Mémorial Félicien ROPS
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Mémorial Félicien Rops, 17 septembre 1933.
Réalisé par l’architecte Jules Lalière et le sculpteur Armand Bonnetain.
Depuis 1912, les membres namurois de l’association des Amis de l’Art wallon piaffent d’impatience à l’idée de pouvoir inaugurer à Namur un édifice commémoratif digne du talent de Félicien Rops. Malgré un parcours semé d’embuches, l’objectif est atteint quand, le 17 septembre 1933, est dévoilé le monument Rops dans le parc Louise-Marie. Il s’agit d’une réalisation à la fois simple et très originale puisqu’a été reproduit à Namur l’escalier que Félicien Rops lui-même avait imaginé, dessiné et réalisé dans son jardin de la Demi-Lune, à Essones, près de Paris. À l’arrière de cette maison qu’il habitait, à la fin de sa vie, Rops se fit aider par ses deux jardiniers ; il utilisa les pierres ramassées sur place et construisit l’escalier qui relier deux des terrasses de ce jardin garni de roses, qui dévale de la route de Fontainebleau vers la Seine. « Cet escalier à double révolution encadre une muraille où s’enchâsse un vivant médaillon [dû au] sculpteur Armand Bonnetain ». Il trouve très bien sa place dans le cadre arboré du parc aménagé entre 1874 et 1880 et dédié à Louise-Marie d’Orléans.
S’inscrivant dans le cadre des Fêtes de Wallonie, l’inauguration de « l’escalier Rops » attira la grande foule ; en l’absence de Jules Destrée, Armand Rassenfosse – vice-président du Comité du monument Rops – remet officiellement le monument à la garde de la ville de Namur qui l’accepte, via Louis Huart, son bourgmestre.
Pour les amis de Félicien Rops, cette inauguration scelle définitivement une initiative qui remonte à 1912. Au sein des Amis de l’Art wallon, association constituée au lendemain des deux grands salons artistiques organisés par Jules Destrée dans le cadre de l’Exposition internationale de Charleroi en 1911, l’affirmation d’un art wallon passe obligatoirement par l’élévation d’un monument Rops dans l’espace public de Wallonie. Les ambitieux projets ayant été remisés en raison de la Grande Guerre, un autre obstacle se mit sur la route du « monument Rops » après l’Armistice. La section de Liège des Amis de l’Art wallon s’était mobilisée autour d’un projet tout aussi ambitieux, en l’honneur de César Franck. Le centenaire de sa naissance, en 1922, devait donner naissance à un monument que l’on ne voulait pas concurrencer. L’échec de l’initiative des Liégeois raviva le projet des « Namurois » qui posèrent un premier acte concret, en 1925, par l’accrochage d’une plaque commémorative sur la maison natale de Félicien Rops. D’autres projets furent alors élaborés, mais seul le monument inauguré en 1933 aboutira, même si ses initiateurs regrettèrent vivement ne pas avoir réussi à récolter tous les fonds nécessaires à la réalisation d’un imposant bas-relief qui aurait été la reproduction d’un frontispice bien connu de Rops, La Femme et la Chimère, qui aurait parfaitement symboliser son œuvre.
L’inauguration de « l’escalier Rops » qui doit encore se couvrir de rosiers grimpants est alors l’occasion pour les orateurs (principalement Charles Delchevalerie) de rappeler que le « Grand Namurois » est un artiste wallon des plus exceptionnels. Peintre, aquafortiste, dessinateur, illustrateur et graveur, Félicien Rops (Namur 1833 – Essonnes 1898), le provocateur, le compositeur du Pornocratès, n’avait pourtant pas consenti beaucoup d’efforts pour éviter de tomber dans un purgatoire justifié seulement par la pudibonderie de son temps. Les esthètes de l’art wallon ne s’y étaient cependant pas trompés ; ils avaient rapidement reconnu dans l’œuvre de Rops des qualités exceptionnelles qu’il fallait absolument partager avec le plus grand nombre, tout en faisant de Rops un représentant majeur de l’art produit en Wallonie.
Dans les milieux artistiques que fréquente le jeune Rops alors qu’il est inscrit aux cours de Droit de l’Université libre de Bruxelles au milieu du XIXe siècle, on a très vite reconnu le talent du caricaturiste et du lithographe. Illustrateur des Légendes flamandes (1858) de Charles de Coster, il est poussé par Charles de Groux et Constantin Meunier. Maîtrisant toutes les techniques (vernis mou, pointe sèche, aquatinte), il excelle dans la gravure à l’eau-forte qu’il a étudiée à Paris. Illustrateur de Baudelaire (Épaves en 1866, et les poèmes condamnés des Fleurs du mal), Rops devient l’un des illustrateurs les plus recherchés de la capitale française où il s’installe définitivement en 1874, sans renoncer à voyager à travers l’Europe et l’Amérique du Nord. Il en ramène d’éblouissants paysages ; mais à côté de cette peinture à l’huile, le dessinateur continue d’affoler les bourgeois bien-pensant par ses thématiques provocatrices. Membre du Groupe des XX, Félicien Rops a encore croisé la route d’Armand Rassenfosse (1886). De leur profonde amitié naissent une technique particulière de gravure et un vernis mou transparent, au nom évocateur, le « Ropsenfosse ».
Loin de ces techniques, mais faisant preuve d’une créativité indéniable, l’architecte Lalière et le sculpteur Bonnetain intègrent hardiment le mémorial Rops dans le parc Louise-Marie. Proche ami de Jules Destrée, Armand Bonnetain (Bruxelles 1883 – Uccle 1973) signe un médaillon présentant le profil droit de Félicien Rops. Ce médaillon en bronze est enchâssé dans une large plaque de marbre où se lit la dédicace : 1833-1898, Félicien Rops. Quant à Jules Lalière, il adapte à Namur l’œuvre parisienne de Rops.
Médailleur-statuaire, ce fils d’un chef-coq de nationalité française ne prend la nationalité belge qu’en 1926. Ancien élève de Constant Montald, Bonnetain s’adonne d’abord à la peinture avant d’être happé par la sculpture à la suite des cours de Charles Van der Stappen qui l’initie plus particulièrement à l’art de la médaille. Contemporain des Anto Carte, Paul Delvaux, René Magritte et Edgar Tytgat, de Pierre Theunis et Marcel Rau, Armand Bonnetain se spécialise dans le seul genre de la médaille. Du portrait de l’épouse de Van der Stappen, en 1902, à la représentation du compositeur Léopold Samuel, sa dernière réalisation en 1968, Bonnetain signe près de trois centaines de médailles, réalise des bas-reliefs, parfois de grande taille, ne réalisant des bustes exceptionnellement que pour ses amis (comme celui de Jules Destrée en 1913). Comme l’écrit François de Callataÿ, « Bonnetain s’inscrivit comme l’héritier de la tradition renaissante du portrait en médaille, qui fait correspondre au portrait physique du droit celui moral du revers ». S’il est le plus souvent adepte du format rectangulaire, il signe à Namur un médaillon arrondi pour Félicien Rops. Il s’intègre dans une pierre rectangulaire beaucoup plus large qui prend place au milieu de l’escalier réalisé par Jules Lalière (Lambusart 1875 – Namur 1955). Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles dans les années 1890, il sera désigné architecte-urbaniste de la ville de Namur en 1946, nomination consacrant une intense activité d’un demi-siècle dans la capitale wallonne. Installé dès le début du XXe siècle à Namur, il y réalise trois maisons de maître « Art Nouveau » avant de mener la construction de son propre hôtel particulier inspiré par Victor Horta. Le succès qu’il rencontre avant-guerre dans la vallée mosane ne se dément pas quand sonne l’heure de la reconstruction. Si son plan d’aménagement de la Grand’ Place de Namur n’est pas retenu, il obtient des commandes privées (cinéma « Renaissance », maison de François Bovesse, hôtel du Château de Namur à la Citadelle) ou plus sociales (Cité Renaissance à Saint-Servais) où s’expriment des styles fort différents. S’étant consacré aussi à la restauration de monuments anciens, il entre sans surprise comme membre effectif de la Commission royale des Monuments et des Sites (Section Monuments) en 1937. En tant qu’architecte, Lalière apporte une contribution remarquée à deux monuments commémoratifs : le mémorial du massacre de Tamines (avec Mascré, en 1920) et son « escalier Rops » (avec Bonnetain).
Sources
Wallonia 1912, p. 561
La Vie wallonne, 15 août 1921, n°12, p. 573
La Vie wallonne, 15 octobre 1925, LXII, p. 81
La Vie wallonne, 15 décembre 1925, LXIV, p. 133-146
La Vie wallonne, octobre 1933, CXLVIII, p. 66-68
Maurice KUNEL, dans Biographie nationale, t. 33, col. 627-631
François DE CALLATAŸ, Armand Bonnetain, dans Nouvelle Biographie nationale, t. IX, p. 54-58
Marc SIMON, Jules Lalière, dans Nouvelle Biographie nationale, t. III, p. 211-212
Anne-Françoise GOFFAUX, Bernard WODON, Répertoire des architectes wallons du XIIIe au XXe siècle, Namur, 1999, Études et documents, série Aménagement et Urbanisme n°4, p. 99

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Adresse
Parc Louise-Marie
5000 Namur
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Paul DelforgeMonument Camille RONFLETTE
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Monument Camille Ronflette, 11 octobre 1931.
Réalisé par César Battaille.
Au bout de la rue, là où les habitations de Beloeil s’arrêtent et où les prairies reprennent leurs droits, s’élève un imposant monument rendant hommage au docteur Camille Ronflette. Depuis son esplanade spécialement aménagée, encerclé par une épaisse haie basse de legustrum, le monument donne l’impression de dominer l’horizon ; en fonte, une barrière basse entoure encore le monument précédé d’un petit sentier d’accès, tandis qu’un bas-relief représente le profil gauche du médecin décédé dix-huit mois à peine avant la double commémoration organisée par les autorités locales et les amis de Camille Ronflette. Non seulement une stèle lui est dédiée, mais en plus la rue est rebaptisée à son nom dans un délai inhabituellement court (à l’époque, on exige un délai de cinq années avant d’attribuer le nom d’une personnalité décédée à une voirie publique). Cette impatience à célébrer Camille Ronflette n’est que partiellement compréhensible à la seule lecture de la dédicace placée sous le bas-relief :

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A
CAMILLE RONFLETTE
MÉDECIN
1855 – 1930
SES AMIS ET SES CONCITOYENS
RECONNAISSANTS.
Ce sont l’humilité et le dévouement d’un médecin de campagne que ses contemporains ont souhaité immortaliser. Pendant cinquante ans, en effet, Camille Ronflette s'est volontairement investi, sans compter son temps et ses efforts, à s’occuper de tous les malades de Beloeil et de toute la région alentour. À travers Ronflette, tous les médecins sont ainsi remerciés pour le réconfort qu’ils apportent discrètement à la communauté villageoise.
Fils d’un médecin originaire d’Ath venu s’installer à Beloeil, Camille Ronflette (1855-1930) a accompli ses humanités au collège épiscopal d’Enghien, avant de mener des études en médecin à l’Université libre de Bruxelles. Interne aux hôpitaux bruxellois, il paraît promis à des fonctions de direction importantes tant les rapports de service de ses chefs étaient élogieux. À tout le moins, il pourrait se constituer une patientèle cossue dans la « bonne » société de la capitale. Pourtant, Ronflette quitte l’atmosphère de la ville et revient à Beloeil seconder son père et lui succéder comme médecin de campagne. L’attention témoignée par le médecin à ses contemporains prend aussi la forme d’un engagement politique : pendant un quart de siècle, il siège comme conseiller communal et exerce les fonctions d’échevin. Par ailleurs, chacun connaît dans la région de Beloeil sa passion pour la colombophilie et son grand intérêt pour la botanique. Ses observations de la végétation de la région de Beloeil et ses découvertes d’espèces rares ont fait l’objet de diverses publications et Ronflette a été accueilli, en 1884, au sein de la Société royale de Botanique de Belgique.
Pour inscrire dans la durée le souvenir de l’humble médecin, un comité s’est formé et a confié au sculpteur César Battaille la confection du monument. Originaire de Basècles, Battaille (1882-1963) s’est d’abord passionné pour l’aviation avant de poursuivre sa carrière en tant qu’industriel et sculpteur. Il est le fils d’Octave Battaille, industriel spécialisé dans les engrais chimiques et les aliments pour bestiaux et par ailleurs sénateur et bourgmestre de Basècles. Porteur d’un diplôme d’ingénieur civil (Mons et Bruxelles), César Battaille semble avoir aussi suivi les cours de l’École nationale des Arts et Métiers à Paris quand il conçoit et construit un avion au début des années 1910 ; son triplan est d’ailleurs breveté en 1911. Après des essais de vol fructueux, l’invasion puis l’occupation allemandes de 14-18 contraignent cependant Battaille à renoncer à son aventure. Engagé dans l’armée belge, il se retrouve à Calais où il met au point différents types de bombes et d’explosifs. Après l’Armistice, ce pionnier de l’aviation aide son frère dans l’usine familiale et, à partir des années 1930, se consacre principalement à son hobby. Avant la guerre déjà, César Battaille avait présenté quelques-unes de ses sculptures dans des Salons. Ses sujets d’inspiration sont variés, même si deux thématiques influencent manifestement sa production : d’une part, son autre passion pour la chasse et la nature fait de lui un sculpteur animalier ; d’autre part, après la Grande Guerre, Battaille est régulièrement sollicité pour réaliser des stèles et monuments en l’honneur d’aviateurs (ainsi, le monument Edmond Thieffry, en 1932) ; après la Libération, il signe son œuvre maîtresse, en 1950, un imposant monument à la mémoire des aviateurs belges décédés durant le second conflit mondial, au cimetière de Bruxelles. Vingt ans plus tôt, il réalisait le mémorial Ronflette, à Beloeil, plus discret mais au style déjà caractéristique de l’artiste, influencé par la sculpture funéraire italienne et qui signait C.O. BATT.
La Vie wallonne, janvier 1933, CXLVIII, p. 185-188
Louis POPULAIRE, Le docteur Camille Ronflette, savant et philanthrope, dans Coup d’œil sur Beloeil, n°27, 2/1986, p. 72-77
Félicien LEURIDANT, Bibliograpgie beloeilloise. Camille Ronflette 1955-1930, dans Annales du Cercle archéologique dAth et de la région, 1934, t. XX, p. 101-106
Michel MANDL, Pierre CRYNS, César Battaille, Héros de la guerre 1914-1918, avionneur, officier armurier, artiste sculpteur, Les Vieilles Tiges de l’Aviation belge asbl, s.l., s.d.,
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 63
Adresse
Rue docteur Ronflette
7970 Beloeil
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Paul DelforgeBanc Maurice Roland
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Banc Maurice Roland, 28 septembre 1947.
Sculpteur et architecte inconnus.

À la Louvière, le parc communal Warocqué rassemble plusieurs monuments commémoratifs importants. Parmi ceux-ci, un banc rend hommage au chanteur wallon Maurice Roland. Il a été inauguré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au moment où la stèle dédiée à Léopold Dupuis a été déplacée, soit très précisément à l’occasion des Fêtes de Wallonie, le 28 septembre 1947. Les Mouchons d’aunias fêtent alors leur 35e anniversaire. Ce petit monument dédié à Maurice Roland est installé face au monument Vî-Stou. Érigé à l’initiative du groupement wallon Les scryeus du Centre, il se présente sous la forme d’un petit banc dont le nom complet est « le banc de la chanson wallonne » et d’une stèle comportant une inscription en wallon :
Banc del canson walone al memwâre du fel canteû Maurice Roland.
Chansonnier wallon bien connu, Maurice Roland fait partie de la troupe de Coop Parade avec Marcel Vanbrabant et bien d'autres (Chaumont les rejoindra). À la Louvière, l’équipe du journal El Mouchon d’Aunias (né en 1912) met sur pied un cabaret wallon ; s’y produisent les Brismé, les Nopère, Isidore Collin, ainsi que Maurice Roland. Après l’interruption de la Grande Guerre, les activités reprennent.
Aussi ritualisé que le parcours namurois des plaques lors des Fêtes de Wallonie, un cortège folklorique se rend chaque année aussi, à La Louvière, à l’occasion des Fêtes de Wallonie, en différents endroits, dont le parc communal, et l’on s’arrête devant chaque monument. Des discours sont prononcés. Lors de l’inauguration du mémorial Maurice Roland, en 1947, la ville de La Louvière est remerciée pour avoir réalisé le « banc de la chanson wallonne » et pour le soutien attentif qu’elle apporte à la littérature wallonne en général.
Sources
Le Mouchon d’aunias, Revue wallonne, La Littérature patoisante. La chanson. Le folklore du Centre, octobre 1947, 35e année, p. 2-8
Promenade au parc, La Louvière, archives de La Louvière, s.d., p. 21
Adresse
Parc communal
7100 La louvière
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Paul DelforgeChapelle funéraire des seigneurs de Boussu
© Guy Focant
Attestée dès le XIIe siècle, la chapelle funéraire des seigneurs de Boussu constitue certainement le plus bel ensemble de mausolées Renaissance de Wallonie.
Les divers monuments funéraires qu’elle abrite fournissent de nombreuses informations historiques et généalogiques sur les seigneurs de Boussu, personnages influents et fortunés ayant occupé de hautes fonctions aux côtés des comtes de Hainaut, qu’ils soient bourguignons, espagnols ou autrichiens.
Située dans l’ancien cimetière communal désaffecté en 1832, la chapelle est proche de l’église Saint-Géry ; toutes deux ont été reconstruites en style gothique hennuyer à partir de 1501. L’intérieur compte de nombreux gisants, monuments funéraires et épitaphes de seigneurs de Boussu érigés entre le XVe et le XIXe siècle. Plusieurs inscriptions présentes sur ces monuments font référence aux anciens souverains des Pays-Bas ; la plupart des seigneurs de Boussu étaient également chevaliers de la Toison d’Or, titre honorifique créé en 1430 par Philippe le Bon.
La chapelle de Boussu possède un transept dont les croisillons sont surmontés d’une galerie qui accueille un petit musée d’art religieux.
L’intérieur compte de nombreux monuments funéraires et épitaphes de seigneurs de Boussu érigés entre le XVe et le XIXe siècle. Plusieurs inscriptions présentes sur ces monuments font référence aux anciens souverains des Pays-Bas ; la plupart des seigneurs de Boussu étaient également chevaliers de la Toison d’Or, titre honorifique créé en 1430 par Philippe le Bon. Nous retrouverons uniquement ci-dessous un inventaire de ces épitaphes mentionnant clairement les anciens pays et leurs souverains ainsi que les fonctions que ces seigneurs devenus comtes exerçaient dans leurs États :

Photo G. Focant
© SPW-Patrimoine
- Mausolée de Jean de Henin-Liétard (1499-1532) : « Messire Jean, comte de Boussu (…), chevalier de la Toison d’Or, capitaine général en diverses armées de sa majesté impériale Charles Cinq (…), Grand Bailli des Bois du Hainaut (…) ». Sur cet imposant monument attribué au grand artiste montois Jacques du Broeucq, figure un écu aux armes du défunt entouré du collier de la Toison d’Or, représenté également au cou du défunt agenouillé ;
- Epitaphe de Pierre d’Alsace de Hénin (1433-1490) « seigneur de Boussu, chevalier de la Toison d’Or, gouverneur de la ville d’Enghien pour l’Archiduc Maximilien » ;
- Epitaphe de Jean d’Alsace de Hénin-Liétard († 1532) « premier comte de Boussu, chevalier de la Toison d’Or, gentilhomme de la chambre et grand écuyer de l’empereur Charles V (…), grand maître des eaux et forêts du comté de Hainaut ». Intime de Charles Quint et élevé dans son entourage, il est titré premier comte de Boussu par l’empereur ;
- Epitaphe de Jacques d’Alsace de Hénin de Boussu (†1618) « grand maître des eaux et forêts du comté de Hainaut ».
Adresse
Rue Léon Figue 5
7300 Boussu
Classement
Classée comme monument le 15 décembre 1970
Patrimoine exceptionnel de Wallonie
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Frédéric MARCHESANI, 2013Monument Cantoria à la mémoire de Roland de LASSUS
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Monument « Cantoria » à la mémoire de Roland de Lassus, réalisé par Christian Leroy, 12 septembre 1970.
Le premier monument élevé dans l’espace public montois remonte à 1853 et était une statue de Roland de Lattre, ainsi qu’on le nommait à l’époque. Œuvre du jeune sculpteur tournaisien Barthélemy Frison (1816-1877), elle fut controversée, suscitant railleries et ricanements. Certains ne reconnaissaient pas de qualités particulières au musicien, d’autres s’amusaient à ne retenir que quelques événements peu flatteurs dans la vie du personnage, alors que l’on se moquait aussi de l’orthographe « Roland Delattre » gravée sur le socle de la statue, car l’école favorable à « Roland de Lassus » avait déjà démontré la justesse de ses arguments. Les railleries cessèrent au moment de la Grande Guerre : la statue disparaît en effet, durant l’année 1918, ayant été fondue par l’occupant allemand.
Il faut attendre 1970 pour que Mons érige à nouveau un monument en l’honneur de Roland de Lassus, dont un certain nombre d’études avaient établi à la fois l’importance dans l’histoire de la musique et ses origines hennuyères. Ce natif de Mons est en effet considéré comme la plus grande figure de la musique de la deuxième moitié du XVIe siècle. Enfant de chœur à l’église Saint-Nicolas de Mons, sa voix a enchanté plusieurs grandes cours d’Europe. Parti très tôt pour l’Italie, il s’est ensuite rendu en Angleterre, s’est fixé un moment à Anvers, avant d’être engagé comme ténor par le duc de Bavière (1556) et d’être nommé maître de chapelle à Munich (1563-1594), ville où il devait décéder. Compositeur prolifique, peut-être l’un des plus prolifiques de son temps, Roland de Lassus n’a cessé d’alimenter les plus importants éditeurs d’Europe, à l’heure où l’imprimerie en est à ses débuts. Son répertoire est nourri d’une soixantaine de messes, de passions, de Magnificat, ainsi que de diverses pièces liturgiques, de motets et de chansons françaises, de madrigaux italiens et de lieder allemands. En étant le premier à « commercialiser » ses « chansons » et sa musique religieuse, de Lassus sort des sentiers battus et, partout, il est accueilli comme « le prince des musiciens ».
Très éloigné du style de Barthélemy Frison, le « nouveau » monument situé au pied de la collégiale Sainte-Waudru est d’une toute autre facture. Inauguré à Mons le 12 septembre 1970, dans le cadre des Fêtes de Wallonie, il s’intitule « Cantoria ». Pour le découvrir, une manifestation officielle rassembla les hommes politiques locaux Abel Dubois et Léo Collard, mais aussi l’évêque de Tournai, le recteur du Centre universitaire montois et un représentant de la ville de Munich. L’hommage explicite au musicien wallon est gravé dans la tranche du socle de quelques centimètres qui soutient le bronze de trois choristes réunis pour interpréter une partition de Roland de Lassus. L’œuvre est due au sculpteur Christian Leroy (1931-2007).

Né à Charleroi, Leroy a bénéficié rapidement des conseils artistiques de sa mère, la peintre Simone Leroy, et a suivi des cours de sculptures à Bruxelles, à l’Institut supérieur Saint-Luc d’abord (où il croise la route de Harry Esltröm), à l’Académie des Beaux-Arts ensuite (1955-1956), avant de fréquenter l’Institut supérieur d’Anvers. Prix Godecharle 1955, prix de la province du Hainaut 1957, lauréat du Prix de Rome 1957, Ch. Leroy voyage au Congo (1958), avant de s’installer à Binche quand il
entame une carrière de près de 35 ans comme professeur à l’École technique de Saint Ghislain et à l’Académie de Mons (qui deviendra par la suite l’École supérieure des Arts plastiques et Visuels). Membre fondateur des groupes Sextant, Maka (1971-1976) et Art Cru (1976-1979), il est aussi membre du groupe Polyptyque (1980-1983). Dessinateur et céramiste, il travaille le verre aussi bien que la terre, et réalise principalement des formes humaines qu’il singularise dans un style qui lui est propre. Outre plusieurs expositions personnelles en Wallonie comme en Europe, Christian Leroy a répondu à plusieurs commandes publiques comme à Marche (Le Gand Georges), à Binche (Les Mineurs), à Battignies (Le Paysan), ou à Mons où il livre ce trio de petits chanteurs en bronze, en mémoire du célèbre musicien wallon Roland de Lassus, dont chacun s’accorde, désormais, à reconnaître unanimement le talent.
Sources
Yvon VANDYCKE, Christian Leroy. Sculpteur, s.l., 1977
Combat, 23 mai 1974, n°21, p. 3
Mémoires de Wallonie, Les rues de Louvain-la-Neuve racontent…, Luc COURTOIS (dir.), Louvain-la-Neuve, Fondation Humblet, 2011, p. 244-245
La Vie wallonne, III-IV, 1970, n°331-332, p. 546-547
Jean WUILBAUT, Mons 1853-1868. Controverses autour de la statue de Baudouin de Constantinople, dans Annales du Cercle archéologique de Mons, Mons, 1988, t. 73, p. 1-45
Serge LE BAILLY DE TILLEGHEM, dans Jacques VAN LENNEP, La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 402-403
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 68
Adresse
Au pied de la Collégiale Sainte-Waudru
Rue du Chapitre
7000 Mons
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Paul DelforgeEnsemble monumental Roger de la Pasture
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Ensemble monumental à la mémoire de Roger de le Pasture, réalisé par Marcel Wolfers, 20 septembre 1936.
Longtemps considéré comme un peintre flamand, sous le nom de Rogier Van der Weyden, Roger de le Pasture commence à être mieux connu depuis la moitié du XIXe siècle, moment où deux Tournaisiens – Charles-Barthélemy Dumortier et Alexandre Pinchart – établissent que son lieu de naissance est à Tournai, sous le nom de Roger de le Pasture. Au début du XXe siècle, cependant, ce lieu d’origine n’en fait pas un artiste de Wallonie, ses œuvres continuant d’être présentées comme appartenant à l’école flamande (dans le sens ancien de cet adjectif), mais aussi comme réalisées par un artiste flamand (dans le sens politique acquis par l’adjectif à la fin du XIXe siècle). C’est en s’interrogeant sur l’existence d’un art wallon, exercice pratique tenté en 1911 dans le cadre de l’

Étudiant l’œuvre de l’artiste tournaisien du XVe siècle sous toutes ses coutures, l’esthète Jules Destrée y voit un peintre essentiellement wallon, figure de proue d’une « école » dont la création en 1912 et l’activité de la société des « Amis de l’Art wallon » doivent encore démontrer l’existence. Cité dans la
À l’entame des années 1930, Jules Destrée publie une forte synthèse sur Roger de le Pasture – van der Weyden et, dans la perspective de l’Exposition internationale de Bruxelles en 1935, le projet d’ériger un monument est confié à Marcel Wolfers (1886-1976). Son œuvre sera placée devant le Palais de l’Art Ancien lors de l’Exposition de 1935, puis offerte à la ville de Bruxelles ; cachée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle restera dans les collections de l’hôtel de ville de Laeken. Parallèlement, Jules Destrée suggère qu’une « réplique » trouve place à Tournai. Dès 1934, il prend contact avec le bourgmestre Henri Carton et, très vite, pour acquérir l’œuvre s’associent « les Amis du Hainaut », la Société de l’Art wallon, la société historique de Tournai, le ministère de l’Instruction publique et les autorités tournaisiennes. Par rapport à l’œuvre présentée à Bruxelles, seule la couleur des émaux diffère sur la statue « tournaisienne » qui est inaugurée le 20 septembre 1936, dans le cadre des Fêtes de Wallonie. La presse locale affirme que les couleurs correspondent à celles du tableau de Pasture.
L’œuvre installée à Tournai en 1936 sera fortement détériorée par les bombardements allemands que subit la cité en mai 1940 ; la polychromie de Wolferts disparaît. Une rénovation récente s’est inspirée des couleurs du tableau peint par de le Pasture en 1435. Pour retrouver les couleurs choisies par Wolfers pour l’expo de 1935, il faut se référer à l’œuvre restaurée en 2012 qui se trouve à la maison communale de Laeken.
Le célèbre orfèvre bruxellois Marcel Wolfers transpose dans un ensemble en bronze émaillé le tableau de Roger de le Pasture présentant Saint Luc en train de peindre le portrait de la Vierge à l’Enfant. L’œuvre est spectaculaire et singulière. Sur un large socle en pierre bleue, quatre volumes rectangulaires se succèdent formant une sorte de long escalier. Sur la marche la plus basse, à gauche, Luc agenouillé est en train de représenter la Vierge allaitant Jésus, assise sur le cube le plus haut. La polychromie étonne, surtout sous les rayons du soleil. Au centre du socle en pierre bleue, a été gravée l’inscription :
ROGER DE LE PASTURE
DIT VAN DER WEYDEN
NE A TOURNAI EN 1399
MORT A BRUXELLES EN 1464
Marcel Wolfers est le fils de Philippe (1858-1929) et le petit-fils de Louis (1820-1892) Wolfers, maîtres-orfèvres établis à Bruxelles depuis la fin du XIXe siècle ; ils y possèdent et gèrent les ateliers « Wolfers frères » qui emploient une centaine de personnes et qui vont se spécialiser aussi dans la joaillerie et les arts décoratifs au début du XXe siècle en s’inscrivant résolument dans le courant de l’Art nouveau. Marcel Wolfers poursuit la tradition familiale en matière d’orfèvrerie et de sculpture, dans l’ombre de l’exceptionnel talent paternel, tout en innovant et en devenant l’un des meilleurs laqueurs du monde. Sans possibilité de vérifier l’information, on affirme qu’il avait retrouvé le secret des laques bleues perdu depuis les Ming.
Sculptant aussi bien la pierre que le bois, Marcel Wolfers a réalisé notamment le Chemin de croix de l’église de Marcinelle, ainsi que les monuments commémoratifs de la guerre à Louvain, Jodoigne et Woluwe-Saint-Pierre, sans oublier l’impressionnante statue du Cheval dit Wolfers, à La Hulpe. En orfèvrerie, le milieu de table Ondine, acquis en 2003 par la Fondation roi Baudouin, est une pièce exceptionnelle réalisée pour impressionner les visiteurs étrangers lors de l’Expo de 1958.
Sources
Marnix BEYEN, Jules Destrée, Roger de le Pasture et « les Maîtres de Flémalle ». Une histoire de science, de beauté et de revendications nationales, dans Philippe DESTATTE, Catherine LANNEAU et Fabrice MEURANT-PAILHE (dir.), Jules Destrée. La Lettre au roi, et au-delà. 1912-2012, Liège-Namur, Musée de la Vie wallonne-Institut Destrée, 2013, p. 202-217
Wallonia, 1913, p. 543-550
Jacky LEGGE, Mémoire en images : Tournai, t. II : Monuments et statues, Gloucestershire, 2005, p. 52-53, 97-98
Marcel Wolfers. Sculpteur-Laquer, Bruxelles, 1970
Marcel Wolfers. Ondine, pour l’Expo 58, Bruxelles, Fondation roi Baudouin, 2006
Anne-Marie WIRTZ-CORDIER, Nouvelle Biographie nationale, t. III, p. 304-312
Suzette HENRION-GIELE et Janine SCHOTSMANS-WOLFERS, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 616-618
La dynastie des Wolfers, maîtres de l’argent, exposition présentée au Design Museum de Gand, janvier-avril 2007
Françoise URBAN, Marianne DECROLY, Redécouverte d’un bronze laqué monumental de Marcel Wolfers, dans Association professionnelle de conservateurs-restaurateurs d’œuvres d’art, asbl, Bulletin, 2013, 4e trimestre, p. 21-28
Adresse
Place Vieux Marché aux Poteries
7500 Tournai
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Paul DelforgeStèle et bas-relief Léon RINQUET
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Stèle et bas-relief Léon Rinquet
Hockai – Chemin du Grand Biseû, face au cimetière ; 16 septembre 1984
Réalisé par Gilbert Zeyen

Située le long du chemin du Grand Biseû, à Hockai, face au cimetière, une stèle dédiée à Léon Rinquet, surnommé le Négus, rend hommage à une personnalité atypique des Hautes Fagnes. Le bas-relief en bronze a été réalisé en 1984 par Gilbert Zeyen.
Docteur en Sciences physiques et mathématiques, Léon Rinquet (Liège 1891 – Xhoffraix 1974) est un professeur de mathématiques qui enseigne dans un athénée du Namurois lorsqu’il perd sa mère à l’entame des années 1930. Cette disparition le rend inconsolable, d’autant qu’il nourrit un profond ressentiment à l’égard du Ministère de l’Instruction publique qui, par une mutation, l’a éloigné de sa mère et l’a empêché de s’en occuper comme il le souhaitait. Fâché avec le monde qui l’entoure, Rinquet abandonne son métier et sa maison ; il a décidé de rechercher la solitude dans les Fagnes. En 1935, il arrive à Xhoffraix où il souhaite ouvrir un refuge pour les « vrais fagnards » et choisit d’acheter quatre hectares de landes et de l’installer sur « le Fraineu », entre la route de Hockai et le ru des « Trôs Marêts » d’où le panorama est inégalable.
En quelques mois, et malgré l’opposition des Amis de la Fagne qui craignaient la multiplication de tels projets, Rinquet construit une imposante cabane en bois, au toit de chaume, capable d’accueillir plusieurs hôtes, dans des conditions de vie consciemment « spartiates ». Le mauvais sort devait cependant s’acharner sur Rinquet : le 26 août 1937, la foudre s’abattait sur sa construction et la transformait en torchère, ruinant ses espoirs comme ses ressources. Néanmoins, il se remit à l’ouvrage et une cabane plus modeste était accessible quand survinrent les hostilités de la Seconde Guerre mondiale. Prise pour cible par les Allemands opérant des manœuvres dans les territoires annexés, la cabane de Rinquet ne résiste pas. Rinquet est contraint de trouver refuge à Hockai. Après la Libération, délivrant des cours particuliers dans la région, Rinquet reconstruit un troisième abri, bien différent des deux premiers, car aménagé dans le sol et finalement à son seul usage. C’est la neige cette fois qui a raison de la résistance du toit… Surnommé le Négus notamment en raison de son faciès, Rinquet réintègre progressivement la société et fait partie intégrante de la communauté villageoise de Xhoffraix. Son itinéraire atypique a fait l’objet de diverses légendes et les médias se sont intéressés à son histoire.
Le souvenir du Négus reste à ce point vivant dans la région qu’un monument lui a été consacré. Pour commémorer les 10 ans de sa disparition, est inaugurée une stèle en pierre assez rustique, avec un sobre et artistique bas-relief signé Gilbert Zeyen, représentant le facies du personnage avec l’indication :
LEON RINQUET
DIT
« LE NEGUS »
1891-1974
Après une carrière d’instituteur et de directeur dans des écoles de Dison et d’Olne, Gilbert Zeyen s’est installé à Hockai, où il se consacre à ses multiples passions, peinture, taxidermie, ébénisterie, forge, sculpture.
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse (articles de (Vers) l’Avenir)
René Bovy, Guy Parmentier, Michel Vanderschaeghe, Fontaines, Croix, Bacs, Chapelles, Plaques, Monuments & vieilles Pierres... Répertoire photographique du petit patrimoine de l’ancienne commune de Francorchamps, Francorchamps, novembre 2007, p. 123
Marcel Jérôme, Aux alentours du village de Hockai, Cercle des Naturalistes de Belgique asbl, Entente nationale pour la protection de la nature asbl, mémoire pour l’obtention du brevet de guide-nature, 2001
Renseignements communiqués par M. Jean-Bernard Fontaine (23 février 2025)
Adresse
Chemin du Grand Biseû
Face au cimetière
4970 Hockai
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Paul DelforgeStèle Jean REY
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Stèle à la mémoire de Jean Rey, réalisée à l’initiative des autorités communales, 17 mai 1996.

Né à Liège en 1902, dont il fut conseiller communal de Liège (1935-1958) et député (1939-1958), ministre belge à deux reprises (1949-1950, 1954-1958), membre (1958-1970) puis premier président de la Commission économique européenne de 1967 à 1970, ministre d'État (1972), député européen (1979-1980), c’est finalement d’Esneux, dont il était devenu conseiller communal après la fusion des communes en 1976, que Jean Rey a reçu la première manifestation de reconnaissance posthume par l’élév
ation d’une stèle à sa mémoire. Depuis plusieurs années, en effet, il avait choisi de vivre dans le hameau de Cortil et il avait accepté, en octobre 1976, de participer au scrutin communal du « grand Esneux ». Sans surprise, il avait été élu en même temps qu’une jeune candidate socialiste, Jenny Levêque, qui allait devenir par la suite la bourgmestre de la localité, de 1995 à 1998 et de 2001 à 2006.
C’est sous sa présidence qu’une cérémonie inaugurale eut lieu le 17 mai 1996, en présence de la famille de Jean Rey, du président du parti libéral, Louis Michel, et d’un représentant du bourgmestre de Liège. Autour de la stèle commémorative, l’ensemble des convictions libérales, démocratiques, protestantes, wallonnes, fédéralistes et européennes de Jean Rey ont été rappelées. Premier président de la Commission européenne unifiée, Jean Rey avait aussi figuré parmi les tout premiers députés européens élus au suffrage universel (1979), même s’il fut forcé par la suite de céder son siège à Luc Beyer.
Sur une pierre calcaire relativement brute, une plaque métallique carrée est apposée de manière centrale. Entouré de douze étoiles, un cercle foncé laisse apparaître la tête de Jean Rey, légèrement tournée vers la droite. Sous ce portrait, sont mentionnées trois références à ses multiples engagements :
« Jean Rey
1902-1983
Ministre d’État
Conseiller communal d’Esneux
Président de la Commission
des Communautés européennes
1967-1970 ».
Un parterre de fleurs entoure l’avant de la stèle, tandis qu’un arbre a été planté à l’arrière, destiné à abriter le monument d’ici quelques années.
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, dont Le Soir, 18-19 mai 1996
Francis BALACE, Willy DE CLERCQ, Robert PLANCHAR, Jean Rey, liégeois, européen, homme politique, Éditions de l’Université de Liège, Liège, 2002
Paul DELFORGE, Jean Rey, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1424-1427
Demain, Études et Expansion, Numéro spécial à la Mémoire de Jean Rey, 1983, n° 295
Robert FENAUX, Jean Rey, Enfant et artisan de l’Europe, Éditions Labor, Bruxelles, 1972
Adresse
Parc du château Brunsrode, dit château Lieutenant
4130 Tilff (Esneux)
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Paul DelforgeMonument Paul REUTER
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Monument Paul Reuter, 1948
Réalisé par Victor Demanet.
Au pied de l’Église Saint-Donat, près de la rue du Bastion, un monument dédié à Paul Reuter (Clausen 1865 – Arlon 1949) rappelle le souvenir du bourgmestre d’Arlon. Placé dans un espace arboré, le buste réalisé par Victor Demanet a été inauguré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en présence

© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
du mandataire communal qui, quelques mois avant sa disparition, recevait ainsi le témoignage public de la reconnaissance de ses administrés.
Successeur de Numa Ensch-Tesch en 1921, Paul Reuter est avant tout un municipaliste qui perpétue une tradition libérale bien ancrée dans le chef-lieu de la province de Luxembourg. Depuis 1830 en effet, le parti libéral a toujours compté l’un de ses représentants à la tête du collège communal. Après Numa "le bâtisseur" (bourgmestre de 1901-1921), auquel il était apparenté, Paul Reuter abandonne l’échevinat de l’Instruction publique qu’il exerçait depuis 1895 pour ceindre l’écharpe maïorale. Il conforte la majorité libérale durant toute la durée de son mandat qui s’achève en 1949. Seules les occupations allemandes de 14-18 et de 40-45 ont été des périodes de contestation des choix politiques de Paul Reuter. Pour celui qui est né à Clausen, au grand-duché de Luxembourg en 1865, et qui défend la primauté de l’usage du français, la question de l’emploi des langues restera en permanence un enjeu important. Bourgmestre d’Arlon siégeant à l’Assemblée wallonne (1927-1940), Paul Reuter est écarté du maïorat d’Arlon par les autorités allemandes en 1941. Après trois années d’activités clandestines périlleuses, il reprend son maïorat le 10 septembre 1944, jour de la libération d’Arlon.
L’inauguration du monument Reuter, en 1948, est l’occasion d’honorer plus de cinquante ans d’activités communales. Le monument a été commandé à Victor Demanet (Givet 1895 – Namur 1964). Ayant grandi au confluent de la Sambre et de la Meuse où ses parents tiennent un commerce d’antiquités au cœur de la ville, le jeune Namurois était appelé à leur succéder si ses études à l’Académie des Beaux-Arts (1916-1919) où il est l’élève de Désiré Hubin, ne lui avaient pas donné le goût de la pratique de la sculpture. La révélation lui vient des œuvres de Constantin Meunier et surtout de la thématique sociale et ouvrière développée par le peintre/sculpteur bruxellois.
Lors d’un séjour à Paris, les œuvres de Rude, Carpeaux et Rodin finissent de convaincre Demanet que sa voie est dans la sculpture. Remarqué au Salon des Artistes français de Paris, en 1923, pour son buste de Bonaparte à Arcole, Victor Demanet s’impose rapidement comme un portraitiste de talent auquel sont confiées de nombreuses commandes publiques. Comme d’autres artistes de son temps, il réalise plusieurs monuments aux victimes des deux guerres. Tout en poursuivant une œuvre plus personnelle à l’inspiration comparable à celle de Constantin Meunier, avec de nombreux représentants du monde du travail, Victor Demanet est aussi l’auteur de plusieurs dizaines de médailles. C’est un artiste renommé et en pleine maturité qui signe le buste de Paul Reuter, placé à Arlon sur un piédestal en grès d’Esch-sur-Alzette, à la facture simple. En bronze, ce buste présente la particularité d’être plus élancé que les bustes habituels.
La dédicace sur la face avant mentionne simplement :
A PAUL REUTER
LA POPULATION ARLONAISE RECONNAISSANTE
1865 - 1948
Paul DELFORGE, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, 2001, t. III, p. 1416
Bulletin trimestriel de l’Institut archéologique du Luxembourg, 1949, 25e année, p. 40-41
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 397
Jacques TOUSSAINT, Victor Demanet dans Arts plastiques dans la province de Namur 1800-1945, Bruxelles, Crédit communal, 1993, p. 147
Adresse
Au pied de l’Église Saint-Donat
6700 Arlon
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Paul DelforgeBuste Jean-Simon Renier
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Buste Jean-Simon Renier, réalisé par Clément Vivroux en 1883.

© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
C’est en 1930, dans le cadre du centenaire de l’Indépendance belge, que des « citoyens reconnaissants » de Verviers prennent l’initiative d’élever un monument en l’honneur de Jean-Simon Renier, le fondateur du Musée communal. À l’origine, ce mémorial est inauguré sur le square du théâtre de Verviers ; par la suite, il est déplacé et il se trouve désormais, toujours à proximité du théâtre, mais dans la rue Xhavée, au cœur du parc Fabiola. Victime de multiples inscriptions et graffitis, le buste ainsi que son socle ont fait l’objet d’une rénovation majeure à l’automne 2011.
Dessinateur particulièrement doué, Jean-Simon Renier (1818-1907) révéla ses talents au moment où il fréquentait les cours de l’École industrielle et commerciale de Verviers (vers 1831). Intégré chez l’industriel Houget dans son bureau de dessinateur de machines pendant trois ans, Renier obtient une bourse de la Loge des Philadelphes, tandis que, nouveau directeur de l’Académie de Liège, le peintre verviétois Vieillevoye attire le jeune homme vers cette formation (1838) qui sera suivie d’un séjour à l’Académie de Bruxelles (auprès de Navez), puis à celle des Beaux-Arts de Paris (auprès d’Eugène Delacroix). Lauréat de la Fondation Darchis, le jeune Verviétois quitte Paris (1844-1848) pour Rome (1
848-1853), où le contact des antiques et de l’archéologie l’influence définitivement. Après un détour par Naples, il est nommé professeur de dessin à Verviers (1854), où il se consacre davantage à l’art, à l’archéologie et à l’histoire locale qu’à la peinture. En effet, excellent « copieur », il ne parvient pas à exceller et à trouver son originalité. Parti peintre à Rome, il revient à Verviers archéologue… Si plusieurs de ses tableaux sont accrochés dans des églises des villages du pays de Herve, l’essentiel de son œuvre disparaîtra dans un incendie. Conscient de ses limites, Renier met son don pour le dessin au service de l’histoire et de l’archéologie. Dessins édités dans ses nombreuses publications, les œuvres de Renier témoignent du souci du détail et du don d’observation. Faisant œuvre de collecteur et de collectionneur, il rassemble chez lui une grande quantité d’objets et de documentations qui constituent le fonds du Musée communal quand la ville de Verviers décide de le créer en 1884 : l’ancien hospice des Vieillards, désaffecté mais en bon état, devient le Musée Renier. Lors de l’inauguration du musée, le sculpteur Clément Vivroux offrit le buste en marbre blanc à J-S. Renier. Co-fondateur de la Société de langue et de littérature wallonnes (1856), auteur de plus de 500 spots rimés en wallon (1871), il est aussi le fondateur de la Société verviétoise d’archéologie et d’histoire (1897) dont il est le premier président, ainsi que du Cercle littéraire verviétois et de la Société des Fous.
C’est la reproduction d’un buste réalisé en 1883 par Clément Vivroux et offert à J-S. Renier en 1884, déposé sur un haut socle en pierre bleue, qui est inaugurée en 1930, à la suite d’une souscription publique. Sur la face avant, apparaît la mention suivante :
J.S.RENIER
1818–1907
PEINTRE
HISTORIOGRAPHE
__
FONDATEUR
DU
MUSEE COMMUNAL
Né à Liège aux premiers jours de la Belgique, Clément Vivroux (1831-1896) reçoit une formation artistique à l’Académie de sa ville natale, avant de prendre la route de Paris où il devient l’élève de Toussaint à l’École des Beaux-Arts. Sculpteur sollicité pour la réalisation de plusieurs autres monuments verviétois importants (comme la fontaine Ortmans ou la fontaine David, ainsi que les quatre « pères de l’Église », en pierre de France, dans l’église Saint-Remacle), Clément Vivroux est le frère d’Auguste Vivroux et appartient à une dynastie liégeoise qui s’adonne à la sculpture, à la peinture et à l’architecture depuis le début du XIXe siècle et jusqu’à la fin du XXe siècle, signant de multiples constructions dans l’est de la Wallonie.
Sources
La Vie wallonne, 2e année, n°XVII, 15 janvier 1922, p. 219-223
Jules PEUTEMAN, Un Verviétois illustre. Jean-Simon Renier (1818-1907), dans Avant-Poste, numéro spécial J-S. Renier, octobre 1929, n°4, p. 2-40
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 556
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 70, 142
LEJEAR, dans Bulletin de la société d’archéologie et d’histoire de Verviers, Verviers, 1911, t. XI, p. 1-21
Charles DEFRECHEUX, Joseph DEFRECHEUX, Charles GOTHIER, Anthologie des poètes wallons (…), Liège, Gothier, 1895, p. 62-63
Anne-Françoise GOFFAUX, Bernard WODON, Répertoire des architectes wallons du XIIIe au XXe siècle, Namur, 1999, Études et documents, série Aménagement et Urbanisme n°4, p. 142-152
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 760
Adresse
rue Xhavée, parc Fabiola (1930) – 4800 Verviers