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Royale Association Athlétique Louviéroise (RAAL) Médaille (2025)

La RAAL La Louvière est un club de football emblématique de la région du Centre. Après la disparition du club historique en 2009 pour raisons financières, la RAAL a été recréée en 2017 à partir du matricule 94, sous l’impulsion de Salvatore Curaba, afin de faire revivre cette institution sportive de la cité des Loups.

Portant fièrement ses couleurs vertes et blanches, la RAAL a rapidement gravi les échelons du football belge : championne de Division amateur dès sa première saison en 2017-2018, elle a poursuivi son ascension jusqu’à intégrer l’élite du football belge à partir de la saison 2025-2026.

Le club s’appuie sur des infrastructures modernes : depuis juin 2025, il évolue dans l’Easi Arena, un stade de 8 050 places situé à La Louvière et propriété du club, et dispose également d’un centre d’entraînement et de formation de pointe à Strépy-Bracquegnies, inauguré en 2022.

Au-delà des performances sportives, la RAAL joue un rôle social et régional majeur : raviver une tradition locale, mobiliser des milliers de supporters et structurer un projet durable fondé sur la jeunesse et l’ancrage territorial.

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Van de Putte Marie Médaille (2025)

Agricall Wallonie est née en 2001 dans le contexte de la crise de la vache folle, au sein du service de psychologie du travail de l’Université de Liège. Dès 2005, l’association prend son autonomie et devient Agricall Wallonie ASBL. Son objectif : offrir aux agriculteurs en difficulté un accompagnement global, qu’il soit économique, juridique, social, psychologique ou administratif. L’équipe interdisciplinaire d’Agricall a développé une approche unique en Wallonie, centrée sur la personne et son exploitation, afin de l’aider à faire face à des situations souvent complexes et imbriquées. Chaque année, entre 700 et 800 agriculteurs sollicitent l’association et jusqu’à 2 000 appels transitent par sa permanence téléphonique. En 2016, Agricall a lancé la cellule Finagri, spécialisée dans la gestion financière, pour renforcer la prévention et soutenir la pérennité des fermes wallonnes.

Marie Van de Putte, juriste au sein d’Agricall, incarne cette approche pluridisciplinaire. Elle accompagne au quotidien les exploitants agricoles confrontés à des difficultés parfois dramatiques : dettes qui s’accumulent, problèmes administratifs, pressions financières, accidents de la vie ou maladies qui fragilisent encore davantage des situations déjà tendues. Son rôle est d’écouter, d’analyser la situation sous tous ses aspects et d’orienter les agriculteurs vers des solutions concrètes, en collaboration avec de nombreux partenaires du secteur agricole, social, juridique et vétérinaire. Elle agit avec neutralité, respect et confidentialité, des qualités essentielles dans ce travail sensible.

Le prix est remis à Agricall Wallonie et à Marie Van de Putte pour leur engagement exemplaire auprès des agriculteurs, dans un secteur en crise marqué par la hausse des coûts, la pression environnementale, la concurrence internationale et les aléas climatiques. Leur action contribue à maintenir un tissu agricole vivant en Wallonie et à soutenir les femmes et les hommes qui, souvent dans la solitude, se battent pour préserver leur métier, leur outil de travail et le patrimoine de plusieurs générations.

Photo remise M. Van de Putte
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Boxho Philippe Commandeur (2025)

Le Docteur Philippe Boxho, né à Liège en 1965, est médecin légiste, professeur à l’Université de Liège, et directeur de l’Institut médico-légal de Liège. Il a également été président du conseil d’administration du CHU de Liège jusqu’en juin 2025.

Auteur à succès, il a publié en 2022 Les morts ont la parole, en 2023 Entretien avec un cadavre, et en 2024 La mort en face. Ensemble, ces ouvrages se sont écoulés à près de 400.000 exemplaires, avec plus de 300.000 copies pour le troisième opus, prévu en trente traductions.

En 2024, il a été élu Belge de l’Année dans les Ciné Télé Revue Awards et citoyen d’honneur de la ville de Liège.

Philippe Boxho a plus de trente ans d’expérience : environ 3 000 autopsies à son actif, et il est régulièrement sollicité pour expertiser des affaires judiciaires majeures en Wallonie.

Il milite pour des moyens accrus pour la médecine légale belge, dénonçant un taux d’autopsies très bas (1–2 % des décès versus 10–12 % dans d’autres pays européens), ce qui, selon lui, laisse passer environ 70 homicides non détectés par an.

Il est ici mis à l’honneur pour son rôle de vulgarisateur hors pair et son combat pour une médecine légale plus juste et plus efficace et plus généralement pour l’ensemble de sa trajectoire, mêlant rigueur scientifique, engagement citoyen et contribution au rayonnement de la Wallonie.

Photo remise P. Boxho
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Reynaert Philippe

Bruxelles 30/11/1955

A la tête de Wallimage pendant vingt ans, Philippe Reynaert est un cinéphile critique qui a contribué à la promotion des acteurs et réalisateurs wallons et au développement économique du cinéma en Wallonie. Si sa famille est originaire de Marchienne-au-Pont, c’est à Bruxelles qu’il naît et à Liège qu’il grandit, privé de cinéma en raison de fortes préventions d’une famille protestante rigoriste. À seize ans, il découvre et se passionne pour le septième art, fréquentant assidument, à Bruxelles, la cinémathèque pour « récupérer » des années de privation. À l’ULB, il mène des licences en Philologie romane, et son mémoire est consacré à Julien Gracq, découvrant que le cinéaste André Delvaux a réalisé Rendez-vous à Bray (1971), en adaptant une nouvelle du romancier français (ULB, 1979). Sa rencontre avec Delvaux débouche sur des rendez-vous réguliers au cours desquels celui qui vient d’achever Femme entre chien et loup et prépare Benvenuta lui apprend le langage du cinéma. Le jeune diplômé entame une courte carrière d’enseignant (1980-1982), tout en s’orientant vers le journalisme. Rédacteur en chef du magazine de cinéma Visions (1982-1988), critique dans divers hebdomadaires (Télé7JoursMarie-ClaireW’Allons nous ?, etc.), il fait ses premiers pas à la RTBf en tant que présentateur du Ciné-Club de Minuit (1983), avec le redoutable défi de succéder à Dimitri Balachoff. C’est de cette époque que datent ses ostensibles lunettes blanches.

Publicitaire et présentateur de télévision, critique de films, Philippe Reynaert fait sa place comme « Monsieur Cinéma », dans le paysage culturel francophone de la fin des années 1980 et des années 1990, s’attelant à faire découvrir des films et des réalisateurs peu connus. Les amateurs des salles obscures qui suivent avec attention et curiosité son Ciné-Club de Minuit, découvrent ensuite TéléCinéma (393 numéros entre 1995 et 2002), puis L’Envers de l’écran (de 2004 à 2007), où il invite tous les principaux acteurs et réalisateurs wallons du cinéma de l’époque. Il anime aussi les débuts de Ciné Station (2010-2011), avec Cathy Immelen et Christophe Bourdon, ainsi que Lunettes Noires et Lunettes Blanches (2013-2015), autant d’émissions qui font la part belle au cinéma de Wallonie.

Les dernières années du XXe siècle sont justement marquées par le succès des acteurs et réalisateurs wallons dans les festivals internationaux les plus divers, même si ce sont les Palmes d’or des frères Dardenne et les pépites de Benoît Poelvoorde qui sont les plus médiatisées. Cette dynamique conduit les autorités wallonnes à considérer le cinéma sous son angle économique. Un Fonds Régional d’Investissement dans l’Audiovisuel est créé par la Région wallonne (2001) ; il s’appellera Wallimage. Philippe Reynaert devient le directeur général de Wallimage Coproductions et l’administrateur délégué de Wallimage Entreprise s.a. (2001-2020).

A ce titre, il prend part au développement d’une industrie du cinéma proprement wallonne, contribuant à faire connaître les lieux de tournages en Wallonie, à pérenniser le travail des acteurs, réalisateurs et techniciens wallons et à générer ainsi une dynamique économique. Par ailleurs, via Wallimage, la plupart des longs métrages tournés en Wallonie et qui ont bénéficié du soutien financier de la Région sont proposés, depuis 2017, en diffusion gratuite sur les télévisions locales de Wallonie. En 2018, un effort est consenti par la Wallonie pour soutenir davantage le secteur du jeu vidéo. En 2019, pour fêter ses 20 ans, Wallimage lance l’application Wallywood, une application gratuite qui permet d’identifier les lieux de tournage en Wallonie des 195 coproductions réalisées en 20 ans. Wallimage a aussi organisé un week-end événementiel, Wallywood on tour(ne).

En 2008, sur le modèle de l’outil wallon, la Région de Bruxelles-Capitale qui s’associe pour l’occasion à la Communauté française de Belgique crée Bruxellimage et en confie la direction à Philippe Reynaert (2009-2015) ; depuis Mons, l’équipe de Wallimage contribue au développement de ce Fonds bruxellois de soutien à la production audiovisuelle, mais, à partir de 2016, dans le processus d’évolution institutionnelle de l’état fédéral, Bruxellimage prend son autonomie, les autorités bruxelloises souhaitant se dégager de leur partenariat avec la Wallonie pour faire désormais cavalier seul, et concurrence, sous le nom de Screen Brussels, désormais dirigé par Noël Magis.

A diverses reprises, Philippe Reynaert s’exprime clairement en faveur de la création d’un ministère wallon de la culture, propos qu’il confirme dans Par ailleurs le cinéma est une industrie (2016), ouvrage d’entretiens où il explique son rôle à la tête de Wallimage et comment se développe peu à peu une industrie du cinéma proprement wallonne. En recevant le titre d’officier du mérite wallon, Philippe Reynaert écrit dans le livre d’or : Aujourd’hui la Wallonie est prête à accueillir les compétences culturelles qu’elle mérite !

Administrateur de la RTBf (2002-2019), président de la chaîne de télévision publique locale Télé MB (2002-2007), directeur artistique et responsable de la programmation de « Cinéma Mons 2015 », administrateur de la Sonuma, du Pôle Image de Liège s.a., de Vio Universel s.a., de TSF.be s.a. jusqu’en 2018, Philippe Reynaert préside aussi Cine-Regio, un très important réseau de fonds de subvention à l’audiovisuel financé par l’Union européenne, et il est membre de l’Académie Delvaux qui organise la cérémonie et l’attribution des Magritte du cinéma depuis 2011.

Après son départ de Wallimage et son remplacement par Virginie Nouvelle (juillet 2020), Philippe Reynaert présente le Festival du cinéma belge de Moustier (2020), anime la brève émission Belgorama sur la RTBf (2021), et continue d’emmener ses lunettes blanches dans les salles obscures et partout où se fait le cinéma. Consultant audiovisuel au sein de Xanadu srl depuis 2020, il est le directeur artistique des rencontres annuelles organisées à Liège sous le label Politik, sorte de festival du cinéma sans jury et sans films en compétition, mais avec des débats et des films politiques (2021-). Auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma, il continue d’écrire et de publier, signant, en 2023, De Julien Gracq à André Delvaux, en fait son mémoire de licence de 1979 retravaillé. En 2020, avec son épouse, la photographe Myriam Debehault, il a réuni dans un livre, Visions du Festival de Cannes, le souvenir de 40 années de présence au Festival de Cannes.

 

Sources

Centre de Recherche & Archives de Wallonie, Institut Destrée, Revue de presse (-12/2024), dont Le Soir, 29 mai 2002, 27 janvier 2017, 27 septembre 2018 ; La Libre, 26 octobre 2015
Richard Olivier, Big Memory. Cinéastes de Belgique, s.l., Les Impressions nouvelles, 2011, p. 284-285
Philippe Reynaert, Myriam Debehault, Visions du Festival de Cannes, Mons, CEP, 2020
https://www.wawmagazine.be/fr/etiquettes/philippe-reynaerts
https://www.youtube.com/watch?v=v16TjsnX4eQ
https://www.cinergie.be/actualites/bruxellimage
http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/wallons-marquants/merite/reynaert-philippe#.XbxMouhKhhE
Le Vif/L’Express, 25 avril 2019, p. 83
https://www.cinergie.be/personne/reynaert-philippe
https://www.cinergie.be/actualites/de-julien-gracq-a-andre-delvaux-par-phillipe-reynaert (s.v. janvier 2025)
Philippe Reynaert, Philippe Elhem, Le cinéma en fumée, 1990
Philippe Reynaert, De Marilyn au Titanic : 50 ans de celluloïd passés en VHS ou en DVD, pour en finir une fois pour toutes avec le XXe siècle, Bruxelles, Médiathèque de la Communauté française de Belgique, 2000
Philippe Reynaert interviewé par Jacques Bredael, Par ailleurs le cinéma est une industrie, 2016
Philippe Reynaert, Myriam Debehault, Visions du Festival de Cannes, Mons, CEP, 2020

Activité(s) : Culture, Cinéma

Auteur de la fiche : Paul Delforge

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Plateau Joseph

Bruxelles 14/10/1801, Gand 15/09/1883

« Trois personnalités, nées ou ayant travaillé en Wallonie, ont contribué à l’invention du cinéma : Robertson, Plateau et Dumont » (Mélon, p. 315). On est là dans l’archéologie du 7e art, au moment où, après des siècles à vouloir donner un mouvement aux images, de réelles expérimentations conduisent enfin les hommes à réaliser ce rêve. Parmi les pionniers, Joseph Plateau occupe une place majeure pour avoir inventé le stroboscope.

Fils de l’artiste-peintre Antoine Plateau, le jeune Joseph Plateau est destiné à suivre l’exemple paternel quand il est inscrit dans une académie de dessin. Orphelin en 1815, il retrouve un enseignement classique quand il est accueilli par un oncle. À l’Athénée de Bruxelles, puis à la toute récente Université de Liège (1822), le jeune Plateau se révèle si doué qu’il attire sur lui l’attention d’Adolphe Quetelet. Après une année en philosophie et lettres, il s’inscrit en droit et se passionne pour les sciences ; en parallèle, elle mène alors ses études en droit et en sciences physiques et mathématiques (1824), tout en prodiguant des cours de mathématiques à l’Athénée de Liège pour pourvoir à ses moyens. Le 3 juin 1829, la dissertation qui lui procure son titre de docteur en sciences à l’Université de Liège est consacrée à Quelques propriétés des impressions produites par la lumière sur l’organe de la vue

Ce parcours brillant est cependant assombri par un accident de santé survenu lors d’une expérimentation faite au cours de ses études : il abîme irrémédiablement sa vue après avoir observé trop longtemps le soleil à l’œil nu. Après une période de repos à Bruxelles (1830), il reprend ses activités. Professeur à l’Institut Gaggia, un des plus importants établissements d’instruction de la nouvelle Belgique, il est incité par Quetelet à postuler pour la chaire de physique expérimentale de l’Université de Gand. Chargé de l’enseignement de la physique dès 1835, il est nommé professeur ordinaire dans cette université d’état en 1843, au moment où il devient totalement aveugle. Grâce à des collaborateurs dévoués et éclairés (Lamarle, Duprez, Delbœuf, Van den Mensbrugghe et de son collègue mathématicien, P. Mansion), celui qui est l’initiateur d’une branche nouvelle de la physiologie optique continue à développer un domaine important de la physique expérimentale, tout en poursuivant ses recherches et en réalisant de nouvelles découvertes.

Suite à ses travaux liégeois sur la persistance rétinienne, Joseph Plateau met au point, en 1832, le phénakisticope, cet instrument optique qui donne l’illusion de mouvement grâce à un jeu optique, et qui est l’une des toutes premières avancées conduisant, plus tard, à l’invention du cinéma. Le phénakisticope est le tout premier appareil qui réalise la synthèse d’un mouvement à partir de plusieurs images élémentaires. En 1833, Plateau publie un article qui fait avancer la science. Quand Plateau s’applique à perfectionner son phénakistiscope (ou Fantascope), le mathématicien viennois Simon Ritter Von Stampfer invente un stroboscope, disques ajourés à regarder dans un miroir, inspirés de la « roue de Faraday » (1833). En 1834, en Angleterre, William Horner met au point un zootrope. Tous, ils utilisent le principe de la persistance de la vision avec une série de fentes pratiquées sur les côtés d’un cylindre en rotation à travers lesquelles le spectateur perçoit des images séquentielles dessinées sur des bandes de papier. Ils donnent l’illusion de mouvement d’un personnage dessiné.

Mettant encore au point son anorthoscope qu’il décrit comme une espèce d’anamorphose (1836), Joseph Plateau est aussi reconnu dans l’histoire comme l’inventeur, au même titre que Von Stampfer, de cet instrument désormais appelé stroboscope, toujours utilisé aujourd’hui dans le domaine de la physique, notamment afin de mesurer la fréquence des phénomènes. Il est également employé dans les crashs tests et, dans un domaine plus léger, celui des boîtes de nuit.

En 1849, Joseph Plateau et son équipe décrivent la stéréoscopie appliquée aux images animées et proposent l’utilisation de photographies pour la reconstitution du mouvement. Il s’agit d’une nouvelle étape importante dans l’histoire de l’invention du cinéma. Il est alors contacté par le physicien et inventeur anglais Charles Wheatstone, inventeur du premier télégraphe électrique en 1838. Il s’agirait de « combiner le principe du stéréoscope avec celui du phénakistiscope ». Les formes « peintes sur le papier seraient inéluctablement vues en trois dimensions et en mouvement [et] présenteraient ainsi entièrement toutes les apparences de la vie. Ce serait l’illusion de l’art poussée à son paroxysme ». Wheatstone propose en outre à Plateau d’utiliser pour l’appareil seize daguerréotypes stéréoscopiques d’une figure en plâtre déplacée progressivement. « Cela demanderait sans doute un long effort, écrit Plateau, mais il serait récompensé par la nature merveilleuse des résultats ». Il n’existe cependant aucune preuve que Plateau ait poursuivi le développement d’un phénakistiscope stéréo. Mais sa contribution majeure à l’invention du cinéma ne fait aucun doute.

 

Sources

Marc-Emmanuel Mélon, Le cinéma et les arts audiovisuels, dans Bruno Demoulin (dir.), Histoire culturelle de la Wallonie, Bruxelles, Fonds Mercator, 2012, p. 315-317
Ray Zone, Stereoscopic cinema and the origins of 3-D Film 1838-1952, Presses universitaires du Kentucky, 2007, p. 28-30
Maurice Dorikens, En exergue de la physique : Joseph Plateau, dans Robert Halleux (dir.), Histoire des sciences en Belgique, 1815-2000, Bruxelles, Dexia/La Renaissance du Livre, 2001, t. 1, p. 117-124
Paul Brien, Joseph Plateau 1801-1884, dans Florilège des sciences en Belgique pendant le XIXe et le début du XXe siècle, Bruxelles, Académie de Belgique, Classe des sciences, 1968, p. 185-204
Charles BergmansPlateau (Joseph-Antoine-Ferdinand), dans Biographie nationale, Bruxelles, 1903, t. XVII, col. 768-788
Gustave Van der MensbruggheJoseph-Antoine-Ferdinand Plateau, dans Annuaire de l’Académie de Belgique, Bruxelles, t. 24, 1885, p. 389

Activité(s) : Culture, Cinéma

Auteur de la fiche : Paul Delforge

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Masset Depasse Olivier

Charleroi 27/12/1971

Lors de la 10e cérémonie des Magritte du cinéma (2020), un film vole la vedette à toutes les autres productions. « Fascinant thriller psychique hitchcockien », Duelles enlève neuf Magritte sur dix nominations : meilleur montage, meilleure musique originale, meilleur son, meilleure image, meilleur second rôle masculin, meilleure actrice, meilleur scénario/adaptation, meilleur réalisateur et meilleur film. Le succès est total pour Olivier Masset-Depasse qui adaptait là le roman Derrière la haine (2012) de Barbara Abel, en cherchant à développer le côté sombre de l’instinct maternel.

Il ne s’agit pas là du premier long métrage du réalisateur de Charleroi qui, depuis, s’est vu confier la responsabilité du troisième chapitre de la franchise Largo Winch, Le Prix de l’argent, sorti dans les salles durant l’été 2024, sur un scénario auquel a évidemment participé Jean Van Hamme, avec toujours Tomer Sisley dans le rôle principal, et l’acteur américain James Franco dans le rôle du méchant. Avec ses scènes d’action spectaculaires, dont quelques minutes filmées à Charleroi, cette grosse production très attendue (notamment en raison des retards engendrés par la pandémie de la Covid-19) s’éloigne toutefois du film d’auteur à forte dimension sociale auquel le réalisateur carolorégien avait habitué.

Dans sa ville natale, le jeune garçon a tôt fait de découvrir la bande dessinée de l’École de Marcinelle : son père travaille aux éditions Dupuis… Fan de Franquin, il dessine d’abord sans relâche, avant de passer à l’écriture et au récit, de jouer de la musique, puis de faire de toutes ses activités une synthèse sous la forme du cinéma. Il est à peine âgé de dix-sept ans, quand une de ses vidéos est remarquée et reçoit de nombreux prix (1988), sans suite immédiate ; il accomplit en effet son service militaire – encore obligatoire à l’époque – chez les Chasseurs ardennais. Cette période le transforme en un antimilitariste convaincu quand il est rendu à la vie civile. Les cours de l’Université Européenne d’écriture lui ouvrent alors d’autres perspectives, avant de s’inscrire à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD, Louvain-la-Neuve, 1995-1997). Cultivant davantage encore ses nombreuses références cinématographiques, il y apprend à travailler la fiction en réalisant quelques courts métrages de jeunesse ; en 2000, après un long et méticuleux travail préparatoire, Chambre froide s’avère un premier court métrage particulièrement abouti, comme en témoignent les nombreux prix remportés alors dans divers festivals, dont le FIFF de Namur et ses Bayard d’or ; ce sera aussi le cas de Dans l’ombre, sorti en 2004. Déjà, le scénariste et réalisateur se situe dans un cinéma d’auteur, attentif à l’aspect social, choisissant de placer délibérément un personnage féminin au cœur du propos. Déjà présente dès le court-métrage Chambre froide, l’actrice Anne Coesens – l’épouse de Masset-Depasse – participera à tous ses projets, jusqu’à Duelles, en 2018.

En 2006-2007, Cages est le premier long métrage d’Olivier Masset-Depasse. Dans cette romance au ressort dramatique très fort, il relate une passion amoureuse destructrice, suite à un grave accident de la route qui distant un couple. Remarqué par la critique et par les jurys de plusieurs festivals, Cages reçoit notamment le prix du public et le prix du jury Junior au FIFF de Namur 2006, et le prix spécial du jury du meilleur film au festival de Rome. En imposant un style nerveux et dynamique, le réalisateur cherche à créer, selon son expression, un véritable film d’actions psychologiques. Il y parvient totalement avec Illégal (2010), thriller psychologique sur fond de critique sociale. Dans ce film d’auteur, Anne Coesens incarne une mère russe exilée en Belgique, subitement séparée de son fils, suite à son placement en détention dans un centre fermé. Brinqueballée entre Bruxelles et la Pologne, où elle avait initialement demandé l’asile politique, elle retrouve la Belgique et son fils, au terme d’un parcours douloureux. Tourné notamment au parc économique de Hermalle-sous-Huy, le film est sélectionné pour représenter la Belgique aux Oscar 2011 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère et nommé aux César 2011 dans la catégorie meilleur film étranger ; il reçoit le Bayard d’Or 2010 de la meilleure comédienne pour Anne Coesens au FIFF de Namur, le Valois 2010 du meilleur film au festival du film francophone d’Angoulême, le Prix Humanum 2010 de l’Union de la presse cinématographique belge, le prix du public mondial lors de la cérémonie de remise des prix Lumières à Paris, en 2011, tandis que le Magritte 2011 de la meilleure actrice revient à Anne Coesens, et celui de la meilleure actrice dans un second rôle à Christelle Cornil.

En 2015, celui qui travaille avec Versus production, la même maison liégeoise que celle qui produit Bouli Lanners, répond à une demande précise de Canal + qui lui confie la réalisation de Sanctuaire, un thriller qui se déroule dans les années 1983-1986, à une époque où les responsables et sympathisants des indépendantistes basques de l’ETA, particulièrement actifs dans le sud de la France et le nord de l’Espagne, sont pris pour cibles par le « Groupe Antiterroriste de Libération » (GAL). On soupçonne la présence de policiers espagnols et la complicité des autorités françaises derrière des règlements de compte meurtriers. Porté par Jérémie Renier, cette fiction politique d’un réalisme quasi documentaire a représenté au préalable pour Masset-Depasse un important travail de préparation et d’investigation ; comme avant Illégal, il se rend sur le terrain, interroge, prend la température et s’imprègne d’une atmosphère, pour offrir aux spectateurs une tranche d’histoire rarement abordée dans un téléfilm de ce genre. Sanctuaire reçoit le FIPA d’or du meilleur scénario 2015 au festival international des programmes audiovisuels de Biarritz…, l’élégante ville balnéaire de la côte basque.

Avant la pandémie de la Covid-19, le succès européen de Duelles fait surgir un projet de remake américain auquel Olivier Masset-Depasse est théoriquement associé. Ce sera Mother’s Instinct (2024), finalement réalisé par Benoît Delhomme, avec Jessica Chastain et Anne Hathaway dans les rôles principaux qu’interprétaient Veerle Baetens et Anne Coesens. Connaissant une expérience américaine cauchemardesque et ne se disant pas attiré par le monde du cinéma français, le réalisateur considère le genre du thriller comme une façon de continuer le film d’auteur en perte d’audience dans un marché du cinéma en pleine mutation.

 

Courts métrages

Chambre froide (2000)
Dans l’ombre (2004)

 

Longs métrages

Cages (2007)
Illégal (2010)
Sanctuaire (téléfilm pour Canal+, 2015)
Duelles (2018)
Largo Winch 3 : Le Prix de l’argent (2024)

 

Sources

Centre de Recherche & Archives de Wallonie, Institut Destrée, Revue de presse (-12/2024), dont Le Soir, 7 octobre 2006, 7 août 2024
Richard Olivier, Big Memory. Cinéastes de Belgique, s.l., Les Impressions nouvelles, 2011, p. 226-227
https://www.cinergie.be/personne/masset-depasse-olivier
https://www.cinergie.be/actualites/chambre-froide-d-olivier-masset-depasse (s.v. janvier 2025)

Activité(s) : Culture, Cinéma

Auteur de la fiche : Paul Delforge

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Mariage Benoit

Virton 19/07/1961

En mai 1997, sur la croisette à Cannes, un jeune réalisateur wallon est particulièrement remarqué pour un court métrage, entièrement tourné en noir et blanc, dans le Namurois, et où apparaissent Benoît Poelvoorde, Olivier Gourmet, Bouli Lanners et Louis Koscielniak. Sélectionné dans la compétition de la Semaine de la Critique, ce court métrage qui raconte la recherche impérative d’un signaleur pour une course cycliste remporte le Grand prix de la critique et, plus tard, en 1998, le Prix du Jury du festival de Clermont-Ferrand. Son réalisateur s’appelle Benoît Mariage. Outre quelques épisodes pour le magazine Strip Tease, il n’avait jusqu’alors à son actif qu’un court métrage réalisé sur une musique de Julos Beaucarne et intitulé La Terre n’est pas une poubelle (1996).

Dès son adolescence, Benoît Mariage a été captivé par la photographie et s’il poursuit des études de droit à l’Université catholique de Louvain, c’est pour ne pas déplaire à son père, titulaire d’une charge notariale. Une fois sa licence en poche (1983), c’est directement à l’Institut supérieur des arts du spectacle qu’il s’inscrit pour y mener des études d’art de l’image, sa réelle passion. Pigiste au journal Vers l’Avenir depuis ses 16 ans, moment où il réalise des comptes rendus sportifs, Benoît Mariage alimente aussi de ses photos la rédaction du journal régional, avant d’être engagé comme photographe de presse à mi-temps (1987). 

Après sa formation préférée à l’INSAS (1987), il entre à la RTBf et propose un projet original au duo Libon-Lamensch, les producteurs de Strip-Tease. Après des heures passées dans un couvent à filmer avec son cameraman Roger Beeckmans, il présente un mémorable Dieu seul suffit qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit Strip-Tease où, dira-t-il plus tard, il a appris son métier ; pour ce documentaire, il reçoit un prix au festival namurois Media 10/10. Ses années de journalisme aiguisent son sens de l’observation et sa confrontation avec des situations incongrues consolide son savoir-faire. Au total, il réalise six épisodes dans des univers fort différents (dont Elvis, Le Proviseur, Radio Chevauchoir, René l’Africain) pour le célèbre magazine Strip-Tease qui déshabille la société du dernier quart du XXe siècle, et tous sont remarquables et remarqués. Le dernier, A fond la caisse !, a surtout frappé les esprits, quand il suit des parents qui rêvent d’un avenir de champion de motocross pour leur gamin de 4 ans.

Les diverses réactions que suscitent ce mini-film poussent Benoît Mariage à s’interroger sur le contrat de confiance entre le sujet d’un documentaire et son réalisateur, et finalement il décide de se consacrer à la fiction, parce que le genre permet une recherche plus approfondie de la vérité. À partir de 1990, dans le cadre de sa propre maison de production TRAM 33, il produit, cadre et réalise Un Tour en Afrique 1990 (Burkina Faso) Elif ou le choix de Chantal (Turquie, 1992), Chasseurs de papillons (Kenya, 1993) Trois p’tits rounds et puis s’en vont (France, Hongrie, Russie), Nemadis (Mauritanie, 1994) Hindou, une parole libre (Mauritanie, 1994), Nemadis, des années sans nouvelles (Mauritanie, 2001), ainsi qu’On the road again. Le cinéma de Bouli Lanners (2011).

Parallèlement, il se lance dans un premier long métrage. Dans Les Convoyeurs attendent (1999), on retrouve l’idée du transfert des espoirs du père vers le fils quand Benoît Poelvoorde entraîne son gamin à ouvrir et fermer une porte des milliers de fois par jour, afin d’inscrire le record et son nom dans le Guinness Book. Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes 1999, ce premier film de Benoît Mariage reçoit le Cheval de Bronze 1999, prix décerné par le festival international du film de Stockholm. Il tourne ensuite un documentaire en Mauritanie (Némadis, 2000), avant de porter un deuxième long métrage où il raconte l’histoire vraie d’un couple dont la femme enceinte de jumeaux refuse la perspective d’élever deux enfants, le réalisateur observant la culpabilité du couple (L’Autre, 2003). 

Depuis le court métrage Le Signaleur (1997), où le Namurois donnait la réplique à Olivier Gourmet, Benoît Poelvoorde sait gré à Mariage de lui avoir offert son premier rôle dramatique. Fort de leur complicité, Poelvoorde accepte volontiers de jouer à nouveau un journaliste, en quête de scoop, mais d’une manière différente de celle de C’est arrivé près de chez vous. Avec Cowboy (2007), Benoît Mariage s’inspire très librement d’un fait-divers marquant, en Wallonie, du début des années 1980 : un jeune homme détourne un autobus scolaire à Vielsalm, l’emmène vers Bruxelles où il espère exprimer sur les ondes de la RTBf sa colère contre l’injustice économique et le sort réservé aux personnes exclues de la société. L’affiche de ce film réunit notamment Olivier Gourmet, François Damiens, Bouli Lanners, Christelle Cornil, Julie Depardieu et Gilbert Melki. Une fois encore, Benoît Mariage se félicite de sa collaboration avec le monteur tournaisien Philippe Bourgueil. Dans Les rayures du zèbre (2014), Poelvoorde est cette fois recruteur de jeunes footballeurs en Afrique, cherchant à s’enrichir sur des transferts douteux en Belgique. S’inspirant une fois encore de faits divers réels, le film obtient quatre nominations aux Magritte 2015 et décroche la statuette du meilleur espoir masculin (pour Marc Zinga).

Professeur à l’IAD (Louvain-la-Neuve) depuis 2006 où il dirige l’atelier d’écriture et de réalisation en master 1, Benoît Mariage travaille avec François Damiens sur le premier film de ce dernier, Mon Ket (2018), qu’il co-écrit à partir des caméras cachées dont Damiens est devenu le spécialiste, et il parvient à sortir en 2022, après la pandémie de la Covid-19, son cinquième long métrage, Habid, la grande aventure, qu’il a réalisé et dont il est le scénariste. Avec à l’affiche Catherine Deneuve, ce conte burlesque, tourné principalement à Molenbeek, met en scène un jeune belgo-marocain désireux de devenir acteur, auquel on propose de jouer au théâtre le rôle de saint François d’Assise. 

 

Ses principaux films

Le Proviseur (Strip Tease, 1985)
Dieu seul suffit (Strip Tease, 1987)
A fond la caisse ! (Strip Tease, 1988)
Radio Chevauchoir (Strip Tease, 1989)
Elvis (Strip Tease, 1990)
La Terre n’est pas une poubelle (court métrage, 1996)
René l’Africain (Strip Tease, 1997)
Le Signaleur (court métrage, 1997)
Les convoyeurs attendent (1999)
Némadis, des années sans nouvelles (documentaire, 2001)
L’Autre (2003)
Cowboy (2007)
On the road again. Le cinéma de Bouli Lanners (documentaire, 2011)
Les Rayures du zèbre (2014)
Habib, la grande aventure (2022)

 

Sources

Centre de Recherche & Archives de Wallonie, Institut Destrée, Revue de presse (-12/2024), dont Le Soir, 6 octobre 2007, 18 avril 2018, 25 août 2023 
Marco LAMENSCH, Strip-Tease se déshabille, éditions Chronique, 2018, dont p. 50-51, 93-96
Richard OLIVIER, Big Memory. Cinéastes de Belgique, s.l., Les Impressions nouvelles, 2011, p. 224-225
https://www.cinergie.be/actualites/les-convoyeurs-attendent-de-benoit-mariage 
L’Envers de l’Écran, https://auvio.rtbf.be/media/l-envers-de-l-ecran-l-envers-de-l-ecran-2855417, RTBf, 2004
https://audiovisuel.cfwb.be/fileadmin/sites/sgam/uploads/Activites/Cineastes_en_classe/Realisateurs/Benoit-Mariage-CV.pdf (s.v. 01/2025)

Activité(s) : Culture, Cinéma

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Godin Noël

Liège 13/09/1945

Dans sa ville de Liège natale, le jeune Noël Godin grandit sous la protection d’une mère pieuse et d’un père avocat. Dame patronnesse, sa mère l’inscrit à l’école primaire catholique Saint-Maur à Cointe ; ce sera ensuite l’établissement secondaire des pères salésiens de Don Bosco où, raconte-t-il, cet étudiant à l’humour déjà subversif réussit sa rhéto gréco-latines grâce à sa participation au nom du Collège au concours national des jeunesses cinématographiques (où il remporte une essoreuse…). Rêvant avant tout de faire de sa vie un roman d’aventures, cet assoiffé de lectures se passionne pour le cinéma, fréquentant très régulièrement les salles obscures depuis son plus jeune âge. Alliant les deux, lecture et cinéma, il trouve nombre d’exemples d’aventures dans les numéros de Positif, revue de cinéma à laquelle il est abonné : créée à Lyon en 1952, elle s’inscrit, à ses débuts, systématiquement en opposition avec les Cahiers du cinéma, en contestant la bien-pensance et en se révoltant à la fois contre le gaullisme et le stalinisme. Ce « dernier bastion du surréalisme français » plaît au jeune Godin qui y trouve ses repères politiques, principalement la condamnation de tout ce qui représente l’autorité, publique comme religieuse. 

« La revue Positif donnait l’envie de passer à l’attaque. Et de vivre sa vie comme un film éperonnant », commente Godin dans une interview au Soir (2021). L’occasion lui est donnée quand la censure s’exprime contre la sortie du film de Jacques Rivette, Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot (1967). Avec des camarades liégeois, Godin organise alors des actions contre des religieuses marchant dans la rue, cherchant à toucher leur postérieur, en criant « Vive Diderot ! ». Les événements parisiens de mai ‘68 attisent un engagement politique plus marqué ; en stop, il se rend à Paris et est conforté dans l’idée que la révolution doit être joyeuse.

Sa défiance envers l’autorité, quelle qu’elle soit, s’exerce aussi à l’égard de son père. Du moins, jusqu’au jour où l’avocat/curateur connaît des démêlés judiciaires et choisit de fuir en Guinée, avant d’être contraint de rentrer en Europe, étant arrêté à Paris par Interpol (1969-1970) ; emprisonné à Fresnes, il est ensuite transféré à la prison de Nivelles. Cette situation change le regard du fils sur son père, ainsi que sa vie : tous les biens paternels sont saisis et la maman, qui demande le divorce, se retrouve avec une villa, à Spa, achetée à son nom, qu’elle transforme en maison de retraite et dont elle devient la directrice. La désobéissance du père apparaît comme un encouragement à l’anarchisme. Prêt à faire la révolution joyeuse avec le mouvement de l’Internationale situationniste de Guy Debord, Noël Godin revendique alors et surtout l’amour libre et la gaudriole, ainsi qu’un engagement féministe.

Se lançant comme chroniqueur de cinéma, Noël Godin parvient à travailler pendant quinze ans, sans être démasqué, pour la revue catholique Amis du film et de la télévision, cultivant déjà la subversion en rédigeant de fausses interviews, en inventant de faux réalisateurs et en créant de longues critiques sur des films imaginaires. Il poursuit ses facéties dans les colonnes de Ciné Revue, d'Actuel, de la Revue belge du cinéma, de Grand Angle et surtout, de 1982 à 1985, dans Visions où il rédige « ses éloges du comique navrant, ses plaidoiries pour les cinéastes flibustiers et ses points de vue sur les films d’horreur, drôlissimes et érudits, enflammés et vitriolesques ». Dans les années 2000, nonobstant sa réputation, il est chroniqueur littéraire dans Le Journal du Mardi.

Sa rencontre, au début des années 1970, avec Jean-Pierre Bouyxou est un moment fondateur. L’entente entre les deux hommes est totale et immédiate. Leur complicité est à l’origine des attentats pâtissiers. Lors de leur première rencontre, Godin apprend que Bouyxou a inventé le personnage de Georges Le Gloupier et le chroniqueur des Amis du film et de la télévision s’en inspire quand il signe un article dans lequel il invente l’entartage de Robert Bresson par Le Gloupier, ajoutant que Marguerite Duras, pour venger son ami Bresson, a entarté Le Gloupier sur la terrasse du café Flore, à Paris, faisant dire au Gloupier : « Madame, je préfère votre pâtisserie à votre littérature ».

Ayant déjà déversé un pot de colle (novembre 1968) sur Marcel De Corte, professeur à l’Université de Liège, philosophe catholique maurrassien, grand admirateur du dictateur portugais Salazar, Noël Godin, accompagné de Bouyxou, profite de la présence à Leuven de Marguerite Duras, venue présenter son récent film Détruire, dit-elle (1969) au Challenge des cinémas d’art et d’essai, pour commettre son premier attentat pâtissier. Ce 11 décembre 1969, un nouveau genre de contestation/provocation est né, le lancer de tarte à la crème Chantilly, accompagné d’un petit mot expliquant le sens du geste politique, sur fond de « gloup, gloup » crié par les entarteurs, le tout filmé par des complices. Du moins, quand l’opération fonctionne comme le souhaitent Godin et ses comparses. 

Marguerite Duras est la première victime d’une longue série de personnalités entartées par la « brigade pâtissière » de Noël Godin, voire des brigades complices, de 1969 à 2015 : Maurice Béjart (1969), Henri Guillemin (1970), Marco Ferreri (1976), Jean-Luc Godard (1985), édouard Poullet (1987), Jean Delannoy (1988), Vladimir Volkoff puis Alain Bévérini et aussi Patrick Bruel (1993), Jean-Pierre Elkabbach (1994), Hélène Rollès, Philippe Douste-Blazy, Pascal Sevran (1995), Patrick Poivre d’Arvor, Daniel Toscan du Plantier, les prêtres de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes (1996), Nicolas Sarkozy (1997), Bill Gates (1998), le public du concours musical Reine Élisabeth (1999), Bernard Landry (2000), Benjamin Castaldi (2001), Jean-Pierre Chevènement, Karel Dillen et Jean-Claude Martinez, porte-parole de J-M. Le Pen (2002),  Jean Charest (2003), Doc Gynéco (2007), sans oublier Bernard-Henri Lévy, 8 fois entarté, depuis le 11 novembre 1985, au studio de la production de Liège de la RTB (où s’enregistre l’écran témoin) et la dernière en date, à Namur, le 30 mai 2015, lors d’un débat sur Baudelaire, avec Jan Fabre, en l’église Saint-Loup, organisé à l’initiative du musée Rops.

Leur point commun, selon Godin, d’être des personnalités qui se prennent particulièrement « très très très au sérieux », d’être particulièrement détestables et infatuées. En 2023, un inconnu relance la dynamique des attentats pâtissiers en s’en prenant à Georges-Louis Bouchez ; les complices du Gloupier reprennent alors du service et s’offrent Michael O’Leary, le PDG de Ryanair (Bruxelles, 7 septembre 2023). Plaintes et procès vaudront au Gloupier quelques ennuis judiciaires (n’échappant pas à la plainte de J-P. Chevènement devant les tribunaux français), tandis que certains services privés de sécurité ne manqueront pas de se défouler sur les complices entarteurs trop lents à s’éclipser… Le chanteur Renaud fait référence aux multiples entartages de Bernard-Henri Lévy, « Jean-Paul Sartre dévalué », dans sa chanson L’Entarté sur l’album Boucan d’enfer (2002). Pour sa défense, Noël Godin prétend s’inscrire dans la tradition des terroristes hurluberlus, tels que Tijl Uylenspiegel, Robin des Bois, ainsi que les surréalistes français de combat, les Yippies américains, voire les Yes men et puiser ses sources dans les slapsticks, les Bugs Bunny et autres Woody Woodpecker.

Disciple de l’humoriste Alphonse Allais et de l’utopiste Charles Fourier qui fut l’auteur en 1806 du livre Le Nouveau monde amoureux, Noël Godin mène d’autres projets, essentiellement dans le domaine du cinéma, mais aussi comme écrivain et collaborateur de la presse satirique. On le lit dans le mensuel satirique Psikopat, fondé en 1982 par Paul Carali. On le rencontre dans CQFD, mensuel alternatif sans publicité qui parodie l’abréviation en lui donnant le sens de Ce qu’il faut dire, détruire, développer (2003-). On le retrouve dans El batia moûrt sôu (1995-), « journal jovial, crédule, saugrenu, mais outrecuidant, qui paraît 4 fois par an dans le Hainaut, à Ville-sur-Haine […] Journal d’entre Haine et Trouille au pays du dépeceur et des caves aménagées… », écrit dans l’esprit de la pensée Bul qui s’est épanouie avec le Daily Bul d’André Balthazar, Pol Bury et Achille Chavée, ainsi que dans celui de la pensée de Raoul Vaneigem. Dirigé par le montois Serge Poliart, son rédacteur en chef, ce périodique a été encarté dans Charlie Hebdo jusqu’à la crise de 2008 et le départ de Siné. Dans l’hebdomadaire pamphlétaire Siné Hebdo (2008-2010) justement, créé par le dessinateur Serge Siné, Godin tient la rubrique « L’Entarteur littéraire » et est aussi de l’éphémère expérience du journal satirique français La Mèche (2010). Il est de l’épopée Siné Mensuel (2011-2025), tout en participant au projet éditorial de Zélium, le journal qui n’est ni de droite (février 2011-), et qui sortait un 13e numéro en septembre 2024, après des temps difficiles. Il a aussi collaboré à la revue en ligne ventscontraires.net (2012-2015), la revue du Théâtre du Rond-Point.

En 1995, chez Albin Michel, Noël Godin publie Crème et châtiment : Mémoires d’un entarteur, entretiens avec Marc Cohen et, en 2005, il sort chez Flammarion Entartons, entartons les pompeux cornichons ! Avec son complice Jean-Pierre Bouyxou, il a aussi commis Godin par Godin, un livre qui réunit une sélection de ses articles les plus farceurs et de ses textes les plus sagaces de critique impertinent. En 1990, il a publié chez Balland De l’horrible danger de la lecture et récidivé en 1994 avec Zig zig boum boum publié à Toulouse (Le Veilleur). En 2003, chez Flammarion, il signe encore le roman Armons nous les uns les autres, après avoir apporté sa collaboration Benoît Delépine, Matthias Sanderson et Aimable Jr, pour Grabuge ! 10 réjouissantes façons de planter le système (2002). Quant à son Anthologie de la subversion carabinée qui avait été publiée à L’Âge d’Homme en 1989, elle est revue et complétée à deux reprises, en 2008 et 2012. L’écrivain Noël Godin a reçu le Grand prix de l’humour noir (1995), le Prix de la Dent dure (1996) et le prix Humour et Résistance (2013).

Celui qui est le compagnon de Sylvie, la fille de Marcel Broodthaers depuis les années 1970, s’est lancé très tôt dans le court-métrage, en-dehors des scènes d’entartage, sans en faire sa carrière. Noël Godin signé cinq réalisations aux titres évocateurs et sans doute prometteurs... Se disant lui-même piètre acteur, il s’est prêté à diverses reprises à jouer des rôles pour des amis réalisateurs, dans des courts comme des longs métrages ; il joue le plus souvent son propre personnage d’entarteur, mais endosse aussi celui d’un clochard, celui d’un terroriste et se présente à deux reprises comme l’écrivain Pierre Mertens, dans La Jouissance des hystériques (2000) et, déjà, en 1995, quand il est à l’affiche de Camping Cosmos, réalisé par Jan Bucquoy. Alors que ce dernier disait vouloir donner une consistance à « ce pays qui n’existe pas », en parlant de la Belgique, cette parodie des mœurs belges réunit autour des clichés habituels (baraque à frites, foot, concours eurovision et concours de miss, etc.) une brochette de personnalités atypiques : Claude Semal (revisitant Tintin), Arno (en maître-nageur), Jacques Calonne (en représentant du ministère de la Culture), Jean-Henri Compère (Jan Bucquoy), Lolo Ferrari et enfin un Noël Godin imitant l’écrivain belge entarté lors d’une intervention radio sur la littérature, créant ainsi la situation de l’entarteur entarté… En 2004, il se prête au long métrage Wallonie 2084, de Jean-Jacques Rousseau, au scénario disparate, allégorie exacerbée d’une Wallonie en guerre avec la Flandre. En 2015, face à Jean-Marc Rouillan, ancien d’Action directe, il tient l’un des deux rôles principaux de Faut savoir se contenter de beaucoup de Jean-Henri Meunier.

Membre à vie du jury du festival international du Film Grolandais de Toulouse depuis 2013, Noël Godin est atteint depuis les années 2020 par une maladie qui abîme sa mémoire, sans lui enlever sa fantaisie ni sa gaîté. 

 

Cinéma (principales participations)

One night of hypocrisy Court métrage (1994)
Camping Cosmos (1996)
Quand on est amoureux, c’est merveilleux Court métrage (1999)
Le journal de Joseph Morder Court métrage (1999)
La Jouissance des hystériques (2000)
Bon appétit ! Court métrage (2001)
La Vie politique des Belges (2002)
Aaltra (2003)
La Vie sexuelle des belges, 6e partie (2003)
Cinéastes à tout prix (2004)
Les Vacances de Noël (2005)
Palais Royal ! (2005)
Le Prince de ce monde (2007)
Arrabal et les garçons Court métrage (2011)
Faut savoir se contenter de beaucoup (2015)
Uchronia (2016)
En Marche vers l’Effondrement ! (2022)

 

Réalisateur de courts métrages

Les Cahiers du cinéma (1972)
Prout prout tralala (1974)
Grève et pets (1976)
Si j’avais dix trous du cul (1999)
Prenons nos cliques prenons nos claques, boutons le feu à la baraque ! (2008)

 

Ses principaux livres

Anthologie de la subversion carabinéeL'Âge d'Homme, 1989, 2008 et 2012
De l'horrible danger de la lecture, Balland, 1990
Zig zig boum boum, Le Veilleur, Toulouse, 1994
Crème et châtiment : mémoire d'un entarteurAlbin Michel, 1995
Godin par Godin, éditions Yellow Now, 2001
Grabuge ! Dix réjouissantes façons de planter le système, Paris, Flammarion, 2002
Armons-nous les uns les autres, Paris, Flammarion, 2003
Entartons, entartons les pompeux cornichons !, Paris, Flammarion, 2005

 

Sources

Centre de Recherche & Archives de Wallonie, Institut Destrée, Revue de presse (-12/2024), dont Le Soir, 10 novembre 1995, 2 juin 2015 et la série « Racines élémentaires » dans Le Soir, 20 novembre 2021
https://www.yellownow.be/post/____i-5 
http://leparatonnerre.fr/2022/08/01/noel-godin-la-creme-de-la-creme/ (s.v. janvier 2025)
Noël Godin, Godin par Godin, Crisnée, Yellow now, 2001
Crème et châtiment : Mémoires d’un entarteur, entretiens avec Marc Cohen, Paris, 2005

Activité(s) : Culture, Cinéma, Littérature

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Dumont Henri-Désiré

Mons 26 ou 27/02/1821, Paris 22/12/1897

À la suite de Laurent Mannoni, spécialiste des premiers pas du cinéma dans le monde, on s’accorde à reconnaître en l’ingénieur montois Henri-Désiré Du Mont l’un des précurseurs illustres de la cinématographie grâce à l’invention de l’omniscope, dont il dépose le brevet en 1860. Il fait partie de cette vague d’audacieux physiciens, lanternistes ou mécaniciens qui se lancent dans la quête du « mouvement continué » (Mannoni, p. 193-195). Il rejoint ainsi deux autres personnalités importantes, nées ou ayant travaillé en Wallonie, qui, comme lui, ont contribué à l’invention du cinéma : Robertson et Plateau (Mélon, p. 315).

Depuis des siècles, les hommes ont cherché le moyen de donner un mouvement aux images, et la lanterne magique est restée pendant longtemps l’avancée la plus significative. Les expérimentations de Plateau, dans les années 1830, introduisent le principe de l’animation stroboscopique avec un appareil appelé phénakistiscope. Il utilise des fentes découpées sur un disque rotatif regardé devant un miroir. En 1833, Plateau publie un article qui fait avancer la science. À peu près à la même époque, un mathématicien viennois, Simon von Stampfer, crée un dispositif similaire pour un instrument optique qu’il appelle « stroboscope » et qui ressemble au « zootrope » que va mettre au point William Horner en Angleterre, en 1834 ; ils utilisent le principe de la persistance de la vision avec une série de fentes pratiquées sur les côtés d’un cylindre en rotation à travers lesquelles le spectateur perçoit des images séquentielles dessinées sur des bandes de papier. Ils donnent l’illusion de mouvement d’un personnage dessiné. 

Des tambours et des disques cylindriques rotatifs sont ensuite utilisés par différents inventeurs exploitant la persistance de la vision dans des dispositifs conçus pour afficher des images animées stéréoscopiques. Inventé par Plateau, le phénakistiscope est un prédécesseur du zootrope et annonce le praxinoscope d’Émile Reynaud (1876), avec son système de miroirs tournants à l’intérieur du tambour qui assure l’obturation par compensation optique, sans déperdition de luminosité. On est là aux origines de l’invention du cinéma. 

Avec l’introduction de la photographie en 1839, l’idée se développe d’associer cette nouvelle technique au phénakistiscope (1849). La photographie stéréoscopique, très populaire au début des années 1850, donne l’impression que la mise en mouvement devient possible, dès lors que l’on photographie plusieurs poses ou positions consécutives séparément. Quelques appareils sont alors inventés, aux résultats encourageants, mais non convaincants. À l’inverse, l’ingénieur Henry Du Mont « compte parmi les inventeurs utopistes les plus ambitieux » (Ray Zone, p. 28). 

En 1859 et 1860, le Montois dépose des brevets en France et en Belgique pour neuf modèles différents d’appareils de cinéma stéréoscopique. Les formes de base sont des disques et des cylindres, bien qu’il utilise la surface extérieure de ses cylindres plutôt que la paroi intérieure du zootrope habituel. Dans la plupart des cas, un disque obturateur rotatif à fentes est utilisé pour révéler les images (dans certains cas des images transparentes) et les figer pendant la fraction de seconde où l’image se forme sur la rétine. Ingénieur optique particulièrement compétent, Du Mont donne le nom d’omniscope à ses appareils qui différent l’un de l’autre selon neuf variantes. Ainsi, l’un de ses modèles utilise des zootropes jumeaux, synchronisés, combinés au stéréoscope réfléchissant de Charles Wheatstone, placé au milieu, à un angle de 45 degrés. Un autre recourt à des zootropes jumeaux et à un système de projection interne avec un miroir pour la visualisation avec des lunettes anaglyphes rouge-vert.

En 1861, Du Mont déposent trois brevets supplémentaires qui décrivent un système avec une bande de photographies stéréoscopiques qui se déplacent par intermittence. Profitant des progrès de la photographie instantanée, grâce à l’avènement du procédé relativement rapide au collodion, Du Mont qui s’est installé près de Paris pour progresser dans ses travaux dépose un nouveau brevet, pour « un dispositif photographique permettant de reproduire les phases successives du mouvement ». Lors de l’Assemblée générale la Société française de photographie (17 janvier 1862), il présente et fait manœuvrer devant le public un appareil cylindrique pour obtenir successivement douze clichés successifs. Il entend développer son appareil breveté de visualisation stéréoscopique et stroboscopique, ainsi qu’une caméra capable de capturer les phases successives des mouvements à des intervalles de quelques fractions de seconde seulement. Il fixe les images obtenues sur la circonférence d’un tambour cylindrique ou prismatique, éventuellement lié sur une bande de tissu. Dans un article paru en 1862, il insiste sur la nécessité d’enregistrer les photographies stéréoscopiques à un rythme plus rapide et évoque ce « nouvel appareil photographique qui permet de reproduire les phases successives d’un mouvement à quelques fractions de seconde d’intervalle seulement ». Son invention transporte 10 ou 12 plaques photographiques, une par une, d’un cadre à fentes, devant l’objectif de l’appareil photo, dans une zone de réception inférieure. Un obturateur mobile est synchronisé pour garantir que les plaques ne sont exposées que lorsqu’elles sont au bon endroit. 

En avance sur son temps, Henri-Désiré Dumont a ainsi inventé une série d’appareils qui ont aujourd’hui disparu. On perd d’ailleurs la trace de l’ingénieur et inventeur, alors que d’autres innovations sont tentées en Europe comme aux états-Unis, s’inspirant de ses travaux. C’est là, de l’autre côté de l’Atlantique, qu’en juin 1878, est créée la plus ancienne séquence de mouvement connue, photographiée en temps réel, par le photographe britannique Eadweard MuybridgeThe Horse in Motion montre une course de chevaux à pleine vitesse. La qualité des images reste limitée et les personnages sont principalement vus comme des silhouettes, le tout étant souvent retouché pour éliminer les irrégularités photographiques. Par ses travaux, Du Mont a préfiguré la chronophotographie que mettent au point vingt ans plus tard Eadweard Muybridge, ainsi qu’étienne-Jules Marey.

 

Sources

Marc-Emmanuel Mélon, Le cinéma et les arts audiovisuels, dans Bruno Demoulin (dir.), Histoire culturelle de la Wallonie, Bruxelles, Fonds Mercator, 2012, p. 315-317
Ray Zone, Stereoscopic cinema and the origins of 3-D Film 1838-1952, Presses universitaires du Kentucky, 2007, p. 28-29
Laurent Mannoni, Le Grand Art de l’Ombre et de la Lumière : archéologie du cinéma, Paris, Nathan, 1994
C. Rousselle, Biographie montoise, cité par Ernest Mathieu, Biographie du Hainaut, Enghien, 1902-1905, t. I, p. 237
Bulletin de la Société française de photographie, t. VIII, février 1862, p. 34-36

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Activité(s) : Culture, Cinéma

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Diskeuve Xavier

Namur 30/07/1962

Homme d’écritures, Xavier Diskeuve manie la langue française de manière brève et précise, tantôt pour informer, tantôt pour distraire, multipliant depuis plus de quarante ans les articles, les nouvelles, les sketches et les scénarios, qu’ils soient sérieux, humoristiques ou caustiques, pour la presse écrite, la radio, la télévision, les scènes de spectacle ou le cinéma, en court et même long métrage. Auteur éclectique, il est rarement à l’avant-scène, car quand il s’oriente vers le cinéma, c’est en tant que producteur-réalisateur qu’il se positionne derrière la caméra, laissant à ses amis comédiens les lumières et les applaudissements du public, sauf à collectionner de nombreux prix décernés par la critique et des jurys de festival.

Après des candidatures en Philosophie aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur (1982), il opte pour les Arts et Sciences de la Communication à l’Université de Liège, où il consacre son mémoire au magazine Visions, mensuel belge d’actualité cinématographique internationale (1984). Le journaliste fait d’ailleurs son premier stage auprès de Philippe Reynaert, au sein dudit magazine Visions, avant d’être engagé par l’édition namuroise du journal Vers l’Avenir (1985). Sa passion pour le cinéma en fait le critique idéal du journal lorsqu’est organisé le premier Festival International du Film Francophone de Namur (1986) et lorsqu’il s’agit de suivre les aventures d’une bande de copains namurois qui présentent un film déjanté – C’est arrivé près de chez vous – à la Semaine de la critique du Festival de Cannes, avec le succès que l’on sait. Passant du cinéma aux sports puis aux informations générales et culturelles, président de la Société des rédacteurs des éditions de L’Avenir (2004-2008), le journaliste intègre la rédaction web du journal en 2014 et signe un billet d’humeur hebdomadaire, « Le Presse-Citron ».

Parallèlement, Xavier Diskeuve développe d’autres activités littéraires, dans des genres variés ;  ainsi, collabore-t-il à MoFo, un mensuel rock gratuit (1992-2001), signant Benjamin Lu des interviews et des critiques d’albums sur la pop française et sur la bande dessinée, ainsi que des petits dialogues satiriques (Croyez-le si vous voulez). Il est aussi l’auteur de nouvelles, toutes fort appréciées : dès sa première écriture, Les 4 murs, il reçoit le Prix Simenon (1993) ; cinq autres nouvelles seront lauréates du Prix Polar RTBf/Polar La Première : Je hais les corps de métier et Huit Picon Vin Blanc (1994), Tout le monde peut le faire (1996), Pascal Sevran (1997), Le Con (2008). En 2003, il tire de plusieurs de ses nouvelles un spectacle créé par le Théâtre royal universitaire de Liège : Personnages en quête de tueur. C’est alors qu’une nouvelle opportunité d’écriture se présente : remplacer au pied levé l’humoriste duBus à l’écriture de l’émission satirique Votez pour moi qui fait les beaux jours de la matinale de Bel RTL : de 2010 à 2012, en congé de ses activités de journaliste, Diskeuve nourrit de ses textes l’imitateur André Lamy et le comédien Olivier Leborgne. En 2011, il prend le temps d’une autre création, The Beach Buysse, un seul en scène coécrit avec Nicolas Buysse. Puis, de septembre 2012 à juin 2023, il est désormais entouré d’une équipe pour tenir le rythme de l’inspiration et de l’écriture des quotidiennes en radio et en télévision. De sa collaboration avec André Lamy, naissent durant ces mêmes années plusieurs spectacles qu’il co-écrit : Politiquement correct (2010), Retour au Music-Hall (2012), Lamy qui vous veut du bien (2014), Lamy ne fait pas le moine (2016), Lamy râle (2019), Lamytateur (2022).

Une autre collaboration va se développer à partir de 2015-2016, avec Vincent Pagé cette fois. Cet autre Namurois – acteur, auteur, producteur – a rencontré un énorme succès avec C’est ma tournée, où il raconte avec humour sa (vraie) vie de facteur. De l’écriture commune Diskeuve/Pagé surgit un nouveau seul en scène de Vincent Pagé, Tronches de vie, délirant et cocasse, joué plus de 150 fois, en Wallonie, à Bruxelles et dans le Nord de la France, ainsi qu’au festival off d’Avignon 2018. « Comment fabrique-t-on une carte d’identité en extrême, extrême urgence ? Et si les cosmonautes du premier voyage sur la Lune avaient été Wallons ? Connaissez-vous la Mystérieuse République Indépendante du Parc à conteneurs ? » sont quelques-uns des questionnements d’un spectacle dont le succès « oblige » le duo Diskeuve/Pagé à de nouvelles collaborations : Un Pagé dans la mare (2019) parviendra à survivre à l’épidémie de la Covid-19, tandis que Fidèle au poste (2023) se présente comme une suite de C’est ma tournée. À chaque fois, le public assure le succès de ces spectacles.

À partir de l’an 2000, Xavier Diskeuve prend l’initiative de créer et de diriger la société Benzine prod, pour produire ou coproduire des courts métrages, ainsi que des albums ou des spectacles. C’est ainsi que le réalisateur namurois François Paquay adapte deux nouvelles de Diskeuve en courts-métrages, Le Con (2008) et Le Scénariste (2017). En 2002, s’inspirant aussi de l’une de ses nouvelles, Pascal Sevran, Xavier Diskeuve se lance lui-même dans un autre type d’écriture, en réalisant son premier court-métrage, Chanson-chanson (2002), où un employé de supermarché, Walter Molitor (joué par Nicolas Buysse), assure la promotion des produits au micro d’un supermarché ; il est aussi chanteur et, quand il est sélectionné dans une émission de télé-crochet sur France-Télévision, il demande à son cousin, Jacques (François Maniquet), un fermier taciturne, de le conduire à Paris. De recevoir le prix UIP du festival international du film de Flandre, à Gand, incite Xavier Diskeuve à reprendre le personnage de Jacques dans un nouveau court-métrage. Plébiscité par le Prix du public aux festivals de Villeurbanne, Grenoble, Alès, Bruxelles et Namur, Mon Cousin Jacques (2004) présente le garçon de ferme, célibataire, vivant chez ses parents, désireux de sortir de sa routine et demandeur de conseils pour se marier ; il trouvera l’âme sœur (Christelle Cornil). Le couple d’acteurs qui s’est formé à la fin de cette histoire se retrouve, avec Nicolas Buysse, à l’affiche de Révolution (2006), court-métrage un peu licencieux, sans aucun dialogue, qui explore la vie intime d’un fonctionnaire réservé, perturbé dans ses habitudes (1er prix au Festival des films du Monde de Montréal 2006). En 2008, Cannes get no est un road-movie décalé qui propulse les deux « héros » de Chanson-Chanson dans les coulisses du festival de Cannes où « Walter Molitor », loser champion des punchlines, présente partout son CV et vante son savoir-faire, en vain, alors que Jacques décroche un rôle. Durant l’été 2013, Xavier Diskeuve s’essaye au long-métrage en concrétisant un projet de longue date : Jacques a vu est tourné en région namuroise et présenté pour la première fois au Festival international du Film francophone de Namur (octobre 2014), avant de vivre sa vie en salle, comme dans d’autres festivals où il récolte un prix d’interprétation féminine pour Christelle Cornil à Barcelone (2016), le Best Foreign Film Award aux états-Unis (2016), et le Best Comedy à Copenhague (2017). 

Ayant éprouvé les difficultés que représente la réalisation d’un long métrage en Belgique, Xavier Diskeuve revient au genre du court-métrage. Dans Tonton Maurice (2020), il raconte l’aventure d’un centenaire désireux de battre un record du monde ; dans Le Petit prodige (2021), l’histoire d’un jeune pianiste doué, impliqué dans une magouille par des cousins, agents de joueurs de foot ; dans Domicile fixe (2023), tourné à Salzinnes, le spectateur assiste à une cohabitation pleine de non-dits entre un bourgeois, ses enfants et un SDF qui s’incruste. Tous les courts-métrages de Xavier Diskeuve sont multi-récompensés dans divers festivals à travers le monde.

 

Cinéma

Le Chanson-chanson (2002), https://www.youtube.com/watch?v=IDnolKMRMCU 
Mon Cousin Jacques (2004), https://www.youtube.com/watch?v=8b9vQxT01HY 
Révolution (2006), https://www.youtube.com/watch?v=UFAfA-Egids 
Cannes get no (2009), https://www.youtube.com/watch?v=RY_a6PGq4BA 
Jacques a vu (2013), long métrage (making off : https://www.youtube.com/watch?v=4SYE5vwpnmU)
Tonton Maurice (2020), https://www.youtube.com/watch?v=1_R-NYUMOYo 
Le Petit Prodige (2021), https://www.youtube.com/watch?v=VFMbczPgJ9o 
Domicile fixe (2023), bande annonce, https://www.youtube.com/watch?v=2uSGSxQWVlU

 

Sources

Centre de Recherche & Archives de Wallonie, Institut Destrée, Revue de presse (-12/2024), dont Le Soir, 7 février 2015 
Arte présente… (2009), https://www.youtube.com/watch?v=JMvJuc7FOGE 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Diskeuve (s.v. janvier 2025)

Activité(s) : Culture, Cinéma, Littérature

Auteur de la fiche : Paul Delforge

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