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Buste Gilles DEMARTEAU

© Buste Gilles Demarteau – KIK-IRPA

Buste Gilles Demarteau, réalisé par Berthe Centner, 28 juillet 1923.

En 1907 déjà, un buste dédié au peintre Léon Philippet avait été inauguré dans le parc de la Boverie, à deux pas du palais construit pour l’Exposition universelle de 1905. En juillet 1923, un deuxième buste est inauguré. Il est destiné à commémorer Gilles Demarteau (1722-1776), considéré comme un graveur ayant acquis une grande renommée à Paris au XVIIIe siècle. L’initiative en revient à l’Œuvre des Artistes, présidée par Hogge, qui remet à la ville de Liège le buste en bronze coulé, dû à Berthe Centner. Adossé à la façade principale du Palais des Beaux-Arts, le buste (70 cm) est posé sur une stèle de style Louis XV, en pierre d’Euville. Sobrement était mentionné sur la stèle :

« Gilles Demarteau. 1722-1776 »

Pour l’inauguration en 1923, le tout Liège est présent, bourgmestre, parlementaires, échevins, professeurs d’université, militaires, consul de France, ainsi que des artistes, dont Berthe Centner. Recevant le buste officiellement au nom de la ville de Liège, l’échevin des Beaux-Arts, Olympe Gilbart, exprime le vœu de voir le parc de la Boverie « s’enrichir d’autres monuments rappelant les titres de Liégeois qui s’illustrèrent aux différentes époques dans le domaine des arts et des lettres ».

Peu connue, la Verviétoise Berthe Centner (Lambermont 1866 – Verviers 1950)) s’était distinguée avant la Grande Guerre par ses bustes ; elle avait participé à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1910 et à plusieurs Salons de cette époque, et elle avait réalisé le buste de Gilles Demarteau pour une exposition sur le graveur de Louis XV, organisée – déjà – par l’Œuvre des Artistes, avec le soutien de la ville de Liège et le concours de collectionneurs. Cette exposition s’était tenue à Liège, de juin à septembre 1912. La ville avait acheté le buste en plâtre à Berthe Centner (il se retrouvera dans les collections du Musée de l’Art wallon). 

Dans le même temps, avait été émise l’idée de commander un buste en marbre ou en bronze, afin de le placer dans un square de Liège, une fois l’exposition terminée. La décision semble même avoir été prise dès le mois d’août 1912 et le parc de la Boverie est déjà choisi pour l’accueillir. Les événements internationaux ne permettent cependant pas de concrétiser rapidement ce projet. L’Œuvre des Artistes n’y renonce pas et, en 1923, celle qui est membre du Cercle des Beaux-Arts de Liège peut assister à l’inauguration d’un monument qui trouve place dans le plus beau parc de la Cité ardente. En 2014, force est de constater que le buste et le socle ont disparu sans laisser de trace.

Contemporain d’André-Modeste Grétry, Gilles Demarteau (1722-1776) a marqué le XVIIIe siècle français par des estampes particulièrement appréciées. Issu d’une famille de maîtres armuriers liégeois, il  bénéficie de l’enseignement de J-B. Coclers avant de rejoindre Paris, où il rejoint son frère (circa 1740). Sa famille semble en effet posséder à Paris une boutique d’orfèvrerie établie sur le quai éponyme. Excellant dans son art, Demarteau entre à la Monnaie de Paris en 1762, en qualité de graveur-ciseleur juré. 

À côté de cet emploi au service du royaume de France, Demarteau développe une production propre comme graveur d’estampes (1751-1776). La technique qu’il a mise au point lui assure renommée et reconnaissance : appelée « la gravure en manière de crayon », elle consiste, au moyen d’outils spéciaux (dont la roulette), à produire des fac-simile de crayon qui ont l’apparence exacte de l’original. Selon certains auteurs, Demarteau est l’inventeur de la technique en question, mais d’autres la lui contestent (l’attribuant au Nancéen Jean-Charles François). Nul ne peut toutefois lui enlever le mérite d’avoir porté le procédé à la perfection. 

En 1766, Gilles Demarteau est agréé à l’Académie et en 1769, il est reçu comme Académicien. Ses gravures d’après Boucher et Cochin font tourner la tête au tout Paris : ses mécènes et protecteurs se font nombreux. Il reproduit aussi des œuvres de Watteau et de Fragonard. En 1770, il est nommé graveur des dessins du Cabinet du roi. À son décès, en 1776, il avait atteint le sommet de sa gloire. Après être tombée quelque peu dans l’oubli au XIXe siècle, l’œuvre de Demarteau est redécouverte au début du XXe siècle quand l’art du XVIIIe siècle revient à la mode. Quelques-unes de ses gravures suscitent l’admiration lors d’une exposition à Paris en 1906. C’est cependant dans sa ville natale que, sous le patronage de la ville, la Bibliothèque centrale expose plus de 200 gravures de Gilles Demarteau et de son neveu, Gilles-Antoine. 

Source

La Vie wallonne, 15 août 1923, n°XXIX, p. 580-581
La Vie wallonne, I, 1977, n°357, p. 26-29
La Belgique artistique et littéraire, juillet-septembre 1912, n°82-84, p. 113
L’Art moderne, 25 août 1912, n°34, p. 269
Cor ENGELEN, Mieke MARX, Dictionnaire de la sculpture en Belgique à partir de 1830, Bruxelles, août 2006, t. I, p. 480
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 203
Albert DE NEUVILLE, Gilles Demarteau, Turnhout, 1920, coll. « Les Grands Belges », dont p. 27
Exposition Gilles Demarteau : Graveur du roi membre de l'académie royale 1722-1776, catalogue illustré, Liège Œuvre des Artistes, 1912
Serge ALEXANDRE, Virginie VOETS, Gilles Demarteau (1722-1776) : graveur liégeois au service des rois de France, Liège, 1998
Édith MICHA, Gilles Demarteau, graveur liégeois au service des rois de France, Liège, 2004
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 292-293

Buste Gilles Demarteau
Buste Gilles Demarteau
© KIK-IRPA

 

Adresse

Parc de la Boverie 
4020 Liège

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Monument Laurette DEMARET

© Monument Laurette Demaret – Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Monument à Marguerite Bervoets et Laurette Demaret, réalisé par Hector Brognon, 17 novembre 1946.

Situé dans la cour de l’Athénée de La Louvière, un monument rend hommage à l’héroïsme de deux femmes, résistantes durant la Seconde Guerre mondiale. Si l’accent est mis sur la personnalité de Marguerite Bervoets (1914-1944), l’œuvre réalisée par le sculpteur Hector Brognon (1888-1977) est également dédiée à Laurette Demaret (1921-1944).

Comme Marguerite Bervoets, Laurette Demaret a accompli ses études à l’École moyenne du Centre, Comme Marguerite Bervoets, Laurette Demaret est entrée très jeune en Résistance. Membre du Mouvement national belge, affectée dans un réseau de renseignements et d’évasion de pilotes alliés, elle prend de nombreux risques qui lui valent une première arrestation. Ayant retrouvé la liberté, elle n’abandonne pas ses activités et c’est lors d’une opération menée le 26 août 1944 dans les environs de Temploux qu’elle est tuée, l’arme à la main, par un soldat ennemi, en tentant d’échapper à un barrage de contrôle.

Le monument de La Louvière rend un égal hommage à Laurette Demaret et à Marguerite Bervoets. Le visage réalisé par le sculpteur est une synthèse de celui des deux jeunes filles, ne ressemblant ni à l’une ni à l’autre. Sur un socle de pierre, le sculpteur a en effet représenté dans la pierre une jeune femme en pied, tenant en main un fusil (symbolisant leur combat), et semblant vouloir aller de l’avant d’un pas décidé. Deux plaques apposées sur le socle mentionnent :

Quant au sculpteur et architecte Hector Brognon, par ailleurs professeur à l’École industrielle et commerciale d’Écaussinnes, il a signé de nombreuses réalisations en Hainaut, aussi bien des bustes et des statues, que des monuments aux morts sur les places publiques (comme celui d’Écaussinnes-d’Enghien, sur la Grand-Place) ou dans les cimetières (les « Martyrs de Tamines » en 1926, ou Ernest Martel en 1933). La pierre bleue d’Écaussinnes n’a plus de secret pour celui qui a été surnommé récemment « le Rodin de Bois d’Haine ». 

Source

Lucienne BALASSE-DEGUIDE, dans Biographie nationale, t. 43, col. 82-89
Roger DARQUENNE, Images de Chapelle-lez-Herlaimont, Écomusée régional du Centre, 1994
Guy SYMOENS, Hector Brognon (1888-1977) le Rodin de Bois d'Haine, dans Les Cahiers du Grand Manage, 2009, n°56

 

Monument Laurette Demaret
Monument Laurette Demaret
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

 

Adresse

Rue de Bouvy 
Cour d’honneur de l’Athénée 
7100 La Louvière

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Portrait de Jean-Charles DELSAUX

© Portrait de Jean-Charles Delsaux – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Portrait de Jean-Charles Delsaux incrusté dans un chapiteau, réalisé par Léopold Noppius ( ?), entre 1877 et 1884.

Au milieu du XIXe siècle, afin de doter l’institution provinciale de Liège de bâtiments dignes de ce niveau de pouvoir, d’importants travaux sont entrepris autour de l’ancien palais des princes-évêques. Propriétaire des lieux (1844), l’État belge retient le projet du jeune architecte Jean-Charles Delsaux (1850) et lui confie la mission de réaliser une toute nouvelle aile, en style néo-gothique, sur le côté occidental du Palais. Face à la place Notger, Delsaux (1821-1893) achève l’essentiel du chantier en 1853, mais des raisons financières l’empêchent de réaliser la décoration historiée qu’il a prévue pour la façade du nouveau palais provincial. Vers 1865, il se retire du chantier et est remplacé par Jean-Godefroid Umé.

Formé à l’Académie de Liège, nommé architecte officiel de la province de Liège en 1845, J-Ch. Delsaux est surtout reconnu pour ce qui était son tout premier gros chantier. Par la suite, il signe les plans de quelques églises en régions liégeoise et verviétoise, et s’occupe surtout de restauration d’édifices religieux. Il contribue à l’introduction du style néo-gothique dans l’est de la Wallonie. 

Le portrait de l’architecte apparaît dans son œuvre principale : son visage, de face, a été en effet sculpté dans un des chapiteaux et est visible – si l’on fait un important effort pour le retrouver – sur la face orientale de la 9e colonne de l’aile occidentale de la première cour du Palais provincial. Ce clin d’œil amical au maître d’œuvre n’est ni daté ni signé. Il remonte probablement à la phase des travaux de décoration entreprise entre 1877 et 1884 et menée sous la direction de l’architecte Lambert Noppius (1827-1889). C’est en effet vingt-cinq ans après la fin du gros œuvre que le gouverneur Jean-Charles de Luesemans entreprend de réaliser la décoration qu’avait prévue Delsaux. L’avis d’une nouvelle commission de spécialistes détermine les sujets et les personnes les plus dignes d’illustrer le passé de « la Nation liégeoise ». Par la présence de son portrait sur une des colonnes, Delsaux participe à cet hommage collectif. 

On attribue cette sorte de clin d’œil à Léopold Noppius (1834-1906), le frère du maître d’œuvre. Avant ce chantier de décoration, Noppius dont l’atelier accueillait le tout jeune Léon Mignon avait déjà signé quelques bas-reliefs, médaillons et bustes en région de Liège, comme sur le fronton du portique d’accès à l’Institut de Zoologie de l’Université de Liège. Réalisant des statues s’inspirant de sujets religieux (Vierge, Saint-Sébastien, etc.) qui ornent les églises, il rédige un Projet de cortège historique pour Liège en 1887

Source

Flavio DI CAMPLI, Jean-Charles Delsaux (1821-1893), le « Viollet-le-Duc » liégeois, dans Les Cahiers nouveaux, Namur, septembre 2012, p. 80-81
Julie GODINAS, Le palais de Liège, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 76
Flavio DI CAMPLI, Jean-Charles Delsaux (1821-1893). Architecte provincial, Herstal, Musée de Herstal, 1998
http://www.chokier.com/FILES/PALAIS/PalaisDeLiege-Masy.html
Anne-Françoise GOFFAUX, Bernard WODON, Répertoire des architectes wallons du XIIIe au XXe siècle, Namur, 1999, Etudes et documents, série Aménagement et Urbanisme n°4, p. 43

 

Adresse

Façade du Palais provincial
Face à la place Notger
4000 Liège

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Paul Delforge
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Monument Adolphe DELMÉE

© Monument  Adolphe Delmée – Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Monument  Adolphe Delmée, r éalisé par Guillaume Charlier et Amédée Huglo, 24 septembre 1899.

Dans le parc communal de Tournai, à quelques dizaines de mètres de l’hôtel de ville et du musée des Beaux-Arts, de l’autre côté de la haie qui borde la ruelle des Moines, on trouve le monument Adolphe Delmée, auteur d’une chanson patriotique locale Les Tournaisiens sont là. Inaugurée en 1899, l’œuvre a été réalisée par Guillaume Charlier (Ixelles 1854 – Saint-Josse-Ten-Noode 1925), aidé par Amédée Huglo (1845-1923), et grâce à la générosité du célèbre chanteur d’opéra tournaisien Jean Noté.

Journaliste, Adolphe Delmée (Tournai 1820 – Tournai 1891) dirige le journal libéral L’Économie et se fait surtout connaître par ses chansons populaires ; il écrit dans Les Etrennes tournaisiennes, dont il est l’un des fondateurs (1878). Ouvrier typographe, metteur en pages, il a fondé en 1848, le journal L’Économie qui se veut neutre politiquement et réclame d’ailleurs la suppression des tendances libérales et catholiques. Dans le monde de la presse, Delmée jouit d’une solide réputation, mais sa popularité lui vient d’ailleurs. Avec Adolphe le Ray, Adolphe Wattiez et Adolphe Payez, il est l’un des quatre Adolphe de la littérature dialectale tournaisienne, écrit Maurice Piron dans son Anthologie

À l’instar de Verviers, de Liège, de Namur, de Charleroi ou de Mons, Tournai connaît, dans la deuxième moitié du XIXe siècle une renaissance étonnante des lettres wallonnes. Avec Le Ray surtout, Adolphe Delmée est un des pionniers de ce courant auquel contribue aussi Achille Viehard. Le nom d’Adolphe Delmée a traversé les générations au travers de l’une de ses chansons, véritable hymne tournaisien. En composant en 1860 Les Tournaisiens sont là !, il inscrit définitivement dans le folklore tournaisien le souvenir des premières années de la Guerre de Cent Ans durant laquelle Tournai se trouve au cœur des rivalités entre les rois de France et d'Angleterre. La longue résistance héroïque de Tournai assiégée par les Anglais a permis à l'armée de Philippe VI de se regrouper ; influençant la tournure des événements, la résistance de 1340 vaut aux bourgeois de la ville le privilège exceptionnel de la Chambre du roi. Quand le roi entre en campagne, la milice de Tournai forme sa garde spéciale et veille sur sa personne. Face à la Flandre qui veut incorporer la cité, la France garantit surtout la trêve et l'indépendance de Tournai. S’étant inspiré de cet épisode historique, Adolphe Delmée place dans la bouche du roi de France la formule désormais célèbre : « J'peux m'endormir, les Tournaisiens sont là ! ». Achille Delmée venait d’être désigné comme membre du Comité permanent du Congrès wallon (Namur, 1891) lorsque la mort le surprit.

Son souvenir ne pouvait se contenter de l’air des Tournaisiens sont là ! et Jean Noté, chanteur d’opéra tournaisien à succès, entreprend de lui élever un monument dont la réalisation est confiée à Guillaume Charlier. Ce fut le commencement d’une fructueuse collaboration entre le sculpteur et la cité des cinq clochers, car il recevra par la suite commande des monuments Gallait (1891), Bara (1903), Les Aveugles (1906) et aura à s’occuper du chantier du Musée des Beaux-Arts (Mémorial Van Cutsem et groupe allégorique). 

Originaire de Bruxelles, Charlier a été formé auprès des frères Geefs, puis s’est retrouvé praticien chez le sculpteur liégeois Eugène Simonis. En réalisant le plâtre intitulé Le déluge, en 1879, le jeune artiste séduit un riche collecteur, Henri Van Cutsem, qui décide de le placer sous sa généreuse protection ; Charlier peut ainsi suivre les cours de l’École des Beaux-Arts de Paris (1880), ainsi que chez Cavelier (1884-1886). Entre-temps, le Prix de Rome 1882 lui offre la possibilité de séjourner en Italie (1882-1884). Honoré par diverses distinctions lors des Salons où il présente ses œuvres d’inspirations diverses, il apporte à la sculpture de son temps un style propre, où s’exprime en permanence une forme de douleur de vivre due aux difficiles conditions matérielles des milieux ouvriers ou des nécessiteux. Dans l’ombre de Constantin Meunier, il s’attache à représenter plusieurs travailleurs (houilleur, marin, etc.) en pleine activité. Jeune portraitiste, il répondra à de nombreuses commandes officielles ou privées et recevra ses premières chances à Tournai, avec les monuments Delmée puis Gallait.

Pour la réalisation du buste en pierre d’Adolphe Delmée, Charlier est associé à Amédée Huglo qui s’occupe du piédestal qui est de taille respectable. Professeur à l’Académie de Tournai (1882-1920), Huglo est un sculpteur et céramiste originaire de Lille qui est régulièrement associé à des projets, apportant sa contribution à des architectes ou à d’autres sculpteurs. Depuis 1885, Huglo joue un rôle important dans la vie culturelle tournaisienne, puisqu’il est le secrétaire/fondateur du Cercle artistique de Tournai. Huglo expose régulièrement ses œuvres personnelles à Tournai ; auteur de la décoration sculptée de la façade du Cercle artistique, il signe, en 1894, un buste en hommage à Jean Noté.
Lors de l’inauguration du monument Delmée, qui se déroule comme très souvent en Wallonie à la fin du mois de septembre, le volet officiel est suivi d’importantes réjouissances populaires. Après avoir prononcé des paroles de reconnaissance à l’égard d’Adolphe Delmée qui fut son protecteur et lui permit de se lancer dans une importante carrière internationale, Jean Noté interprète la partie soliste de la cantate d’Achille Viehard, sur une musique d’Edmond Waucampt.
 

Monument  Adolphe Delmée
Monument  Adolphe Delmée
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

A deux endroits du solide piédestal élancé qui soutient le buste, des dédicaces ont été gravées dans la pierre. Sur la face avant, en grand :

LES
TOURNAISIENS


SONT LA !
AC. DELMEE
Et en plus petit, tout en bas du monument :

TÉMOIGNAGE     DE     RECONNAISSANCE
A ADOLPHE DELMÉE
OFFERT PAR J-B. NOTÉ DE L’OPÉRA À SA VILLE NATALE

Le monument Delmée a traversé le temps sans trop de dommage. Une rénovation a cependant été nécessaire en 2000 et sa restauration a été inaugurée dans le cadre des Fêtes de Wallonie, en septembre 2000. 

 

Alain DIERKENS, La statuaire publique, dans L’architecture, la sculpture et l’art des jardins à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1995, p. 247
Jacky LEGGE, Tournai, tome II : Monuments et statues, Gloucestershire, Éd. Tempus, 2005, coll. Mémoire en images, p. 37-38
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 209 et 732
Gaston LEFEBVRE, Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles, Tournai, Archéologie industrielle de Tournai, 1990, p. 45 ; p. 66
Maurice PIRON, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, poètes et prosateurs, Liège (Mardaga), 1979, p. 104
Serge LE BAILLY DE TILLEGHEM, Le Cercle artistique de Tournai. Un siècle au service de l’art contemporain, dans Mémoires de la Société royale d’histoire et d’archéologie de Tournai, Tournai, 1992, n°7, p. 271-320
Eugène DE SEYN, Dictionnaire biographique des sciences, des lettres et des arts en Belgique, Bruxelles, 1935, t. I, p. 291
http://www.cabaretwallon.be/index.php?option=com_content&view=article&id=82:les-tournaisiens-sont-la-&catid=50&Itemid=79 (s.v. février 2014)

Adresse

Parc communal
7500 Tournai

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Plaque Albert DELECOURT

© Plaque Albert Delecourt (Boussu) – Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

Plaque commémorative sur la maison natale d’Albert Delecourt, réalisée à l’initiative de l’Association des Écrivains wallons Anciens combattants,19 janvier 1930.

Originaire de Boussu où il est né au milieu de l’été 1893, le jeune Albert Delecourt est attiré par la poésie et la chanson en wallon et se lance dans la composition dans les années qui précèdent la Grande Guerre. Il s’apprête à fêter ses 21 ans quand l’offensive allemande est déclenchée. Mobilisé, le jeune soldat wallon se retrouve au front et connaît la vie périlleuse et douloureuse des tranchées jusqu’à l’Armistice de 1918. Il conservera d’importantes séquelles de ses quatre années de guerre : la maladie le contraindra à mettre un terme à ses activités avant de l’emporter, en 1929. Le monde des lettres wallonnes perdait ainsi un auteur qui avait notamment montré ses qualités dans un journal du front intitulé El farceur des Tranchées, [journal borain du front belge]. En mars 1917, Delecourt avait contribué à sa création, en était le directeur et l’avait alimenté de poèmes et chansons particulièrement appréciés.
 

Afin d’honorer et de garder la mémoire d’Albert Delecourt, l’Association des Écrivains wallons Anciens combattants – dont il était membre – a pris l’initiative d’apposer une plaque commémorative sur sa maison natale à Boussu. Par la suite, elle intercéda auprès des autorités locales pour que le « Chemin de la Poste » devienne la rue Albert Delecourt. Au-dessus de la porte d’entrée de l’actuel n°62, la plaque commémorative rappelle l’hommage de

L’ASSOCIATION
DES
ÉCRIVAINS WALLONS
COMBATTANTS
A SON MEMBRE
ALBERT
DELECOURT
MORT POUR LA PATRIE
1893-1929 

Source

Association royale des Écrivains wallons Anciens combattants, Xe anniversaire. Plaquette-Souvenir, 1931, p. 19
Oscar LACROIX, Nous sous le casque d'acier, Essais d'anthologie, Liège, 1929, p. 229
La Muse (organe de l’AEWEC), octobre 1929
Adriaan G. CLAERHOUT, Grepen uit onze roem in het buitenland, Bruxelles, 1950

Plaque Albert Delecourt (Boussu)
Plaque Albert Delecourt (Boussu)
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

 

Adresse

Rue Albert Delecourt 62
7300 Boussu

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Plaque André DELCHEF

© Emplacement de la maison natale d’André Delchef, démolie lors de la rénovation de la Société libre d’Émulation ; la plaque commémorative avait déjà disparu – Google

Plaque commémorative André Delchef, réalisée à l’initiative de l’Union des Femmes de Wallonie, 15 mars 1935.  

Afin de commémorer le centenaire de la naissance d’André Delchef, une plaque commémorative est inaugurée, le 15 mars 1935, sur la façade la maison natale de celui qui fait figure de précurseur dans le mouvement dramatique wallon. En 1858, en effet, était jouée à Liège une pièce de théâtre en wallon, Li Galant dè l’siervante, dont le succès fut tel qu’il stimula la création de nouvelles œuvres en wallon : en quelque sorte, André Delchef avait fait œuvre de pionnier, ouvrant la route aux Édouard Remouchamps, Henri Simon et autre Théophile Bovy.
Issu de la petite bourgeoisie liégeoise, André Delchef est d’abord un fabricant d’armes, accaparé par ses affaires, et qui fit de l’écriture un hobby. Il n’avait que 23 ans lorsqu’il composa Li Galant dè l’siervante, pièce qui est jouée au Théâtre royal de Liège et qui est couronnée par la toute jeune Société liégeoise de littérature wallonne. Comédie en deux actes et en vers, la pièce se veut une peinture de mœurs mettant en scène des bourgeois et leurs domestiques, dans leur quotidien. Jouées par des comédiens amateurs, les premières représentations séduisent tant par le recours au parler wallon que par la limpidité de l’intrigue et le caractère des personnages. Salué par toute la critique pour cette première œuvre, André Delchef demeurera toujours « l’auteur du Galant » malgré l’écriture de nombreuses autres pièces. Premier président de l’Association des Auteurs dramatiques wallons (1857-1899), André Delchef est aussi l’auteur d’une Histoi¬re de la Littérature wallonne à Liège de 1830 à 1880. Mais en 1858, sa pièce de théâtre en wallon fondée sur l’observation des mœurs du temps, il avait inauguré un genre nouveau : en un siècle, pas moins de 5.000 pièces wallonnes seront écrites et jouées.
Le centième anniversaire de Delchef (décédé en 1902) est l’occasion d’honorer le personnage, mais aussi le foisonnement de l’art dramatique wallon. L’initiative en revient à sa fille, Marguerite Horion-Delchef, par ailleurs présidente de l’Union des Femmes de Wallonie. Aujourd’hui disparue, la plaque apposée sur la façade de la maison natale indiquait :

ICI EST NÉ LE POÈTE
ANDRÉ DELCHEF
QUI FIT REVIVRE
LE THÉÂTRE WALLON
AVEC LI GALANT DÈ L’SIERVANTE
1835-1902 

Source

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
La Vie wallonne, juin 1935, CLXXIX, p. 305-309
L’Action wallonne, 15 mars 1935, n°3, p. 3
Wallonia, 1910

Emplacement de la maison natale d’André Delchef, démolie lors de la rénovation de la Société libre d’Émulation
Emplacement de la maison natale d’André Delchef, démolie lors de la rénovation de la Société libre d’Émulation. La plaque commémorative avait alors déjà disparu.
© Google

 

Adresse

Rue des Carmes 6 
4000 Liège

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Monument Jean DEL COUR

© Monument  Jean Del Cour – Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée 

Monument  Jean Del Cour, réalisé par le sculpteur Adolphe Wansart aidé par Ar. Brahy et l’architecte G. Hendrix, 2 octobre 1927.

Sculpteur fortement admiré et apprécié durant son existence, Jean Del Cour (1627-1707) n’a pas perdu de sa notoriété avec le temps, même si le XIXe siècle le maintînt quelque peu au purgatoire. L’exposition de l’ensemble de son œuvre qui est organisée à Liège en 1907 à l’occasion du deuxième centenaire de sa mort relance l’intérêt pour l’artiste. Son œuvre refait surface et est à nouveau appréciée. On voit en Del Cour un artiste liégeois et wallon original. La manifestation de 1907 assure sa consécration définitive auprès des générations suivantes. Ainsi, dans le cadre de l’Exposition internationale qui se tient à Charleroi en 1911, Jules Destrée place Jean Del Cour parmi les représentants les plus illustres de l’art wallon ; dès lors, lorsque la section liégeoise des Amis de l’Art wallon entreprend, après la Grande Guerre, de rassembler sous forme de diapositives les œuvres d’artistes de Wallonie, Jean Del Cour fait l’objet d’une attention toute particulière, en novembre 1927, année retenue pour célébrer le 300e anniversaire de sa naissance.

Né à Hamoir en 1627 et baptisé le 13 août 1631, Jean Del Cour est l’aîné de cinq enfants, dont le peintre Jean-Gilles. Il a appris le travail du bois auprès de son père menuisier et abandonné ses études au profit du dessin et de la sculpture. Très tôt remarqué, il fait le voyage à Rome (1648-1657), où il devient l’élève du Bernin, avant de contribuer, dans la principauté de Liège, à l’épanouissement du style baroque fortement tempéré de classicisme. Les œuvres de Jean Del Cour s’imposent à celles de ses prédécesseurs et le maître devient le fondateur de l’école liégeoise de sculpture des XVIIe et XVIIIe siècles. Ses œuvres multiples contribuent à l’éclat de Liège, de ses places, de ses églises et du palais des princes-évêques notamment, mais aussi de la cathédrale Saint-Bavon à Gand, et d’autres églises à Spa, Herkenrode, Huy, etc. En dépit de ses nombreux chefs d’œuvre, la production de l’artiste est souvent réduite aux trois Grâces qui couronnent le Perron de Liège et à la Vierge du Vinâve d’Île.
Pour honorer l’œuvre et le parcours de vie de ce sculpteur majeur, une manifestation se tient à l’hôtel de ville de Liège en novembre 1927 : Xavier Neujean – bourgmestre et président de la section liégeoise des Amis de l’Art wallon – présente un exposé illustré « de projections » pour rendre Jean Del Cour mieux connu des Wallons. De nombreuses personnalités liégeoises assistent à l’événement, de même que M. Mourquin, le bourgmestre de la commune de Hamoir. Les autorités du village natal du sculpteur n’ont pas manqué leur rendez-vous ; un mois avant la conférence de Neujean, elles ont inauguré un imposant monument dû au sculpteur Adolphe Wansart et à l’architecte Hendrix, et dont la construction a été soutenue par l’État (intervention du ministère des Arts et des Sciences), par la province de Liège et la ville de Liège, en plus des efforts de Hamoir.

Devant l’église de Hamoir, toute une place a été aménagée en l’honneur de l’enfant du pays. Un ensemble de pierres verticales, assemblées en arc de cercle assure la mise en évidence d’un bas-relief montrant le sculpteur au travail, tandis qu’à l’avant-plan apparaît une reproduction en bronze de la Vierge dite de Del Cour, dont l’originale se trouve en Vinâve d’Île à Liège. Sur la partie supérieure de chaque pierre verticale, sont gravés les mots suivants, de gauche à droite : AU/SCULPTEUR/1627/1707/JEAN/DEL COUR

À l’avant-plan, un long bassin d’eau est animé par un jet de petite taille. L’ensemble a permis à Adolphe Wansart d’exprimer son savoir-faire multiforme.

Portraitiste de talent, le Verviétois Adolphe Wansart (1873-1854) est un artiste qui s’est adonné dans sa carrière autant à la sculpture qu’à la peinture. Formé au dessin aux Académies de Verviers et de Liège, avant de prendre des cours de peinture à l’Académie de Bruxelles, marié à la peintre Lucie De Smet, il s’est installé dans la capitale belge (Uccle), où il se signale d’abord par ses tableaux aux lignes simples et aux couleurs vives. Arrivé à la sculpture vers 1900, celui qui avait été l’un des élèves de Van der Stappen travaille autant le bois que la pierre ou le bronze. On le retrouve aussi médailleur. Laissant volontiers son imagination l’inspirer, l’artiste fréquente les Salons et s’y impose comme un « important représentant de l’école moderniste ». Sollicité sur des chantiers d’envergure internationale (expositions de Paris en 1925, de Bruxelles en 1935, de Paris en 1937 et de Liège en 1939), il répond aussi à des commandes privées ou officielles, réalisant aussi bien des bustes (Guillaume Lekeu, Jean Tousseul, Pierre Paulus) que des œuvres plus monumentales, comme l’ensemble hamoirien dédié à Jean Del Cour. Cet exemple montre que Wansart exécute volontiers des bas-reliefs ; on retrouve sa signature sur l’un d’eux, à savoir sur le Pont des Arches de Liège (où il illustre, en 1948, la période bourguignonne/Moyen Âge) ou sur sa fresque du Grand Palais des Sports de Coronmeuse (lors de l’Exposition de l’Eau de 1939). Quant au bas-relief intégré dans l’ensemble plus monumental de Hamoir, il représente Jean Del Cour en train de sculpter la célèbre Vierge à l’enfant du Vinâve d’Île. 

Source

La Vie wallonne, novembre 1927, LXXXVII, p. 70-75
http://www.vanderkrogt.net/statues/object.php?webpage=ST&record=belg002 (s.v. avril 2014)
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 775
Michel LEFFTZ, Jean Del Cour 1631-1707. Un émule du Bernin à Liège, asbl Les Musées de Liège et Éditions Racine, Bruxelles, 2007
Jacques STIENNON, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 2005
Albert LEMEUNIER (dir.), Jean Del Cour et la sculpture baroque à Liège. Chefs-d’œuvre du Musée d’Art religieux et d’Art mosan, catalogue d’exposition, Liège, 1994
Pascale BONTEMPS-WERY, Jean Del Cour et la sculpture baroque à Liège : Chefs-d’œuvre du Musée d’Art religieux et d’Art mosan, catalogue, exposition, Liège du 30 avril au 28 mai 1994
Pierre COLMAN, dans Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts – culture, Bruxelles, 1980, t. II, p. 223-230 
Marie-Madeleine ROBEYNS, Jean Delcour, Collection Wallonie, art et histoire, Gembloux, Duculot, 1977
Jean Del Cour, 1631-1707 : catalogue de l’exposition organisée à l’occasion du 250e anniversaire de sa mort, Salle des Pas perdus de l’Hôtel de ville du 29 septembre au 20 octobre 1957, Liège, 1957
Isabelle VERHOEVEN, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996

Monument  Jean Del Cour
Monument  Jean Del Cour
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

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Place Del Cour 
4180 Hamoir

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Statue Jean DEL COUR

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Statue de Jean Del Cour, réalisée par Jules Halkin, c. 15 octobre 1880.

Au milieu du XIXe siècle, afin de doter l’institution provinciale de Liège de bâtiments dignes de ce niveau de pouvoir, d’importants travaux sont entrepris autour de l’ancien palais des princes-évêques. Propriétaire des lieux (1844), l’État belge retient le projet du jeune architecte Jean-Charles Delsaux (1850) et lui confie la mission de réaliser la toute nouvelle aile, en style néo-gothique, sur le côté occidental du Palais. Face à la place Notger, Delsaux (1821-1893) achève l’essentiel du chantier en 1853, mais des raisons financières l’empêchent de réaliser la décoration historiée qu’il a prévue pour la façade du nouveau palais provincial. Vingt-cinq ans plus tard, le gouverneur Jean-Charles de Luesemans prend l’avis d’une commission pour déterminer les sujets et les personnes les plus dignes d’illustrer le passé de « la Nation liégeoise ». Placés sous la responsabilité de l’architecte Lambert Noppius (1827-1889), une douzaine de sculpteurs vont travailler d’arrache-pied, de 1877 à 1884, pour réaliser 42 statues et 79 bas-reliefs. Dès la mi-octobre 1880, 27 des 42 statues sont achevées, validées par la Commission et mises à leur emplacement respectif. Celle de Jean Del Cour est parmi celles-ci.

Placée aux côtés de Mathias de Louvrex et Charles de Méan, la statue de Jean Del Cour est l’une des 42 personnalités retenues, selon le critère d’avoir marqué l’histoire de la principauté de Liège. Elle est située sur la façade du marteau de droite du palais provincial, dans la partie inférieure des colonnes d’angle. Assurément, cette réalisation a dû représenter un défi pour le sculpteur Jules Halkin (Liège 1830 – Liège 1888) qui signe huit des statues et bas-reliefs liégeois du « palais », dont « l’assassinat de Saint-Lambert », « la sortie des Franchimontois » et un « Notger répandant l’instruction ». En effet, réaliser la sculpture d’un sculpteur n’est pas banal. De surcroît, il s’agissait pour Halkin de s’attaquer à un maître, à celui dont les œuvres s’imposent à tous ses prédécesseurs, à celui qui est considéré comme le chef de file de l’école liégeoise du XVIIe siècle. Évitant le style baroque de son prédécesseur, Halkin signe une œuvre sobre, plaçant dans les doigts de la main droite de son aîné un ciseau, tandis que la gauche porte un maillet.

Originaire de Liège où il accomplit l’essentiel de sa carrière de sculpteur, Jules Halkin avait suivi les cours de Gérard Buckens à l’Académie des Beaux-Arts de sa ville natale. Une bourse de la Fondation Darchis lui permet de séjourner à Rome pendant plusieurs mois (1851-1853), avant de parfaire sa formation en France et en Allemagne. Au début des années 1860, il trouve facilement des acheteurs privés pour plusieurs de ses premières réalisations essentiellement à connotation religieuse (Vierge, chemin de croix, bas-reliefs, etc.), avant de participer au chantier de décoration du palais provincial de Liège. Ses bustes en bronze et en marbre trouvent de nombreux amateurs auprès de bourgeois de la Cité ardente, qu’ils soient industriels, intellectuels ou artistes eux-mêmes. Il réalise aussi un Saint-Lambert pour la cathédrale Saint-Paul et un chemin de croix en pierre de France pour l’église Saint-Jacques (1862-1865). Sa notoriété, Jules Halkin la doit surtout à sa sculpture monumentale du Cheval de halage (1885) qui partage avec le Torè de Mignon l’espace des Terrasses de Liège. 

Source

Liliane SABATINI, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 436-437
Julie GODINAS, Le palais de Liège, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 103
http://www.chokier.com/FILES/PALAIS/PalaisDeLiege-Masy.html
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 676
Isabelle VERHOEVEN, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996 
La Meuse, 2 octobre 1880

 

 

Statue de Jean Del Cour
Statue de Jean Del Cour
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam

 

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Façade du Palais provincial
Face à la place Notger
4000 Liège

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Buste Joseph Dejardin

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Buste Joseph Dejardin, réalisé par Louis Gérardy, 1933.

Situé au bout de la rue Mattéoti, sur la place verdoyante de la cité ouvrière, un buste rend hommage à un leader syndical et homme politique socialiste, originaire du bassin sidérurgique de Liège. Comme le mentionne la plaque métallique située au bas du monument, il s’agit d’honorer ici :

JOSEPH DEJARDIN
FONDATEUR DE LA CENTRALE
SYNDICALE DES MINEURS
1873 – 1932

Il s’agit aussi, ce que ne précise pas le monument, mais que « tout le monde sait », d’honorer un enfant de la commune. C’est en effet à Grivegnée, le premier jour du printemps 1873, qu’est né Joseph Dejardin, dans une famille ouvrière déjà fort nombreuse qui comptera onze enfants. Son père comme sa mère travaillent à la mine ; à peine scolarisé, Joseph ira lui aussi à la mine, comme ses frères et sœurs. Décidé à changer sa misérable vie comme celle des autres mineurs qui partagent son sort, Joseph Dejardin va s’engager dans l’action syndicale et politique. En dépit des risques (en 1889, alors qu’il distribue le journal Le Populaire, il est arrêté et accusé de fomenter des troubles), il milite activement tant dans les organisations syndicales que politiques. 

Député socialiste de Liège (décembre 1909-1932), il figure parmi les membres-fondateurs de l’Assemblée wallonne créée à l’initiative de Jules Destrée. Échevin de Beyne-Heusay (1908), bourgmestre faisant fonction (janvier 1912), il est nommé par le gouvernement belge le 20 septembre 1914 en raison de la bravoure affichée lors de l’invasion allemande d’août 1914. Déporté en Allemagne (décembre 1916 – mars 1917), il exercera ses fonctions maïorales jusqu’à son décès. Par ailleurs et surtout, Joseph Dejardin déploie une intense activité syndicale. Président du syndicat des Mineurs avant 1914, il devient, en 1919, le leader national de la Centrale des Mineurs qu’il avait contribué à faire naître. Son expertise était appréciée et reconnue. Elle fut notamment saluée lors des Conférences internationales du Travail de 1930 et 1931 où ses interventions contribuèrent à l’élaboration des textes définitifs (durée du travail dans les mines). Vice-président de la Fédération internationale des Mineurs, il avait été désigné à la présidence lors du congrès de Londres, en septembre 1932. Ses funérailles furent quasiment nationales.

Son souvenir fut entretenu par ses camarades syndicaux. Bien que la démarche soit inhabituelle, un monument est élevé à sa mémoire et ce dès 1933. La réalisation de son buste est confiée au sculpteur Louis Gérardy (Liège 1887 – Liège 1959). Formé à l’Académie de Liège, il fréquente volontiers l’atelier d’Oscar Berchmans qui sera son maître. Proche des milieux wallons, Gérardy a été sollicité à plusieurs reprises lorsqu’il s’est agi de réaliser des médaillons destinés aux tombes des disparus (ainsi Henri Bekkers, Nicolas Defrêcheux, Louis Warroquiers au cimetière de Robermont). En 1919, il réalise le monument serbe sur la pelouse d’honneur de Robermont. Dans les années 1930, il travaille sur  le chantier de décoration du Lycée de Waha (bas-reliefs). Cependant, il s’est davantage spécialisé dans la représentation animalière (tête de chiens, d’oiseaux, etc.), signant des bas-reliefs, comme des statuettes décoratives. Lors du Salon de Liège en 1930, il présente une série consacrée aux chevaux de trait. Cela ne l’empêche pas de répondre à des commandes variées, comme celles de la statue du général Bertrand (1934) ou du buste du syndicaliste Joseph Dejardin quelques mois auparavant. Ce buste a été fondu par la société Dehin frères.

Sources

Paul DELFORGE, L’Assemblée wallonne 1912-1923. Premier Parlement de la Wallonie ?, Namur, Institut Destrée, janvier 2013, coll. Notre Histoire, p. 234
Paul VAN MOLLE, Le Parlement belge 1894-1972, Ledeberg-Gand, Erasme, 1972, p. 80
Le mouvement syndical belge, 20 novembre 1932, p. 259
À la mémoire de Joseph Dejardin, Député…, Cuesmes, imp. fédérale, s.d.
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 615

Buste Joseph Dejardin
Buste Joseph Dejardin
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Square de la rue Mattéoti 
4030 Liège (Grivegnée)

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Buste Henri De Gorge

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

Buste Henri De Gorge, sculpteur/fondeur inconnu, début du XXe siècle (après déplacement).


Quand on évoque une statue de Henri De Gorge au Grand-Hornu, l’œuvre qui se trouve au centre de la cour elliptique de l’architecte Bruno Renard vient immédiatement à l’esprit ; elle a été réalisée par Égide Mélot et inaugurée en 1855 et est la toute première statue élevée en Wallonie en l’honneur d’un patron d’industrie. Pourtant, à quelques centaines de mètres de ce monument, se trouve un autre buste du patron minier. Sur la place Saint-Henri, ce buste en fonte occupe lui aussi une position centrale, mais tant par sa taille que par les arbres qui l’entourent, ce buste se fait plus discret et est beaucoup moins connu. Si la statue d’Égide Mélot semble mettre en évidence les qualités de l’entrepreneur, le buste de la place Saint-Henri rend davantage hommage à l’initiative exceptionnelle que représentait, dans l’Europe du premier tiers du XIXe siècle, la construction d’une cité ouvrière comprenant plusieurs centaines de maisons.


Situé entre la rue Sainte-Louise et la rue de Wasmes, entre les bornes des puits miniers n°1 Sainte-Augustine et Sainte-Marie-Antoinette, ce monument De Gorge est composé d’un socle en pierre d’une dimension considérable au regard du buste en fonte qu’il est destiné à porter. Comprenant trois étages, le piédestal fait l’objet d’une décoration sommaire dans sa partie centrale, avec des colonnes torsadées à chaque angle, surmontées d’un chapiteau sommaire ; c’est à ce niveau qu’apparaît la dédicace datée :

À
LA MEMOIRE
DE
H.J. DEGORGE
MDCCCXXXII

Derrière un fronton arrondi, décoré de deux oiseaux, un ultime socle simplement poli soutient le buste noir de Henri De Gorge. L’année 1832 mentionnée est celle du décès de l’industriel.


Propriétaire et directeur des charbonnages du Grand-Hornu, dans le Couchant de Mons, propriétaire d’autres concessions plus au sud, Henri Degorge (1774-1832), dit De Gorge-Legrand, a durablement frappé l’imaginaire de ses contemporains en réalisant, à partir de 1823, un ambitieux projet architectural sous la forme d’une cité ouvrière modèle. Conçu par l’architecte tournaisien Bruno Renard, le site du Grand-Hornu est progressivement achevé dans les années 1830, avec la fameuse salle de l’Atelier de Construction de Machines à Vapeur et de Mécaniques (1831-1832). L’épidémie de choléra qui frappe l’Europe en 1832 emporte cet entrepreneur originaire de Lille qui venait d’être désigné pour représenter l’arrondissement de Mons au Sénat. Il ne verra donc pas la fin de la construction de toute la cité ouvrière et des différents aménagements. Ainsi sur la place Saint-Henri était installée une puissante machine à vapeur qui assurait l’exhaure des eaux de la mine. On pouvait s’y procurer de l’eau dont la température variait selon les besoins : l’établissement des bains se trouvait à proximité. 


C’est donc sur cette place que le buste de Henri De Gorge fut installé au début du XXe siècle. « Ce ne fut pas sa destination première : il fut d’abord installé au croisement des deux allées du bois de Colfontaine, au sud du bassin minier », indique Hubert Watelet. Sans qu’il soit possible de le dater avec davantage de précision, le monument ne porte la signature d’aucun sculpteur ni architecte.

 

Sources

Léopold DEVILLERS, dans Biographie nationale, t. 8, col. 115-117
Hubert WATELET, dans Ginette KURGAN, Serge JAUMAIN, Valérie MONTENS, Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996, p. 166
Jean-Jacques HEIRWEGH, Patrons pour l’éternité, dans Serge JAUMAIN et Kenneth BERTRAMS (dir.), Patrons, gens d’affaires et banquiers. Hommages à Ginette Kurgan-van Hentenryk, Bruxelles, Le Livre Timperman, 2004, p. 430 et 434.
Marie-Laure ROGGEMANS, Jean-Marie DUVOSQUEL, Autour du Grand-Hornu, Bruxelles, Crédit communal & Fondation roi Baudouin, 1989
Hubert WATELET, Le Grand-Hornu. Joyau de la révolution industrielle et du Borinage, Bruxelles, 1993, 2e éd., dont p. 49

Buste Henri De Gorge
Buste Henri De Gorge © Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

Adresse

Place Saint-Henri

À hauteur du n°214 de la rue de Mons

7301 Hornu

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