Monument Nicolas PIETKIN
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À l’annonce du décès de l’abbé Pietkin, en janvier 1921, un important mouvement de sympathies et d’hommages s’est manifesté à l’égard du défenseur acharné de la Wallonie malmédienne. Il est vrai que son décès survenait au moment de l’annexion des communes malmédiennes à la Belgique. Haut-Commissaire royal, chargé en 1920 de la supervision du
L’abbé Pietkin
Né à Malmedy en 1849, le jeune Nicolas Pietkin relève alors de la Prusse, puisque

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Sa disparition en janvier 1921 est l’occasion d’une mobilisation publique importante. Trois ans après la fin de la guerre, de nombreuses sociétés wallonnes et ligues de défense de la langue française ouvrent des listes de souscription. De commune entente avec
Œuvre du sculpteur Georges Petit (1879-1958), la stèle quadrangulaire, en pierre bleue, haute de sept mètres, accueille à son sommet un groupe en bronze vert représentant la Louve romaine, symbole de la culture latine ; sur la partie inférieure, orné d’une croix et entouré d’une couronne de chêne et de laurier, un médaillon de bronze d’un mètre vingt reproduit les traits de l’abbé Pietkin.
L’inscription principale indique :
Au patriote malmédien
Nicolas Pietkin
Curé de Sourbrodt
Défenseur de la civilisation latine
La Wallonie reconnaissante
1849-1921
Monument érigé par souscription publique,
à l’initiative de l’Assemblée wallonne sous le
patronage du général baron Baltia, haut com-
missaire du Roi et des villes de Charleroi,
Huy, Ixelles, Liège, Mons, Namur, Nivelles,
Pepinster, Spa, Stavelot, Tournai et Verviers.
Sur les faces latérales, en relief, apparaissent deux citations empruntées à l’abbé Pietkin, dans son chant Todis Walons ! écrit en 1898 :
Efants d’ Mâm’dî, nos-autes nos èstans fîrs,
Come nos vîs péres, d’èsse co todis Walons !
Nihil Walloniae a me alienum puto
Le sculpteur Georges Petit
Né à Lille, de parents liégeois, le sculpteur Georges Petit a grandi à Liège où il a reçu une formation artistique à l’Académie des Beaux-Arts. Élève de Prosper Drion, Jean Herman et Frans Vermeylen, il deviendra plus tard professeur de cette Académie. Très tôt, la maîtrise dont fait preuve le sculpteur lui vaut de nombreuses commandes officielles. Marqué par la Grande Guerre, l’artiste y puise une force qui se retrouve dans ses réalisations des années 1917 à 1927, période où s’inscrit le monument Pietkin. Ensuite, comme épuisé par tant de souffrances, il choisit la peinture de chevalet et devient plus léger, sans tomber dans la facilité. Les visages humains tendent à disparaître et tant les paysages que les traditions wallonnes l’inspirent : en peinture, comme dans ses médailles (qui sont très nombreuses et d’excellente facture), voire dans les quelques sculptures qu’il exécute encore, comme la Tradition commandée par le Musée de la Vie wallonne. Parmi toutes les œuvres de Georges Petit, le monument Pietkin (le médaillon était achevé dès 1925) est certainement celui dont l’existence est la plus chahutée.
La stèle est en effet inaugurée le 3 octobre 1926 dans un climat passionné. Une partie du clergé local a en effet protesté contre l’architecture générale du monument et son caractère païen. À l’initiative de l’abbé Toussaint, curé de Waimes, relayé dans un premier temps par La Libre Belgique et la Gazette de Liège, une campagne d’opposition aux « deux Romains tétant la Louve » a mobilisé l’opinion : immorale, indécente, païenne, les qualificatifs employés pour désigner la stèle cachent pourtant mal la germanophilie de l’abbé Toussaint. Quand celle-ci est dénoncée, plusieurs signataires de la protestation du clergé malmédien se rétractent. La journée d’inauguration sera dès lors consensuelle, sous les auspices de l’Assemblée wallonne et de son secrétaire général, Joseph-Maurice Remouchamps. Parmi les personnalités qui ont fait le déplacement figurent un représentant officiel du gouvernement belge, les consuls de France et d’Italie, des parlementaires wallons, ainsi que les bourgmestres de Liège et Verviers et un représentant officiel de la ville de Namur, notamment. Le général Baltia s’était fait excuser. L’inauguration est mise à profit pour rééditer le chant Todis Walons écrit par Pietkin en collaboration avec Guillaume Bodet (10 septembre 1898) et pour rappeler la mémoire d’autres défenseurs de la culture française : les curés Joseph Dethier, Henri Herbrand, Henri Robert, les instituteurs Jules Koch, Louis Thunus, François Dethier, Martin Bodarwé et Joseph Serexhe, ainsi qu’Olivier Lebierre et le papetier Steinbach. Les autorités de Sourbrodt ont mobilisé la population ; les drapeaux sont nombreux, aux couleurs belges, wallonnes, malmédiennes, françaises et italiennes. L’histoire du monument ne s’arrête cependant pas là.
Durant l’hiver 1940, des habitants de la région témoignent de leurs sympathies nazies en endommageant le monument Pietkin. La louve romaine est abattue et les traits de Pietkin sont burinés. Généralement, on attribue aux soldats allemands la détérioration du monument en juin 1940, mais, après la guerre, les auteurs sont clairement identifiés et condamnés par la Cour d’Appel de Liège (16 mai 1952) à payer des dommages et intérêts. Influencées par l’opinion publique et quelques articles de journaux surtout wallons, les autorités locales vont jusqu’au bout de la procédure judiciaire et entament les travaux de restauration du monument Pietkin au milieu des années 1950. Se gardant d’inviter officiellement les milieux wallons qui ont maintes fois plaidé en faveur de la restauration du monument, l’administration communale de Robertville inaugure, le 2 juin 1957, la haute colonne de pierres surmontée de la louve romaine, symbole de la latinité, et portant en médaillon l’effigie de l’abbé Pietkin. Des manifestations à portée symbolique différente se déroulent épisodiquement au pied de ce monument situé sur la route de Botrange.
Sur le bas du monument actuel, on retrouve les inscriptions similaires à celles de 1926, à savoir :
Monument érigé par souscription publique à
l’initiative de l’Assemblée wallonne sous le
patronage du lieutenant général baron Baltia
haut commissaire royal et des villes de
Charleroi, Dinant, Huy, Ixelles, Liège, Mons, Namur,
Nivelles, Pepinster, Spa, Stavelot, Tournai et Verviers.
MCMXXVI
L’inscription suivante résume la restauration de la manière suivante :
Détruit en 1940
a été reconstruit en 1956 à l’initiative
de l’administration communale
de Robertville
La Vie wallonne, 1ère année, n°6, 15 février 1921, p. 282-282
La Terre wallonne, 1924, t. 10, n°56, p.121
La Vie wallonne, septembre 1926, LXXIII, p. 31-51, 52-54
La Terre wallonne, 1927, t. 16, n°95-96, p. 365
Le Gaulois, 4 mars 1950, n°183, p. 4
La Wallonie nouvelle, 1938, n°28, p. 2
La Vie wallonne, II, 1957, n°278, p. 134-139
Adresse
Rue de Botrange
4950 Sourbrodt (Waismes)
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Paul DelforgeStatue Pierre l’Ermite
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
Au milieu du XIXe siècle, afin de doter l’institution provinciale de Liège de bâtiments dignes de ce niveau de pouvoir, d’importants travaux sont entrepris autour de l’
Face à la place Notger, Delsaux (1821-1893) achève l’essentiel du chantier en 1853, mais des raisons financières l’empêchent de réaliser la décoration historiée qu’il a prévue pour la façade du nouveau palais provincial. Déjà à ce moment, une commission de spécialistes devait sélectionner les personnages illustres du passé liégeois.
Vingt-cinq ans plus tard, le gouverneur Jean-Charles de Luesemans prend l’avis d’une nouvelle commission pour déterminer les sujets et les personnes les plus dignes d’illustrer le passé de « la Nation liégeoise ». Le liégeois Lambert Noppius (1827-1889) coordonne le chantier de décoration. Dès la mi-octobre 1880, 27 des 42 statues sont achevées, validées par la Commission et mises à leur emplacement respectif. Celle de Pierre l’Ermite, réalisée par Laumans, est parmi celles-ci.

Auteur de deux statues et d’un bas-relief illustrant « L’érection du palais par Erard de la Marck », le sculpteur anversois Jean-André Laumans (1823-1902) fait partie de l’équipe d’une douzaine de sculpteurs qui travaillent sous la direction de Lambert Noppius. Élève de Jean Geefs, second Prix de Rome en 1851, auteur de quelques réalisations à Bruxelles, Jan Andries Laumans participe au chantier liégeois entre 1877 et 1884. Il signe plusieurs sculpteurs dans des églises bruxelloises et travaille sur les chantiers de décoration des hôtels de ville de Bruxelles et de Furnes. Celui qui deviendra professeur à l’Académie de Maastricht est l’auteur, sur le chantier du Palais provincial de Liège du Pierre l’Ermite situé sur le retour du péristyle, du côté gauche, sur la partie supérieure de la colonne de gauche. Il figure à côté de la statue d’Alix de Warfusée, et est visible à l’extrême gauche supérieure de la façade principale. Tenant une croix bien en évidence à hauteur de son cœur, le fameux prédicateur de la Croisade semble vouloir poursuivre sa vaste entreprise malgré la pierre qui le fige pour l’éternité.
À l’époque où il a été sélectionné comme personnalité marquante de l’histoire liégeoise, on considérait encore que Pierre l’Ermite était originaire de Huy, qu’il avait été l’initiateur de la Croisade bien avant le pape Urbain et qu’il avait fondé le monastère de Neufmoustier, sur les hauteurs de Huy, après son retour de Jérusalem. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on admettait encore que Pierre l’Ermite avait fini ses jours à Huy, en 1115. Depuis lors, notamment grâce aux travaux critiques de Godefroid Kurth qui, le premier, remit en question la légende, nul n’ignore qu’une grande partie de la biographie ancienne de Pierre l’Ermite ne correspond en rien avec la vérité historique. Si la décoration du palais provincial devait être refaite totalement en ce XXIe siècle, il y a de fortes chances pour que Pierre l’Ermite ne figurât plus parmi les personnalités marquantes de la glorieuse histoire liégeoise.
Julie GODINAS, Le palais de Liège, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 87.
Godefroid KURTH, dans Biographie nationale, t. XVII, col. 435-442.
Jean FLORI, Pierre l’Ermite et la première croisade, Paris, Fayard, 1999, essentiellement p. 20-28, 494-495
Hélène WALLENBORN, Pierre l’Ermite aux origines du Neufmoustier ?, dans Annales du Cercle hutois des Sciences et des Beaux-Arts, Huy, 1994, t. XLVIII, p. 221-239.
Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, t. 1 et 2, Bruxelles, CGER, 1990, p. 93, 267, 269
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 31
La Meuse, 2 octobre 1880.
Adresse
Façade du Palais provincial
(face à la place Notger)
4000 Liège
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Paul DelforgeMonument Hubert PIERLOT
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Issu d’une famille exploitant les ardoises dans le Luxembourg, Hubert Pierlot (Cugnon 1883 – Uccle 1963) étudie le droit à l’Université catholique de Louvain dont il sort docteur. Avocat, il est volontaire de guerre au 20e de ligne durant la Grande Guerre. Élu député catholique de l’arrondissement de Neufchâteau en 1925, sénateur provincial (1926-1946), Hubert Pierlot a joué un rôle important dans la vie politique belge, avant, pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale. Homme rigoureux, intègre, appréciant l’ordre dans le respect des prescrits constitutionnels, il devient ministre de l’Intérieur (1934-1935) et, à ce titre, fait interdire les milices privées. Ministre de l’Agriculture (1935-1939), mais surtout président de l’Union catholique belge (1935-1936), il refoule la tentation rexiste. Défenseur de la politique dite de neutralité présentée en 1936 par Léopold III et P-H. Spaak, il hérite du poste de Premier Ministre en 1939 et devient ainsi l’un des rares Wallons qui accèdent à cette fonction au XXe siècle (quatre catholiques et un socialiste). Chef du gouvernement belge à Londres, en totale opposition avec Léopold III, il reste Premier Ministre jusqu’en janvier 1945. Nommé Ministre d’État en 1945, il réussit à rassembler tous les piliers catholiques autour d’un programme politique commun au nouveau PSC-CVP. Mais quand il veut se présenter au Sénat, début 1946, les pressions internes à sa famille politique sont telles qu’il préfère se retirer de la vie politique. La charge polémique de la Question royale contribuera à maintenir Hubert Pierlot dans l’ombre qu’il avait choisie, ne rompant le silence qu’une seule fois dans une série d’articles parus dans Le Soir en juillet 1947.
Aucune autorité publique ne prendra dès lors la responsabilité de commémorer son souvenir. En 1966, trois ans après son décès, une Fondation voit le jour, mais les premières biographies scientifiques sur Pierlot ne paraîtront qu’au XXIe siècle. Quant au monument élevé à Cugnon, le village natal d’Hubert Pierlot, il est dû à l’initiative de la Fondation qui porte son nom. Celle-ci a obtenu le patronage du gouverneur de la province de Luxembourg, Jacques Planchard, et du collège des bourgmestre et échevins de Bertrix, mais aucune personnalité ne représente officiellement les autorités belges, le 5 mai 1990 pour la cérémonie d’hommage et l’inauguration du monument à l’ancien Premier Ministre. Parmi l’assistance, on reconnaît notamment deux parlementaires de la province (Joseph Michel et Jacques Santkin), d’anciens militaires, des résistants, des représentants d’associations patriotiques, des amis de la famille et les membres de celle-ci. Après une cérémonie dans l’église de Cugnon, l’hommage se poursuit sur la place, juste à côté, en présence des Chasseurs ardennais, avec le dévoilement du monument commémoratif composé de deux plaques de schiste scellées dans un impressionnant mur de pierres du pays. Sobre voire austère, le monument ne donne à voir aucune représentation de Hubert Pierlot (ni buste, ni bas-relief, ni médaillon), se contentant de faire apparaître en lettres rouges sur la plaque principale, l’inscription suivante :
A LA MÉMOIRE
DE HUBERT
MARIE-EUGÈNE
COMTE PIERLOT
ENFANT DU PAYS
PREMIER MINISTRE
DE 1939 À 1945
Quant à la seconde plaque, verticale, côté rue, elle reprend la devise de l’homme politique : Pro Patria Semper.
Les discours prononcés en mai 1990 témoignent que les controverses et les polémiques du passé ne sont pas effacées, en dépit des appels à la réconciliation. Si l’inauguration se déroule symboliquement en mai 1990, cinquante ans après le début de la Seconde Guerre mondiale, cela résulte davantage du hasard que de l’intention, selon les organisateurs qui n’évitent pas une autre coïncidence : l’inauguration du monument Pierlot se tient très peu de temps après la crise constitutionnelle déclenchée par le roi Baudouin, suite à son refus de contresigner la loi dépénalisant partiellement l’avortement. À cinquante ans de distance, se posait ainsi, nolens volens, la même question sur l’impossibilité de régner.
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Pierre VAN DEN DUNGEN, Hubert Pierlot (1883-1963), La Loi, le Roi, la Liberté, Bruxelles, Le Cri, 2010 (Prix Stengers 2011)
Thierry GROSBOIS, Pierlot 1930-1950, Éditions Racine, Bruxelles, 2007
William UGEUX, dans Biographie nationale, t. 40, col. 704-715
Cérémonie d'hommage au comte Hubert Pierlot, Premier ministre de 1939 à 1945. Inauguration d'un monument commémoratif, le 5 mai 1990 à Cugnon, Bruxelles, Fondation Pierlot, 1991
Adresse
Rue Jules Pierlot 1
6880 Cugnon (Bertrix)
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Paul DelforgeMonument Louis PIERARD
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Dans la cité Louis Piérard, à Frameries, à un endroit de la partie extérieure de la rue des Templiers, surgit un espace arboré qui accueille, depuis 1959, un monument consacré à un écrivain et à un homme politique très attaché à son Borinage natal, qui fut aussi un très grand amateur d’art et l’ami de nombreux artistes. Huit années après sa disparition, les autorités de Frameries ont décidé de lui dédier un monument et ont confié sa réalisation au sculpteur André Hupet (Grand-Reng 1922 – Ciply 1993).

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Le sculpteur André Hupet
Formé à l’Académie de Mons auprès de Louis Buisseret (1937-1947), Prix Godecharle 1947 (pour La Dense, Mons, théâtre communal), André Hupet est un sculpteur qui a rapidement été sollicité dans la région de Charleroi, après la Seconde Guerre mondiale, pour assurer la décoration du Palais des Expositions (1953), du Palais des Beaux-Arts (1957) et du Palais de Justice (1964). On le retrouve ensuite à Gembloux (Institut agronomique), puis à Mons (Faculté polytechnique en 1962, Lycée Bervoets en 1965), etc.
Ses œuvres monumentales (principalement des allégories) ne passent pas inaperçues, mais ce ne sont pas ses seules réalisations. Céramiste, il a été membre de la « Maîtrise de Nimy » dès 1943, et a participé à l’expérience communautaire de Raoul Godfroid dans le cadre de la Manufacture impériale et royale de faïenceries. Il expose énormément dans les années 1940 et 1950, tant à l’étranger que sur ses terres.
Dessinateur, créateur de tapisseries, il est également peintre ; figuratif, il se range dans le courant expressionniste, sans qu’il s’agisse de sa seule marque stylistique. Professeur à l’Académie de Mons à partir de 1948, André Hupet enseigne aussi à l’École supérieure d’Architecture (1948) et à l’École normale secondaire de Mons (1954).
Au tournant des années 50 et 60, il est sollicité pour figer définitivement les traits de personnalités de l’ouest wallon comme Alex de Taeye (1957), Louis Piérard (1958), Achille Delattre (1959), Achille Liénard (1965), René Thône (1970) et Edmond Yernaux (1970). C’est après avoir contribué à la décoration des Écoles de la cité Louis Piérard à Frameries, en 1956, qu’André Hupet est sollicité pour ciseler un portrait de Louis Piérard à placer dans l’espace public. Il réalise un bronze qui colle au plus près au profil gauche de l’écrivain et l’incruste sur une sobre colonne en pierre bleue. Sur la face avant, la dédicace est elle aussi minimaliste :
LOUIS
PIERARD
1886 – 1951
L’ensemble est placé sur une esplanade arborée, où deux saules pleureurs créent une atmosphère quiète et sauvage. Peut-être faut-il voir là une allusion à l’action que mena Louis Piérard pour sauver le bois de Colfontaine, mais ce ne serait là qu’un aspect anecdotique, tant les activités de Louis Piérard furent denses et variées.
Louis Piérard
Descendant d’une lignée de porions, Louis Piérard était né à Frameries à la veille de l’émeute ouvrière qui frappe le pays wallon durant le printemps 1886. En a-t-il été influencé ? Toujours est-il que ce fils de commerçants mènera une carrière politique en tant que représentant du POB. Conseiller communal (1932), puis bourgmestre de Bougnies (1933-1948), il représente l’arrondissement de Mons à la Chambre pendant de nombreuses années (1919-1951). Tribun polémiste, il dépose notamment une loi instituant l’Œuvre nationale des Loisirs du Travailleur (1922) ; aussi devient-il en 1929 président du Conseil supérieur de l’Éducation populaire. Se définissant volontiers comme un Wallon ardemment francophile, grand voyageur, polyglotte, Louis Piérard taquine la plume avec passion. Écrivain, critique d’art, reporter, journaliste, essayiste (Visages de la Wallonie, 1934), ce boulimique est encore l’organisateur d’expositions de peintures et de spectacles théâtraux. Grand amateur d’art, il fait renaître la section d’art du Parti ouvrier belge (1924). Militant wallon, il soutient la Lettre au roi de Jules Destrée, tout en naviguant dans les milieux belges, entre le modèle d’une Belgique française et celui d’une Wallonie plus autonome.
Marinette BRUWIER, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, 2001, t. III, p. 1268-1269.
Alain JOURET, dans Nouvelle Biographie nationale, 2001, t. VI, p. 311-317.
La Vie wallonne, IV, 1951, n°256, p. 295-296.
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 734.
Adresse
cité Piérard, rue des Templiers – 7080 Frameries
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Paul DelforgeMémorial PETRARQUE à Habay-la-Neuve
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L’étonnement est grand de rencontrer un monument dédié à l’illustre Pétrarque au milieu de la forêt d’Anlier. Pourtant, le long de la rue Bonaparte, depuis 1947, une plaque commémorative rend hommage au père de l’humanisme. Originaire d’Arezzo (1304-1374), Francesco Petrarqua est considéré comme l’un des plus grands auteurs de la littérature italienne. Depuis sa première rencontre, en 1327, avec une jeune femme de haut rang, il nourrit à son égard un amour platonique qui inspire ses meilleurs poèmes, dont notamment le Canzoniere. En dépit de la mort de Laure
L’idée d’un mémorial Pétrarque émane de l’Académie luxembourgeoise et de ses 40 membres, dont l’actif animateur Pierre Nothomb. Créée dans l’Entre-deux-Guerres, cette société d’écrivains et artistes relance justement ses activités après un long silence imposé par la guerre. En présence d’une foule nombreuse, de représentants de l’Académie de Langue et de Littérature françaises et l’Académie Pétrarque d’Arezzo, ainsi que de Camille Huysmans, ministre de l’Instruction publique en personne qui prononça un long discours, une stèle est dévoilée, le 2 août, mêlant l’ardoise de Martelange et le marbre de Carrare.

Sur la plaque de marbre, a été gravée l’inscription suivante :
MILLE PIAGE IN UN GIORNO E MILLE RIVI
MOSTRATO M’HA PER LA FAMOSA ARDENNA
AMOR
EN
MCCCXXXIII
FRANCESCO PETRARCA
PARCOURUT CE CHEMIN
OU LE SOUVENIR DE LAURE
L’INSPIRA
ERIGÉ
PAR L’ACADÉMIE LUXEMBOURGEOISE
MCMXLVII
S’appuyant sur des textes anciens, les membres de l’Académie luxembourgeoise ont observé qu’au retour d’un voyage d’études l’ayant mené dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, et à Liège en particulier, Pétrarque a écrit avoir emprunté un chemin qui traversa l’Ardenne pour regagner l’Italie. Si le chemin parcouru n’est pas décrit avec précision, Pierre Nothomb a reconnu sans discussion qu’il ne pouvait s’agir que de la voie sacrée de 1333, un vieux chemin rocailleux entre Habay et Wissembach. Mieux même, le savant littérateur luxembourgeois est convaincu que l’endroit précis où Pétrarque songea à Laure, son célèbre amour, est un lieudit cadastré « Doux pommier », à quelques dizaines de mètres de la place Bonaparte, surtout « à la frontière des langues romane et thioise, à la zone de partage des rivières coulant les unes vers la France, les autres vers la dépression rhénane, à la jonction enfin de l’Ardenne mystique et de la Gaume tarasconnaise ». Si non e vero, e bene trovato serait-on tenté d’écrire à propos de cette « démonstration » signée Pierre Nothomb dont la seule intention est de sceller symboliquement un pacte d’amitié indissoluble entre Pétrarque et le Luxembourg.
Annuellement, par la suite, l’Académie luxembourgeoise prendra plaisir de déposer d’autres monuments commémoratifs originaux en terre ardennaise. Pour trouver le mémorial Pétrarque, il faut suivre la rue Bonaparte sur un kilomètre à partir de l’entrée du parc du Châtelet (en direction de Martelange).
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
La Vie wallonne, II, 1947, n°238, p. 212-213.
La Vie wallonne, IV, n°252, 1950, p. 300.
Adresse
Rue Bonaparte
6720 Habay-la-Neuve
Informations pratiques
Pour trouver le mémorial Pétrarque, il faut suivre la rue Bonaparte sur un kilomètre à partir de l’entrée du parc du Châtelet (en direction de Martelange).
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Paul DelforgeMonument Gabrielle PETIT
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Place Clovis, au pied de l’église Saint-Brice, à Tournai, un monument d’hommage à la résistante Gabrielle Petit est inauguré en mai 1924 par les autorités locales. Afin de marquer l’importance de l’événement, la reine Elisabeth a tenu à être présente à cette occasion. Toute la ville de Tournai est par conséquent mobilisée, et le monument réalisé par Paul Du Bois est à la hauteur de l’héroïne tournaisienne et nationale qui est honorée.

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Gabrielle Petit
Née à Tournai en 1893, Gabrielle Petit est apparentée, par son père Jules Petit, à la famille Bara, qui lui vient en aide matérielle pour ses études. Par conséquent, son exécution par les Allemands, au Tir national à Bruxelles, le 1er avril 1916, n’a pas échappé à l’opinion publique qui s’est scandalisée du comportement de l’occupant.
La jeune fille avait achevé ses études au couvent des Sœurs de l’Enfant-Jésus, à Brugelette, quand éclate la Première Guerre mondiale, et elle multipliait les petits boulots pour survivre. Son mariage était sa préoccupation principale quand son fiancé, Maurice Gobert, un jeune sous-officier, est mobilisé, tandis que Gabrielle Petit s’engage comme infirmière. Contre sa volonté, Gabrielle Petit perd définitivement le contact avec son petit ami.
C’est en cherchant désespérément à le retrouver qu’elle est recrutée par les services de renseignements alliés et envoyée en mission en Belgique occupée (juillet 1915). L’espionne parvient à fournir diverses informations à caractère militaire, tout en s’occupant du passage de civils aux Pays-Bas, mais elle est repérée. Malgré les précautions prises à la suite d’une première alerte, Gabrielle Petit est finalement démasquée sous son faux nom de Mlle Legrand.
Arrêtée en janvier 1916, elle est condamnée le 3 mars et fusillée le 1er avril. Son dévouement et son sort tragique marquent l’opinion publique, d’autant qu’une série d’anecdotes et faits romancés viennent alimenter la légende autour de la jeune femme.
Dès les premiers jours de l’Armistice, plusieurs initiatives sont prises : funérailles nationales (mai 1919), décorations, attribution de son nom à des rues, pose de plaques commémoratives (Tournai, 1919) et construction de monuments. Gabrielle Petit est élevée au rang d’héroïne nationale belge. Après Bruxelles (1923), Tournai (1924) honore à son tour celle qui fera l’objet d’un film en 1928 et d’une littérature abondante dans l’Entre-deux-Guerres.
En raison de sa portée symbolique, le monument tournaisien ne pouvait être confié qu’à un artiste confirmé et reconnu. Aidé par l’architecte Joseph Van Neck (1880-1953), le sculpteur Paul Dubois (Aywaille 1859 – Uccle 1938) s’emploie à immortaliser la jeune femme. Le piédestal en pierre de France comporte trois parties ; le centre s’élève comme la base d’un obélisque qui incorpore un débord rectangulaire où est gravée la dédicace.
VOUS ALLEZ VOIR
COMMENT
UNE FEMME BELGE
SAIT MOURIR
Gabrielle Petit
Latéralement, deux ailes de renfort encadrent la colonne centrale, tandis qu’un large espace est créé à l’avant-plan, avec deux marches d’accès. Lors de l’inauguration, cet espace sera couvert d’un nombre considérable de gerbes et de couronnes de fleurs. Sont encore gravées les mentions suivantes sur le côté droit :
née à Tournay
le 20 février 1893
et sur le côté gauche :
fusillée
le 1 avril 1916
On ne voit plus guère l’erreur factuelle du sculpteur, qui avait gravé 1915 au lieu de 1916. On retrouve aussi les armoiries de Tournai sur la partie avant et inférieure du monument.
Quant à la statue en bronze proprement dite (fondue par la Compagnie nationale des Bronzes), elle représente une jeune fille debout, portant des vêtements communs de l’époque, qui donne l’impression d’aller de l’avant, tandis qu’une autre jeune fille, ailée, l’accompagne en lui déposant un baiser sur le front. Surmontant Gabrielle Petit, l’autre femme paraît la guider, son bras gauche tendu vers l’avant, semblant à la fois protecteur et indicateur du chemin à suivre. Le sculpteur a multiplié les effets de drapé sur ses deux personnages et a donné une indiscutable originalité à l’ensemble de son œuvre tournaisienne.
Le sculpteur Paul Dubois
Originaire d’Aywaille, où il grandit dans un milieu de la petite bourgeoisie, Paul Dubois dispose d’une aisance suffisante pour bénéficier d’une formation de 7 ans à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles (1877-1884), où il est tour à tour l’élève de Louis François Lefèbvre, de Jean-Joseph Jaquet et d’Eugène Simonis, avant de profiter des conseils de Charles Van der Stappen.
Condisciple de Rombeaux, Rousseau et Bonnetain, notamment, Paul Dubois remporte le prix Godecharle 1884 qui le place d’emblée parmi les sculpteurs les plus prometteurs de sa génération. C’est de cette époque que remonte cette signature – Du Bois – qui doit lui permettre de se distinguer de son parfait homonyme français, voire de Fernand Dubois.
Son œuvre, variée et abondante (près de 200 sculptures), ne démentira pas cette entrée remarquée parmi les sculpteurs de son temps. Après 3 années passées à visiter les musées d’Europe, l’artiste wallon installe son propre atelier à Bruxelles, avec Guillaume Van Strydonck. Ouvert à l’avant-garde sans renier son attachement à la Renaissance, membre-fondateur du groupe bruxellois d’avant-garde le Cercle des XX, puis de la Libre Esthétique, il excelle dans les portraits quand lui parviennent les premières commandes officielles de la ville de Bruxelles.
Sans abandonner des œuvres de son inspiration, qui sont remarquées et primées lors de Salons et d’Expositions à l’étranger, il réalise le monument Félix de Mérode (Bruxelles, 1898) qui symbolise le début de son succès. En 1900, il est nommé professeur à l’Académie de Mons (1900-1929) et, deux plus tard, il est chargé du cours de sculpture ornementale (1902-1905), puis de sculpture d’après l’antique (1905-1910) à l’Académie de Bruxelles où il reste en fonction jusqu’en 1929. En 1910, il succède à Charles Van der Stappen à l’École des Arts décoratifs. Vice-président du jury d’admission des œuvres pour le Salon des œuvres modernes de l’Exposition internationale de Charleroi (1911), il signe plusieurs monuments commémoratifs à Bruxelles et en Wallonie (Alfred Defuisseaux à Frameries en 1905, Antoine Clesse à Mons en 1908, Frère-Orban à Liège en 1931, de la Chanson wallonne à Tournai en 1931), ainsi que des bijoux, des médailles (dont celle de l’Exposition universelle de Liège en 1905) et des sculptures allégoriques variées. C’est donc à un artiste confirmé qu’est confiée la réalisation du monument Gabrielle Petit à Tournai en 1924.
Jacky LEGGE, Tournai, tome II : Monuments et statues, Gloucestershire, Éd. Tempus, 2005, coll. Mémoire en images, p. 55, 69-72
Pierre DECOCK, dans Biographie nationale, t. 43, col. 576-585
Judith OGONOVSZKY, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 374-378
Anne MASSAUX, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 4, p. 142-145
Paul Du Bois 1859-1938, édition du Musée Horta, Bruxelles, 1996
Anne MASSAUX, Entre tradition et modernité, l’exemple d’un sculpteur belge : Paul Du Bois (1859-1938), dans Revue des archéologues et historiens d’art de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1992, t. XXV, p. 107-116
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. 1, p. 517-518.
Adresse
Place Clovi
7500 Tournai
Auteur de la fiche
Paul DelforgeMonument PETERS
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
Dans le prolongement de la rue de la Tannerie, à hauteur de la place du Parc, un espace a été aménagé pour accueillir le buste en bronze de l’abbé Péters, exécuté par les Allemands en 1943. Depuis cette esplanade, l’axe de vision permet d’apercevoir nettement les deux tours de l’ancienne abbatiale et cathédrale Saints-Pierre-et-Paul et Saint-Quirin de Malmedy, église à laquelle l’abbé était particulièrement attaché.
Originaire de Verviers, Joseph Péters (1894-1943) avait terminé des études de théologie au Petit Séminaire de Saint-Trond et au Grand Séminaire de Liège quand il est ordonné prêtre (1921). La Grande Guerre l’avait conduit sur la route des Pays-Bas, chemin obligé pour rejoindre l’armée belge sur le front de l’Yser, mais il est arrêté et emprisonné à Holzminden, n’étant libéré qu’en raison de son état de santé délicat.
Professeur au Petit-Séminaire de Saint-Roch à Ferrières pendant dix ans, il est ensuite désigné comme aumônier de la JEC à Malmedy et loge alors au n° 16 de la rue du Parc. Désigné en 1937 comme professeur de religion à l’École moyenne des Filles de Malmedy, il contribue à l’intégration de cette ancienne région prussienne dans son nouveau cadre institutionnel. En effet, lors des négociations qui aboutissent à la signature du
Dans les années 1930, au moment où quelques éléments isolés manifestent, à Malmedy, des positions en faveur du régime hitlérien et d’un retour du canton à l’Allemagne, l’abbé Péters va faire partie de leurs contradicteurs. Cet engagement résolu, Péters le maintient au lendemain de l’invasion allemande de mai 1940 et de l’annexion décidée par Berlin. Le 18 mai 1940, en effet, les territoires d’Eupen, Saint-Vith, Moresnet et Malmedy sont annexés au Reich et intégrés à la Rhénanie. La nationalité allemande est imposée aux habitants. En l’absence de messages émanant des autorités belges, les populations concernées vont rester longtemps démunies. Quelques rares personnalités locales émergent cependant pour dénoncer le diktat allemand et ses conséquences, notamment le recrutement des jeunes dans l’armée allemande. Dans sa paroisse (là où le monument est érigé), l’abbé Péters est de ces résistants.
De sa chaire de vérité, il multiplie les prêches antinazis, refusant de pratiquer la langue allemande qu’il connaît pourtant, pour protester contre l’interdiction du français. Dans ses interventions auprès de la jeunesse, il continue ses mises en garde contre les dangers du nazisme et de la propagande des Jeunesses hitlériennes. Tant bien que mal, il tente de détourner les jeunes de l’embrigadement massif. Placé sous surveillance dès 1941, l’abbé est accusé de faire obstacle au recrutement des jeunes malmédiens sous l’uniforme allemand. Le 1er octobre 1942, il est arrêté et incarcéré à la prison d’Aix-la-Chapelle, puis transféré à la prison de Plötzensee. L’acte d’accusation stipule : « Démoralisation de la puissance militaire, en relation avec une complicité avec l’ennemi, traître à son pays ». Condamné à mort, il est décapité à Berlin le 1er juillet 1943.
À la Libération, plusieurs hommages locaux sont rendus à l’abbé Péters. Ainsi, par exemple, la rue du Parc est-elle rebaptisée de son nom, qui figure aussi en bonne place sur les monuments aux morts réalisés dans les années 1940. En 1953, une plaque commémorative est inaugurée dans la cour de l’école moyenne des filles, là où il avait enseigné. On peut y lire « Je donne volontiers ma vie pour la jeunesse de Malmedy ».
Mais c’est à l’entame des années 2000 qu’un citoyen malmédien entreprend de rendre hommage à celui qui l’avait empêché de répondre aux sirènes d’apparence séduisantes de la Jeunesse hitlérienne. Comme son frère Camille, Roger Colette (-Lansival) entrait dans l’adolescence au moment des événements qui le marquèrent durablement. Sur les conseils de l’abbé (dont Roger était l’acolyte), les parents Collette envoyèrent Camille se réfugier du côté belge. Roger lui-même fut accueilli à la frontière franco-belge. S’il évita l’incorporation dans l’armée allemande, le jeune Roger entré en résistance fut dénoncé et ne parvint pas à échapper à la mort, au camp d’Ellrich-Buchenwald.
En guise d’hommage à l’attitude volontariste de l’abbé, Roger Collette prend l’initiative d’honorer sa mémoire et fait réaliser, à ses frais, l’esplanade ainsi que le buste de l’abbé Péters. L’ensemble est inauguré le 30 juin 2002.
Non signé, le buste en bronze repose sur un piédestal en pierre bleue, de conception simple. Une première plaque mentionne :
Abbé
J.PETERS
1894 - 1943
Toujours sur la face avant, sur le pied, une autre plaque, plus discrète, identifie le généreux donateur :
« l’aménagement de cette place
ainsi que le monument ont été offerts par
Roger Colette-Lansival
en juin 2002 »
Le buste a été réalisé par la firme allemande Plein-Bronzen, établie à Speicher, tandis que le socle est l’œuvre de la marbrerie malmédienne Victor Meyer.
Informations aimablement communiquées par Raymond Jacob, responsable du cercle historique de Malmedy (juin 2014)
Raymond JACOB, L'abbé Péters, résistant malmédien, dans Malmedy - folklore, Malmedy, 2001-2002, t. 59, p. 91-116, coll. « Malmedy - folklore »
Raymond JACOB, Le monument de l'abbé Péters, dans Malmedy - folklore, Malmedy, 2003-2005, t. 60, p. 53-58, coll. « Malmedy - folklore »
Jacques WYNANTS, Eupen-Malmedy (les « Cantons de l’Est » belges) : la question de la nationalité ; les conséquences, dans Sylvain SCHIRMANN (dir.), Annexion et nazification en Europe : Actes du colloque de Metz, 7-8 novembre 2003, Université de Metz, p. 14-16, en ligne
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t.
Adresse
Place du Parc
4960 Malmedy
Auteur de la fiche
Paul DelforgeChâteau de Fumal
© SPW-Patrimoine

© IPW
Depuis le Moyen Âge, le territoire de Fumal était partagé entre la principauté de Liège et le comté de Namur.
La seigneurie, incluant le château, l’enceinte, l’église et les dépendances agricoles formait une enclave namuroise. L’essentiel du village situé tout autour se trouvait en terres liégeoises et relevait du comté de Moha. La seigneurie de Fumal fut citée pour la première fois au XIIe siècle et comprenait alors une tour de défense et une enceinte fortifiée.
Le site exceptionnel conservé aujourd’hui est l’héritier de cette seigneurie médiévale. Il est situé sur un escarpement rocheux qui domine la vallée de la Mehaigne. On y trouve encore le château, la ferme castrale et l’église Saint-Martin, construits au XVIe siècle et remaniés entre le XVIIe et le XIXe siècle.
L’église Saint-Martin, aujourd’hui paroissiale, était autrefois l’église domaniale comprise dans l’enceinte médiévale du château. L’édifice a été complètement remanié en 1884 en style néogothique par l’architecte Edmond Jamar.
Construite en moellons de calcaire de Vinalmont, pierre de la région, elle comprend une tour flanquée de deux annexes prolongeant les bas-côtés, trois nefs de deux travées et un chœur à trois pans. À gauche du sanctuaire se trouve la chapelle castrale érigée au XVIIe siècle par le seigneur de Fumal Nicolas Hinnisdael.
Dans le cimetière attenant, quelques vestiges de l’ancienne tour médiévale du XIIe siècle témoignent de la présence d’un édifice fortifié depuis la première mention de la seigneurie en 1150.
Le château de Fumal est aujourd’hui le principal témoin de l’occupation namuroise en principauté de Liège.
Destiné à protéger l’enclave, il est signalé dès le milieu du XIVe siècle. L’édifice actuel a été construit à partir de 1622 par Nicolas Hinnisdael mais a été gravement endommagé par un incendie en 1722 et restauré par la suite.
Il se compose de trois constructions formant un L et intégrant les plus anciens éléments du domaine : l’aile sud date de 1622 ; le grand quartier et le donjon datent du XVIe siècle mais ont été entièrement remaniés en 1622 également ; le nouveau quartier date de 1773, à l’emplacement de bâtiments du XVIe siècle.
À l’extrémité est de l’éperon rocheux, la cense d’Al Fosse constitue sans doute le plus beau témoin de l’architecture civile du XVIe siècle en Hesbaye. Dotée d’un important logis gothico-renaissance, elle est classée depuis 1933. Le site, remarquable a plus d’un titre, a été classé dans son entièreté en 1976.
Adresse
Rue de Fumal
4520 Wanze
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Frédéric MARCHESANI, 2013Château de Montaigle
© G. Focant - SPW-Patrimoine
Le château de Montaigle est construit sur un massif calcaire au détour d’un méandre de la Molignée.
Occupé dès l’Âge du Fer (450 av. J.-C.), le site ne s’affirme militairement qu’à la fin de l’époque romaine par l’installation d’une petite garnison militaire (270 apr. J.-C.). Durant le Bas-Empire, des militaires d’origine germanique sont casernés dans des cabanes de torchis et de bois. Cette occupation, probablement intermittente, va se prolonger jusqu’au milieu du Ve siècle.
Abandonnée, la seigneurie est achetée en 1215 par Gilles de Berlaymont qui y fait construire une tour carrée. Implanté à la pointe du rocher, ce donjon est acquis en 1298 par le comte de Namur Guy de Dampierre. Le logis résidentiel est alors installé au sommet et défendu par une tour ronde. Les communs et le puits sont abrités dans la haute-cour, tandis que les écuries, granges et prairies se situent autour de la basse-cour. À sa mort, il fait don du domaine à son second fils Guy de Flandre qui construisit le puissant château fort que nous connaissons encore aujourd’hui. Le bien appartint ensuite en douaire à Marguerite de Lorraine, première épouse de Guy de Flandre.
Chef-lieu du baillage de Montaigle dès le XIVe siècle, le château fut de tous temps étroitement lié au pouvoir comtal. La place soutint Bouvignes lors de ses nombreuses luttes avec Dinant et devint une des principales forteresses du système de défense du comté de Namur. Comme la plupart des autres places fortes namuroises, Montaigle fut détruite par les troupes du roi de France en 1554 et délaissée par la suite. Le domaine fut morcelé à l’Époque moderne et la seigneurie fut engagée en 1640 au chevalier Jean Polchet, président du conseil du comté de Namur, dont le fils fit construire la château-ferme de Falaën.
Les vestiges comprennent aujourd’hui un donjon rectangulaire formant l’ancien logis seigneurial, une cour et le logement de la garnison. Fouillées et consolidées, les ruines sont classées depuis 1946 et reconnues patrimoine exceptionnel de Wallonie. Sur le plateau supérieur, le donjon de plan rectangulaire est accessible par un escalier étroit que commande une tour. On y trouve les pièces de vie du seigneur. Une tour de guet, la plus élevée du château, y est adjointe. De l’autre côté de l’ensemble se trouvent la cour et le logement de la garnison qui occupent le plan inférieur.
Adresse
Rue du Château-Ferme
5520 Onhaye (Falaën)
Classement
Classé comme site le 25 octobre 1946 et comme monument 11 septembre 1981
Patrimoine exceptionnel de Wallonie
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Frédéric MARCHESANI, 2013Statue François PETERINCK
© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
Au tournant des années 1970 et 1980, les autorités tournaisiennes procèdent à la rénovation de leur Conservatoire. Alors que le chantier se termine, six statuettes en bronze sont posées sur le toit-terrasse qui fait face au carrefour du beffroi. Œuvres de Gigi Warny, elles portent le nom de six Tournaisiens ayant acquis une forte notoriété dans différentes activités : Jacques Daret pour la peinture, Pierre de la Rue pour la musique, Lefebvre-Caters pour l’orfèvrerie, Michel Lemaire pour la dinanderie, Pasquier Grenier pour la tapisserie et François Joseph Peterinck (1719-1799) pour la porcelaine.
Originaire de Lille, Peterinck est occupé à la démolition des fortifications de Tournai durant l’occupation française de 1745-1748, avant de faire commerce de charbon à Ath, puis d’investir à Tournai, en 1750-1751, dans le rachat d’une toute nouvelle manufacture de faïences. Ouvrant aussi une usine de porcelaine, François (-Joseph) Peterinck ne va plus s’occuper que du développement de son entreprise, la hissant au sommet de la production européenne de son temps, au point de rivaliser avec les faïences de Sèvres et de Saxe.
Disposant d’un monopole pour la fabrication de la porcelaine sur tous les Pays-Bas, la Manufacture impériale et royale de Tournai réalise une production variée et de très grande qualité qui lui assure une durable réputation. Il n’est par conséquent pas étonnant que François Peterinck soit considéré comme l’une des six personnalités les plus importantes de l’histoire culturelle et artistique de Tournai.

Car tel est bien le sens à donner aux six statuettes réalisées par Geneviève Warny. Née à Bruges en 1958, cette artiste autodidacte qui offrait les petites statues qu’elle créait à ses amis s’est laissée convaincre par l’architecte André Wilbaux de réaliser « six attitudes grandeur nature » pour le fronton de l’ancien Conservatoire de Tournai. Relevant le défi, en travaillant le bronze pour la première fois, Gigi Warny délaisse la psychologie qu’elle avait étudiée à l’université catholique de Louvain (1983) pour faire de la sculpture son activité principale. Installant son atelier à Louvain-la-Neuve, elle réalise des œuvres variées pour la cité universitaire (fontaine Léon et Valérie en 1984 sur la place de l’Université, La main en diplôme en 1995 près des Halles, Rêverie d’eau en 2001 à la piscine du Blocry), mais aussi ailleurs. Améliorant et modifiant progressivement ses techniques, elle expose essentiellement en Belgique avant de traverser l’Atlantique et d’être connue aussi au Québec.
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Jean LEMAIRE, La porcelaine de Tournai, histoire d’une manufacture, (1750-1891), Bruxelles, Renaissance du Livre, 2005
E-J. SOIL DE MORIALMÉ, dans Biographie nationale, t. XVII, col. 94-98
Adresse
toit du conservatoire – 7500 Tournai