisée par Fernand Heuze sur un dessin d’Oscar Lejeune, 23 juin 1935.
Le court séjour de Guillaume Apollinaire dans la région de Stavelot-Malmedy a fait l’objet de nombreux écrits auxquels se sont ajoutés des commémorations diverses et variées, allant d’une référence commerciale à des colloques, en passant par l’ouverture d’un musée et l’inauguration de monuments. Le plus spectaculaire est assurément celui de Bernister qui commémore le séjour du poète dans la région durant l’année 1899. Il faut pénétrer de quelques dizaines de mètres dans le bois pour apercevoir un ensemble de sept blocs de pierre, géométriques, en calcaire bouchardés, l’ensemble formant une sorte de cromlech « dans un esprit apollinarien ». Au centre, se trouve la plus haute stèle – elle mesure 4 mètres de haut – sur laquelle ont été gravés les mots Guillaume Apollinaire et la fameuse date de 1899 en cette disposition « parallélépipédique » :
GUIL L AUM E
APOL I NAIR E
1899
Formant le cercle autour de la stèle centrale, six autres blocs de plus petites tailles (permettant de s’asseoir) portent une série d’inscriptions gravées formant une seule phrase, en l’occurrence trois vers de La jolie rousse, texte écrit entre 1912 et 1916 et publié en 1917, le dernier poème des « Calligrammes » :
« Soyez indulgents quand / vous nous comparez à
ceux qui furent la / perfection de l’ordre,
nous qui quêtons / partout l’aventure. »
Cette ronde de bornes n’est pas sans évoquer des bornes frontières en cet endroit situé à la limite des anciens pays de Stavelot et de Malmedy ; cette dernière cité, faut-il le rappeler, venait d’être « annexée » à la Belgique à la suite des récents
Né à Rome en août 1880, officiellement de père inconnu (en fait le comte Francesco Flugi d’Aspremont), le futur poète reçut de sa mère, la « baronne » Olga-Angélica de Kostrowitzky, plusieurs prénoms, dont Guillaume et Apollinaire qui deviendront sa signature littéraire. Après avoir séjourné à Bologne, Monaco, puis à Paris, la baronne franchit la frontière franco-belge avec son nouvel amant, Jules Weil, suivi par les conséquences de quelques revers financiers. Alors âgé de presque 19 ans, Wilhem ou William, ainsi que son frère Albert les accompagnent (juin 1899). La mère s’installe à Spa, tandis que les deux jeunes gens vont rejoindre le « beau-père » à Stavelot, où il a pris pension chez Constant-Lekeux, « charcutier - restaurateur, 12 rue Neuve ». Laissés seuls dès la fin du mois de juillet, les deux adolescents multiplient les promenades durant l’été, font des rencontres et partagent leur temps avec certains locaux ; mais sans le sou, ils finissent par s’enfuir le 5 octobre : leur mère et son ami ont quitté Spa et son casino depuis longtemps ; depuis le mois d’août, ils sont rentrés à Paris, et personne n’a l’argent pour payer la pension de Stavelot. Ce n’est qu’en 1934 que Christian Fettweis découvre dans un vieil album l’identité des deux frères et publie Apollinaire en Ardenne.
Avant lui, André Billy, Robert Vivier, Marcel Thiry notamment avaient déjà eu l’attention attirée par la familiarité d’Apollinaire tant avec la langue wallonne de Malmedy qu’avec certains lieux, voire des us et coutumes propres à l’est wallon ; le poète n’avait-il pas aussi ressenti la vive opposition qui animaient les Prussiens de Malmedy aux Wallons malmédiens ? Emporté par la grippe espagnole à la fin de la Grande Guerre, il ne pouvait plus répondre aux interrogations de ses contemporains. Indiscutablement, le bref séjour wallon avait marqué l’œuvre du poète maudit qui choisit, à Stavelot, d’abandonner définitivement la version germanique de son prénom, Wilhem, pour adopter celui de Guillaume. Comme l’écrit Maurice Piron, en 1975, grande est « l’influence du séjour à Stavelot sur la sensibilité de celui qui, entre les lignes d’un cahier au nom de Wilhelm Kostrowitzky, essayait les premières signatures de Guillaume Apollinaire. (…) l’expérience des trois mois et demi passés en Wallonie fut féconde pour la genèse elle-même de l’œuvre qui allait naître, puisqu’elle coïncide avec la gestation des premiers thèmes apollinariens et qu’elle l’a, jusqu’à un certain point, conditionnée » (PIRON, p. 73-74).
C’est grâce à Fettweis qu’il n’y a dorénavant plus aucun doute sur le bref séjour d’Apollinaire en Wallonie. Très vite, la volonté de faire connaître « cet épisode historique » va prendre plusieurs formes à l’initiative de la Société des Écrivains ardennais et de la Société des Beaux-Arts de Verviers. Éditrice de l’ouvrage de Fettweis, cette dernière propose d’élever un mémorial le long de la vieille route de Malmedy, à Francorchamps. Unissant leurs efforts, les deux sociétés inaugurent d’abord à Stavelot, le 23 juin 1935, le médaillon et la plaque commémorative dans l’entrée de l’Hôtel Constant ; ensuite, elles inaugurent le Mémorial de Malmedy.
Leur initiative malmédienne a reçu les adhésions officielles de Paul Valéry, Henri de Régnier, Lucien Descaves, André Gide, Gaston Rageot, Francis Jammes, Francis Carco, Paul Léautaud, André Billy, André Rouveyre, Jules Romains, Tristan Derême, Émile Zavie, André Salmon, Henri Duvernois, Joseph Delteil, Luc Durtain, Jacques Boulenger, Max Jacob, Valéry Larbaud, Ivan Goll, Marius Ary Leblond, ainsi que de Jean Cocteau. Tous ne sont pas présents le jour de l’inauguration, mais tant les autorités de Stavelot que celles de Malmedy ont mobilisé leur population pour accueillir les délégations et représentants officiels (comme le consul général de France, Fernand Sarrien, ou le gouverneur de la province de Liège, voire Lucien Christophe, représentant officiel du ministre belge de l’Instruction publique, ainsi que Charles Delchevalerie, André Billy, Olympe Gilbart ou Marcel Thiry), en présence de Jacqueline Apollinaire, la veuve du poète. La seule absence remarquée est celle de Paul Claudel, ambassadeur de France à Bruxelles qui a refusé d’inaugurer le monument. Une fois tout ce beau monde rassemblé, un fort cortège quitte à pied l’hôtel de ville de Malmedy pour gravir le chemin conduisant au sommet de la butte de Bernister culminant à 500 mètres d’altitude.

© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Le Mémorial Apollinaire a été dessiné par Oscar Lejeune et exécuté par le sculpteur verviétois Fernand Heuze (1883-1955), plusieurs fois sollicité dans l’Entre-deux-Guerres pour réaliser des monuments dans les Hautes Fagnes (par exemple, les monuments Legras et Frédéricq). Artiste discret, Heuze est comme ses collègues l’auteur de plusieurs monuments aux victimes de la Grande Guerre (par exemple celui d’Aubel avec son joueur de clairon du 12e de ligne en 1921, ou celui de Charneux). Par ailleurs, il enseigne à l’Académie de Liège. Dans son atelier, il initie son fils – parfait homonyme, né en 1914 – à la sculpture, mais c’est vers la peinture que celui-ci se dirigera, tout en étant un membre actif du comité de Verviers des Amis de la Fagne. Quant à Oscar Lejeune (Verviers 1904-1970), s’il dirige le théâtre du Parc de 1947 à 1969, il était aussi « un ami de la Fagne » et l’un des accompagnateurs de Christian Fettweis lorsque les promeneurs firent une courte halte, en 1934, dans l’hôtel-pension des Constant-Lekeux, à Stavelot, et y découvrirent qu’Apollinaire y avait séjourné en 1899. Docteur en Droit, catholique, cet amateur de théâtre se plie d’abord à la gestion des affaires commerciales familiales (de 1926 à 1943, le Verviétois est dans le « textile »), avant de se consacrer entièrement à sa passion, en tant que directeur d’un théâtre professionnel. Fondateur et responsable de la Société des Beaux-Arts de Verviers (1929-1940), Oscar Lejeune organise de grandes expositions et des concerts, et soutient des initiatives telles que celles qui honorent Apollinaire à Stavelot et Bernister.
Guy PEETERS, sur
La Vie wallonne, 15 juin 1925, LVIII, p. 409-412
La Vie wallonne, 1950, IV, n°252, p. 299
La Vie wallonne, 1974, I, n°345, p. 41-42
L’Intransigeant, 6 janvier 1935
Victor MOREMANS, dans La Gazette de Liège, 24 juin 1935
André PAYER, dans Comédia, 3 juillet 1935
L’Œuvre, 11 décembre 1935
Maurice PIRON, Guillaume Apollinaire et l’Ardenne, Paris, Jacques Antoine, 1975
Postface de Marcel THIRY, dans Maurice PIRON, Guillaume Apollinaire et l’Ardenne, Paris, Jacques Antoine, 1975, p. 118-119
Christian FETTWEIS, Apollinaire en Ardenne, Bruxelles, Librairie Henriquez, 19
34
Cor ENGELEN, Mieke MARX, Dictionnaire de la sculpture en Belgique à partir de 1830, Bruxelles, août 2006, t. III, p. 809
Lettre de Guillaume Apollinaire à James Onimus, juillet 1902, dans Œuvres complètes de Guillaume Apollinaire, Balland-Lecat, II, p. 714
Guy ZELIS, Les intellectuels catholiques en Belgique francophone aux 19e et 20e siècles, p. 262-278
Pascal KUTA, Grande Guerre : l’image du souvenir en Wallonie, photos de Guy Focant, Namur, IPW, 2014
R. COLLARD et V. BRONOWSKI, Guide du plateau des Hautes Fagnes, Verviers, éd. des Amis de la Fagne, 1977, p. 302
Adresse
lieu-dit Thier de Liège
4960 Malmedy-Bernister
Auteur de la fiche
Paul DelforgePlaque et médaillon Guillaume APOLLINAIRE
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Plaque commémorative et médaillon Guillaume Apollinaire, 23 juin 1935 ; médaillon refait en 1950.
Médaillon refait par Léon Remy.
Le court séjour de Guillaume Apollinaire dans la région de Stavelot-Malmedy a fait l’objet de nombreux écrits auxquels se sont ajoutés des commémorations diverses et variées, allant d’une référence commerciale à des colloques, en passant par l’ouverture d’un musée et l’inauguration de monuments. C’est ainsi que le 23 juin 1935 furent notamment inaugurés un médaillon et une plaque commémorative dans l’entrée de l’hôtel du… Mal-Aimé, à Stavelot.
Pourtant, dans un premier temps, les Stavelotains eurent motivation à se montrer mécontents du passage dans leur ville du poète et de son frère. En quittant l’hôtel où ils avaient passé toute la saison 1899, Guillaume et Albert laissèrent quelques effets personnels qui n’auraient pas suffi à rembourser l’ardoise de 600 francs de l’époque qu’ils laissèrent à l’hôtelier. En découvrant par la suite l’identité de leur hôte, les autorités locales s’empressèrent de ne retenir que la partie la plus positive des événements. Sous le médaillon, on trouve une inscription somme toute sibylline, une phrase que comprenne qui pourra :
« A L’AUBE DU 5 OCTOBRE
1899, LE POÈTE GUILLAUME
APOLLINAIRE QUITTA CETTE
MAISON OÙ IL VÉCUT UNE
SAISON DE SA JEUNESSE. »
Ce serait une erreur d’y apercevoir du reproche. Le temps a passé. L’honneur d’avoir accueilli l’illustre Apollinaire efface toutes les dettes.
Né à Rome en août 1880, officiellement de père inconnu (en fait le comte Francesco Flugi d’Aspremont), le futur poète reçut de sa mère, la « baronne » Olga-Angélica de Kostrowitzky, plusieurs prénoms, dont Guillaume et Apollinaire qui deviendront sa signature littéraire. Après avoir séjourné à Bologne, Monaco, puis à Paris, la baronne franchit la frontière franco-belge avec son nouvel amant, Jules Weil, suivi par les conséquences de quelques revers financiers. Alors âgé de presque 19 ans, Wilhem ou William, ainsi que son frère Albert les accompagnent (juin 1899). La mère s’installe à Spa, tandis que les deux jeunes gens vont rejoindre le « beau-père » à Stavelot, où il a pris pension chez Constant-Lekeux, « charcutier - restaurateur, 12 rue Neuve ». Laissés seuls dès la fin du mois de juillet, les deux adolescents multiplient les promenades durant l’été, font des rencontres et partagent leur temps avec certains locaux ; mais sans le sou, ils finissent par s’enfuir le 5 octobre : leur mère et son ami ont quitté Spa depuis longtemps ; depuis le mois d’août, ils sont rentrés à Paris, et personne n’a l’argent pour payer la pension stavelotaine.

© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Rendu enragé par ce coup fourré, l’hôtelier qui sera contraint de retarder le mariage de sa fille déposera plainte auprès du procureur du roi de Verviers et brûlera tous les papiers abandonnés dans la chambre par ces « étrangers escrocs ». La justice prononcera un non-lieu et ce n’est qu’en 1934 que Christian Fettweis va découvrir dans un album de cartes et de photos de la pension Constant, une carte illustrée adressée à Willem Kostrowitzy, le 31 août 1899 par un certain Auguste. Racontant avec force détails le bref séjour ardennais des deux frères en cette fin de XIXe siècle, il dénoue un mystère en publiant Apollinaire en Ardenne. Avant lui, André Billy, Robert Vivier, Marcel Thiry notamment avaient déjà eu l’attention attirée par la familiarité d’Apollinaire tant avec la langue wallonne de Malmedy qu’avec certains lieux, voire des us et coutumes propres à l’est wallon ; n’avait-il pas aussi ressenti la vive opposition qui animaient les Prussiens de Malmedy aux Wallons malmédiens ? Indiscutablement, le bref séjour wallon avait marqué l’œuvre du poète maudit qui choisit, à Stavelot, d’abandonner définitivement la version germanique de son prénom, Wilhem, pour Guillaume.
Emporté par la grippe espagnole à la fin de la Grande Guerre, il ne pouvait plus répondre aux questions de ses contemporains. Pendant plusieurs années, on émit des hypothèses sur l’itinéraire d’Apollinaire en Wallonie et la date de 1902 était souvent avancée, sans preuve. Une fois le double mystère levé (l’identité des logeurs indélicats et le séjour d’Apollinaire en Wallonie), la Société des Écrivains ardennais s’empresse de faire connaître son intention de marquer l’événement à Malmedy (18 mars 1934), tandis que la Société royale des Beaux-Arts de Verviers (qui a édité l’ouvrage de Fettweis) propose d’élever un mémorial le long de la vieille route de Malmedy, à Francorchamps. Unissant leurs efforts, et avant le Mémorial de Malmedy, les deux sociétés inaugurent à Stavelot, le 23 juin 1935, le médaillon et la plaque commé
morative dans l’entrée de l’Hôtel Constant, qui deviendra l’hôtel du Luxembourg, avant d’adopter définitivement le nom d’hôtel du Mal Aimé. Devant un public averti, les discours se clôturent par une interprétation de la Brabançonne et de la Marseillaise.
Durant l’offensive Von Rundstedt de décembre 1944, un éclat d’obus endommage le « souvenir Apollinaire ». Lors d’un passage à Stavelot en 1949, Carlo Bronne et Marcel Thiry interrogèrent les Stavelotains sur leurs intentions de restaurer la plaque ; on les envoya vers « le tombier », le tailleur de pierres tombales local qui tenait aussi café sur la grand place : c’était le même qui avait gravé la première plaque. Ayant déjà reçu un billet d’un « apollinariste » inconditionnel, il remit son prix au duo d’écrivains et l’affaire fut faite. Le médaillon dû à Léon Remy fut remis sur une nouvelle plaque gravée et une inauguration officielle se déroula le 22 octobre 1950, tandis que se tenait dans le même temps une exposition. Professeur à l’Athénée de Stavelot, Léon Remy était membre associé de l’Institut archéologique liégeois (1949). Dans les mois qui ont suivi s’est constituée l’asbl « les Amis de Guillaume Apollinaire » (novembre 1953), puis s’est ouvert un Musée Apollinaire grâce à l’activité du journaliste Camille Deleclos et du peintre Armand Huysmans. À partir de 1958, des biennales se déroulent à Stavelot, véritables journées d’études apollinariennes.
Guy PEETERS, sur
s.v. juin 2014)
La Vie wallonne, 15 juin 1925, LVIII, p. 409-412
La Vie wallonne, IV, n°252, 1950, p. 299
La Vie wallonne, I, 1974, n°345, p. 41-42
Christian FETTWEISS, Apollinaire en Ardenne, Bruxelles, Librairie Henriquez, 1934
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 344
Postface de Marcel THIRY, dans Maurice PIRON, Guillaume Apollinaire et l’Ardenne, Paris, Jacques Antoine, 1975, p. 117-118
Adresse
rue de l’Hôtel de ville 34
4960 Stavelot
Auteur de la fiche
Paul DelforgeStèle et plaque Georges ANTOINE
© Paul Delforge-Diffusion Institut Destrée-Sofam
Stèle et plaque à la mémoire d’un musicien et d’un combattant de 1914 victime de la grippe espagnole, réalisées par Louis Dupont, 20 novembre 1938.
Dans le prolongement du Jardin d’Acclimatation, le parc public de la Boverie, à Liège, accueille, dans un décor d’arbres et de fleurs, plusieurs sculptures rendant hommage à des personnalités marquantes du monde culturel. Située face aux anciens bureaux de la RTBf-Liège, une stèle surmontée d’une plaque a été installée à la mémoire de Georges Antoine (1892-1918). Compositeur, musicien, cet artiste liégeois était promis à un bel avenir quand éclate la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire en 1914, il combat du côté de l’Yser lorsque sa santé se détériore. Éloigné de sa terre natale, le soldat-musicien-compositeur est finalement emporté par la fièvre de la grippe espagnole, en novembre 1918.
Afin de rendre hommage au musicien trop tôt disparu, une première initiative est prise en 1929. Présidé par Sylvain Dupuis, puis par Ch. Radoux-Rogier, un Comité inaugure un médaillon au Conservatoire de Liège. Quelques années plus tard, une autre initiative est prise par une Association pour l’étude de la musique de Chambre, présidée par le professeur Bohet et soutenue par la Section de Liège des Amis de l’Art wallon, ainsi que par la ville de Liège. Le sculpteur Louis Dupont (1896-1967) se voit confier la réalisation du petit monument.
Natif de Waremme, élève d’Adrien de Witte, il reçoit une bourse du gouvernement au sortir de la Grande Guerre et ouvre son atelier. D’emblée, il reçoit quelques commandes pour des bustes et des bas-reliefs, tels le bas-relief Hubert Stiernet (1925), le buste Jean Varin (1927), le médaillon Georges Antoine (1929) ou le buste Eugène Ysaÿe (1936). Prix Trianon (1928), il obtient une nouvelle bourse de voyage du gouvernement en 1937. La même année, avec Adelin Salle et Robert Massart, il travaille sur l’important chantier des bas-reliefs du Lycée de Waha, avant de réaliser Le Métallurgiste du monument Albert Ier à l’île Monsin. De nombreuses autres commandes parviennent à l’artiste après la Seconde Guerre mondiale, principalement des bas-reliefs, avant que ne lui soient confiés le monument national de la Résistance (1955), puis les reliefs sur les bâtiments de la faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège (1958).
Dessinateur, médailliste et statuaire, Louis Dupont reçoit en 1954 le Prix de Sculpture décerné par la province de Liège pour l’ensemble de son œuvre. Celle-ci comprend de multiples réalisations d’inspiration personnelle : après s’être acharné à faire du très joli, l’artiste n’a pas hésité à volontairement tomber dans l’excès inverse. Cherchant sa voie dans l’Entre-deux-Guerres, il aspire sereinement à la beauté dans les statues féminines qu’il affectionne, passant de l’esprit de Maillol à un symbolisme plus marqué avec la maturité.
En pierre calcaire, la stèle rectangulaire, pourvue de deux colonnettes engagées, est actuellement placée devant l’entrée des anciens bureaux de la RTBf-Liège. Elle porte une plaque carrée, en bronze, qui présente le profil droit de Georges Antoine. Sur la stèle figurent les mentions :
A G. ANTOINE
AU COMPOSITEUR
AU SOLDAT
1892-1918
Sur la stèle en pierre a été gravé le nom du commanditaire, l’« Association pour l’étude de la musique de Chambre. 1938 ». Saluée par les mouvements wallons de l’époque, l’inauguration a lieu le 20 novembre en présence des autorités locales et de personnalités du monde artistique et militaire. Échevin des Beaux-Arts, Auguste Buisseret accepte, au nom de la ville de Liège, d’assurer la pérennité du monument.
Sylvie DELLOUE, Nathalie DE HARLEZ, Pierre FRANKIGNOULLE, Bénédicte MERLAND, Étude historique sur sept parcs liégeois, projet réalisé par l’asbl Homme et Ville pour l’échevinat de l’Urbanisme de la Ville de Liège, Liège, 2006
Paul DELFORGE, G. Antoine, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 58
Paul DELFORGE, Société des Amis de l’Art wallon, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1484-1486
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°35, été 1970, p. 11
Louis Dupont : exposition du 29 avril au 21 mai 1983, Liège, Province de Liège, Service des affaires culturelles, 1983
Salon de la libération : musée des beaux-arts, du 1er juin au 15 juillet 1946... (hommage à la résistance liégeoise) : la peinture française, de David à Picasso, art wallon contemporain, le peintre Jacques Ochs, les sculpteurs Louis Dupont, Robert Massart, Adelin Salle, Liège, imprimerie Bénard, 1946
La Wallonie nouvelle, n°49, 27 novembre 1938, p. 3
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 532-533
La Vie wallonne, 15 janvier 1939, CCXXI, p. 101-103
Marcel PAQUOT, Georges Antoine, l’homme et l’œuvre, mémoire couronné par l’Académie, Bruxelles, 1935
Pierre-Yves DESAIVE, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996
Adresse
Jardin d’Acclimatation du Parc de la Boverie
4020 Liège
Auteur de la fiche
Paul DelforgeMonument Salvador ALLENDE
© Institut Destrée - P. Delforge © Sofam
Jusqu’en 2001 et l’attentat des deux tours à New York, la date du 11 septembre symbolisait principalement le coup d’État dont le Chili avait été la victime en 1973 ; le président régulièrement élu Salvador Allende était renversé et assassiné par Augusto Pinochet.
À la jeune démocratie chilienne ainsi écrasée succédait une longue dictature. Le temps n’efface pas des mémoires le retentissement d’un événement dont la dimension est sans conteste internationale. À travers le monde, les protestations sont nombreuses et prennent des formes diverses. Ainsi assiste-t-on à l’érection de monuments ou à la désignation de noms de rue en l’honneur de « Salvador Allende ». Les occurrences sont telles à travers le monde qu’un site les répertorie (
En Wallonie, plus d’une vingtaine de rues, boulevards, squares ou allées portent le nom d’Allende, tandis que des réfugiés chiliens sont à l’initiative de plusieurs monuments, en province de Liège comme en Hainaut.
Ainsi en est-il à Romsée, commune de l’entité de Fléron, où un monument a été érigé sur le square… Salvador Allende, en 1979 et inauguré le 11 septembre 1979. Sur une imposante pierre brute en granit a été apposée une plaque de schiste sur laquelle est gravée la mention suivante :
SALVADOR ALLENDE
1908 – 1973
ASSASSINE
PAR LE FASCISME
AU CHILI
Un arbre a été planté à l’arrière du monument, un carré étant formé tout autour par une haie basse.
Depuis cette date de 1979, chaque année, les autorités communales de Fléron et l’Union socialiste communale organisent un hommage qui réunit des sympathisants à l’occasion de prises de parole et du dépôt de fleurs. La situation politique au Chili, la politique belge et locale, la lutte contre l’extrémisme et la résurgence des idées nauséabondes sont au centre des différents discours.
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Renseignements communiqués par Marc Cappa (novembre 2015)
Adresse
Square Allende
4624 Romsée (Fléron)
Auteur de la fiche
Paul DelforgeBâtiment de l'ex-journal "La Wallonie"
© IPW
Aujourd’hui reconverti par la Ville de Liège, dans un souci louable de réaffectation, en commissariat de police par une de ces ironies de l’Histoire que les victimes liégeoises des grèves de 1950 et de 1960 apprécieraient peut-être peu, les locaux du journal La Wallonie avaient été édifiés en 1925 par l’architecte liégeois Jean Moutschen, qui construisit plus tard, notamment, le lycée Léonie de Waha.
Situés à l’angle des rues de la Régence et de Florimont, ils étaient composés de deux bâtiments d’allure légèrement différente. La façade située rue de la Régence est dominée par la ligne courbe du nstyle paquebot, tandis que l’autre est marquée par des lignes droites. Trois éléments d’origine ont disparu : une tour et une horloge de style Art déco, et un grand coq en bronze (avec le nom du journal), enlevé en 2007 pour être replacé sur un nouvel immeuble des Métallos FGTB à Namur.

1962 : le centre névralgique du MPW
Ce n’est évidemment pas par hasard que l’organe officiel de la section liégeoise du Parti Ouvrier Belge fut baptisé La Wallonie en 1903 déjà et que, après la Première Guerre mondiale, malgré le belgicanisme ambiant, l’édition liégeoise du Peuple prit le titre de La Wallonie socialiste en 1920, puis La Wallonie en 1922, doublée par une Radio Wallonie qui émit de 1925 à 1940. Après le second conflit mondial, le quotidien deviendra essentiellement la propriété de la Fédération des Métallurgistes liégeois FGTB et ses locaux, le centre névralgique de celle-ci davantage que la Maison syndicale de la place Saint-Paul. C’est sur les presses de La Wallonie que sera édité à partir de janvier 1960 l’hebdomadaire Combat, organe du MPW, dont la Fédération provinciale liégeoise des Métallos constituera toujours le noyau fort sous l’impulsion d’André Renard († 1962), de Robert Lambion (1962-1976) et de Robert Gillon (1976-1988).
Adresse
Rue de la Régence 55
4000 Liège
Auteur de la fiche
Freddy Joris & Frédéric Marchesani, avril 2009Buste de Félicien Yernaux
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Buste de Félicien Yernaux.
16 septembre 1934, Réalisé par les élèves de l’École, avec l’aide de Hector Brognon.
Ce sont les élèves de l’École industrielle d’Écaussinnes, vraisemblablement aidés par leur professeur, le sculpteur Hector Brognon, qui ont réalisé, avant la Seconde Guerre mondiale, les bustes d’Ernest Martel et de Félicien Yernaux que l’on peut encore voir aujourd’hui depuis la rue Ernest Martel, dans la cour d’entrée de l’actuelle École Industrielle et Commerciale d’Écaussinnes. La juxtaposition de ses deux bustes peut apparaître quelque peu étonnante au vu du passé des deux personnages. Actif syndicaliste du secteur des carrières, Ernest Martel s’était signalé par son opiniâtreté dans la défense des intérêts des ouvriers carriers. Face à ce leader socialiste, Félicien Yernaux (1854-1943) était, au contraire, un des patrons des célèbres carrières d’Écaussinnes, certes à l’écoute de certaines revendications de ses ouvriers, mais pas du tout sensible au discours syndical et politique des socialistes locaux. D’ailleurs, en 1910, Félicien Yernaux participe à un important mouvement de lock-out décidé par les 18 maîtres de carrières de l’Association des Maîtres de carrières d’Écaussinnes, Marche-lez-Écaussinnes, Feluy et Arquennes, solidaire avec la direction du Levant ; les patrons réagissent ainsi à une grève générale décrétée par l’organisation syndicale d’Ernest Martel. Mouvement destiné à raffermir l’autorité patronale face aux ouvriers de mieux en mieux organisés, le lock-out va durer de juin 1909 à janvier 1910. Après 37 semaines de bras de fer, le travail reprendra, mais laissera des traces.
Une trace positive de ce conflit social est notamment la transformation de l’École locale de dessin en une École industrielle. L’utilité d’une telle école était défendue de longue date par Ernest Martel, et les maîtres de carrières acceptent finalement de soutenir sa création. Il semble que c’est à cette époque que Félicien Yernaux est désigné pour devenir le premier président de la Commission administrative de l’École industrielle et commerciale d’Écaussinnes. Il exerce cette présidence jusqu’en 1933, année où il est remplacé par… Ernest Martel. Destiné à former la jeunesse aux métiers de la région, cet établissement symbolise en quelque sorte l’accord qui pouvait régner entre l’industriel et le syndicaliste. La juxtaposition des bustes de Yernaux et de Martel renvoie dès lors davantage au fruit de leur collaboration, qu’aux distances idéologiques évidentes qui existaient entre ces deux personnalités marquantes de la région. L’idée des bustes est née au moment du passage de relais entre les deux hommes et leur inauguration remonte au 16 septembre 1934.
Attribué aux élèves de l’École, le buste doit certainement surtout au sculpteur et architecte Hector Brognon (Bois d’Haine 1888 – Bois d’Haine 1977) qui est professeur dans l’établissement. Surnommé récemment « le Rodin de Bois d’Haine », Brognon avait l’habitude de prêter ses services dans la réalisation de monuments ou de bustes réalisés par ses élèves ou par ses amis. Au sortir de la Grande Guerre, il jouit d’une solide réputation dans le Hainaut en raison de sa parfaite connaissance de la pierre bleue d’Écaussinnes. Plusieurs commandes de bustes et de statues lui parviennent, ainsi que des monuments aux morts et aux héros des deux guerres destinés aux places publiques (Écaussinnes-d’Enghien) ou aux cimetières (les « Martyrs de Tamines » en 1926, ou le bas-relief Ernest Martel en 1939). Brognon est encore l’auteur du monument dit de Marguerite Bervoets à La Louvière et a participé à la décoration des frontons et panneaux de l’hôtel de ville de Charleroi (côté rue de Turenne et rue Dauphin).
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Archives
Informations aimablement communiquées par la bibliothèque d’Écaussinnes et le Cercle d’Information et d’Histoire locale (l’abbé Jous et son frère)
Claude BRISMÉ, Ernest Martel (1880-1937), dans Le Val Vert. Bulletin trimestriel du Cercle d'Information et d'Histoire locale des Écaussinnes et Henripont, Écaussinnes-Lalaing, 1988, n° 64 ; 1989, n° 65-67
Claude BRISMÉ, Histoire des Écaussinnes, recueil n°15 du Cercle d’information et d’histoire locale, 2010
Léon BAGUET, dans Le Val Vert, 1990, n°69, p. 12
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 155
Guy SYMOENS, Hector Brognon (1888-1977) le Rodin de Bois d’Haine, dans Les Cahiers du Grand Manage, 2009, n°56

© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
Adresse
Cour de l’École commerciale et industrielle
Rue Ernest Martel 6
7190 Ecaussines