Monument FRERE-ORBAN
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
La dédicace figurant sur le monument Frère-Orban installé au boulevard d’Avroy est inversement proportionnelle à l’allure générale de l’œuvre réalisée par le sculpteur Paul Du Bois et l’architecte Joseph Van Neck :
A
FRERE-ORBAN
1812-1896
Le personnage honoré est-il à ce point connu qu’aucun autre commentaire n’est nécessaire ? Si tel est le cas, pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans après sa mort pour inaugurer son monument ? La posture de la statue – Frère-Orban est représenté les bras croisés sur sa poitrine – semble même illustrer une forme d’impatience. À son décès, en 1896, les éloges de circonstances n’avaient pas manqué de mettre en évidence le parcours politique remarquable du Liégeois. Avocat, il avait contribué à la rédaction de la Charte libérale en 1846 et était entré à la Chambre des représentants l’année suivante : sans interruption, il allait y siéger jusqu’en 1894. D’emblée, il s’était vu confier des responsabilités ministérielles et il avait fait partie de tous les cabinets libéraux qui avaient marqué l’histoire politique belge du XIXe siècle. En charge des Travaux publics (1847-1852), puis des Finances (1857-1867), il s’était vu confier la direction du Cabinet libéral – l’équivalent de premier ministre – de 1867 à 1870 et de 1878 à 1884. Ardent défenseur du libre-échange et de l’enseignement public, créateur de la Banque nationale, de la Caisse d’Épargne et du Crédit communal, il n’avait jamais caché ses réticences à l’égard d’un suffrage universel sans conditions. L’échec électoral de 1884 plongea cependant le parti libéral dans les affres de l’opposition et Frère-Orban devint le primus inter pares. Traversé par des courants idéologiques de plus en plus distants, son parti restera prostré dans l’opposition jusqu’à la Grande Guerre : ce climat était par conséquent peu propice à l’exaltation du dernier premier ministre libéral wallon du XIXe siècle, d’autant que le paysage politique ne paraissait pas devoir évoluer.
D’autres villes wallonnes que Liège vivaient la même atmosphère politique ; cela n’avait pas empêché Verviers d’honorer Ortmans-Hauzeur, Ohain la famille Mascart, Tournai Jules Bara sans omettre l’inauguration, en 1905, du monument Charles Rogier… dans la cité ardente à l’entrée du parc d’Avroy. Là, déjà, près de 30 ans s’était écoulé, avant que le prétexte du 75e anniversaire de la Belgique ne conduise à honorer cette autre personnalité libérale de Liège. Libéral doctrinaire, l’ancien bourgmestre Julien Warnant avait pris la tête, en 1897, du comité chargé d’ériger le monument Frère-Orban. En 1910, Paul Van Hoegaerden lui succède sans plus d’efficacité, même si le projet dessiné par Paul Du Bois paraît déjà validé. Cependant, si libéraux et socialistes forment cartel pour gagner les élections, le POB – dont le premier objectif est d’obtenir le suffrage universel pur et simple – n’oublie pas que Frère-Orban en fut un ardent opposant ; et son anticléricalisme forcené n’a pas non plus été oublié par les catholiques. Après la Grande Guerre, les autorités communales et provinciales liégeoises apportent leur soutien au comité du monument Frère-Orban désormais dirigé par Émile Digneffe. S’appuyant sur un capital important obtenu par souscription publique, le Comité peut enfin aboutir : un an après les festivités du centième anniversaire de la Belgique, le monument est inauguré le 27 septembre 1931, soit dans le cadre des Fêtes de Wallonie qui commencent progressivement à se développer dans tout le pays wallon. La famille libérale surtout s’est rassemblée pour entendre les discours de Paul Hymans et du bourgmestre Xavier Neujean. La franc-maçonnerie est aussi présente.
La lecture du monument conforte les réticences affichées par les opposants politiques. La statue de Frère-Orban illustre forcément l’homme d’État ; plutôt que l’impatience, ses bras croisés indiquent l’élan que l’orateur, le front haut et dominateur, a donné à tout un pays. En témoignent les deux allégories de la Belgique placées à la droite et à la gauche du décideur. Éplorée et assise, la femme de gauche représente l’état du pays avant que n’intervienne Frère-Orban ; son mécontentement disparaît complètement grâce aux réformes introduites par le leader libéral ; debout, admirative, l’allégorie de droite tente de rassembler sur sa seule personne toutes les facettes du contentement que peut exprimer le sculpteur. Sur la face arrière, le bas-relief illustre encore les bienfaits attribués à Frère-Orban, le progrès social, l’abolition des octrois en 1860, la caisse d’épargne publique, etc.

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À l’heure où le monument est enfin inauguré, Paul Dubois (Aywaille 1859 – Uccle 1938) est un sculpteur reconnu, qui a signé une œuvre variée et abondante (près de 200 sculptures), confirmant les espoirs mis en lui par ses formateurs. En 1884, le prix Godecharle l’avait placé d’emblée parmi les sculpteurs les plus prometteurs de sa génération. C’est de cette époque que remonte cette signature – Du Bois – qui doit lui permettre de se distinguer de son parfait homonyme français, voire de Fernand Dubois. Originaire d’Aywaille, formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles (1877-
1884), il a été l’élève de Louis François Lefèbvre, de Jean-Joseph Jaquet et d’Eugène Simonis, avant de profiter des conseils de Charles Van der Stappen. Après trois années passées à visiter les musées d’Europe, l’artiste wallon installe son propre atelier à Bruxelles, avec Guillaume Van Strydonck. Ouvert à l’avant-garde sans renier son attachement à la Renaissance, membre-fondateur du groupe bruxellois d’avant-garde le Cercle des XX, puis de la Libre Esthétique, il excelle dans les portraits quand lui parviennent les premières commandes officielles de la ville de Bruxelles. Sans abandonner des œuvres de son inspiration qui sont remarquées et primées lors de Salons et d’Expositions à l’étranger, il réalise le monument Félix de Mérode (Bruxelles, 1898) qui symbolise le début de son succès. En 1900, il est nommé professeur à l’Académie de Mons (1900-1929) et, deux plus tard, il est chargé du cours de sculpture ornementale (1902-1905), puis de sculpture d’après l’antique (1905-1910) à l’Académie de Bruxelles où il reste en fonction jusqu’en 1929. En 1910, il succède à Charles Van der Stappen à l’École des Arts décoratifs. Vice-président du jury d’admission des œuvres pour le Salon des œuvres modernes de l’Exposition internationale de Charleroi (1911), il signe plusieurs monuments commémoratifs à Bruxelles et en Wallonie (Alfred Defuisseaux à Frameries en 1905, Antoine Clesse à Mons en 1908, de la Chanson wallonne à Tournai en 1931), ainsi que des bijoux, des médailles (dont celle de l’Exposition universelle de Liège en 1905) et des sculptures allégoriques variées. Le monument Frère-Orban est une synthèse aboutie du savoir-faire du sculpteur qui a été aidé par l’architecte Van Neck pour la partie inférieure du monument. En forme d’hémicycle, le soubassement en pierre de taille est précédé d’un large parterre, tandis que des effets d’escalier sont créés latéralement.
Joseph TORDOIR, Des libéraux de pierre et de bronze. 60 monuments érigés à Bruxelles e
t en Wallonie, Bruxelles, Centre Jean Gol, 2014, p. 94-100
Jean-Jacques HEIRWEGH, Patrons pour l’éternité, dans Serge JAUMAIN et Kenneth BERTRAMS (dir.), Patrons, gens d’affaires et banquiers. Hommages à Ginette Kurgan-van Hentenryk, Bruxelles, Le Livre Timperman, 2004, p. 434
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°35, printemps 1970, p. 11
Nicole LUBELSKI-BERNARD, dans Nouvelle Biographie nationale, 1990, t. II, p. 161-171
Jean-François POTELLE (dir.), Les Wallons à l’étranger, hier et aujourd’hui, Charleroi, Institut Destrée, 2000
Judith OGONOVSZKY, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 374-378
Anne MASSAUX, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 4, p. 142-145
Paul Du Bois 1859-1938, édition du Musée Horta, Bruxelles, 1996
Anne MASSAUX, Entre tradition et modernité, l’exemple d’un sculpteur belge : Paul Du Bois (1859-1938), dans Revue des archéologues et historiens d’art de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1992, t. XXV, p. 107-116
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. 1, p. 517-518
Adresse
Boulevard d’Avroy
4000 Liège
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Paul DelforgeStèle Paul FRANKINET
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Pendant plusieurs années, l’architecte Paul Frankinet (1919 – 1999) a mené campagne contre la présence de campings installés de manière illégale sur le site de Frahan. Alors que le méandre formé par la Semois avait été relativement épargné par la présence humaine au cours du temps, l’implantation de deux campings au tournant des années 1960 et 1970 crée une situation nouvelle : le paysage naturel remarquable se trouve désormais envahi par des tentes, des voitures et des caravanes multicolores, sans oublier les baraques à frites, tandis que la vie traditionnelle du village est chamboulée par la présence massive et saisonnière des campeurs. Faisant valoir à la fois l’intérêt paysager, la préservation de la nature et le caractère illégal des exploitations, les Amis de la Terre se mobilisent autour de Paul Frankinet, leur représentant sur le terrain.
Architecte de formation et de profession, Frankinet a fait l’essentiel de sa carrière en Afrique ; s’il s’y est occupé de construire des maisons, il s’est surtout préoccupé de l’alphabétisation des populations. À la suite de l’indépendance du Congo en 1960, il est forcé de rentrer en Europe et choisit de s’installer à Rochehaut, en raison du cadre exceptionnel que lui offre le méandre de la Semois, à hauteur de Frahan. S’opposant au développement du tourisme de masse, Frankinet va, de manière plus générale, se préoccuper de conservation du patrimoine. Il était d’ailleurs membre de la Commission des Monuments et des Sites avant la régionalisation, il se préoccupe de la sauvegarde de la Lyresse et il contribue activement à la préservation du Couvent des Sépulcrines, au cœur de Bouillon, y rencontrant de vives oppositions, comme à Frahan.
En dépit des dispositions légales – des arrêtés d’interdiction de camping sont adoptés en 1972 ; le plan de secteur approuvé par la Région wallonne en 1984 classe le site en zone verte d’intérêt paysager ; le Conseil d’État valide le plan de secteur en 1987 contre le recours introduit par les propriétaires de camping –, la situation ne change pas sur le terrain ; avec l’aide des Amis de la Terre, Frankinet porte l’affaire en justice et, en juin 1989, le tribunal de Neufchâteau ordonne la cessation des activités et la remise du site dans son état d’origine, endéans une année. Ce succès fait l’objet d’un article dans le tout premier numéro (n°0) de la revue des ami(e)s de la Terre (août 1989). Alors que de nouvelles caravanes résidentielles sont installées, un véritable bras de fer oppose les parties en présence, créant l’agitation dans toute la région. Finalement, en septembre 1990, les campings illégaux sont définitivement fermés. Paul Frankinet a fini par remporter une vraie guerre d’usure, non sans que l’atelier de céramique de son épouse ne pâtisse de sa détermination. En janvier 1992, en effet, une intrusion nocturne se solde par la mise à sac de la poterie de la rue des Moissons, à Rochehaut. En février 1991, Frankinet avait été distingué par Inter-Environnement Wallonie qui, en lui décernant sa palme 1990 de l’environnement, entendait renforcer sa lutte contre l’installation des campings industriels dans les fonds de vallée et favoriser, sur les hauteurs, un tourisme respectueux de la nature et de ceux qui vivent en permanence à la campagne. Quant aux épicéas plantés dans les vallées, ils étaient aussi dans la ligne de mire de Frankinet d’IEW : dans les années 2000 plusieurs projets, soutenus par l’Europe et l’OWDR, rencontrent cette préoccupation. En 1997, à l’initiative du ministre-président Robert Collignon, le site de Frahan fait l’objet d’un arrêté de classement au Patrimoine majeur de Wallonie.
Quelques mois après le décès de Paul Frankinet est lancée l’idée d’élever un monument en mémoire de ce défenseur de l’environnement. Mais aucune autorisation n’est accordée par les autorités locales pour élever un monument privé sur une propriété communale (2000). Finalement, c’est en bord de trottoir, sur un terrain privé que, le 31 octobre 2004, en présence des responsables des Amis de la Terre-Belgique et du voisinage, une stèle est inaugurée,
A la mémoire
de
PAUL FRANKINET
1919 – 1999
Avec le soutien des AMIS de la TERRE
IL A SAUVEGARDÉ LE SITE DE
FRAHAN
Cette plaque en céramique est fixée sur la face avant d’une stèle rectangulaire formée de pierres de schiste de la région. Au sommet du monument qui ne dépasse pas le mètre de hauteur, se trouve un cadran solaire en bronze. Le cadran est l’œuvre de Laure Frankinet, la fille de Paul et de Denise Frankinet, cette dernière étant à l’initiative du monument et la créatrice tant de la stèle que de la céramique. Sculpteur, dessinatrice et pastelliste, Laure Frankinet (Stanleyville 1955 – Rochehaut 1998) s’est formée à La Cambre (auprès de Rik Poot) en choisissant la sculpture monumentale. Installée à Oisy, elle réalise, à partir du métal, des œuvres inspirées des femmes, des enfants ou des chevaux, pleines de fantaisie. Son travail s’apparente en quelque sorte à celui d’un artiste-forgeron ; en 1998, elle participe activement aux Eurofêtes, à Viroinval, au Trou du Diable et l’année suivante, ses œuvres font l’objet d’une exposition d’hommage. Denise Frankinet, pour sa part, elle aussi diplômée de La Cambre, est avant tout céramiste, même si elle signe de nombreuses aquarelles représentant… des paysages. En 2012, il fait paraître un roman, Le Requiem de Carlsbad qui porte aussi la signature de Paul Frankinet.
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, en particulier Le Soir (1989-1991 et 12 février 1991)
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 588

Adresse
Rue des Moissons 17
6830 Frahan (Rochehaut)
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Paul DelforgeStatue Francon
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Au milieu du XIXe siècle, afin de doter l’institution provinciale de Liège de bâtiments dignes de ce niveau de pouvoir, d’importants travaux sont entrepris autour de l’
Placée logiquement selon l’évolution chronologique, avant les princes-évêques Rathier et Wazon, la statue de Francon est l’une des 42 personnalités retenues, selon le critère d’avoir marqué l’histoire de la principauté de Liège. Elle se situe sur la partie supérieure gauche de la façade occidentale. L’évêque Francon (date inconnue – Liège entre 901 et 906, voire 911) est reconnu comme un bel esprit de son temps, formé dans l’entourage de Charles le Chauve avant de devenir moine à l’abbaye de Lobbes : il y poursuit ses études, avant de faire profiter l’école de l’abbaye de ses connaissances qui touchent à la fois aux saintes écritures, à la littérature profane, à la musique et à la poésie. Il contribue à donner à l’abbaye de Lobbes ses lettres de noblesse, cette école disposant d’une solide réputation au sein d’un diocèse de Liège dans lequel Lobbes et sa région sont versés vers 888. C’est en 856 que Francon succède à Hartgar à la tête de ce diocèse ; il contribue à la forte effervescence intellectuelle de Liège ; sa direction de l’école de la cathédrale Saint-Lambert la hisse au rang des plus réputées. Dans le même temps, il contribue à faire de Liège le siège du diocèse. Contemporain des invasions normandes, l’évêque Francon ne peut cependant pas se consacrer exclusivement à la valorisation des activités de l’esprit. À la tête de milices armées, il parvient, non sans mal, à mettre un terme aux invasions meurtrières et destructrices à l’entame des années 890 (bataille de Louvain, 891). Durant son long règne à la tête du diocèse (de 856 à sa mort au début du Xe siècle), Francon fait aussi bénéficier à l’Église de Liège d’une forte extension de ses frontières avec l’acquisition pacifique de l’abbaye de Lobbes, de la région du futur marquisat de Franchimont et de l’abbaye de Fosses-la-Ville, notamment. Avec un tel bilan à son actif, Francon se devait de figurer parmi les personnalités les plus remarquables de l’histoire de la principauté de Liège.
Assurément, le sculpteur Jules Halkin (Liège 1830 – Liège 1888), chargé de le représenter sur la façade du Palais provincial de Liège, n’a retenu que la seule facette de la résistance aux invasions normandes. Dans le groupe Francon-Rathier-Wazon, il représente Francon, le regard fier, tel un chevalier, une longue épée à la main et figée dans le sol, à la différence de Rathier et Wazon qui paraissent moins « guerriers ». De facture sérieuse, la statue est réalisée avec un souci d’art et de différenciation et témoigne de la qualité de la sculpture liégeoise du XIXe siècle dont Jules Halkin est un illustre représentant.
C’est dans sa ville natale que Halkin accomplit l’essentiel de sa carrière. Il y a suivi les cours de Gérard Buckens à l’Académie des Beaux-Arts, avant qu’une bourse de la Fondation Darchis ne lui permette de séjourner à Rome pendant plusieurs mois (1851-1853). Il parfait ensuite sa formation en France et en Allemagne. Au début des années 1860, il trouve facilement des acheteurs privés pour plusieurs de ses premières réalisations essentiellement d’inspiration religieuse (Vierge, chemin de croix, bas-reliefs, etc.), avant de participer au chantier de décoration du palais provincial de Liège : là il signe huit statues et bas-reliefs dont « l’assassinat de Saint-Lambert », « la sortie des Franchimontois » et un « Notger répandant l’instruction ». Le sculpteur réalise encore un Saint-Lambert pour la cathédrale Saint-Paul et un chemin de croix en pierre de France pour l’église Saint-Jacques (1862-1865). Ses bustes en bronze et en marbre trouvent aussi de nombreux amateurs auprès de bourgeois de la Cité ardente, qu’ils soient industriels, intellectuels ou artistes eux-mêmes. Sa notoriété, Jules Halkin la doit surtout à sa sculpture monumentale du Cheval de halage (1885) qui partage avec le Torè de Mignon l’espace des Terrasses de Liège.
Sources
Liliane SABATINI, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 436-437
Julie GODINAS, Le palais de Liège, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 79
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 676
Isabelle VERHOEVEN, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996
Alphonse LEROY, Francon, dans Biographie nationale, t. 7, col. 263-267
La Meuse, 2 octobre 1880 et ssv.

Adresse
Palais provincial
Face à la place Notger
4000 Liège
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Paul DelforgeMonument César FRANCK
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Si Jules Destrée et Albert Mockel n’ont de cesse de saluer le talent de César Franck (Liège 1822 – Paris 1890) et de son école, il apparaît de manière évidente que l’influence franckiste sur la musique ne survit pas à la Grande Guerre. Il n’en reste pas moins que le talent du musicien et du compositeur wallon a marqué le XIXe siècle qu’une compétition s’est installée entre Paris et Liège pour entretenir le souvenir de celui qui est né et s’est formé en pays wallon avant de connaître le succès dans la capitale française. Avec le décès du sculpteur Rulot en 1919, les espoirs d’un monument César Franck à Liège paraissent disparaître, même si le directeur du Conservatoire de Liège, Sylvain Dupuis, commence à faire connaître, par une série de conférences, le fruit d’une importante étude qu’il a consacrée à César Franck (1920-1921). À l’heure où Verviers célèbre avec faste le centième anniversaire de la naissance de Vieuxtemps, les forces vives liégeoises ne veulent pas manquer le rendez-vous important que constitue le 100e anniversaire de la naissance de leur compositeur (10 décembre 1822). Tandis que Sylvain Dupuis prépare une « Semaine musicale » où les œuvres maîtresses de César Franck seront interprétées, la Société des Amis de l’Art wallon que préside Jules Destrée, puis surtout la Section liégeoise des Amis de l’Art wallon qui s’est reconstituée en 1921, souhaitent concrétiser le projet qu’ils avaient lancé en 1913 déjà, à savoir ériger un monument digne du talent de César Franck et destiné à orner un des parcs publics de Liège. Le monument Rulot est définitivement enterré quand, au début de l’année 1922, le sculpteur Victor Rousseau accepte de se lancer dans l’aventure et entreprend de dessiner un nouveau et ambitieux mémorial.
Dans le même temps, à Paris, on se prépare aussi sérieusement à l’événement. Dans la capitale française s’est en effet constitué un comité de musiciens sous la direction de Henry Rabaud (directeur du conservatoire) désireux de commémorer le souvenir de César Franck et d’offrir à la ville de Liège un mémorial « en témoignage de l’admiration que la musique française a vouée au maître angélique ». Le statuaire lyonnais Fix-Masseau a été sollicité, lui qui avait déjà réalisé – à la demande de la ville de Liège – une figure décorative pour le monument français du cimetière de Robermont. Pour assurer le budget nécessaire, un concert spécial César Franck est organisé à l’Opéra de Paris, le 7 mars 1922, en présence de la reine Élisabeth et du président de la République.
En raison de la multiplication des initiatives, un Comité César Franck est mis en place, à Liège, afin de coordonner les initiatives. L’œuvre réalisée par Fix-Masseau est inaugurée le 25 novembre 1922, devant un parterre de personnalités, dont la reine et des ministres belges et français. Fix-Masseau a représenté un groupe de trois femmes, debout, qui chantent un chœur du maître. Sous ce trio, le socle est travaillé dans sa face avant pour faire apparaître le profil droit de César Franck sculpté dans la pierre. Une inscription précise : « Hommage de Paris où il a vécu à la ville de Liège où il est né ».
La sculpture de Fix-Masseau vient orner un espace du foyer du Conservatoire de Liège (l’actuel Foyer Ysaÿe de la Salle philharmonique). Placée sous le signe de la fraternité qui unit la France et la Belgique, en particulier la Wallonie, l’inauguration à Liège de l’œuvre de Fix-Masseau est l’occasion d’organiser plusieurs concerts, durant une mémorable « Semaine musicale ». Sylvain Dupuis les dirige, tandis que de plusieurs manifestations animent la cité liégeoise. Le succès est au rendez-vous, mais pour les promoteurs d’un monument public en l’honneur de César Franck, l’occasion est ratée. C’est en vain que
Bien que le « centenaire » soit passé, la Section liégeoise des Amis de l’Art wallon ne renonce pas au projet d’un monument Franck à installer dans un parc public de Liège. Elle offre 1.000 francs de récompense pour « la meilleure commémoration de César Franck », mais elle ne reçoit aucune proposition alternative. En 1925, le cercle décide par conséquent d’affecter la somme de la « récompense » au monument proposé par Victor Rousseau : elle se mobilise autour de l’objectif d’ériger ce monument à Liège, le premier de son programme. La souscription publique se solde par un échec. Hormis la plaque commémorative apposée sur sa maison natale, rue Saint-Pierre, en 1914, voire le buste signé Adelin Salle dans la salle des Pas Perdus de l’hôtel de ville de Liège, aucun monument public majeur « César Franck » ne semble devoir jamais voir le jour à Liège.
En 1972, comme l’ont fait remarquer certains critiques avec amertume (par ex. J. Servais), la ville de Liège reste muette ; aucune manifestation officielle n’est organisée pour le 150e anniversaire de la naissance de César Franck. Seules des initiatives privées (inscription des œuvres de Franck dans des programmes musicaux) fleurissent de manière éparse. Mais ce qui afflige le plus, à l’époque, le rédacteur en chef de la revue La Vie wallonne, c’est la tenue d’une exposition César Franck, lors du Festival des Flandres, au musée de Tongres, où le musicien est présenté « sans attache avec la musique française » et avec des racines limbourgeoises. Pourtant, en parcourant l’œuvre du sculpteur Marceau Gillard, on est frappé de constater l’existence d’un projet en terre cuite pour un monument César Franck datant de la fin des années 1950, ainsi qu’une terre cuite intitulée Adagio Allegro, semble-t-il de la même époque et toujours avec la même finalité.
La ville de Liège ne manque pas le rendez-vous de 1990, année César Franck, correspondant au centième anniversaire de la disparition de l’artiste. À l’initiative de la société belge César Franck, un copieux programme est mis au point coordonnant de multiples manifestations de mars à décembre, exposition, enregistrements, mais surtout concerts organisés dans plusieurs villes wallonnes ainsi qu’à Paris. C’est dans ce contexte qu’est inaugurée, le 27 mars 1990, la première stèle commémorative César Franck, dans sa ville natale, à l’angle de la rue de la Régence et de la rue de l’Université. Sollicitée dès 1989, la jeune sculptrice verviétoise Marianne Baibay s’est plongée dans la musique franckiste et a développé les thèmes « Mémoire et Musique » dans une œuvre originale, s’inspirant de la forme des tuyaux d’orgue et associant la pierre bleue et le cuivre, matériaux qui, avec le temps, « prennent (…) une patine, un aspect qui leurs confèrent à la fois stabilité, fragilité avec aussi un côté précieux, gardien de mémoire, pour la musique, les orgues, les tuyaux d’orgue, présents dans la production musicale de César Franck ». Parrainé par les services clubs liégeois Fifty One, Inner Wheel, Lion’s club, Rotary et Soroptimist (une plaque évoque leur soutien au pied du monument), le mémorial bénéficie aussi du soutien des carrières Julien des Avins en Condroz qui offre les pierres. En accord avec les autorités de la ville de Liège (l’échevin Firket) et les commerçants, les tailleurs de pierre de la ville de Liège mettent le monument en place dans les délais prévus : l’inauguration de la stèle, en présence de toutes les autorités liégeoises et de la reine Fabiola, marque le début de l’année Franck.

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Ce que ni Joseph Rulot ni Victor Rousseau n’avaient réussi à accomplir, la professeur de Saint-Luc Liège l’a réussi. En signant cette œuvre, Marianne Baibay met en quelque sorte un terme à la « saga César Franck » qui agite plusieurs milieux culturels et artistiques liégeois depuis un siècle. Néanmoins, en 1990, un autre projet – semble-t-il porté par le professeur Minguet – visait à reproduire le médaillon de César Franck réalisé par l’illustre Rodin en 1891, et à placer cette reproduction quelque part à Liège. Déjà à l’époque, les difficultés et polémiques avaient été grandes autour de ce médaillon Franck par Rodin, à apposer sur le tombeau réalisé par Redon. S’il est encore présent (refonte réalisée en 1995) au cimetière Montparnasse, à Paris, ce médaillon n’est par contre jamais arrivé à Liège. L’œuvre de Marianne Baibay reste donc unique.
Plongée dans les milieux artistiques dès son plus jeune âge, elle a partagé comme son frère Jean-Paul, la passion de leur père, Gilbert Baibay, à la fois peintre et sculpteur. Entre 1968 et 1973, déjà, elle participe aux expositions de « L’atelier 11+ », projet mené par un père très soucieux de la formation des jeunes à la pratique artistique. Durant ses études à Saint-Luc (1976-1979), elle s’oriente davantage vers la sculpture dans l’atelier d’A. Courtois A. Blanck et G. Theymans. Nommée professeur à la fin des années 1980, elle se révèle à la fois peintre, dessinatrice et sculptrice, signant aussi bien des affiches, des pochettes de disques que des toiles ou des sculptures, d’inspiration personnelle ou sur commande. Après le mémorial César Franck, Marianne Baibay est notamment sollicitée pour le monument en hommage à Jacques Brel qui se situe au Mont des Arts à Bruxelles (2003).
Informations communiquées par Marianne Baibay (juin 2014)
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Sylvain DUPUIS, Charles DELCHEVALERIE, César Franck : la leçon d’une œuvre et d’une vie : commémoration du centenaire de la naissance de César Franck né à Liège le 10 décembre 1822 mort à Paris le 9 novembre 1890, Liège, 1922
Alexia CREUSEN, sur
Norbert DUFOURCQ, dans Biographie nationale, Bruxelles, t. 33, col. 322-335
Maurice EMMANUEL, César Franck, Paris, 1930. Coll. Les musiciens célèbres
César Franck. Correspondance réunie, annotée et présentée par Joël-Marie Fauquet, Sprimont, Mardaga, Conseil de la Musique de la Communauté française, 1999, coll. « Musique-Musicologie »
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 189
La Vie wallonne, 15 septembre 1920, I, p. 8-11, 38
La Vie wallonne, 15 août 1921, XII, p. 573 et ssv
La Vie wallonne, 15 octobre 1921, XIV, p. 93
La Vie wallonne, 15 mars 1922, XIX, p. 333
La Vie wallonne, 15 décembre 1922, XXVIII, p. 155-163 et 163-178
La Vie wallonne, 15 janvier 1923, 3e année, XXIX, p. 227-230
La Vie wallonne, IV, n°260, 1952, p. 305
La Vie wallonne, 1972, n°340, p. 338-339
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 51
Joseph PHILIPPE, Marceau Gillard dans l’École liégeoise de sculpture, Liège, 1991, en particulier p. 102 et 114
Adresse
Rue de la Régence
Rue de l’Université
(Angle)
4000 Liège
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Paul DelforgePlaque César FRANCK
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Que César Franck (Liège 1822 – Paris 1890) soit un virtuose exceptionnel et l’un des plus grands compositeurs de son temps, nul ne le conteste. Lors de ses obsèques, grandioses, en 1890 à Paris, les plus grands éloges sont adressés à celui qui s’est formé à Liège, a maîtrisé très vite le piano, avant d’être guidé vers Paris où il s’installe. Le musicien wallon y étudie au Conservatoire et remporte tous les prix. Il joue alors sur les plus prestigieuses scènes d’Europe, avant de rompre avec son impresario de père (1845). En plus d’exceller au piano, à l’orgue, au contrepoint et à la fugue, César Franck se révèle un brillant compositeur. Il faudra quelques années avant que cet autre talent ne soit perçu par ses contemporains. Pour être nommé professeur d’orgue au Conservatoire de Paris (1872), César Franck prend la nationalité française ; il ne le regrette pas : sa classe devient un foyer de création extrêmement actif. Quant à ses Béatitudes et à son Quintette, ce sont des œuvres qui l’imposent comme une figure maîtresse de la fin du siècle. Honoré de son vivant (Légion d’honneur en 1885, présidence de la Société nationale de musique en 1886), César Franck ne pouvait tomber dans l’oubli.
Déjà manifeste de son vivant, la compétition entre Paris et Liège se poursuit après sa mort. Dès 1894, un comité se constitue à Liège pour élever un monument à César Franck dans sa ville natale, mais c’est à Paris, en 1904, qu’une statue est inaugurée à sa mémoire, le 13 (ou 22) octobre, sur le square actuellement appelé Samuel Rousseau, devant la basilique Sainte-Clotilde où l’artiste jouait de l’orgue. Un comité parisien y travaillait depuis 1896. Établi dans la capitale française, Albert Mockel a alerté les Liégeois ; il a même défendu la candidature de Joseph Rulot, mais le projet du sculpteur wallon inspiré de l’oratorio des Béatitudes n’est pas choisi, le comité parisien lui préférant le projet d’Alfred Lenoir. En novembre 1904, l’ambitieux projet de Rulot est présenté à Liège. En l’absence de moyens financiers et en raison aussi de la personnalité de Rulot, ce projet en est encore au stade de l’ébauche quand éclate la Grande Guerre ; l’association des Amis de l’Art wallon, cercle constitué au lendemain des Salons artistiques de l’Exposition internationale de Charleroi, n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour qu’un mémorial César Franck soit inauguré en Wallonie. À défaut ou dans l’attente d’une statue ou d’une œuvre spectaculaire, l’association les Amis de l’Art wallon pose un premier geste en apposant une plaque commémorative sur la maison natale de César Franck, rue Saint-Pierre.
DANS CETTE MAISON EST NE
LE 10 – XII – 1822
CÉSAR AUGUSTE FRANCK
MORT A PARIS LE 9 – XI – 1890
LE PLUS GRAND MUSICIEN
DE LA FIN DU XIXe SIÈCLE
-----
HOMMAGE DE LA WALLONIE
A SON ILLUSTRE FILS
15 – III – 1914
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Sylvain DUPUIS, Charles DELCHEVALERIE, César Franck : la leçon d’une œuvre et d’une vie : commémoration du centenaire de la naissance de César Franck né à Liège le 10 décembre 1822 mort à Paris le 9 novembre 1890, Liège, 1922
Serge ALEXANDRE, Joseph Rulot et Jules Brouns. Deux Sculpteurs à Herstal, dans Art & Fact. Revue des Historiens d'Art, des Archéologues, des Musicologues et des Orientalistes de l'Université de l'Etat à Liège, (1993), vol. 12, p. 128-129
Alexia CREUSEN, sur
Norbert DUFOURCQ, dans Biographie nationale, Bruxelles, t. 33, col. 322-335
Maurice EMMANUEL, César Franck, Paris, 1930. Coll. Les musiciens célèbres
César Franck. Correspondance réunie, annotée et présentée par Joël-Marie Fauquet, Sprimont, Mardaga, Conseil de la Musique de la Communauté française, 1999, coll. « Musique-Musicologie »
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 189
La Vie wallonne, 15 septembre 1920, I, p. 8-11, 38
La Vie wallonne, 15 août 1921, XII, p. 573 et ssv
La Vie wallonne, 15 octobre 1921, XIV, p. 93
La Vie wallonne, 15 mars 1922, XIX, p. 333
La Vie wallonne, 15 décembre 1922, XXVIII, p. 155-163 et 163-178
La Vie wallonne, 15 janvier 1923, 3e année, XXIX, p. 227-230
La Vie wallonne, IV, n°260, 1952, p. 305
La Vie wallonne, 1972, n°340, p. 338-339

Adresse
Rue Saint-Pierre
4000 Liège
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Paul DelforgeMonument Phocas LEJEUNE et Guillaume FOUQUET
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Plusieurs surnoms ont été attribués au monument qui s’élève dans la cour des Noyers de l’Institut agronomique de Gembloux. Cet hommage aux deux premiers directeurs de l’établissement, à savoir Phocas Lejeune et Guillaume Fouquet, a été inauguré le 11 septembre 1910 ; le monument est l’œuvre de l’architecte Daniel Francken et la statue représentant le laboureur est du sculpteur Ernest Bastin. Réalisé pour le cinquantième anniversaire de la fondation de l’Institut agronomique, le monument est inauguré le second jour d’un week-end exceptionnel : le samedi 10 septembre, un congrès scientifique réunit des représentants d’instituts similaires venant d’Europe ; quant au dimanche, dédié au volet protocolaire et festif, il entend de nombreux discours autour de l’œuvre conjointe de Bastin et Francken, avant d’accueillir les anciens étudiants conviés à un banquet et à un concert.
À l’origine, l’ensemble veillait sur l’accès au porche ouvrant sur la cour d’honneur de l’ancienne abbaye, devenue Faculté universitaire. En 1922, le monument a été déplacé à son emplacement actuel, à proximité de la salle capitulaire et du quartier des moines. Si « Le laboureur à l’étude » ou « L’allégorie de l’agronomie » sont des surnoms courtois, les étudiants « festifs » l’ont rebaptisé le « blogueur à poil », l’humour potache faisant oublier que l’ensemble monumental fut réalisé à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fondation de l’Institut agronomique.
Issus de longs débats parlementaires et d’expériences malheureuses, la loi du 18 juillet 1860 et ses arrêtés d’application ont en effet donné un statut à l’enseignement agricole supérieur en tirant parti de mésaventures antérieures. Dès 1845, les autorités belges ont cherché à développer un enseignement agricole, mais les écoles moyennes créées à Attert, Chimay, Leuze, Lierre, Tirlemont, Torhout et Verviers rencontrent peu de succès. Vers 1855, la plupart de ces établissements ont fermé leurs portes, mais le besoin d’un enseignement agricole reste grand. Le projet mort-né de la Société d’exploitation agricole et industrielle « Le Docte » attire cependant à Gembloux le nouvel établissement d’enseignement supérieur que l’État décide de créer. Il accueille le personnel jusqu’alors actif à Torhout. Guillaume Fouquet en fait partie. Dès janvier 1861, l’ancienne abbaye, reconstruite dans le dernier quart du XVIIIe siècle et propriété du sénateur François Piéton, reçoit ses premiers étudiants.
Après une spécialisation à la prestigieuse école agricole française de Grignon, Fouquet a dirigé pendant quelques années l’école secondaire d’agriculture de Tirlemont (1850-1855/9), avant d’accompagner la réforme de cet enseignement et de participer au projet gembloutois. Alors que Phocas Lejeune est nommé directeur, Guillaume Fouquet en est le sous-directeur, en charge du contrôle des études pendant vingt ans, de 1861 à 1881. Quand Lejeune se retire en 1881, Fouquet lui succède à la tête de l’Institut supérieur de Gembloux. Concomitamment à cette promotion, l’État rachète l’ensemble du domaine de l’abbaye et de nouvelles ambitions (construction, extension) sont envisagées par Fouquet ; mais des ennuis de santé ont raison de ses intentions et il doit renoncer à sa charge dès 1882.

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Inauguré en 1910, le monument conçu par l’architecte Daniel Francken et le sculpteur Ernest Bastin, à la demande de l’Association des anciens étudiants rend hommage à Fouquet comme à Lejeune, considérés comme les premiers directeurs de l’établissement et, dans une mesure certaine, comme les principaux promoteurs de cet enseignement supérieur agricole. Le projet de monument a mis plusieurs années avant de se concrétiser. On retrouve déjà des demandes de subventions auprès de la province de Hainaut en 1905. Finalement, les soixante ans de la loi organisant l’enseignement agricole supérieur sont le prétexte à l’hommage aux créateurs.
L’œuvre de Bastin est une allégorie de l’agronomie : le laboureur à l’étude sur son araire symbolise la recherche permanente dans ce domaine. Les deux bas-reliefs du monument représentent les travaux agricoles : le défoncement du sol (quatre bœufs tirant une charrue dans un champ situé à l’arrière du palais abbatial) et l’élevage (une prairie où paissent cinq vaches et deux juments dont une allaite son poulain). Les noms des deux premiers directeurs figurent sur une plaque de marbre latérale.
Instituteur de formation, Ernest Bastin (1870-1926) se passionne pour la sculpture ; après avoir suivi une formation à l’Académie de Schaerbeek et à celle de Bruxelles, où il est notamment l’élève de Léon Mignon, il se consacrera pleinement à son art, créant des bustes, ainsi que des taureaux et des chevaux de labour à l’image de son professeur liégeois. Sollicité pour des commandes de monument extérieur comme le bronze de Gembloux, il réalise aussi des petits modèles en terre cuite ou en bronze représentant des animaux ou des personnes liées à l’activité industrielle ou agricole, ainsi qu’aux activités sportives. Professeur à l’École industrielle d’Anderlecht, le Bruxellois Daniel Francken, pour sa part, est aussi l’architecte officiel de la province de Brabant. S’il conçoit des plans pour diverses maisons à Bruxelles, principalement dans un style néo-Renaissance, il est surtout affecté sur les chantiers publics de sa province (bains publics, églises, etc.), ainsi que dans le Namurois (restauration ou construction).
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Pierre MARTENS, 125 ans d’existence de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Etat à Gembloux, dans Les cent dernières années de l’histoire de l’ingénieur en Belgique, Cahier n°1/86, Bruxelles, SRBII, 1986
Pierre MARTENS, La Faculté des Sciences agronomiques de Gembloux de 1860 à 1985, dans Bulletin du cercle Art et Histoire de Gembloux et environs, avril 1985, t. II, n°22, p. 353-367
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 62
Adresse
Institut agronomique de Gembloux
Cour des Noyers
5030 Gembloux
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Paul DelforgeBas-relief Henri-Joseph Forir
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
En confiant à Jules Brouns la mission de représenter, en bas-relief, la « Poésie tenant un livre » ainsi qu’une couronne de laurier, les amis du poète wallon Henri Forir entendaient lui rendre hommage là où il était né, en 1784. Telle est la mention gravée sous le travail artistique de Brouns :
ICI NAQUIT EN 1784
HENRI FORIR
POETE WALLON
La plaque apposée sur la façade du 12 de la place Coronmeuse à Herstal – anciennement en Coronmeuse – évoque en effet les origines « liégeoises » de ce fils de cordonnier pas très riche, qui sera l’un « des artisans majeurs de la renaissance dialectale wallonne du XIXe siècle » (selon Dehin cité par Droixhe). La vraie maison natale était une masure au toit de chaume, occupée par les Forir jusqu’en 1790.
A priori davantage occupé par les chiffres que par les lettres, Henri Forir (1784-1862) s’est mis sur le tard à la défense du wallon. Après avoir appris à compter dans l’atelier paternel, le jeune garçon a la chance d’entrer à l’École centrale du tout récent Département de l’Ourthe (1798). Mathématique, histoire et dessin le passionnent. Jeune diplômé (1799-1802), il est d’abord occupé d’abord au Cadastre (1805-1808) ; il est ensuite professeur de mathématiques dans divers collèges et athénées (Verviers et Eupen), avant d’être nommé « principal » au collège de Hasselt sous le régime « hollandais » (1813), puis d’être appelé au Collège (1817), puis à l’Athénée de Liège (1851) mis en place sous le régime belge ; le « géomètre » publie alors plusieurs manuels pour faciliter l’apprentissage des maths. Parmi ses élèves, Daniel Droixhe relève les noms d’Eugène Bidaut, de Joseph Demarteau et de Nicolas Defrecheux.
Séduit par la pratique orale du wallon, qu’il entend autour de lui au quotidien, Forir s’applique à l’écrire et même à en faire un Dictionnaire liégeois-français. Il en rassemble en tout cas nombre de matériaux et c’est à titre posthume que paraîtront deux fort volumes en 1866 et 1874. Avant cette entreprise philologique, Forir avait relancé une production littéraire quelque peu éteinte en remportant un vif succès avec Li k'tapé manèdje, satire truculente renouant avec les paskèye traditionnelles (1836). Avec les Blouwètes lîdjwèses (1845) – un recueil de chansons – et son Suplumint (1853), Henri Forir fait figure de pionnier au moment de la renaissance des lettres wallonnes au pays de Liège. En quête d’une littérature de qualité, notamment pour élever l’esprit du plus grand nombre, Forir est par ailleurs secrétaire de l’Institut des Sourds-Muets et Aveugles (à partir de 1822) et certains de ses écrits sont publiés au bénéfice de cet établissement.
Tout naturellement, Forir se retrouve parmi les fondateurs de la Société liégeoise de littérature wallonne (1856) qu’il accepte de présider avant de démissionner rapidement, en raison d’un désaccord sur un point essentiel : farouche partisan d’une orthographe phonétique, il exprime un point de vue minoritaire au sein de la nouvelle Société. Cela n’enlève rien à son rôle dans la relance des lettres wallonnes ; en 1926, en ravive le souvenir le bas-relief réalisé par Jules Brouns.
Sculpteur surtout actif en région liégeoise, Jules Brouns (Ivoz-Ramet 1885 - Herstal 1971) a été formé à l’Académie des Beaux-Arts de Liège où Joseph Rulot a été l’un de ses principaux professeurs. Récompensé par plusieurs prix, le jeune Brouns est d’abord tailleur de pierre dans l’entreprise paternelle, avant de devenir professeur de modelage et de dessin à l’École technique de Huy, ensuite à Seraing. Après la Grande Guerre, il reprend l’atelier de Rulot dont il est le légataire universel. Au-delà de l’entretien de la mémoire de son maître, Brouns réalise essentiellement des monuments aux victimes de la guerre, principalement en région liégeoise, dans des cimetières comme sur les places publiques. Il signe notamment, en 1952, la statue du mémorial Walthère Dewé. Son style est souvent reconnaissable par le recours à une allégorie féminine, debout regardant vers le ciel et de grande dimension. En l’occurrence, elle est présente sur le bas-relief dédié à Forir, même si son regard se tourne ici vers le bas, en particulier vers le nom du poète.
Sources
[Daniel DROIXHE], Quatre poètes wallons de Herstal, Littérature et monde du travail, Herstal, Musée communal, 1975
Serge ALEXANDRE, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996, p. 142
Serge ALEXANDRE, Joseph Rulot et Jules Brouns. Deux Sculpteurs à Herstal, dans Art & Fact. Revue des Historiens d'Art, des Archéologues, des Musicologues et des Orientalistes de l'Université de l'Etat à Liège, (1993), vol. 12, p. 124-148
La Vie wallonne, septembre 1926, LXXIII, p. 12-16
La Vie wallonne, novembre 1926, LXXV, p. 172-174
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 157
Albert MAQUET, dans La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 467 ; t. III, p. 239
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 403
Maurice PIRON, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, poètes et prosateurs, Liège (Mardaga), 1979, p. 103
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 67-69
Antoine-Gabriel BECDELIÈVRE, Biographie liégeoise…, t. II, p. 808
Charles DEFRECHEUX, Joseph DEFRECHEUX, Charles GOTHIER, Anthologie des poètes wallons (…), Liège, Gothier, 1895, p. 17-19

Adresse
Place Coronmeuse 12
4040 Herstal
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Paul DelforgeMonument FONCK
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Antoine Fonck est le premier soldat de l’Armée belge tombé lors de l’invasion allemande du 4 août 1914. Il avait été envoyé en éclaireur afin de se renseigner sur les mouvements de l’armée allemande. Quelques heures auparavant, la demande impériale d’un libre passage à travers la Belgique a été refusée. Quant à l’ultimatum allemand, il vient d’expirer. Arrivé à proximité de Henri-Chapelle, l’éclaireur n’est donc pas étonné outre mesure d’apercevoir un petit groupe de Uhlans. Il parvient à toucher l’un d’eux, tandis que les autres se dispersent. Remontant sur son cheval pour poursuivre son observation, Fonck est pris pour cible. Il s’écroule, mort, au lieu-dit La Croix Polinard. Il est la première victime de l’invasion allemande en Belgique. Jusque-là, ce Verviétois, né en 1893 et orphelin très jeune, avait travaillé dans un commerce avant de s’engager pour trois dans l’Armée belge. Cavalier au 2e Régiment des Lanciers, il venait de quitter l’armée (mai 1914), lorsqu’il est rappelé sous les drapeaux, le 28 juillet 1914. Enterré au cimetière de Thimister début août 1914, Antoine Fonck est honoré par un monument au sortir de la Grande Guerre. En honorant spécifiquement Antoine Fonck, ce monument est singulier ; il est en effet quasiment le seul dans l’espace public wallon à mettre en évidence un soldat particulier (à Charleroi, Trésignies bénéficie du même traitement) ; dans la plupart des cas, la sculpture représente « un » soldat, l’identification des victimes ne se marquant que par la présence des noms gravés sur le monument.

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
D’ailleurs, l’initiative du monument aujourd’hui communément appelé « monument cavalier Fonck » remonte à l’année 1915. Le Comité de Secours local avait adressé une demande au collège communal, visant à organiser une souscription publique pour élever un monument aux soldats de la commune tombés au champ d’honneur, ainsi qu’au lancier Fonck. Dès novembre 1915, c’est-à-dire toujours sous l’occupation allemande, les autorités communales de Thimister donnent leur accord, en précisant que les sommes seraient recueillies après la cessation des hostilités… Après l’Armistice, la réalisation du monument est confiée à Marcel Rau (1886 ou 1887-1966) et l’inauguration se déroule le 23 août 1923. Depuis ce moment, chaque année, à l’initiative des autorités locales, un hommage est rendu le 1er dimanche du mois d’août.
Situé au bord de la grand route, le monument montre un cavalier et sa monture, du moins les rep
résente à mi-corps pour le soldat qui scrute l’horizon, et jusqu’à hauteur du cou pour le cheval. Sculpté dans la pierre, dans une attitude dynamique, l’ensemble est placé sur un haut socle rectangulaire, en pierres. Sur la face avant, la dédicace mentionne :
ICI
EST TOMBÉ GLORIEUSEMENT
LE 4 AOÛT 1914
LE CAVALIER
FONCK A.A.
DU 2E RÉGIMENT DE LANCIERS
PREMIER SOLDAT DE L’ARMEE BELGE
MORT À L’ENNEMI
AU COURS DE LA GRANDE GUERRE
1914-1918
Sous cet ensemble, une base plus large surélève encore l’ensemble, tout en gommant la légère déclivité du sol. Sur la partie avant, en contre-bas, figure le même texte que ci-dessus rédigé en néerlandais.
Le monument a été réalisé par Marcel Rau, sculpteur et médailliste, formé auprès du sculpteur Paul Dubois à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, sa ville natale. Marcel Rau a également suivi les cours de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Prix de Rome de sculpture en 1909, il séjourne en Italie avant d’installer son atelier à Ixelles. Parallèlement à son activité de sculpteur, il joue un rôle important dans la réforme de l’enseignement des arts décoratifs et de l’architecture en
tant qu’inspecteur dans l’enseignement de l’État. Après la Grande Guerre, il obtient de nombreuses commandes publiques, diverses et variées comme la tête du mineur sur les anciennes pièces de 50 centimes de franc belge ; le mémorial Albert Ier sur l’île Monsin à Liège (1939) ; le masque du général Patton à Bastogne (1963) ; les exemples pourraient être multipliés pour ce sculpteur fort sollicité au lendemain de la Grande Guerre : il réalisé alors de nombreux bas-reliefs et monuments aux victimes de la guerre, à Bruxelles surtout, mais aussi en Wallonie, comme le cavalier Fonck, à Thimister.
Sources
Jean DE THIER et Olympe GILBART, Liège pendant la Grande Guerre, t. I. Liège héroïque, Liège, Bénard, 1919, p. 49
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 337
Laurence VAN YPERSELE, La patrie en guerre : de l’idolâtrie meurtrière au culte des morts (la Belgique, 1914-1924), dans Ralph DEKONINCK et Myriam WATTHEE-DELMOTTE (dir.), L’idole dans l’imaginaire occidental, Paris/Budapest/Turin, L’Harmattan, 2005, p. 249
Adresse
Route de Stockis
4890 Thimister
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Paul DelforgeBuste de Joseph Foidart
© Diffusion Institut Destrée - Sofam
À l’origine, le buste en bronze de Joseph Foidart (1852-1911) surmontait une spectaculaire fontaine publique, érigée à la mémoire du bourgmestre de Bressoux, à l’angle des rues (Louis) Foidart et du Champ de Manœuvre. Avec le temps, la fontaine s’est abîmée et a perdu son utilité publique ; le buste Foidart s’est, par conséquent, retrouvé orphelin et a été réaménagé au sommet d’une colonne, tout en demeurant sur la place communale.
Conseiller communal élu en 1876, successivement échevin de l’Instruction et des Finances à partir de 1880, bourgmestre faisant fonction de 1884 à 1886 et finalement bourgmestre de Bressoux à partir du 30 mars 1886, Joseph Foidart a consacré l’essentiel de son activité à sa commune, y développant d’importants travaux d’aménagement, tant pour en améliorer l’hygiène (eau, égouts) que le confort des habitants et la circulation (la voirie et notamment l’établissement du chemin de fer vicinal Liège-Barchon). Président suppléant du Conseil de milice, vice-président du Comité de l’Association libérale et progressiste de Bressoux au début du XXe siècle, cette personnalité libérale liégeoise – qui contribua à la réunification de sa famille politique – était aussi conseiller provincial, élu dans le canton de Grivegnée de 1898 à 1904 et de 1906 jusqu’à son décès le 18 février 1911.
Au lendemain des imposantes funérailles du deuxième bourgmestre de Bressoux depuis 1830, un Comité se constitue en dehors de toutes préoccupations politiques pour lui élever un monument ; une souscription publique est lancée dès le début du mois de mai 1911 et un comité d’honneur est placé sous la présidence de Loumaye, président du conseil provincial, et comprend notamment Eugène Raskin, bourgmestre qui a succédé à Foidart. En dépit de certaines réticences au sein du conseil communal, les autorités de Bressoux allouent également un subside pour ledit monument et prennent surtout en charge les travaux d’aménagement du monument/fontaine : expropriation, construction d’un trottoir circulaire en mosaïque de marbre, pose d’un grillage en fer forgé pour délimiter un jardinet, fourniture et pose des canalisations nécessaires. L’érection du monument se déroule en parallèle avec l’agrandissement de la place publique, qui crée au centre de l’entité un vaste espace. Grâce à ce parrainage actif, le Comité qui a rassemblé plus de 6.000 francs en souscription, peut mener à bien son projet, dont la réalisation artistique est confiée au sculpteur Émile David (Liège 1871 - ), sur le conseil et sous la supervision de l’Association des Élèves de l’Académie des Beaux-Arts de Liège.
Formé à l’Académie de sa ville natale avant de prendre la route de Paris pour s’y perfectionner, Émile David avait été l’un des deux « Liégeois » candidats au Prix de Rome de sculpture 1894, dont le lauréat fut un autre Wallon, Victor Rousseau, formé par des professeurs liégeois de l’Académie de Bruxelles. Sculpteur et statuaire wallon apprécié, Émile David réalise de nombreux portraits-bustes et médaillons, où l’élément féminin prend une place importante. Son expérience et ses qualités sont bien établies sur la place de Liège ; c’est à lui que furent notamment confiés les projets de monuments commémoratifs Zénobe Gramme de Jehay en 1907 (la fontaine de la place du Tambour et la plaque apposée sur la maison natale). Il signe d’autres monuments du même type, essentiellement dans la région liégeoise et sa renommée est grande avant que n’éclate la Première Guerre mondiale. Son nom est cité parmi les artistes susceptibles d’attirer les visiteurs aux Salons d’art de l’époque. On perd totalement sa trace durant la Grande Guerre.
Le buste en bronze Foidart que David signe en 1913 est fortement apprécié des autorités locales ; un hommage est rendu au sculpteur, ainsi qu’à son aidant, M. Thyse qui s’est lui occupé du monument, lors de la cérémonie officielle d’inauguration qui mobilisa toute la population locale, le dimanche 25 mai 1913, en présence aussi de diverses harmonies. Aujourd’hui disparue, le monument nous est connu par la description lyrique réalisée par un journaliste de l’époque : « tout en pierre de granit, le monument montre, au centre d’une large vasque de fontaine, un massif de roseaux duquel émergent, à mi-corps, trois femmes nues, aux formes élégamment ciselées. Cette poétique évocation symbolise les sources d’Evegnée qui alimentent en eau potable la commune de Bressoux. Les trois figures allégoriques lancent dans le bassin un jet d’eau qui scintille au soleil comme un fil d’argent aux mille reflets ».

Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, notamment La Meuse des 20 et 22 février, 3 mai, 18 juillet 1911, 31 mars et surtout du 26 mai 1913
Mémorial de la province de Liège. 1936-1986, Liège, 1986, p. 192
Eugène DE SEYN, Dictionnaire biographique des sciences, des lettres et des arts en Belgique, Bruxelles, 1935, t. I, p. 191
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 292
Yannick DELAIRESSE et Michel ELSDORF (dir.), Le livre des rues de Liège : Angleur, Bressoux, Chênée, Glain, Grivegnée, Jupille, Liège, Rocourt, Sclessin et Wandre, Liège, Noir Dessin, 2001, p. 184

Adresse
Place communale
Place de la Résistance
4020 Liège (Bressoux)
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Paul DelforgeMonument Maréchal FOCH
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Maréchal de France, Ferdinand Foch (1851-1929) a été le commandant en chef des troupes alliées sur le front de l’ouest durant la Première Guerre mondiale. Né à Tarbes, aux portes des Pyrénées, il fait ses études à Lyon, puis chez les Jésuites à Metz au moment où éclate la guerre de 1870. Chassé par les troupes allemandes, il achève ses études à Nancy, mais conserve un vif ressenti de la situation vécue alors. Engagé dans l’infanterie en 1870, il ne combat pas, mais reste dans l’armée en intégrant Polytechnique (1871), puis l’École supérieure militaire où il est nommé professeur (1895-1901). Chargé des cours d’histoire militaire, de stratégie et de tactique, il devient surtout l’un des théoriciens français de l’offensive, s’inspirant de Clausewitz et de Napoléon. En 1907, promu général de brigade, cet officier d’État-major prend le commandement de l’École de Guerre jusqu’en 1911, année où il est nommé général de division, avant d’être élevé au rang de général commandant de corps d’armée (1913).
Quittant une vie parisienne trépidante pour commander le 20e corps d’armée de Nancy lors de l’attaque allemande d’août 1914, Ferdinand Foch prend une part active dans la bataille de Lorraine, dans celle de la Marne et dans la course à la Mer. Les multiples batailles qu’il commande alors sont l’occasion de mettre en application ses théories sur l’attaque à outrance et la contre-attaque. En 1914, elles se révèlent payantes, malgré les milliers de morts enregistrés dans les rangs français. Nommé commandant en chef adjoint de la zone Nord, aux côtés du général Joffre (octobre 1914), Foch tombe en disgrâce après les échecs répétés enregistrés en 1915 et 1916 ; il est relevé de ses fonctions dans l’armée du Nord (décembre 1916). Quand Lyautey devient le nouveau ministre de la Guerre, Foch est rapidement rappelé et affecté dans l’armée de l’Est, avant de s’occuper du front italien pendant plusieurs mois. Fin mars 1918, Foch se voit confier le commandement en chef du front de l’Ouest et la coordination des armées alliées, avec le titre de généralissime. Cette fois, le succès est au rendez-vous : les offensives des armées allemandes sont bloquées au début de l’été et c’est en tant que maréchal de France qu’il mène l’offensive générale qui contraint l’Allemagne à demander un armistice. L’homme de la victoire de 1918 est élevé à la dignité de maréchal du Royaume-Uni et de Pologne et est élu à l’Académie française. En 1919, il devient le président du Conseil supérieur de la Guerre. Couvert de décorations jusqu’à son décès en 1929, le maréchal Foch a donné son nom à des dizaines de lieux en France comme à l’étranger ; nombreux sont aussi les monuments en son honneur, souvent de grande taille, comme c’est le cas à Spa.
Signataire de l’acte d’Armistice à Rethondes, le maréchal a suivi de près les négociations des traités de paix (1919-1921). Il eut dès lors plusieurs occasions de se rendre à Spa pour des réunions de Commissions et pour la Conférence de Spa qui s’y tint en 1920. Il eut de nombreux entretiens avec le plénipotentiaire allemand Erzberger. Quelques mois après le décès du « vainqueur de 14-18 », les autorités spadoises décident de lui consacrer un monument. Elles confient sa réalisation à Pierre de Soete (1886-1948), à la fois médailleur et sculpteur bruxellois.

Mis au travail dès l’âge de 8 ans, de Soete a fait « mille métiers » avant de se retrouver dans l’atelier de polissage de la Compagnie des Bronzes à Bruxelles (1900). « Promu » à l’atelier des monteurs, il voit passer entre ses mains des sculptures des Dillens, Meunier et autre Jef Lambeaux. Autodidacte habile et observateur, il veut devenir sculpteur, s’aidant d’une brève initiation au dessin à l’Académie de Molenbeek. En 1911, une fonderie de bronze d’Anderlecht lui confie la direction de l’un de ses départements, mais ni ses nouvelles fonctions ni la Grande Guerre ne le détournent de sa passion pour la sculpture. Sollicité au sortir de la Grande Guerre à la réalisation de monuments aux victimes du conflit mondial, il se consacre exclusivement à la sculpture à partir de 1924 ; deux ans plus tard, le monument aux héros de l’Air de 14-18 (porte Louise à Bruxelles) constitue sa première réalisation majeure. Désormais, il répond aux commandes officielles (bustes, médailles, portraits), tout en poursuivant une œuvre personnelle faite d’œuvres de petite taille d’inspiration très variée, parfois fort originale, dans un style très classique. Signataire de quelques monumentales réalisations publiques faisant penser à la statuaire officielle des régimes autoritaires des années 1930, il clamait n’appartenir à aucune école, à aucun cénacle, et n’avoir que sa conception personnelle comme guide. Auteur d’effigies pour l’industrie automobile (Minerva, Ford), il est aussi celui qui signe le monument demandé par le bourgmestr
e de la ville de Dinant, Sasserath, pour commémorer les martyrs civils de 1914, à la fois ceux de Dinant et tous ceux de la Belgique (estimés alors à 23.700). Présenté au début des années 1930, son premier projet est à la fois assez complexe et gigantesque. Il s’articule autour d’une main géante, levée vers le ciel, signifiant que, sur l’honneur, les Dinantais jurent qu’aucun franc-tireur n’a tiré sur les soldats allemands. La commission qui entoure le bourgmestre libéral fait quelques suggestions à l’artiste qui simplifie son œuvre. Inaugurée en août 1936 sur la place d’Armes, l’œuvre définitive, intitulée Furore Teutonico, se présente sous la forme de deux doigts levés (le majeur et l’index), le pouce étant replié vers l’annulaire et l’auriculaire. L’ensemble du monument reste considérable : 25 mètres de large, près de 10 mètres de haut. Après la Campagne des 18 Jours de mai 1940, des Panzers s’empresseront de détruire ce monument qui ne sera jamais reconstruit.
Moins polémique en apparence, le monument Foch que Pierre de Soete réalise à la même époque résistera quant à lui au temps. Contrairement au monument dinantais, son inauguration, en juillet 1932, n’est pas boycottée par les autorités officielles. Ce vendredi-là, à Spa, le prince Léopold et « la » Maréchal sont aux premières loges, parmi les autres personnalités, pour dévoiler la statue en pierre de France qui représente le vainqueur de 14-18. Elle résistera à la période agitée de 40-45 et continue de constituer, à l’une des entrées de Spa, le monument le plus spectaculaire de la ville thermale. En commandant cette statue, les autorités spadoises voulaient commémorer les nombreuses visites du maréchal Foch à Spa entre la fin de 1918 et 1920.
Herman FRENAY-CID, Le maréchal Foch « Bourgeois de Spa » en 1932 et l’abdication de Guillaume II en 1918, dans Histoire et Archéologie spadoises, mars 1983, n°33, p. 23-28
Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, t. 1, Bruxelles, CGER, 1990, p. 132
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 451
Rétrospective Pierre de Soete : Galerie Georges Giroux, Bruxelles, du 18 février au 4 mars 1950, Bruxelles, 1950
Adresse
Avenue Reine Astrid
Place du Maréchal Foch
4900 Spa