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Fontaine Fléchet

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Au cœur de Warsage, sur la place du Centenaire, s’élève une fontaine dite Fléchet qui présente la particularité d’honorer par des bustes distincts quatre générations de la famille Fléchet : Jean-François (reconnaissable à son foulard au cou à l’intérieur de sa gabardine) qui fut maire entre 1808 et 1812, Lambert-Thomas (et son foulard débordant de sa veste) qui fut maire entre 1812 et 1816, puis bourgmestre de 1816 à 1863, Jean-Guillaume (et son nœud papillon) qui fut maïeur entre 1863 et 1887, et enfin Ferdinand (et sa double barbiche en pointe), le commanditaire du monument, qui présida le collège échevinal de Warsage de 1887 jusqu’à la Grande Guerre. 

Inauguré en juin 1908, l’ensemble monumental fut confié à l’architecte Paul Tombeur, aidé par les sculpteurs Jenny Lorrain et Joseph Rulot. Tout en rendant hommage à une dynastie de maïeurs, le monument-fontaine est aussi l’occasion d’officialiser la fin d’importants travaux : lancés par Ferdinand Fléchet, ils étaient destinés à canaliser les eaux de la commune et à empêcher les inondations d’une part, à créer une importante place publique au centre du village, d’autre part.

De 1887 à 1915, année de son décès, Ferdinand Fléchet a été le bourgmestre de Warsage ; descendant d’une famille libérale d’agriculteurs, propriétaires fonciers et entrepreneurs, Ferdinand (1842-1915) avait reçu une formation d’ingénieur civil et s’était immiscé dans le monde des dynamiques entrepreneurs qui ont fait la prospérité économique de la Wallonie au XIXe siècle. Au lendemain du « printemps wallon » de 1886 au cours duquel gronde la révolte social, Ferdinand Fléchet fait partie des libéraux  qui, sous la conduite de Paul Janson, se séparent des « doctrinaires » et se muent en un courant progressistes favorable à l’extension très large du droit de vote. Dans le même temps, soit en 1887, il succède à son père (Jean-Guillaume) comme député. Sous le régime du suffrage censitaire d’abord, du suffrage universel tempéré par le vote plural, il est reconduit à la Chambre des Représentants jusqu’en mai 1900. Membre actif de l’aile radicale du parti libéral, il contribue à la réunification de son parti sous l’égide de Paul Hymans et il travaille à la reconquête de son siège parlementaire qu’il retrouve en 1904 : il le conserve jusqu’à la Grande Guerre. Après la constitution de l’Assemblée wallonne en octobre 1912 à l’initiative de Jules Destrée, il sollicite son adhésion à ce Parlement wallon informel et y représente l’arrondissement de Liège dès 1913 ; l’idée de la séparation administrative séduit ce député attentif à la question sociale et qui continue de militer en faveur du suffrage universel pur et simple. Membre de la Loge La Parfaite intelligence et l’Étoile réunies (1887), président d’honneur de l’Association libérale progressiste de l’arrondissement de Liège (1914), le bourgmestre de Warsage est parmi les premiers mandataires de Wallonie à assister, impuissant, à l’invasion de l’armée allemande en août 1914. En raison de ses tentatives pour calmer l’ardeur incendiaire de l’envahisseur et ses massacres à l’égard des populations civiles, il est arrêté et, miraculeusement, il échappe à l’exécution qui a été ordonnée contre lui. Réfugié aux Pays-Bas distants de quelques kilomètres à peine, il s’éteint à La Haye en novembre 1915 sans descendance, mettant ainsi un terme à la dynastie des Fléchet qui occupait la tête de Warsage depuis plus d’un siècle.
 

De son vivant, Ferdinand Fléchet a assisté à l’inauguration de la fontaine de la place du Centenaire, honorant les quatre générations de la dynastie familiale. Le dimanche 7 juin 1908, la fête bat son plein à Warsage : de très nombreuses personnalités liégeoises – surtout libérales et progressistes – ont répondu à l’invitation du comité organisateur et la population se masse pour entendre tant les discours que les interprétations musicales de plusieurs sociétés. Les artistes sont aussi présents. En 1908, Joseph Rulot (1853-1919), l’auteur de son buste, était un sculpteur particulièrement distingué et renommé, qui partageait avec Fléchet une réelle sensibilité wallonne. Sculpteur et statuaire, formé à l’Académie des Beaux-Arts de Liège (1871-1881), Rulot y remporte plusieurs prix et, en 1904, est nommé professeur de sculpture à l’Académie en remplacement de Prosper Drion. Auteur de plusieurs articles dans la revue Wallonia, membre du comité d’organisation du Congrès wallon de 1905, membre du bureau de la deuxième section consacrée aux arts et au sentiment wallon, Joseph Rulot présente un rapport très documenté sur le sentiment wallon en sculpture. Il était aussi membre du Comité exécutif de la Ligue wallonne de Liège (décembre 1907-1914, 1918-1919). Artiste scrupuleux et tourmenté, Rulot signe plusieurs bustes et reliefs funéraires et commémoratifs de qualité, mais son œuvre globale pâtit de son obstination à vouloir réaliser « un monument parfait » en l’honneur de Nicolas Defrecheux, que l’artiste oriente progressivement en un hommage à l’âme wallonne, projet qui ne verra jamais le jour. 
 

La contribution de Rulot à la fontaine de Warsage se limite au buste de Ferdinand Fléchet. Celui-ci est posé dans une des quatre niches imaginées par le maître d’œuvre principal du monument, à savoir Paul Tombeur. Architecte liégeois réputé, il a contribué à l’aménagement de la ville de Liège au tournant des XIXe et XXe siècles. Membre du Comité de rectification de l’Ourthe, rénovateur de l’intérieur de « La Populaire », il est l’un des architectes, avec Paul Jaspar notamment, de la reconstitution du « Vieux Liège » lors de l’Exposition universelle de Liège en 1905. Plusieurs villas de la « périphérie » liégeoise portent sa signature, notamment du côté d’Esneux.
 

À Warsage, Tombeur déploie tout son savoir-faire et offre un monument fontaine dont la partie supérieure n’est pas sans évoquer un perron liégeois. Cette colonne en marbre de l’Eiffel est surmontée d’une pomme de pin et repose sur un socle quadrilobé ; comme il s’agit à l’origine d’une fontaine, une tête de lion rugissant apparaît sur le socle soutenant chaque buste, pour approvisionner en eau un bassin inférieur individuel en pierre du pays de forme circulaire. Le soubassement de la fontaine est encore travaillé en forme de couronne et repose au centre d’un très grand bassin circulaire lui aussi qui encercle le monument, situé au cœur du village. Parmi les nombreux détails de cette fontaine élaborée, on distingue un F gravé dans un pseudo claveau central au-dessus de chaque buste, et le nom de chaque bourgmestre gravé dans la pierre, sous le buste, ainsi que les dates de son maïorat.

Sources

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, dont La Meuse, 9 juin 1908
Paul DELFORGE, Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1449
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. III, p. 359
Serge ALEXANDRE, Joseph Rulot et Jules Brouns. Deux Sculpteurs à Herstal, dans Art & Fact. Revue des Historiens d'Art, des Archéologues, des Musicologues et des Orientalistes de l'Université de l'Etat à Liège, (1993), vol. 12, p. 124-148
Fabienne MASSON-RUSINOWSKI, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 544-546
Joseph TORDOIR, Des libéraux de pierre et de bronze. 60 monuments érigés à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, Centre Jean Gol, 2014, p. 149-150

 

Fontaine Fléchet (Warsage)
Fontaine Fléchet, réalisée par l’architecte Paul Tombeur, le buste de Ferdinand Fléchet étant l’œuvre du sculpteur Rulot, 7 juin 1908 © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Adresse

Place du Centenaire
4608 Warsage

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Statue Fastré BARÉ de SURLET

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Quelques années après la décoration de la façade du Palais provincial de Liège par de multiples statues et bas-reliefs évoquant l’histoire de la principauté, est construit un nouveau bâtiment destiné à accueillir les services de la poste. Situé entre la rue de la Régence, la place Cockerill, le quai sur Meuse et la rue Matrognard, l’imposante construction est l’œuvre de l’architecte Edmond Jamar (1853-1929) qui s’inspire du style ogival du XVIe siècle qui avait présidé à la (re)construction du Palais des Princes-Évêques. Ce style se retrouve sur la façade des trois premières rues citées. Afin de décorer la partie supérieure du bâtiment qualifié de néo-gothique, l’architecte confie au statuaire Maurice de Mathelin (Tintigny 1854-Liège 1905) le soin de réaliser six grandes statues en bronze, représentant six bourgmestres de Liège des XVe, XVIe et XVIIe siècles, soit la période où le style du bâtiment prévalut. Les six statues sont nichées sur les façades et, à leur pied, un petit écu représente les armoiries du bourgmestre en question.


D’autres décorations apparaissent sur les façades du bâtiment construit sous l’impulsion du ministre Van den Peereboom : ainsi, neuf autres statues, plus petites, n’illustrent pas un personnage particulier, mais une fonction en rapport avec un métier exercé aux XVe et XVIe siècles ; elles ont été réalisées par l’atelier de Mathelin. À l’origine, elles étaient dorées (BROSE). Outre un grand blason au-dessus de la porte d’entrée principale, où apparaît la devise « l’Union fait la force », une série d’autres blasons, plus petits, dus au sculpteur Joseph Wéra, évoquent quelques bonnes villes, tandis qu’on retrouve encore le blason du gouverneur de la province de Liège en fonction au moment de la construction de l’hôtel des postes, ainsi qu’un cor postal, un lion de bronze tenant drapeau et trompette et un médaillon de près de 3 mètres de diamètre qui représente le bâtiment lui-même… Parmi les six grandes statues, celle qui est la plus proche du quai sur Meuse représente Fastré-Baré de Surlet. 


Trois Fastré Baré de Surlet ont été bourgmestres de Liège avant la fin du Moyen Âge ; l’un, dit de Lardier, a été élu à la charge annuelle pour 1381 et 1384, année au cours de laquelle le peuple obtient le droit de choisir tous les membres du Conseil de la Cité et où les 32 métiers obtiennent eux aussi le droit d’intervenir dans la désignation des élus. Un autre, petit-fils du précédent, a été bourgmestre en 1419, année où il assiste à l’entrée solennelle de Jean de Heinsberg, ainsi qu’en 1421, 1423, 1428, 1432, 1433 et 1438, année de son décès. Vient enfin le troisième Fastré Baré de Surlet, fils du précédent, nommé bourgmestre en 1446, 1452 et 1457, l’année de la désignation de Louis de Bourbon comme nouveau prince-évêque, puis encore en 1462, 1466 (comme remplaçant en cours d’année) et 1467. « Capitaine des Liégeois dans les révolutions de son temps, il était plein de courage et de zèle, et n’en donna que trop de preuves à la bataille de Brusthem, où il eut le malheur d’être tué d’un coup de lance le 8 octobre 1467, dans sa cinquième année de magistrature », rapporte le Recueil héraldique. C’est ce troisième Fastré Baré de Surlet qui est illustré sur la Grand Poste, comme en atteste son blason. Chevalier, seigneur de Chockier, il est représenté tenant une lance dans la main droite, et le regard légèrement incliné vers le bas, selon la volonté de Maurice de Mathelin.


Fils de Jean-Baptiste de Mathelin de Papigny, le jeune Luxembourgeois a été l’élève de Prosper Drion à l’Académie de Liège, avant de faire une carrière à la fois de peintre, de médailleur et de sculpteur. Décédé à l’âge de 50 ans, il laisse principalement des bustes et des portraits. Marié à Louise d’Andrimont, il est notamment l’auteur du buste du bourgmestre Jules d’Andrimont conservé au Musée de l’Art wallon (du moins avant son démantèlement). Plusieurs commandes publiques permettent à Mathelin de réaliser des sculptures le plus souvent allégoriques, tant à Bruxelles, qu’en Wallonie. Ainsi est-il l’auteur de l’une des sculptures en bronze de la façade de l’Université de Liège, place du XX août (L’Étude). Peu avant sa mort, il avait réalisé les grandes statues situées au-dessus du fronton central du Palais des Fêtes de l’Exposition universelle de Liège, en 1905. Les statues réalisées pour la Grand Poste furent inaugurées en même temps que le bâtiment de Jamar, le 16 décembre 1901.

Sources

Yvon LABARBE, Hôtel des Postes de Liège, Fexhe, 1999, en particulier p. 47-48
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°37, hiver 1970, p. 26
http://gw.geneanet.org/gounou?lang=fr&p=maurice&n=de+mathelin+de+papigny 
http://www.chokier.com/PDF/Devolution.pdf (s.v. mars 2015)
Louis ABRY, Jean-Guillaume LOYENS, Recueil héraldique des bourguemestres de la noble cité de Liège…, Liège, 1720, p. 96, 130, 138, 152-153, 168, 169, 176
Christine RENARDY (dir.), Liège et l’Exposition universelle de 1905, Bruxelles, La Renaissance du livre, 2005, coll. « Les Beaux livres du Patrimoine », p. 197
Noémie WINANDY, La Grand-Poste d’Edmond Jamar, dans Un Siècle de néogothique 1830-1930, numéro spécial de Les Nouvelles du Patrimoine, janvier-février-mars 2010, n°126, p. 30-31
Jean BROSE, Dictionnaire des rues de Liège, Liège, Vaillant-Carmanne, 1977, p. 152

 

Statue Fastré Baré de Surlet (Liège, Grand Poste)
Statue Fastré Baré de Surlet, réalisée par Maurice de Mathelin, 16 décembre 1901 © Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Adresse

Quai sur Meuse
4000 Liège

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Paul Delforge
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Plaque Henri EVENEPOEL

Dans le cadre de la 14e « Fête annuelle des Fraises », le Syndicat d’initiative de Wépion, présidé par Gustave Maison, décide, au début des années 1980, d’ajouter une dimension plus culturelle aux festivités et de rappeler désormais les séjours d’artistes et écrivains inspirés par ce bord de Meuse, en inaugurant régulièrement des plaques commémoratives. Le premier artiste choisi est Henri Evenepoel. Comme l’évoque explicitement la mention gravée dans une pierre du pays et apposée dans le mur en moellons de la propriété située au 10 du Trieu Colin,

LE PEINTRE
HENRI EVENEPOEL 1872-1899
VECUT DANS CETTE MAISON AU
COURS DES ÉTÉS 1897 ET 1898
ET FUT INSPIRE PAR LE CALME 
CHAMPETRE DU TRIEU COLIN
DON DU S.I.T. WEPION

À la fin du XIXe siècle, la propriété appartenait à une tante de l’artiste, Sophie Devis épouse du sculpteur Ch-Aug. Fraikin. Evenepoel bénéficia de l’hospitalité familiale durant deux étés qui ne furent pas nécessairement les plus heureux de sa vie. La découverte en 1981 d’une lettre inédite d’Evenepoel (lettre datée du 13 juillet 1897) a permis de situer précisément la maison en question, le peintre en ayant dressé à la fois un descriptif précis et deux croquis. En 1899, il séjournera encore à Dave, dans une maison louée au docteur Lavisé. De ces séjours, il reste des paysages peints au Trieu-Colin, à Wépion, dans la vallée de la Meuse à Dave, ainsi que quelques scènes paysannes ou des portraits d’enfants.

Né à Nice en 1872, de parents bruxellois, orphelin de sa mère à l’âge de deux ans, le jeune Henri Evenepoel bénéficie de l’aisance bourgeoise de son père, haut-fonctionnaire de l’État, et d’une grande curiosité familiale pour la musique et les arts graphiques. Le jeune homme suit des cours de dessins auprès d’académies et de maîtres bruxellois – Ernest Blanc-Garin, Adolphe Crespin – d’abord (1882-1892), parisiens (P-Y. Galland et G. Moreau) ensuite (1892-1894). À ses vingt ans, Evenepoel vit en effet dans la capitale française, où il est sensé se former au métier de décorateur. Il loge chez une cousine qui sera son modèle  principal. Et il trouve auprès de Gustave Moreau surtout, mais aussi de Matisse notamment, des encouragements sincères. En 1894, son tableau Louise en deuil est reçu au Salon des Artistes français, premier signe de reconnaissance officielle de son talent. Il multiplie alors les portraits et, fasciné par les types populaires, il croque volontiers les scènes de la vie parisienne, l’animation des rues, les ouvriers rentrant du travail, cherchant aussi à saisir tous les mystères de la lumière. Mais son état de santé est alarmant ; il passe les deux étés 1897 et 1898 à Namur, mais durant l’hiver en 1897, il séjourne en Algérie cherchant à s’y soigner. De retour à Paris, ses compositions rencontrent un franc succès. Son tableau L’Espagnol à Paris est fortement apprécié (1899). Evenepoel s’est progressivement construit un style original que vient stopper brutalement la fièvre typhoïde qui l’emporte fin décembre 1899. Il s’apprêtait à épouser sa cousine Louise et à reconnaître le petit Charles, leur fils adultérin. Outre des portraits d’enfants de sa famille, le peintre Evenepoel est reconnu pour ses scènes parisiennes, représentant les gens endimanchés en général, ainsi que des femmes et leurs chapeaux en particulier, comme cette Dame au chapeau vert (1897) que conservait le Musée de l’Art wallon, institution aujourd’hui supprimée.

 

Sources

La Vie wallonne, 1981, n°373-374, p. 86-87
La Vie wallonne, IV, 1982, n°380, p. 273
Jacques STIENNON, Jean-Patrick DUCHESNE, Yves RANDAXHE (dir.), De Roger de le Pasture à Paul Delvaux. Cinq siècles de peinture en Wallonie, Éditions Lefebvre & Gillet, Les Éditeurs d’Art Associés, Art & Fact, 1988, p. 213
Astrid MATTARD, Henri Evenepoel, sur http://balat.kikirpa.be/peintres/Detail_notice.php?id=2232 (s.v. avril 2015)
Francis HYSLOP, Henri Evenepoel à Paris : lettres choisies 1892-1899, Bruxelles, Renaissance du Livre, 1971
Henri Evenepoel : 1872-1899. Exposition, Musées des Beaux-Arts de Belgique 17 mars – 12 juin 1994, Bruxelles, Crédit communal, 1994

 

Plaque Henri Evenepoel (Wépion)
Plaque commémorative en l’honneur d’Henri Evenepoel, réalisée à l’initiative du Syndicat initiative de Wépion, 28 juin 1981. © Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

 
 

Adresse

Trieu Colin 10
5100 Wépion

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Statue Érard de la Marck

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Au milieu du XIXe siècle, afin de doter l’institution provinciale de Liège d’un bâtiment digne de ce niveau de pouvoir, d’importants travaux sont entrepris autour de l’ancien palais des princes-évêques. Propriétaire des lieux (1844), l’État belge retient le projet du jeune architecte Jean-Charles Delsaux (1850) et lui confie la mission de réaliser une toute nouvelle aile, en style néo-gothique, sur le côté occidental du Palais. Face à la place Notger, Delsaux (1821-1893) achève l’essentiel du chantier en 1853, mais des raisons financières l’empêchent de réaliser la décoration historiée qu’il a prévue pour la façade du nouveau palais provincial. Vingt-cinq ans plus tard, le gouverneur Jean-Charles de Luesemans prend l’avis d’une commission pour déterminer les sujets et les personnes les plus dignes d’illustrer le passé de « la Nation liégeoise ». Placés sous la responsabilité de l’architecte Lambert Noppius (1827-1889), une douzaine de sculpteurs vont travailler d’arrache-pied, de 1877 à 1884, pour réaliser 42 statues et 79 bas-reliefs. Elles racontent l’histoire de la principauté de Liège, privilégiant les acteurs du Moyen Âge.
Dès la mi-octobre 1880, 27 des 42 statues sont achevées, validées par la Commission et mises à leur emplacement respectif. Celle d’Érard de la Marck est parmi celles-ci.


À titre personnel, Léopold Noppius, le frère de l’architecte liégeois, signe onze décorations particulières, dont 9 statues de personnalités majeures de l’histoire de la principauté de Liège, parmi lesquelles l’ambitieux prince-évêque de Liège et cardinal de Valence, Erard de la Marck (1472-1538), celui qui fit entrer la principauté dans la Renaissance. Placée entre Albert de Cuyck et Saint-Hubert, sa statue est située en plein centre du péristyle, témoignant de l’importance du personnage dans la manière de retracer l’histoire liégeoise au milieu du XIXe siècle. Élu Prince-Évêque de Liège le 30 décembre 1505 et sacré en mai 1506, celui qui est né à Sedan quatre ans après la destruction de Liège par les troupes bourguignonnes ne cache pas vouloir jouer un rôle en vue dans la politique européenne de son temps Fait évêque de Chartres par le roi de France en 1507, il négocie le statut de la principauté de Liège et, en dépit d’une neutralité affirmée, fait alliance avec Charles Quint qui l’ordonne évêque (1520) puis cardinal de Valence (1521), en échange de sa protection. Reconstructeur de la cité, mécène de Lambert Lombard, correspondant d’Erasme, il rétablit l’ordre dans les finances et n’hésite pas à mâter violemment l’insurrection des Rivageois (1531). Sa présence sur la façade du jeune Palais provincial ne pouvait se discuter : n’était-il pas celui qui avait fait reconstruire le palais des princes-évêques dans le style qu’on lui connaît aujourd’hui, après l’incendie de 1505 ? Avec son porte-chef caractéristique, la statue d’Érard de la Marck est l’une des rares montrant le personnage en train de lire le long manuscrit qu’il tient entre les mains. Peut-être s’agit-il du traité garantissant la neutralité liégeoise.

Avant ce chantier de décoration, Léopold Noppius dont l’atelier accueillait le tout jeune Léon Mignon avait déjà signé quelques bas-reliefs, médaillons et bustes en région de Liège, comme sur le fronton du portique d’accès à l’Institut de Zoologie de l’Université de Liège. Réalisant des statues s’inspirant de sujets religieux (Vierge, Saint-Sébastien, etc.) qui ornent les églises, il rédige et publie, en 1880, un Projet de cortège historique pour Liège. Après le succès rencontré par celui organisé à Bruxelles à l’occasion des cinquante ans de la Belgique, il présente aux autorités liégeoises, et aussi à tous les partenaires du pays wallon, un projet de cortège historique qui pourrait se dérouler à Liège afin d’honorer et de glorifier tous ceux qui ont contribué à l’histoire de la principauté de Liège, voire du pays wallon. Nombre des personnalités évoquées dans son opuscule se retrouvent sur la façade du palais provincial.

 

Sources

Léopold NOPPIUS, Cortège historique, Liège son passé son présent, Liège, éd. Blanvalet et Cie, 1880
Jean LEJEUNE (dir.), Liège et son palais : douze siècles d’histoire, Anvers, Fonds Mercator, 1979
Julie GODINAS, Le palais de Liège, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 94
http://perso.infonie.be/liege06/07sept.htm 
http://www.chokier.com/FILES/PALAIS/PalaisDeLiege-Masy.html (s.v. août 2013)
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 231
Jean-Luc GRAULICH, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996 
Henri LONCHAY, Biographie nationale, t. 13, col. 497-511
La Meuse, 2 octobre 1880

 

Statue Erard de la Marck (Liège)
Statue d’Erard de la Marck, réalisée par Léopold Noppius, c. 15 octobre 1880. © Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

 

Adresse

Façade latérale du Palais provincial
Place Saint-Lambert 18A
4000 Liège

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Statue Éracle

© Paul Delforge – Institut Destrée - Sofam

Au milieu du XIXe siècle, afin de doter l’institution provinciale de Liège de bâtiments dignes de ce niveau de pouvoir, d’importants travaux sont entrepris autour de l’ancien palais des princes-évêques. Propriétaire des lieux (1844), l’État belge retient le projet du jeune architecte Jean-Charles Delsaux (1850) et lui confie la mission de réaliser la toute nouvelle aile, en style néo-gothique, sur le côté occidental du Palais. Face à la place Notger, Delsaux (1821-1893) achève l’essentiel du chantier en 1853, mais des raisons financières l’empêchent de réaliser la décoration historiée qu’il a prévue pour la façade du nouveau palais provincial. Vingt-cinq ans plus tard, le gouverneur Jean-Charles de Luesemans prend l’avis d’une commission pour déterminer les sujets et les personnes les plus dignes d’illustrer le passé de « la Nation liégeoise ». Placés sous la responsabilité de l’architecte Lambert Noppius (1827-1889), une douzaine de sculpteurs vont travailler d’arrache-pied, de 1877 à 1884, pour réaliser 42 statues et 79 bas-reliefs. Dès la mi-octobre 1880, 27 des 42 statues sont achevées, validées par la Commission et mises à leur emplacement respectif. Celle d’Eracle est parmi celles-ci.


Membre de cette équipe, Michel Decoux (1837-1924) va réaliser trois des 42 statues, dont celle de Notger et celle d’Éracle. Considéré comme un sculpteur animalier, Decoux est surtout connu pour la réalisation de groupes de scènes de chasse, et s’est spécialisé dans les animaux sauvages (éléphants, panthères, etc.). Influencé par le cubisme et s’inscrivant dans le courant art déco, aimant travailler le bronze, Michel Decoux avait signé toute autre chose sur le chantier de Liège : c’est dans la pierre que, de manière fort classique, il avait tenté de rendre la personnalité d’Éracle (c. 925-971), le prédécesseur de Notger à la tête du diocèse de Liège.


Ancien prévôt de l’église de Bonn, membre de l’archevêché de Cologne, disciple de Rathier, Éracle est nommé évêque de Liège en 959 ; il y remplace Baldéric Ier, en même temps qu’il se voit confier la direction de l’abbaye de Lobbes (959-960). Au service de l’empereur, il tente de renforcer à la fois le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel dans un diocèse réputé difficile. Évêque constructeur, il fera partager à Liège son goût pour les études, y favorisant le développement d’une véritable École liégeoise, la cité mosane devenant une sorte d’« l’Athènes du Nord », sous Notger, son successeur.
En représentant les bras d’Éracle se croisant à mi-corps, la main gauche tenant un livre fermé, Michel Decoux donne une allure sage et solennelle à l’évêque identifié par sa mitre et le drapé de son vêtement. Située sur la partie supérieure de la colonne de droite, sur la façade du marteau de gauche, du côté de la cour, la statue d’Éracle occupe une position originale, dans un angle intérieur, qui l’oblige à être seule dans son coin supérieur. L’inclinaison de la tête tend à montrer que l’évêque continue à veiller sur Liège.

 

Sources 

Julie GODINAS, Le palais de Liège, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 82
Hubert SILVESTRE, dans Biographie nationale, t. XLIV, col. 446-459
http://www.chokier.com/FILES/PALAIS/PalaisDeLiege-Masy.html
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 332
La Meuse, 2 octobre 1880


 

Statue d’Éracle
Statue d’Éracle, réalisée par Michel Decoux,  c. 15 octobre 1880 © Paul Delforge – Institut Destrée - Sofam

Adresse

Façade du Palais provincial
Place Saint-Lambert 18A
4000 Liège

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Église Saint-Lambert de Manderfeld

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Une trace significative de l’ancien Électorat de Trèves se situe sur le territoire de l’actuelle localité de Manderfeld. C’est dans la villa de Manderfeld que l’empereur Lothaire Ier fit rédiger en 845 un diplôme en faveur de l’abbaye de Prüm. Le destin et l’importance du lieu ne cessèrent d’augmenter au Moyen Âge : dans le courant du XIVe siècle, les seigneurs de Daun, dans l’Eifel, s’attribuèrent les droits de justice sur un quart du territoire de Manderfeld avant que le domaine ne soit vendu en 1404 à l’abbaye de Prüm puis racheté en 1469 par les comtes de Manderscheidt, autre famille dynastique de l’Eifel. La justice de Manderfeld dépendait alors de l’office de Schönberg, dans l’Électorat de Trèves ; cette appartenance fut concrétisée à partir du XVIIe siècle par l’installation d’un poste de douanes face aux territoires luxembourgeois de la terre de Saint-Vith. Un château se trouvait sur le territoire mais fut détruit par les troupes de Louis XIV à la fin du XVIIe siècle ; il n’en subsiste rien de nos jours.

L’église paroissiale Saint-Lambert est un édifice gothique possédant encore une tour romane, sans doute des XIe et XIIe siècles. Le sanctuaire fut restauré après 1520 à la demande de Richard von Geiffenclau, prince-électeur de Trèves de 1511 à 1531. Ancien chanoine de la cathédrale de Trèves avant d’être élu prince-électeur, il prit part en 1519 à l’élection de Charles Quint ainsi qu’à la célèbre Diète de Worms de 1521, où il tenta en vain de convaincre Martin Luther de se rétracter. L’église de Manderfeld porte encore aujourd’hui la marque des importants travaux entrepris par Richard von Greiffenclau : ses armoiries figurent au coin nord-est de la tour.

Non loin de là, la localité de Schönberg, dans l’actuelle commune de Saint-Vith, faisait elle aussi partie de l’Électorat de Trèves. Un important château qui surplombait la vallée de l’Our, possession depuis 1209 du lignage des von Schonenberg, vassaux de l’abbé de Prüm, était à l’origine une possession du duché de Luxembourg. En 1374, les droits féodaux sont attribués par l’empereur Charles IV à l’abbé de Prüm. En 1376, ce dernier obtient le château et ses dépendances. La situation complexe fut fortement simplifiée lorsque les possessions de l’abbaye de Prüm furent transférées à l’archevêque de Trèves en 1576. Comme ce fut le cas pour le château de Manderfeld, la forteresse de Schönberg fut incendiée en 1689 par les troupes françaises. Actuellement, peu subsiste de ce burg, situé sur l’éminence de la localité. Mis en vente publique pour démolition en 1803, il ne présente plus de nos jours qu’un pan de muraille en moellons de grès du côté ouest et un fragment de mur en grès rouge vers l’est.

Adresse

4760 Bullange

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Frédéric MARCHESANI, 2013
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Buste Ernest DURAY

© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Buste Ernest Duray, réalisé par Hector Brognon, septembre 1953

Malgré l’importance de la colombophilie en Wallonie, il est rare qu’un monument rende explicitement hommage à une personnalité ayant consacré une partie de son temps à cette activité. C’est cependant le cas à Écaussinnes, où le buste élevé en l’honneur d’Ernest Duray, dans l’angle des rues Noires Terres et Camille Duray évoque aussi d’autres aspects de cette personnalité marquante. Conseiller communal de Soignies de 1911 à 1952 avec une interruption entre 1921 et 1926, Ernest Duray a aussi siégé à la Chambre, comme représentant libéral de Soignies (1939-1945), avant de devenir sénateur provincial du Hainaut pendant quelques mois (1949-1950). Issu d’une famille d’industriels, Ernest a été l’un des patrons des « Usines Émile Duray ». Si le buste honore principalement Ernest, l’ensemble du monument est un hommage à la famille Duray, en particulier à Émile, son fondateur, ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué à sa réussite industrielle. Réalisé par Hector Brognon (1888-1977), le monument Duray présente cette autre particularité d’être à la fois individuel (face avant) et collectif (face arrière du socle). 

Sur la face avant, apparaît la mention suivante :

ERNEST DURAY
INDUSTRIEL
CONSEILLER COMMUNAL
DÉPUTÉ
SÉNATEUR
COLOMBOPHILE

tandis qu’au dos, la dédicace est davantage circonstanciée :

1950
75E ANNIVERSAIRE 
DES USINES 
ÉMILE DURAY

HOMMAGE 
À LEUR FONDATEUR,
À SES FILS 
CAMILLE
OSCAR
ARTHUR
ERNEST

ET AUX EMPLOYÉS ET 
OUVRIERS QUI SE SONT 
DÉVOUÉS POUR ELLES

Fils cadet d’Émile Duray (1841-1908) et, comme son paternel et tous ses frères, Ernest (1877-1955) est natif de Houdeng-Goegnies. Il a suivi les seuls cours de l’École moyenne lorsqu’il commence à travailler, vers 1891, dans l’atelier familial de chaudronnerie et de constructions mécaniques. Depuis 1875, cet atelier est situé à Écaussinnes-d’Enghien. Dans les années 1890, Ernest y prend la direction du bureau de dessin et du pointage des ouvriers. Poursuivant les cours dominicaux de l’École industrielle de La Louvière, Ernest se voit confier, en 1898, la direction de la brasserie que son père vient de fonder. Le nouveau breuvage connaît un certain succès dans la région. Au décès du patriarche, les frères Camille, Arthur et Ernest créent une société en commandite, « Les Ateliers Duray » (1908) ; spécialisée dans la métallurgie, elle est dirigée par Camille, tandis qu’Ernest, n°2 de la société, reste responsable de son département spécifique qui s’appelle désormais « Brasserie Duray fils ». Quand éclate la Grande Guerre, tous les outils de production des Duray sont démantelés. Après l’Armistice, la remise en marche des affaires est laborieuse ; face à la concurrence, la brasserie Duray doit fermer (1937). Mais l’activité métallique connaît, quant à elle, le succès, principalement en raison de commandes coloniales. En 1934, « Les Ateliers Duray » deviennent la Société anonyme « Usines Émile Duray », en conservant un très fort ancrage familial. Après l’indépendance du Congo, l’entreprise périclite et disparaîtra en 1981.

S’il apparaît comme un industriel, Ernest Duray se consacre cependant de plus en plus à la politique. Quand, en octobre 1911, il se présente parmi les candidats du cartel libéral-socialiste formé pour renverser la majorité catholique, et qu’il est élu conseiller communal, il est engagé dans les milieux libéraux depuis une dizaine d’années. Il a contribué au développement de groupements politiques (Jeune Garde libérale, Société de Secours, etc.) et se montre un ardent défenseur de l’école publique (trésorier de la Ligue de l’Enseignement à partir de 1912). Renforçant ses activités politiques dans les années 1930, il est premier suppléant à la Chambre en 1932 et le siège de député de Soignies lui échappe en 1936 pour quelques voix à peine. Élu le 2 avril 1939, il n’aura guère l’occasion de siéger. Après l’invasion de mai 1940, il se réfugie en France, dans le Puy de Dôme avant de rentrer à Écaussinnes dès la fin 1940. Responsable de l’Association libérale démocratique de Soignies, il ne parvient pas à retrouver un siège à la Chambre et achève sa carrière parlementaire au Sénat.

Parallèlement à ses activités industrielles et politiques, Ernest Duray cultiva un loisir pour lequel il se passionna dès ses 12 ans : la colombophilie. Avec le temps, il s’imposa comme un spécialiste dans ce sport, participant à de multiples concours. Champion et éleveur, responsable de sociétés, il publie en 1943 ses Souvenirs de cinquante années de pratique du sport colombophile.

Le buste d’Ernest Duray a été réalisé par le sculpteur et architecte Hector Brognon (Bois d’Haine 1888 – Bois d’Haine 1977). Professeur à l’École industrielle et commerciale d’Écaussinnes, il jouit d’une solide réputation dans le Hainaut, en raison notamment de ses nombreuses réalisations comme ses bustes et statues, ainsi que pour les monuments aux morts et aux héros des deux guerres sur les places publiques (comme celui d’Écaussinnes-d’Enghien, sur la Grand-Place) ou dans les cimetières (les « Martyrs de Tamines » en 1926, ou le bas-relief Ernest Martel en 1939). La pierre bleue d’Écaussinnes n’a plus de secret pour celui qui a été surnommé récemment « le Rodin de Bois d’Haine » et qui a aussi signé le monument dit de Marguerite Bervoets à La Louvière et a participé à la décoration des frontons et panneaux de l’hôtel de ville de Charleroi (côté rue de Turenne et rue Dauphin). Le buste d’Ernest Duray est signé par Brognon et clairement daté de 1953. L’idée d’un tel buste est née en 1950, lors du 75e anniversaire de la création de la société. Le souvenir de cet anniversaire est inscrit sur le socle en granit de Bretagne. Ce socle et les inscriptions gravées en lettres colorées – aujourd’hui difficilement lisibles – sont dus à l’entreprise Caudier-Rembaux d’Écaussinnes.

L’inauguration de l’ensemble s’est déroulée en septembre 1953, en présence d’Ernest Duray. 

Sources 

Informations aimablement communiquées par la bibliothèque d’Écaussinnes et le Cercle d’Information et d’Histoire locale (l’abbé Jous et son frère)
Philippe VERHEYEN, Ernest Duray, une vie consacrée à l’industrie et à la politique belge, dans Le Val Vert. Bulletin trimestriel édité par le Cercle d’Information et d’Histoire Locale des Ecaussinnes et Henripont, Ecaussinnes-Lalaing, 1989, n°65-68, en particulier n°67, p. 66
Claude BRISMÉ, Histoire des Écaussinnes, recueil n°15 du Cercle d’information et d’histoire locale, 2010
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 155
Guy SYMOENS, Hector Brognon (1888-1977) le Rodin de Bois d’Haine, dans Les Cahiers du Grand Manage, 2009, n°56
Jean-Jacques HEIRWEGH, Patrons pour l’éternité, dans Serge JAUMAIN et Kenneth BERTRAMS (dir.), Patrons, gens d’affaires et banquiers. Hommages à Ginette Kurgan-van Hentenryk, Bruxelles, Le Livre Timperman, 2004, p. 435, 439-440

Buste Ernest Duray
Buste Ernest Duray
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Adresse

Angle des rues Camille Duray et Noires Terres
7190 Écaussinnes

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Paul Delforge
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Monument André-Hubert DUMONT

© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Monument  André-Hubert Dumont, réalisé par Eugène Simonis, 15 juillet 1866.

Pendant près d’un quart de siècle, entre 1842 et 1866, l’une des toutes premières statues présentes dans l’espace public de Wallonie et dédiées à un personnage historique était celle d’André-Modeste Grétry, figé dans le bronze par Guillaume Geefs, et placée sur la place de Liège située entre la salle académique de l’Université de Liège et la façade de la Société libre d’Émulation. Lorsque le monument « Grétry » est déplacé devant l’opéra (1866), la statue d’André-Hubert Dumont vient le remplacer sur cette place baptisée plus tard « place du XX août », suite aux événements tragiques des premières journées de la Grande Guerre.

L’inauguration du monument Dumont a lieu le 15 juillet 1866, en présence de Léopold II qui effectue à Liège l’une de ses toutes premières sorties depuis son intronisation comme deuxième roi des Belges (17 décembre 1865). Cette présence souligne toute l’importance accordée à l’époque à la « statuomanie » officielle qui vise à peupler l’espace public de monuments en l’honneur des « grandes gloires nationales belges ». Les peintures d’histoire ne suffisent pas. Il faut toucher le plus grand nombre et lui inspirer un sentiment national. Dès les années 1840, les gouvernements belges ne manquent pas d’inciter les pouvoirs locaux et provinciaux à faire preuve d’initiative. En honorant Grétry (1842) puis A-H. Dumont, « ses enfants », Liège participe à ce mouvement qui se poursuivra avec le monument « Charlemagne » (1868), les statues de la façade du Palais provincial (1884) puis de la Grand Poste (1901), ainsi qu’avec les monuments Zénobe Gramme et Charles Rogier en 1905.

Déjà auteur d’un buste d’André-Hubert Dumont destiné au Palais des Académies à Bruxelles en 1856, le sculpteur Louis-Eugène Simonis est presque naturellement choisi pour réaliser la statue « liégeoise ». Formé à l’Académie de Liège, sa ville natale, Eugène Simonis (1810-1882) a bénéficié d’une bourse de la Fondation Darchis qui l’a mené en Italie (1828-1832) ; à son retour, il refuse la place de professeur à l’Académie de Liège qui lui est proposée afin de consacrer tout son temps à la fois au développement de ses propres œuvres et aux commandes qui lui parviennent. La statue équestre de Godefroid de Bouillon inaugurée à Bruxelles (1848) est sans doute la plus connue, mais elle occulte souvent les multiples œuvres d’imagination qu’il expose dans les Salons et celles qu’il réalise à Bruxelles. Ayant installé son atelier à Koekelberg, le sculpteur wallon anime l’école de sculpture bruxelloise. Sur le tard (1859-1881), il a accepté de donner des cours – composition historique et d'expression –, et il accède à la direction de  l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles de 1863 à 1877. Travaillant le plâtre, le marbre, le bronze ou la pierre de France, Simonis ne se contente pas d’exécuter des œuvres monumentales ; ses bustes sont nombreux, représentant des proches ou des personnalités célèbres, voire les deux, comme le buste d’Henri-Joseph Orban, son beau-père, par ailleurs père de Walthère Frère-Orban.

Tandis que Jéhotte – l’autre sculpteur liégeois qui fait carrière à Bruxelles – se démène pour installer son Charlemagne à Liège, Simonis est donc convié à laisser sa signature sur un autre monument marquant de « la capitale de la Wallonie » de l’époque. S’inspirant du buste de l’Académie, il réalise en bronze la statue d’un André-Hubert Dumont qui se tient debout, la jambe droite légèrement en avant, et la tête légèrement inclinée vers le bas. Vêtu de sa toge académique, le géologue tient un plan roulé dans sa main gauche, tandis que son index droit pointe un endroit précis sur le sol. Placé sur un haut piédestal en grès rouge (près de 3 mètres), où repose aussi une lampe de mineur, l’ensemble est imposant. L’attitude donnée à A-H. Dumont par le sculpteur vise sans aucun doute à insister sur les travaux originaux de ce scientifique.

Autodidacte repéré par d’Omalius d’Halloy, professeur extraordinaire de la toute jeune Université de Liège (1835), Dumont avait entrepris seul la réalisation d’une carte géologique des quatre provinces wallonnes. Le modèle mathématique qu’il met au point lui permet de décrire la formation des couches géologiques et, avec une précision redoutable, les diverses stratifications du sous-sol. Ses travaux permettent notamment d’identifier la présence de gisements charbonniers. Grâce à lui, l’exploitation houillère connaît un essor spectaculaire en pays wallon ; par ailleurs, l’intérêt pour la géologie fait naître une véritable école auprès des universitaires. Couvert d’honneurs et de récompenses de son vivant, tant dans sa propre ville que dans son pays et à l’étranger, nommé recteur de l’Université (1856-1857), Dumont ne résistera pas à la fatigue engendrée par son dynamisme débordant. Moins de dix ans après sa disparition, le monument réalisé par Eugène Simonis rend hommage à sa brillante carrière.

Dès 1860, un comité s’était constitué pour l’érection d’un tel hommage. Une souscription publique avait permis de rassembler un capital initial qu’une intervention publique (la ville pour le piédestal) vient compléter. Quant à l’emplacement actuel de la statue, il diffère de celui inauguré en 1866. En effet, les travaux d’agrandissement du bâtiment central de l’Université ont contraint un déplacement – périlleux et mouvementé – du monument d’une vingtaine de mètres en 1890. L’œuvre n’en est pas sortie indemne. Depuis lors, un grillage en fer forgé encercle l’ensemble monumental. 

Sources 

Liège, Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, Liège (Mardaga), 2004, p. 363
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°35, été 1970, p. 5
G. DEWALQUE, dans Biographie nationale, t. VI, col. 283-295
Frédéric BOULVAIN, Jacqueline VANDER-AUWERA, Géologie de terrain. De l’affleurement au concept. Géologie, Liège, 2011, p. 7-15 (en ligne http://www.editions-ellipses.fr/PDF/9782729863333_extrait.pdf) (s.v. mai 2013)
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 150-151
Edmond MARCHAL, dans Biographie nationale, t. XXII, col. 572-579
Chantal JORDENS, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 557-561
Alexia CREUSEN, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996

Monument  André-Hubert Dumont
Monument  André-Hubert Dumont
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Adresse

Actuelle place du XX août
4000 Liège

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Mémorial Joseph DUFRANE

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Statue à la mémoire de Joseph Dufrane, mieux connu sous le pseudonyme de Bosquétia, réalisée par Léon Gobert, 28 septembre 1913

C’est à l’occasion de la première célébration de la Fête de la Wallonie à Frameries que l’on a procédé à l’inauguration du monument Bosquétia, en souvenir du poète wallon Joseph Dufrane. Un Comité s’était constitué, comprenant notamment Louis Piérard, Ph. Passelecq et l’avocat Demoustier, afin de réunir les fonds nécessaires à la réalisation du monument. La cérémonie officielle est l’occasion pour ce Comité de remettre le monument aux autorités locales, en l’occurrence au bourgmestre Désiré Maroille. Plusieurs discours, récitations de poème et musiques sont interprétées, en présence notamment de Jules Destrée. Honorer un auteur wallon dans le cadre des fêtes de Wallonie leur apparaissait comme une évidence.

Né à Frameries en 1833 et décédé en 1906, Joseph Dufrane a développé une importante activité dans l’industrie. Directeur de charbonnages, il est surtout connu pour être un artiste aux multiples facettes, et considéré comme le « fondateur de la littérature dialectale du Borinage » (Piron). Organiste, chef de fanfare, le musicien était chansonnier et compositeur. Installé à Bruxelles vers 1880, il ressent le besoin de se consacrer aux lettres wallonnes : adaptant en borain des fables de La Fontaine et des pièces de Molière et de Racine, il crée ensuite des œuvres originales, tant en prose que sous forme de chansons ou de pièces de théâtre. Donnant ses lettres de noblesse au wallon borain, il compose En’ c’èst nî co Fram’rîye qui est rapidement considéré comme un hymne pour Frameries et sa région. Chroniqueur dans la presse quotidienne, il utilise le pseudonyme de Bosquétia, l’Écureuil, surnom qui lui survivra. 

Œuvre du sculpteur montois Léon Gobert (1869-1935), le monument alterne la pierre et le bronze ; il se compose d’une stèle érigée sur des gradins bruts de pierre bleue ; dans la partie supérieure, est inséré un médaillon figurant le poète. Et au sommet, un écureuil grignote une branche de chêne. Il s’agit bien sûr de la référence explicite au surnom de Dufrane. Sur les gradins une petite fille lit en souriant l’inscription :

«  A Joseph Dufrane
Qui sous le nom de Bosquétia
A créé et popularisé les lettres boraines.
Ses amis et admirateurs ».

Élève et disciple de Charles Van Oemberg à l’Académie des Beaux-Arts de Mons, dont il deviendra lui-même professeur, Léon Gobert s’est spécialisé dans la réalisation de sculptures, monuments et bas-reliefs illustrant le travail de la mine et la misère ouvrière. Natif de Wasmes où il a laissé plusieurs œuvres, Léon Gobert a réalisé notamment la Fontaine de L’Ropieur à Mons. 

Sources 

Colfontaine, Dour, Frameries, Honnelles et Quévy, Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, Liège (Mardaga), 2006, p. 151
Wallonia, t. XXI, 1913, p. 622
Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, t. 1 et 2, Bruxelles, CGER, 1990, p. 194, 598
Robert WANGERMÉE (dir.), Dictionnaire de la chanson en Wallonie et à Bruxelles, Liège, Mardaga, 1995, p. 84-85
Maurice PIRON, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, poètes et prosateurs, Liège (Mardaga), 1979, p. 206

Adresse

7080 Frameries

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Monument Barthélemy DU MORTIER

© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Monument  Barthélemy Du Mortier, réalisé par Charles Fraikin, 10 septembre 1883.

Après avoir choisi de rendre hommage à Christine de Lalaing en élevant, au début des années 1860, une statue à celle qui défendit Tournai face aux troupes espagnoles d’Alexandre Farnèse, les autorités tournaisiennes attendent vingt ans avant d’apporter leur nouvel écot à la glorification des héros « belges » du passé. Depuis les années 1840, les gouvernements belges successifs incitent et soutiennent toutes les initiatives visant à l’implantation de statues dans l’espace public qui seraient autant de références au nouvel État. Après Christine de Lalaing, Tournai choisit d’honorer Barthélemy Du Mortier (1797-1878), botaniste, fondateur du Courrier de l’Escaut en 1829 mais surtout représentant de Tournai au Parlement à partir de 1831. Le nom de Barthélemy Dumortier figure parmi ceux d’un millier d’acteurs majeurs de 1830 proposés, en 1831, pour recevoir la Croix de Fer. Une Commission officielle du jeune État belge a en effet retenu qu’au cours des journées de la révolution de 1830, ce jeune « propriétaire de Tournai » a contribué « puissamment à développer l’esprit national et à organiser la résistance aux actes oppressifs du gouvernement déchu ; il distribua sur la place publique aux bourgeois et aux soldats de la garnison les couleurs nationales le 8 septembre 1830 ; contribua à l’attaque des postes hollandais le 28 ; il se rendit en parlementaire à la citadelle quoiqu’il fût décrété d’arrestation, pour régler la capitulation de la ville ». C’est par conséquent un « héros de 1830 » que les autorités tournaisiennes honorent en 1883, sans oublier les autres facettes de l’enfant du pays.

Homme de sciences, Dumortier s’est intéressé à la fois à la zoologie, à l’archéologie, à l’histoire et surtout à la botanique. Ses nombreux travaux le montrent en quête d’un nouveau système de classification du règne végétal. S’il apporte une contribution notamment à la découverte de la division cellulaire par cloisonnement, il n’a jamais remis en question ses convictions créationnistes, en dépit du développement des idées darwiniennes. De forte conviction catholique, Barthélemy Du Mortier en a fait un engagement politique. À la fin des années 1820, il s’est mobilisé contre le régime hollandais mis en place au lendemain du Congrès de Vienne. Fondateur du journal Le Courrier de l’Escaut (1829), il s’impose comme l’un des chefs de file du front d’opposition qui se manifeste à Tournai contre le régime hollandais. Après sa participation active aux événements de 1830, il est choisi pour représenter Tournai à la Chambre (1831). Il s’y distingue en se montrant l’un des plus farouches opposants à l’approbation du traité des XXIV articles. Même après la signature du traité, il continuera à réclamer pour la Belgique les frontières qui étaient celles du jeune État en 1830 (avec le Limbourg et le grand-duché de Luxembourg).

Député jusqu’à sa mort, en 1878, représentant de l’arrondissement de Roulers à partir de 1848, il demeure constamment attentif à la position du Vatican dans les affaires intérieures belges. En 1872, il est nommé Ministre d’État. Gratifié du titre de comte par Léopold II, Dumortier n’en fera pas état avant sa mort. Ses descendants transformeront alors son nom en isolant la particule, Du Mortier. Au-delà des récompenses, honneurs et titres nombreux, il paraît important de retenir que Barthélemy Dumortier a aussi présidé la toute jeune Société royale de Botanique de Belgique dès 1862, qu’il a contribué à la fondation du Musée d’histoire naturelle de Tournai et à celle du Jardin Botanique de l'État qui devient autonome en 1870. Membre de la Commission royale d'histoire (1838-1878), il s’est aussi intéressé particulièrement à la collégiale de Tournai, au lieu de naissance de P-P. Rubens, ainsi qu’au rôle de Constantin le Grand à Tournai. C’est sans conteste une personnalité tournaisienne majeure qui est choisie au début des années 1880. Son monument est aussi le tout premier dédié à un homme politique catholique dans l’espace public de Wallonie.

Une souscription nationale est lancée pour rassembler les fonds nécessaires et le sculpteur Charles Fraikin (1817-1893) est chargé de réaliser le monument. Formé à l’Académie d’Anvers, sa ville natale, puis à Bruxelles, il s’initie au dessin puis à la peinture. La mort de son père, notaire à Herentals, le contraint à trouver une occupation professionnelle : engagé dans la pharmacie d’Auguste de Hemptinne, il y fait la rencontre du peintre F-J. Navez qui l’encourage dans ses études du soir en gravure. Avec un diplôme de pharmacien, Fraikin ouvre une officine à Genappe (1835), avant de se consacrer entièrement à la sculpture. Après l’Académie de Bruxelles (1840-1842), le jeune artiste expose dans les salons où il se fait remarquer (médaille d’or à Bruxelles en 1845). Remarqué par Léopold Ier qui lui accorde sa protection, Fraikin obtient de nombreuses commandes officielles, essentiellement à Bruxelles (Hôtel de ville, monuments Rouppe, Henri Ier, Colonne du Congrès, Quetelet et surtout Egmont et Hornes). Auteur de nombreux bustes et de monuments à vocation religieuse, Fraikin poursuit aussi une œuvre d’inspiration plus personnelle, continuant à exposer lors de Salons ou d’Expositions. Quand il se voit confier le monument « tournaisien », le sculpteur est au firmament de sa carrière et comblé d’honneurs.

Monument  Barthélemy Du Mortier
Monument  Barthélemy Du Mortier
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Attentif à traiter les facettes les plus significatives de la personnalité de Barthélemy Dumortier, Ch-A. Fraikin soigne les détails, tout en ciselant son sujet dans le marbre blanc. Debout, vêtu d’habits bourgeois, avec une cocarde accrochée à hauteur de ceinture et une décoration du côté gauche de la poitrine, Dumortier est figé dans une attitude dynamique, que le bras droit replié sur la poitrine accentue. On ne sait s’il commente, pérore ou commande, mais son attitude suscite l’envie de partager son élan. Parmi les détails, le sculpteur donne à voir un lion assis, tenant sous ses griffes avant un document sur lequel se lit aisément la mention « XXIV articles ». Dans sa main gauche, Dumortier tient peut-être le texte, enroulé, de son discours, tandis qu’à côte de son bras figurent deux livres, dont nul ne sait s’ils sont de botanique ou d’histoire.

Entouré à l’origine par une grille en fer forgé tandis que des arbres formaient un fonds de verdure, le monument Du Mortier faillit traverser indemne toute la Première Guerre mondiale. Ce n’est que le 7 novembre 1918 que des soldats allemands s’en prennent à lui, arrachant la statue de son socle et la faisant basculer. La statue est alors abîmée – on en voit encore la trace à hauteur des genoux – mais elle est réparée. Le socle quant à lui nécessite d’en élever un nouveau. Sur les parois latérales, sont représentées, en saillies, des graminées entrelacées et une feuille de fougère, références évidentes au botaniste. Vers 1822/1823, Dumortier avait en effet entrepris l'examen des graminées, et tenté une révision de leur classification qu’il publia (Observations sur les Graminées, 1823). Sobrement, sur la face avant du socle est gravée la dédicace déjà présente sur le socle initial :

A
BARTHÉLEMY
DU MORTIER
-- . --
ÉRIGÉ


PAR
SOUSCRIPTION NATIONALE
MDCCCLXXXIII

Lors du relèvement du monument dans les années 1920, une mention est ajoutée pour dénoncer l’acte de vandalisme des Allemands de 1918. En mai 1940, cette mention disparaît… D’autres aménagements, par temps de paix cette fois, concerneront l’environnement immédiat du monument qui trouve désormais place à l’angle du Pont-de-fer et du quai des Salines. 

 

http://www.sculpturepublique.be/7500/Fraikin-BarthelemyDuMortier.htm (s.v. août 2013)
Liste nominative de 1031 citoyens proposés pour la Croix de Fer par la Commission des récompenses honorifiques (p. 1-129) dans Bulletin officiel des lois et arrêtés royaux de Belgique, n°807, 1835, t. XI, p. 44-45
Jean-Luc DE PAEPE, Christiane RAINDORF-GÉRARD (dir.), Le Parlement belge 1831-1894. Données biographiques, Bruxelles, 1996, p. 286-287
Histoire du Sénat de Belgique de 1831 à 1995, Bruxelles, Racine, 1999, p. 392
Jacky LEGGE, Tournai, tome II : Monuments et statues, Gloucestershire, Éd. Tempus, 2005, coll. Mémoire en images, p. 18-22
Sybille VALCKE, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 399-401
P. HILDEBRAND, dans Biographie nationale, t. 30, col. 611-628
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 583

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7500 Tournai

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Paul Delforge
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