Monument Louis-Joseph SEUTIN
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Monument Seutin, 21 juin 1903.
Réalisé par Jean Hérain.
Situé à deux pas de la gare de Nivelles, sur une place arborée, un ensemble statuaire rend hommage au médecin nivellois Louis-Joseph Seutin. L’œuvre de Jean Hérain a été inaugurée en présence du prince Albert le 21 juin 1903. Elle correspond à un courant d’une certaine importance au tournant des XIXe et XXe siècles qui vise à honorer une personnalité active dans le domaine médical. Avec Louis Seutin, cependant, ce n’est pas un simple médecin de campagne que l’on fige dans le bronze pour l’éternité mais à la fois un chirurgien de réputation internationale, une personnalité libérale, voire un « révolutionnaire » de 1830.
Né sous le régime autrichien restauré, ayant grandi sous le régime français, Louis Seutin (Nivelles 1793 – Bruxelles 1862) connaîtra encore le régime hollandais puis belge durant son existence qui l’a vu sortir d’un milieu de modestes agriculteurs pour devenir un chirurgien respecté. À l’École de médecine de Bruxelles (1810-1812), il multiplie les premiers prix avant d’exercer sur les champs de bataille de Dresde et de Leipzig (1813). Nommé par le gouvernement des Pays-Bas chirurgien(-aide)-major à l’hôpital militaire de Bruxelles (1814), il sera tour à tour sollicité pour secourir les grands blessés de la bataille de Waterloo de 1815, puis les combattants des journées de Septembre 1830, ainsi que les soldats au siège d’Anvers en 1831. Après avoir défendu une première thèse à l’Université de Leyde (sur la péripneumonie) en 1816, il est reçu à l’Université de Liège docteur en chirurgie et en accouchements (1820). Co-fondateur puis président de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles (1822), chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Pierre (1823), professeur à l’École de médecine (1824), il inaugure de nouveaux cours et forme de nombreux étudiants à une médecine opératoire moderne. Reconnues sous le régime hollandais, ses qualités le sont aussi, très vite, par le régime belge. Chargé d’organiser le service des ambulances de la jeune « armée » belge, médecin en chef (1831-1836), le médecin du roi devient, en 1854, inspecteur général honoraire du service de santé. Membre l’Académie de médecine (1841), professeur à l’Université libre de Bruxelles (1834), le chirurgien devient un véritable chef de file tant par la qualité de son enseignement que par celle de sa pratique. On retient surtout qu’il a été le premier à procéder à la réduction des fractures par l’utilisation de bandages amidonnés. En 1848, ce chirurgien de réputation internationale est encore le premier à utiliser du chloroforme dans la pratique d’anesthésie. Ses interventions pour améliorer l’hygiène et la salubrité publiques sont aussi décisives et le conduisent à s’occuper davantage encore de la « chose publique ».
En plus de ses activités dans le domaine de la médecine, Louis Seutin accepte de devenir sénateur, en tant que représentant de l’arrondissement de Bruxelles. De manière régulière, le « Nivellois » siège et intervient à la Haute Assemblée (1853-1862), pour défendre le programme du parti libéral. Dans son testament, outre des donations importantes aux hôpitaux de Bruxelles et de Nivelles, ainsi que des actions en faveur des Nivellois (notamment pour la restauration de la fontaine gothique de la Grand’Place), Louis Seutin a légué son cœur à sa ville natale. Dans un premier temps, ce « don » est déposé et conservé dans une urne de bronze dans la chapelle des Hospices dont Seutin était le médecin en chef honoraire. Face à tant de générosité, le maïeur libéral de Nivelles, Albert Paradis, se sentit obligé de lancer un projet de monument, mais la souscription publique ne rencontra pas le succès espéré. Force est de constater que Nivelles manqua l’occasion du centième anniversaire de la naissance de son illustre citoyen et qu’il fallut attendre le tout début du XXe siècle pour qu’un nouveau projet soit lancé. L’urne et le cœur seront placés à l’intérieur d’un monument. Sa réalisation donne lieu à un concours et c’est Jean Hérain qui le remporte (1901).

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Formé à bonne école – notamment auprès de Louis de Taeye à l’Académie de Louvain, sa ville natale, et du Liégeois Eugène Simonis à l’Académie de Bruxelles dans les années 1870, ainsi qu’à l’École des Beaux-Arts de Paris –, Jean Hérain (Louvain 1853 – Ixelles 1924) s’oriente très tôt dans la réalisation de portrait en buste et en médaillon. Fréquentant principalement les Salons organisés en Flandre, où il est fort apprécié mais peu acheté, c’est en Wallonie qu’il inaugure son premier buste dans l’espace public (buste Navez à Charleroi, 1889). Après avoir brièvement tenté sa chance en Amérique, il obtient plusieurs commandes officielles à Bruxelles et pour les chemins de fer. Candidat malheureux pour le Vieuxtemps de Verviers, il décroche plusieurs contrats au début du XXe siècle : le monument Seutin à Nivelles précède des décorations à Bruxelles, les Combattants de 1830 à Grez-Doiceau, et le fameux Sigebert de Gembloux. En observant les œuvres d’inspiration réalisées par Jean Hérain, Hugo Lettens regrettera que l’artiste n’ait pas davantage travaillé dans cette direction. « Il a réalisé quelques magnifiques sculptures » tandis que « ses bustes et monuments (sont) assez conventionnels ». Celui qu’il réalise à Nivelles ne manque cependant pas d’originalité : le buste en bronze au sommet de la stèle ne se limite pas en effet aux épaules ; le sculpteur laisse déborder un long manteau, sur le devant et l’arrière de la stèle, que Seutin porte négligemment sur l’épaule droite ; le sculpteur peut ainsi travailler le tissu et lui donner quelques formes. Par ailleurs, au pied de la colonne de pierre bleue, il a représenté une femme tenant un grand livre sur ses genoux, une coupe d’eau dans sa main droite, et une pièce de tissu au bout de son bras gauche relevé. Ici aussi, l’artiste joue avec les plis des différents vêtements pour figurer « la science émergeant de la nuit ». Comme le buste, l’allégorie est en bronze. Entre le buste et l’allégorie, ont été gravés dans la pierre la dédicace suivante :
AU
BARON SEUTIN
CHIRURGIEN
SA
VILLE NATALE
À l’arrière, apparaissent les dates 1793-1862, tandis que les armoiries de la ville de Nivelles sont incrustées sur le flanc droit de la stèle.
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Hugo LETTENS, Hérain, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 448-449
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 699
Georges LECOCQ, Pierre HUART, Dis, dessine-moi un monument… Nivelles. Petite histoire d’une entité au passé bien présent, Nivelles, Rif tout dju, mars 1995, p. 17-18
Joseph TORDOIR, Des libéraux de pierre et de bronze. 60 monuments érigés à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, Centre Jean Gol, 2014, p. 163-165
Victor JACQUES, Seutin dans Biographie nationale, t. 22, col. 324-339
Jean-Luc DE PAEPE, Christiane RAINDORF-GÉRARD (dir.), Le Parlement belge 1831-1894. Données biographiques, Bruxelles, 1996, p. 506-507
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 699
Adresse
Square Baron Seutin
Angle de la rue de Namur et de l’avenue de Burlet
1400 Nivelles
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Paul DelforgeMonument Henri SEBALD (premier soldat français tombé en Belgique en 1914)
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Monument au premier soldat français tombé en Belgique en 1914
Réalisé par le sculpteur Alex Daoust et l’architecte Paul Dislaire, juin 1984.
Dès l’annonce de l’attaque allemande, le 4 août 1914, chaque village de Wallonie est plongé en état de guerre. À Houffalize, on s’empresse d’abattre de grands arbres sur toutes les chaussées d’accès et une importante barricade est dressée sur la route de Liège. En suivant la voie du chemin de fer vicinal, les premiers soldats allemands sonnent néanmoins à la porte du bourgmestre, dès le 5 août, et le lendemain, une dizaine d’Uhlans logent à l’Hôtel du Commerce. Surpris à leur réveil par l’arrivée d’un escadron de plusieurs dizaines de Dragons français venant de Libramont, ils se réfugient dans l’écurie et les premiers coups de feu éclatent. Pour sommer les Allemands de se rendre, le brigadier de réserve Henri Sebald, relevant du régiment des XXIIIe Dragons (1er escadron, Vincennes), pénètre dans la cour de l’hôtel. En guise de réponse, il est abattu sur le perron. Il devient ainsi le premier soldat français tombé au combat en Wallonie durant la Grande Guerre. Tandis que les dragons tentent de faire exploser puis d’incendier le lieu de refuge des Allemands, ces derniers tentent de s’échapper : trois sont tués et quatre blessés. Houffalize découvre la guerre. Le 8 août, les quatre soldats tués sont enterrés ensemble dans une fosse commune. Après la guerre, les autorités locales transfèrent les restes du soldat français et lui accordent une concession à perpétuité, juste à côté du monument funéraire dédié aux Houffalois morts durant la guerre. Mort au combat à Houffalize le 7 août 1914, Henri Sebald était né à Versailles le 21 février 1889. Apprenti charcutier, il avait accompli son service militaire de 1910 à 1912 et avait été rappelé comme réserviste pour effectuer un mois d’entraînement en juin 1914. Le 1er août, il était mobilisé comme cinq de ses frères.
À l’automne 1936, dans un contexte général marqué par la montée du nazisme et par le changement de politique extérieure du gouvernement belge (politique dite d’indépendance), les « Anciens Combattants du canton de Houffalize » lancent le projet de commémorer ce fait d’armes et d’honorer le premier Français tombé en Belgique en 1914. Il doit s’agir d’un signe de l’amitié franco-belge. Selon les moyens financiers qui seraient rassemblés sous forme de souscription, le « Comité Sebald » présidé par G. De Greef (aidé par M. Goose, secrétaire-trésorier) envisage indifféremment une plaque ou un monument. L’initiative est placée sous les auspices de l’administration communale, et la présidence d’honneur est attribuée à Justin Dubru, le bourgmestre de la localité en 1914. Ayant obtenu le soutien de l’ambassade de France, les initiateurs mettent sur pied un comité d’honneur où se retrouvent l’ambassadeur de France, le consul général Fernand Sarrien, Paul Van Zeeland, Paul-Henri Spaak, le général Denis, etc.
Le 10 juillet 1938, l’inauguration se déroule en grandes pompes. Quatre jours plus tard, le catholique liégeois Octave Lohest dit toute l’émotion qui l’a gagné lors l’événement, en évoquant l’amitié aux Combattants français. « Cette amitié a reçu dimanche à Houffalize le plus éclatant témoignage. Houffalize avait à toutes ses fenêtres des drapeaux français et belges ; comme en novembre 1918 on criait « vive la France » on répondait « vive la Belgique ». J’étais fier de voir passer en tenue les beaux dragons de France (comme en août 1914). 58.000 Français sont tombés sur notre sol pour sa défense (...) Il y a des heures où le cri de vive la France devient une nécessité (...) ».
La réalisation du monument a été confiée au sculpteur Alexandre Daoust (Bioul 1886 – Champion 1947), aidé par l’architecte houffalois Paul Dislaire qui venait d’achever l’école primaire de la localité. D’une hauteur d’un mètre cinquante, un socle en pierre calcaire supporte à l’origine un imposant obélisque. Sur la face avant du piédestal, le bas-relief réalisé par Daoust montre un soldat français touché par une balle en train de s’écrouler. Le prénom et le nom de ce soldat sont indiqués en lettres grasses au-dessus du bas-relief, tandis que son identité complète est déclinée sur la partie inférieure de la stèle :
BRIGADIER DU XXIIIe DRAGONS
PREMIER SOLDAT FRANÇAIS
TOMBE EN BELGIQUE EN 1914
7 AOUT – 7H
Situé sur la place de la gare, le monument a traversé indemne la Seconde Guerre mondiale, du moins jusqu’à l’offensive Von Rundstedt. En décembre 1944, en effet, il a été fortement endommagé et, une fois la paix définitivement revenue, les autorités communales ne conservent que la partie basse qu’elles déplacent dans le parc de l’hôtel du Commerce, à l’endroit même où Sebald a été tué. Finalement, en juin 1984, le monument est une nouvelle fois démonté et rétabli place de la Gare, au croisement de la rue Moulin Lemaire et de la rue Porte à l’Eau, dans un square spécialement aménagé. L’œuvre de Daoust est ainsi respectée, hormis le fait que l’obélisque n’a jamais été reconstruit, ni les deux pans latéraux du socle où étaient incrustés deux blasons.

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Quand il est sollicité, en 1937, pour le monument Sebald, Daoust jouit d’une solide réputation. Dessinateur talentueux, il s’est pris de passion pour la sculpture quand il enseignait les mathématiques à l’Abbaye de Maredsous. Diplômé sur le tard pour pouvoir enseigner le dessin dans les Écoles moyennes de l’État, il accomplit toute sa carrière, comme professeur de dessin, à l’Athénée de Dinant (1920-1946). En parallèle, le co-fondateur de l’Université populaire de Dinant enseigne aussi à l’École industrielle de Dinant. Durant toute la période de l’Entre-deux-Guerres, il s’attèle à ressusciter et à rénover l’art de la dinanderie. Quant à sa propre sculpture, elle se dégage du côté « académique » de ses débuts, pour exprimer son amour de la Wallonie, de ses habitants, de son terroir et de ses traditions. Destiné à immortaliser l’assaut aussi héroïque que vain de quelques « pantalons rouges » lancés à l’attaque de la Citadelle, son remarquable monument L’Assaut, au cimetière français de Dinant, lui ouvre de nouvelles portes (1927). Continuant à sculpter des œuvres d’inspiration personnelle, Daoust répond à des demandes de particuliers et à des commandes officielles. Le bas-relief réalisé pour Houffalize synthétise à la fois ses convictions et son savoir-faire. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il se lance dans un projet qu’il mûrit depuis longtemps : « réaliser un ensemble d’œuvres sculpturales (reliefs, statues) et fusains dont le thème serait d’essence tout à fait wallonne », qu’il intitulerait L’Âme wallonne et qui serait installée à Liège. De ce projet ambitieux, il n’aura l’occasion de réaliser que la partie centrale, « Noël de Wallonie » (1946-1947).
Archives du Consulat de France à Liège, chemise « monument à Houffalize » (1938)
Archives du Consulat de France à Liège, chemise 14 juillet, note Ambassade n°157, Europe n°142, 15 juillet 1938 (dont l’intervention d’Octave Lohest)
Fonds d’histoire du Mouvement wallon, Fonds Carlier, boite 62, Correspondance
La Vie wallonne, juin 1938, CCXIV, p. 290
La Voix du Combattant, 3 septembre 1938
Le Gaulois, 4 mars 1950, n°183, p. 6
Jean SCHMITZ, Dom Norbert NIEUWLAND, Documents pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, Bruxelles, Paris, première partie, 1920, p. 56-57
Paul GEORGES, Luc NOLLOMONT, Jo VERBRUGGHEN, Fors l’oubli. Petit guide des monuments et plaques commémoratives des deux guerres 1914-1948 — 1940-1945 situés sur la commune de Houffalize, dans Bulletin du Cercle d’Histoire et d’Archéologie, Segnia, 1994, t. XIX, fascicule n°3, p. 24 et 27
Jean SERVAIS, Le sculpteur Alex Daoust, dans La Vie wallonne, 1947, n°238, p. 81-104
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 288
Adresse
Place de la Gare
Au croisement de la rue Moulin Lemaire et de la rue Porte à l’Eau
6660 Houffalize
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Paul DelforgeMonument Jean-Baptiste SCORIEL
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Monument Jean-Baptiste Scoriel, 18 septembre 1954.
Réalisé par Victor Demanet.
Pour découvrir le monument Scoriel, à Tamines, il convient, en venant de Fosses, de bifurquer à droite, à hauteur des feux qui précèdent l’accès au pont sur la Sambre. En prenant la direction de l’ancien abattoir, apparaît non loin de l'écluse de Moignelée, en bord de Sambre, un médaillon incrusté sur une stèle en marbre de Bioul qui rend hommage à
Jean-B SCORIEL
PEINTRE DE LA SAMBRE
Certaines lettres de la dédicace se sont décrochées avec le temps et ont été repeintes de manière à identifier ce monument solitaire, loin du centre de Tamines, implanté à quelques mètres du chemin de halage, dans un endroit particulièrement calme, en d’autres termes dans un environnement que recherchait particulièrement le peintre honoré.
« Maître de la Sambre », mais aussi « maître de la neige », Jean-Baptiste Schorielle est l’aîné d’une famille de cinq enfants dont le père, venu de Flandre, est mineur au Roton, à Farciennes. Passionné par le dessin et la peinture dès son plus jeune âge, J-B. Schorielle (Lambusart 1883-Tamines 1956) se retrouve orphelin dès 1895 et contraint de subvenir aux besoins vitaux. Dès lors, il travaille en usine (briqueterie et fonderie), mais s’efforce néanmoins de suivre les cours de l’École des Beaux-Arts de Namur, dont Théodore Baron est le directeur. À Tamines où sa famille s’était établie depuis 1886, l’artiste s’imprègne de son environnement immédiat : la Sambre et la Biesme s’imposent comme ses sujets de prédilection, le peintre paysagiste s’attachant à la campagne comme à l’habitat ouvrier. Signant J-B. Scoriel, il s’inscrit dans le courant de l’École d'Émile Claus. Mobilisé durant la Grande Guerre, il est blessé sur le front. En convalescence à Dieppe, il y reste quelque temps, y poursuit sa production picturale, avant de revenir à Tamines, trop attiré par le cadre sambrien. En 1922, il réalise une toile représentant le massacre du 22 août 1914.
À partir des années 1920, s’ajoute à ses sujets de peinture une prédilection pour les paysages enneigés. Les « Neiges de Scoriel » fascinent. Elles lui valent son second surnom. « Maître de la Sambre » et « maître de la neige », Scoriel est en recherche permanente du calme et d’une lumière « du Nord ». L’exode forcé de mai 1940 place Scoriel en face de la lumière du Sud (il est réfugié dans le Tarn et Garonne). Il ne s’agira que d’une parenthèse dans l’œuvre de cet artiste dont le style n’a cessé d’évoluer et qui reste difficile à catégoriser, même si d’aucuns ont identifié cinq périodes dans son œuvre : la période réaliste, sous l’influence de son maître Baron, la période luministe, la période dieppoise, la notoriété et l’après-guerre. Plusieurs jeunes artistes trouvèrent des conseils auprès du maître, dont son fils Jean-Marie devenu peintre lui aussi.

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L’amitié de Scoriel avec le sculpteur Victor Demanet désignait naturellement celui-ci comme exécuteur du médaillon destiné au monument du peintre. Né à Givet de parents namurois, Victor Demanet (1895-1964) a grandi au confluent de la Sambre et de la Meuse, où ses parents tenaient un commerce d’antiquités. Appelé à leur succéder, Demanet f
réquente l’Académie des Beaux-Arts (1916-1919) où il est l’élève de Désiré Hubin, mais la révélation lui vient des œuvres de Constantin Meunier et surtout de la thématique sociale et ouvrière développée par le peintre/sculpteur bruxellois. Lors d’un séjour à Paris, les œuvres de Rude, Carpeaux et Rodin finissent par convaincre Demanet que sa voie est dans la sculpture. Remarqué au Salon des Artistes français de Paris, en 1923, pour son buste de Bonaparte à Arcole, Victor Demanet s’impose rapidement comme un portraitiste de talent auquel sont confiées de nombreuses commandes publiques. Comme d’autres artistes de son temps, il réalise plusieurs monuments aux victimes des deux guerres. Il est aussi l’auteur de plusieurs dizaines de médailles, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre une œuvre plus personnelle à l’inspiration comparable à celle de Constantin Meunier, avec de nombreux représentants du monde du travail. C’est par conséquent un artiste en pleine maturité de son art qui signe le médaillon Scoriel.
En 1954, une rétrospective des œuvres du « peintre de Tamines » se déroule dans sa ville natale qui honore ainsi l’enfant du pays et, à cette occasion, inaugure, en sa présence, le monument du bord de Sambre. La pierre est orientée de telle manière que le portrait du peintre, dans le médaillon, semble continuer à observer le paysage pour ses toiles d’éternité. Des témoignages locaux rapportent que l’emplacement du monument était l’un des endroits préférés du peintre qui y posait une toile de petite taille, avant de rentrer à son atelier, où il donnait libre cours à son talent sur une toile plus grande.
Informations communiquées par M. Bernard Janssens (mai 2014)
Edmond DOUMONT, Jean-Baptiste Scoriel, Tamines 1954, p. 7
Jean FICHEFET, Nouvelle Histoire de Tamines, Gembloux, J. Duculot, 1963
Frédéric MAC DONOUGH Abécédaire des peintres du Pays de Charleroi, Bruxelles, Labor, 2006.
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 417
Adresse
Rue de l'abbaye, en bord de Sambre
5060 Sambreville
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Paul DelforgeMonument Théodore SCHWANN
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Statue à la mémoire de Théodore Schwann, réalisé par Alfred Courtens, 23 novembre 1954.
Lorsque l’on monte les escaliers d’accès à l’Institut de Zoologie de l’Université de Liège, ainsi qu’à l’Aquarium de l’Université, il est impossible de manquer, sur le côté droit, la statue en bronze d’Édouard Van Beneden et, sur le côté gauche, la statue en bronze de Théodore Schwann (1810-1882). Posée sur un promontoire rectangulaire en pierre bleue qui s’inscrit dans la nouvelle architecture donnée au bâtiment à l’entame des années 1950, la statue présente le professeur Schwann debout, en toge, le bras droit plié, avec la main légèrement vers l’avant tenant un microscope ; elle pose la stature du chercheur dont le nom est gravé au centre d’un rectangle de la pierre laissée brute dans ce cadre. L’inscription est sobre :
« THÉODORE SCHWANN
1810-1882 »
Afin d’éclairer davantage le passant sur les mérites du personnage ainsi statufié dans l’espace public, une plaque en bronze est apposée au bas de l’escalier, à hauteur du trottoir ; elle indique que l’initiative a pu être réalisée grâce à :
« LA GÉNÉROSITÉ DU PROF. P. NOLF (QUI)
A PERMIS
À L’UNIVERSITÉ DE LIÈGE
DE DÉDIER CETTE STATUE
LE 23 NOVEMBRE 1954
AU FONDATEUR DE LA
THÉORIE CELLULAIRE ».
À l’un des frontons du bâtiment datant de 1888, une exécution de Léopold Noppius montrait déjà Darwin au centre, tandis que Schwann figurait à gauche. Cette fois, c’est le sculpteur bruxellois Alfred Courtens (1889-1967) qui a reçu commande de représenter Théodore Schwann. Ayant grandi dans une famille de peintres, sculpteurs et architecte, le fils de Franz Courtens bénéficie des conseils de Charles Van der Stappen à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, avant de suivre les cours de Thomas Vinçotte à l’Institut supérieur national des Beaux-Arts à Anvers. Prix Godecharle 1913 (grâce à un Caprice exceptionnel, Le Caprice est le nom de l’œuvre audacieuse qu’il vient de réaliser), le jeune artiste cherche à sortir des sentiers battus ; mais, après la Grande Guerre, il répondra essentiellement à des commandes officielles, tout en accordant beaucoup d’attention à la famille royale de Belgique (notamment monument reine Elisabeth à Eisden, Léopold II à Ostende, reine Astrid à Courtrai, Léopold III à Courtrai, etc.). Désormais, la production de Courtens va correspondre à la volonté des autorités nationales d’honorer les victimes de la Grande Guerre et de réaffirmer le projet politique de 1830. Ses monuments sont essentiellement implantés en Flandre et à Bruxelles, mais pas seulement : il signe en effet le monument de La Louvière, de Virton et de Sombreffe pour les victimes de 14-18 et, en 1949, il est le lauréat du concours visant à ériger La borne de la Libération à Hértain, première localité libérée par les troupes britanniques en 1944. Des bustes lui sont aussi commandés par des industriels, des diplomates et des hommes politiques (Gutt, Pholien, etc.). « Illustrateur du sentiment patriotique belge », médailleur et statuaire de la Cour, Courtens est absorbé par la statuaire publique. De 1927 à 1951, il enseigne aussi le modelage et la sculpture à l’Académie de Dendermonde (la ville dont sa famille est originaire).
C’est quelques mois après avoir signé la statue équestre du roi Albert, au Mont des Arts, à Bruxelles, et surtout le buste du professeur Nolf (1873-1953), président de la Fondation médicale Reine Elisabeth que Courtens réalise le monument liégeois de Schwann. Ancien ministre (1922-1923), mais surtout président de la Croix-Rouge de Belgique et prix Nobel en 1925, le professeur Pierre Nolf permet l’érection du monument dédié à Schwann, tant par sa générosité que parce qu’il connaît bien Courtens et qu’il admire Schwann.
Attiré à l’Université de Louvain d’abord (1839-1848), puis à celle de Liège (1848-1882), le professeur allemand Théodore Schwann (1810-1882) est l’initiateur d’un puissant courant de recherche biologique, dont les biotechnologies actuelles sont incontestablement redevables. Ayant assuré sa formation aux universités de Bonn, Wurtzbourg et Berlin, détenteur d’un doctorat (1834), Schwann est l’auteur de plusieurs découvertes fondamentales (entre 1835 et 1839), avant d’élaborer, en 1839, la « théorie cellulaire ». Pour la première fois, l’hypothèse est émise que des cellules sont présentes dans tous les tissus vivants et que tous les organismes ne sont rien d’autre qu’un assemblage de cellules. Les découvertes du physiologiste, histologiste et cytologiste ouvre ainsi les portes à la biologie générale, au développement de la physiologie et de la pathologie expérimentales, à l’étude de la transmission de la vie et donc de l’hérédité, tandis que l’anatomie traditionnelle devra désormais s’accompagner de l’embryologie. À Liège où lui survivra une véritable école, le professeur Schwann crée un laboratoire de pointe où beaucoup d’appareils sont de son invention. Travaillant de concert avec les milieux industriels liégeois, il contribue à divers perfectionnements et inventions, dont un appareil respiratoire particulièrement utile pour des sauvetages lors d’accidents miniers.
Sources
Charles BURY, Les Statues liégeoises, dans Si Liège m’était conté, n°37, hiver 1970, p. 27
Axelle DE SCHAETZEN, Alfred Courtens, sculpteur, catalogue de l’exposition du Musée des Beaux-Arts d’Ixelles, juin-septembre 2012, Bruxelles, Racine, 2012
Judith OGONOVSZKY-STEFFENS, Alfred Courtens, dans Nouvelle biographie nationale, vol. 6, p. 87-91
Judith OGONOVSZKY-STEFFENS, Les Courtens. Deux générations d’artistes, Mouscron, 1999
Léon FREDERICQ, Théodore Schwann, dans Biographie nationale, t. XXII, col. 77-98
Liber memorialis, l’université de Liége depuis sa fondation, Liège, Carmanne, 1869, col. 919-938.
Robert HALLEUX, Anne-Catherine BERNÈS, Luc ÉTIENNE, L’évolution des sciences et des techniques en Wallonie, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 262
Jean-Luc GRAULICH, dans Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996

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Adresse
Quai Van Beneden
4000 Liège
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Paul DelforgePlaque Philippe-Charles SCHMERLING
© Joseph Leclercq
Plaque à la mémoire du professeur Schmerling, 24 septembre 1993.
Il n’y a pas qu’à Engis et aux Awirs que Philippe-Charles Schmerling (1790-1836) a fouillé au début du XIXe siècle. Sa curiosité l’a poussé notamment aussi vers la vallée de la Vesdre, en particulier à hauteur de Goffontaine. En 1831, il a visité à diverses reprises la caverne située au lieu-dit Cleusevay et c’est le travail pionnier de ce discret scientifique qui permet à la Wallonie d’aujourd’hui d’être considérée comme le berceau des recherches sur la préhistoire. En souvenir de l’intérêt qu’il porta à la grotte Cleusevay, une plaque est inaugurée le 24 septembre 1993, à l’initiative d’Édouard Poty, docteur en paléontologie et professeur de géologie à l’Université de Liège. Assurément, les fouilles de Schmerling en région liégeoise avaient alimenté abondamment les collections de l’université naissante.
Originaire de Delft où il était né en 1790, Schmerling avait reçu une formation de médecin et entamé sa carrière dans l’armée des Pays-Bas (1812-1816), avant de s’établir comme médecin civil à Venlo d’abord, à Liège ensuite où il s’établit en 1822. Il y reprend des études et défend une thèse en 1825. Il se passionne alors pour des ossements découverts fortuitement dans une grotte liégeoise : il en explore une soixantaine et en dresse une description approfondie. Entreprenant ses « excursions » entre deux visites de patient, il publie sans que l’intérêt capital de ses découvertes n’alerte la communauté scientifique de son temps. Membre de la classe des sciences de l’Académie de Belgique (1834), chargé du cours de zoologie à l’Université de Liège, co-fondateur de la Société des Sciences de Liège (1835), Schmerling disparaît en 1836 en laissant une riche collection d’ossements qui ne sera exploitée que bien plus tard. Les découvertes de Schmerling dans la deuxième grotte dite d’Engis, vers 1829-1830, l’ont conduit à étayer les bases vraiment scientifiques de l’ancienneté de l’espèce humaine. Il est le premier à consigner cette théorie par écrit. Si la calotte crânienne humaine qu’il a découverte ne donne pas naissance à « l’homme engisien », elle ouvre la voie à l’affirmation et à la confirmation d’une thèse solide sur les origines de l’homme lorsqu’en 1856 est découvert l’homme de Neandertal. Le crâne I d’Engis remonte bien au Néolithique. Quant au 2e crâne découvert, examiné avec attention par le professeur Fraipont (1936), il s’agissait bien de celui d’un enfant… néandertalien.
La plaque apposée sur le rocher de Cleusevay à Goffontaine, à côté de l’endroit de la caverne fouillée en 1831 par Philippe-Charles Schmerling, ne résistera pas au temps. Elle semble avoir été volée vers 2004, au moment de travaux effectués à proximité, par une firme privée pour le compte SNCB. Elle n’a pas été remplacée.
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Léon FREDERICQ, Ph-Ch. Schmerling, dans Biographie nationale, t. XXI, Bruxelles, 1913, p. 728-734
Liliane HENDERICKX, Ph-Ch. Schmerling, dans Nouvelle Biographie nationale, t. III, p. 288-
Michel TOUSSAINT, Les hommes fossiles en Wallonie, Carnets du Patrimoine, n°33, Namur, 2001
Renseignements fournis par Joseph Leclercq président CRP, novembre 2014
Adresse
Sur le rocher de Cleusevay
4860 Goffontaine
Auteur de la fiche
Paul DelforgeMonument Philippe-Charles SCHMERLING
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Monument Schmerling, 5 septembre 2001.
Réalisé à partir de la copie d’un buste de Léon Mignon.
Grâce aux recherches et aux découvertes de Philippe-Charles Schmerling (1790-1836), la Wallonie peut être considérée comme le berceau des recherches préhistoriques. Ses découvertes dans la deuxième grotte dite d’Engis, vers 1829-1830, le conduisent à étayer les bases vraiment scientifiques de l’ancienneté de l’espèce humaine. Schmerling est le premier à consigner cette théorie par écrit. Si la calotte crânienne humaine qu’il a découverte ne donne pas naissance à « l’homme engisien », elle ouvre la voie à l’affirmation et à la confirmation d’une thèse solide sur les origines de l’homme lorsqu’en 1856 est découvert l’homme de Neandertal. Le crâne I d’Engis remonte bien au Néolithique. Quant au 2e crâne découvert, examiné avec attention par le professeur Fraipont (1936), il s’agit bien de celui d’un enfant néandertalien…
Un monument se devait de rendre hommage à celui qui avait fixé les bases d’une nouvelle discipline, plus précisément à :
Ph.-C. SCHMERLING (1791 -1836)
Fondateur de la paléontologie humaine
Généreux médecin
Professeur de zoologie à l’Université de Liège
Dans le district de Liège, l’homme est contemporain
de l’ours des cavernes et de plusieurs espèces éteintes.
(Schmerling, 1833-1834)
Telle est la dédicace gravée sur une plaque de bronze qui est incrustée sur le bloc en calcaire brut qui sert de piédestal au buste de Schmerling. Aux Awirs, sur la commune de Flémalle, une large esplanade est en effet consacrée à l’illustre personnage dont Léon Mignon avait réalisé le buste pour l’Académie dans les années 1884-1885. À partir d’un modèle en terre approuvé par son commanditaire, Léon Mignon cisèle en effet dans le marbre les traits de l’anthropologue. Ce buste en marbre de 80 centimètres de haut se trouve dans la galerie des bustes de l’Académie. C’est sa copie conforme qui a été reproduite pour être installée un siècle plus tard à Flémalle.
Même si son œuvre la plus connue à Liège reste Li Toré, Léon Mignon (Liège 1847 – Schaerbeek 1898) n’est pas qu’un sculpteur animalier. Bénéficiaire d’une bourse de la Fondation Darchis, cet élève studieux de l’Académie des Beaux-Arts de Liège, qui fréquentait depuis son plus jeune âge l’atelier de Léopold Noppius, avait trouvé l’inspiration en Italie (1872-1876). Médaille d’or au salon de Paris en 1880 pour son taureau, il s’était installé à Paris (1876-1884) avant d’être contraint de venir habiter Bruxelles pour pouvoir exécuter des commandes officielles du gouvernement : c’est l’époque de ses bustes, mais aussi de la statue équestre de Léopold II particulièrement remarquable, d’une série de bas-reliefs pour le Musée d’Art moderne de Bruxelles et le Musée des Beaux-Arts d’Anvers, ainsi que d’une Lady Godiva, sa dernière œuvre.
Signataire du buste de Schmerling, Mignon ne l’a pas connu. En effet, originaire de Delft où il était né en 1790, Schmerling est décédé jeune, à Liège, en 1836. Avec sa formation de médecin, il avait entamé sa carrière dans l’armée des Pays-Bas (1812-1816), avant de s’établir comme médecin civil à Venlo d’abord, à Liège ensuite où il s’établit en 1822. Il y a repris des études et défend sa thèse en 1825. Quatre ans plus tard, il est interrogé par un directeur de carrières à Chockier qui a découvert des ossements : Schmerling se passionne alors pour la question et explore une soixantaine de grottes autour de la Meuse et de la Vesdre, et en dresse une description approfondie. Entreprenant ses « excursions » entre deux visites de patient, il publie sans que l’intérêt capital de ses découvertes n’alerte la communauté scientifique de son temps. Membre de la classe des sciences de l’Académie de Belgique (1834), chargé du cours de zoologie à l’Université de Liège, co-fondateur de la Société des Sciences de Liège (1835), il disparaît en 1836 en laissant une riche collection d’ossements qui ne sera exploitée que bien plus tard.
Non loin de l’endroit où le monument Schmerling a été inauguré en 1989, se trouvaient, le long de la rue des Awirs, quatre grottes : l’une d’elles a disparu dans l’exploitation d’une carrière ; dans Li Trô Cwaheûr, Schmerling a découvert des ossements humains et d’animaux aujourd’hui disparus. En 1899, d’autres chercheurs ont exploré la quatrième grotte qui révéla l’existence d’une sépulture néolithique comprenant les restes de quatre individus. L’initiative du monument remonte à 1988 et en revient au professeur Hamoir du département de Paléontologie de l’Université de Liège, à l’absl « Science et Culture », et aux « Chercheurs de Wallonie ». Sous la conduite de la firme liégeoise Menchior, la pierre calcaire offerte par la société Carmeuse a été taillée par la maison Opsomer (Ivoz-Ramet) qui réalisa aussi la plaque. Si de hautes personnalités (notamment André Cools) assistent à l’inauguration, le monument est aussi un projet partagé par les habitants, notamment par ceux qui acceptèrent de concéder de leur terrain pour accueillir la pierre commémorative. Néanmoins, son emplacement initial, en contrebas de la cavité, n’est pas idéal ; en raison de l’importance de Schmerling, il est décidé d’accorder une meilleure visibilité à son monument qui est déplacé sur la place de l’Église Saint-Étienne (2001). Le projet est mené par les autorités communales et la Direction de l’Archéologie du MET, avec l’appui du Préhistosite de Ramioul et des initiateurs du projet en 1989. La nouvelle inauguration coïncide avec l’organisation du XIVe Congrès de l’UISPP-Union Internationale des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques (5 septembre 2001). Dans le même temps, les habitants du quartier se mobilisent autour d’un projet-mémoire (avec le soutien de Qualité-Village-Wallonie asbl).
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Léon FREDERICQ, Ph-Ch. Schmerling, dans Biographie nationale, t. XXI, Bruxelles, 1913, p. 728-734
Liliane HENDERICKX, Ph-Ch. Schmerling, dans Nouvelle Biographie nationale, t. III, p. 288-
Jacques VAN LENNEP, Les bustes de l’Académie royale de Belgique. Histoire et catalogue raisonné précédés d’un essai. Le portrait sculpté depuis la Renaissance, Bruxelles, Académie royale, 1993, p. 376-377
Willy LEMOINE, Léon Mignon, dans Biographie nationale, t. XXXIII, col. 491-493
Hugo LETTENS, Léon Mignon, dans Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 504-508
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 231
Musée en plein air du Sart Tilman, Art&Fact asbl, Parcours d’art public. Ville de Liège, Liège, échevinat de l’Environnement et Musée en plein air du Sart Tilman, 1996
Les Chroniques, Flémalle, commission historique, 2010 sur
Michel TOUSSAINT, Les hommes fossiles en Wallonie, Carnets du Patrimoine, n°33, Namur, 2001
Michel TOUSSAINT, Déplacement du monument Schmerling, dans Chronique de l’archéologie wallonne, Namur, Ministère de la région wallonne, 2002, n°10, actualité archéologique 2001, p. 99-101
Adresse
Place de l’Église Saint-Étienne
4400 Flémalle
Auteur de la fiche
Paul DelforgeMonument Adolphe SAX
Monument Adolphe Sax, 28 juin 2002.
Réalisé par Jean-Marie Mathot.
En dépit des destructions dont Dinant a été victime durant les deux guerres mondiales, le n°37 de la rue Adolphe Sax est considéré comme la maison natale du célèbre inventeur du saxophone. Afin de satisfaire la curiosité des nombreux touristes qui se pressent dans la cité mosane, surtout depuis l’année Sax 1994, l’année du centenaire de sa disparition, les autorités locales ont confié au sculpteur Jean-Marie Mathot le soin d’immortaliser Adolphe Sax en un monument significatif : assis sur un banc en bois, le bras appuyé sur le dossier, le héros local coulé dans le bronze tient sur ses jambes croisées son invention la plus célèbre. Réalisé dans des dimensions « réelles », l’ensemble est placé sur le trottoir et constitue une réelle attraction touristique, tout en étant un hommage moderne et pédagogique. En effet, la statue attire aussi les curieux vers le rez-de-chaussée du n°37 où un espace muséal dynamique est ouvert en libre accès. Derrière de grandes vitrines, au moyen d’objets et de panneaux descriptifs, le parcours de Sax est expliqué en plusieurs langues.
On y rappelle notamment que ce maître de la clarinette devenu l’inventeur du saxophone a révolutionné le monde des instruments à vent. Déjà son père était facteur d'instruments et c’est entre fabrication d’instruments et apprentissage des sons, qu’Adolphe Sax (Dinant 1814 – Paris 1894) se révèle vite très doué. Après des cours à l’École de chant de Bruxelles (1830), il introduit déjà ses premiers changements techniques sur sa clarinette, déposant déjà des brevets (1835). Parti s’installer à Paris (1842), il met au point un ensemble de nouveaux instruments à touches dont la qualité conduit à les identifier en les assimilant au nom de leur fabricant. Vient ensuite un autre instrument (brevet déposé en 1846) qui assure la célébrité à son inventeur : le saxophone. En introduisant cet instrument dans son Chant sacré pour sextuor à vent, Hector Berlioz lui donne ses lettres de noblesse. Devenu industriel, Adolphe Sax devra sans cesse veiller à protéger ses inventions. Il passera de nombreuses heures dans des procès et à assurer la rentabilité de la société « Adolphe Sax et Cie ». Inventeur, industriel, professeur, Adolphe Sax est encore éditeur de musique, organisateur de concerts, chef de fanfare de l’opéra, le réorganisateur des musiques des régiments militaires français, et même nommé professeur au Conservatoire de Paris (1857), pour y diriger une classe nouvelle dédiée au saxophone.
Qui d’autre qu’un autre artiste de renommée internationale pouvait réaliser le monument dinantais ? Le Namurois Jean-Marie Mathot (Namur 1948) disposait du profil recherché. Après sa formation à l’Académie de Bruxelles à la fin des années 1960, il y est nommé professeur de sculpture et de modelage (1978). Il enseigne aussi à l’École des Arts de Braine-l’Alleud. Issu d’une famille de marbriers, il opte d’abord pour la peinture et le dessin avant de se tourner résolument vers la sculpture. Il a commencé par la création de figures en taille directe, avant de mener diverses expériences qui rompent ponctuellement avec sa production habituelle. Délaissant les représentations figuratives, il s’oriente vers « l’exploration des potentialités expressives de la matière ». Tour à tour, il intègre des pierres peintes dans ses compositions, il s’attaque à des « déchets » de carrière, s’essaye au travail du béton et de l’acier. Deux de ses œuvres ornent un rond-point à La Louvière et à Gembloux. Récompensé à diverses reprises (Prix Donnay, Prix Georges Van Zevenbergen, Prix de la Gravure au Festival de la Jeunesse à Auderghem, Premier Prix de la présélection au Concours International Musée 2000 à Luxembourg, Prix Eugène Delattre de sculpture et Prix Constant Montald de l'Académie Royale de Belgique), il est aussi lauréat de la Fondation belge de la Vocation et de la Bourse triennale Maurice et Henri Evenepoel. Artiste expérimental, il signe plusieurs œuvres en acier Corten au moment où lui est passée la commande dinantaise. Cette œuvre est coulée dans les Ateliers des arts du feu, ASBL à finalité sociale de La Louvière.
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Ernest CLOSSON, Adolphe Sax, dans Biographie nationale, t. 21, col. 523-526
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 147
Adresse
Rue Adolphe Sax 37
5500 Dinant
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Paul DelforgePlaque Simon SAUVEUR
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Plaque commémorative Simon Sauveur, 8 juillet 1964 ( ?).
Réalisé à l’initiative des autorités communales.
Dans la cité thermale de Chaudfontaine, un hommage particulier est rendu à Simon Sauveur dont le nom est associé à un parc public, à une avenue, à une « maison », tandis qu’une plaque commémorative, placée au pied de la maison en question, présente la dédicace suivante :
A
SIMON SAUVEUR
FONDATEUR DES BAINS
DE
CHAUDFONTAINE
1676
Située au fond du parc, la maison est accessible par la petite rue Au Gadot.
Pour retrouver la trace de Simon Sauveur, il convient de consulter une Histoire de Spa publiée en 1803 sous la plume de Hilarion Noël de Villenfagne d’Ingihoul. S’éloignant de la cité spadoise, cet auteur produit une note historique sur les bains de Chaud-Fontaine où il fait remonter la première trace écrite de l’existence d’eaux thermales à cet endroit au XIIIe siècle, mais en s’empressant d’ajouter que les qualités des eaux sont restées très longtemps négligées, voire inconnues. Il nomme explicitement Simon Sauveur comme le premier à avoir tiré parti du cadeau offert par la nature. En 1676, écrit toujours le mémorialiste, le « major de Chaud-Fontaine » autorise Sauveur, son beau-frère, à construire un bâtiment sur son terrain agricole et à y installer des bains. Ayant sollicité avec insistance le docteur W. Chrouet pour qu’il les analyse, Sauveur est arrivé à la conclusion que les eaux thermales de cet endroit ont « le pouvoir de prolonger la vie des hommes ». Elles sont bonnes pour s’y baigner, mais aussi à la consommation, estiment les deux hommes qui ne rencontrent cependant personne désireux d’expérimenter leur découverte. N’ayant plus aucun remède à proposer à une de ses malades, Chrouet l’a convainc d’avoir recours aux eaux de Chaudfontaine et, rapidement, la dame s’en porte nettement mieux. La valeur d’exemple s’étendit au voisinage immédiat, puis à des malades venant de plus en plus nombreux de la cité de Liège toute proche, avant que « de plus hautes personnalités » n’expérimentent à leur tour les vertus calidifontaines.
Cependant, l’investissement de Sauveur restait rudimentaire. Les sources chaudes sourdant d’une prairie étaient simplement dirigées vers un même endroit où deux ou trois bains mal propres étaient abrités sous une mauvaise hutte d’argile. Concédés dans des conditions imprécises à un moment où nul ne s’y intéresse, les bains attirent la convoitise à l’heure du succès. Malgré des tentatives pour se prémunir de toutes contestations, Sauveur voit s’abattre sur sa tête toutes les juridictions du pays de Liège sollicitées par les enfants de son beau-frère décédé. Finalement, en 1713, il est expulsé sous de mauvais prétextes et le lieu est rapidement aménagé avec des moyens modernes, rationnels et pour le plus grand profit de ses nouveaux propriétaires et de l’État principautaire. La visite d’un collège des Médecins de Liège (1717) finit d’attribuer aux sources thermales de Chaudfontaine une réputation sans faille. Né à Liège en 1631, Sauveur perd tout son patrimoine et disparaît sans que l’on sache même l’année de son décès. de Villenfagne qui écrit en 1808 n’y fait pas allusion, pas davantage que d’autres chroniqueurs ou médecins de son temps.
Le souvenir de Sauveur revient au XXe siècle et, en même temps, l’idée d’honorer le « fondateur des bains ». En 1964, le conseil communal de Chaudfontaine décide d’attribuer son nom à une « avenue » ; elle est située à 500 mètres de la maison dite Sauveur où se trouve la plaque commémorative. Les historiens s’accordent cependant à considérer que la dite maison, assez caractéristique par son architecture, a été surnommée « Maison Sauveur » sur base d’une croyance populaire, ne reposant sur aucune réalité. Rien ne conforte en effet cette tradition locale, le propriétaire initial de la maison n’étant pas Sauveur et aucun bain chaud n’y a jamais été donné.
Sources
Fernand MICHEL, Rues d’hier et d’aujourd’hui de la Commune de Chaudfontaine. Histoire et Toponymie, Chaudfontaine, syndicat d’initiative, 2005, p. 168
Hilarion Noël DE VILLENFAGNE D’INGIHOUL, Histoire de Spa, Liège, an XI (1803), vol. 2, p. 24-38
Jean François BRESMAL, Parallèle des eaux minérales actuellement chaudes et actuellement froides du diocèse et pays de Liège, divisé en deux parties, avec un avis au public pour le préserver de la peste…, Liège, 1721, vol. 1, p. 48-57
Jean Baptiste LECLERCQ, Abrégé de l’histoire de Spa, ou mémoire historique et critique sur les eaux minérales et thermales de la province de Liège, et spécialement sur celles de Tongres, Spa et Chaudfontaine…, Liège, 1818, p. 163-174

© Photo Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée © Sofam
Adresse
Parc Sauveur
Au bout de la rue Au Gadot
4050 Chaudfontaine
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Paul DelforgeBuste Félicien ROPS
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Buste en hommage à Félicien Rops, réalisé par Charles Delporte, 12 mai 1988.
Si la ville de Namur a fini par accorder beaucoup d’attention à la mémoire de Félicien Rops, né dans la cité mosane en 1833, une autre localité a aussi compté dans la vie de l’artiste : par son mariage avec Charlotte Polet de Faveaux (1857), le peintre va habiter régulièrement dans le château familial des Polet, à Thozée. C’est là, à partir de 1869, qu’il donnera des leçons de gravure. Classé par la Région wallonne en 1996, le château de Thozée accueille l’asbl Fonds Félicien Rops qui perpétue la mémoire de son ancien propriétaire. À moins de trois kilomètres du château, un buste commémore la présence de Rops dans l’entité de Mettet. Il est situé devant la maison communale, place Joseph Meunier, et est l’œuvre de Charles Delporte.
Frère du poète Jacques Viesvil et du chanteur Paul Louka, Charles Delporte (1928-2012) avait entamé une carrière d’instituteur dans le pays de Charleroi qui l’a vu naître, avant de se consacrer entièrement à l’art : s’il commence à sculpter en 1947, sa première exposition remonte à l’année 1952 (Charleroi), mais la peinture le passionne également. Créatif à l’originalité débordante, artiste contemporain, il découpe lui-même son parcours artistique en trois périodes : génétique (il privilégie alors les formes ovoïdes et embryologiques) ; géophysique (son graphisme s’inspire alors de la science et des mathématiques) ; nucléaire enfin (ses formes évoquent des mouvements d’électrons). Si ses réalisations provoquent souvent la perplexité du spectateur, voire des critiques, Charles Delporte n’a de cesse de les promouvoir, exposant aux quatre coins de la planète, n’hésitant pas à offrir certaines d’entre elles à des musées prestigieux ; il parvient à obtenir un espace d’exposition permanent à Mont-sur-Marchienne, tandis qu’un musée lui est consacré dans l’ancienne école communale de Damme. Catholique fervent, royaliste revendiqué et Wallon passionné, Charles Delporte jouit d’une notoriété toute particulière dans le pays de Charleroi en raison de ses trois coqs situés au milieu du rond-point du boulevard Tirou. Sculpture acquise par la ville dans les années 1990, cette œuvre s’intitule en réalité Chantre de la liberté. Ce n’est d’ailleurs pas le seul rond-point occupé par des œuvres monumentales de Charles Delporte en Wallonie, comme à Bruxelles et en Flandre.
Également poète et musicien, il signe plusieurs bustes de Félicien Rops, dont une très originale version à Mettet.
Sur une dalle dressée, en marbre Sainte-Anne, un moulage bronzé figure la tête barbue de Félicien Rops dans un cadre particulier puisqu’elle apparaît entre des ramures de cerf. Sur le socle, une petite plaque en bronze indique :
HOMMAGE A ROPS
DELPORTE
1988
Inauguré en mai 1988 en présence du gouverneur de la province de Namur, d’une petite-fille de Félicien Rops et de Charles Delporte, le buste rend hommage à un artiste wallon des plus exceptionnels. Peintre, aquafortiste, dessinateur, illustrateur et graveur, Félicien Rops (Namur 1833 – Essonnes 1898, et enterré à Mettet), fut sa vie durant un provocateur qui n’avait consenti à aucun sacrifice pour éviter de tomber dans un purgatoire justifié seulement par la pudibonderie de son temps. Dans les milieux artistiques que fréquente le jeune Rops alors qu’il est inscrit aux cours de Droit de l’Université libre de Bruxelles au milieu du XIXe siècle, on a très vite reconnu le talent du caricaturiste et du lithographe. Illustrateur des Légendes flamandes (1858) de Charles de Coster, il est poussé par Charles de Groux et Constantin Meunier. Maîtrisant toutes les techniques (vernis mou, pointe sèche, aquatinte), il excelle dans la gravure à l’eau-forte qu’il a étudiée à Paris. Illustrateur de Baudelaire (Épaves en 1866, et les poèmes condamnés des Fleurs du mal), Rops devient l’un des illustrateurs les plus recherchés de la capitale française où il s’installe définitivement en 1874, sans renoncer à voyager à travers l’Europe et l’Amérique du Nord, ni à revenir régulièrement en bord de Meuse. Il en ramène d’éblouissants paysages ; mais à côté de cette peinture à l’huile, le dessinateur continue d’affoler les bourgeois bien-pensants par ses thématiques provocatrices. Membre du Groupe des XX, Félicien Rops a encore croisé la route d’Armand Rassenfosse (1886). De leur profonde amitié naissent une technique particulière de gravure et un vernis mou transparent, au nom évocateur, le « Ropsenfosse ».
Sources
Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
André LÉPINE, 80 monuments insolites d'Entre-Sambre-et-Meuse, Cerfontaine, 1989, p. 28
Wallonia 1912, p. 561
La Vie wallonne, 15 août 1921, n°12, p. 573 ; 15 octobre 1925, LXII, p. 81 ; 15 décembre 1925, LXIV, p. 133-146 ; octobre 1933, CXLVIII, p. 66-68
Maurice KUNEL, dans Biographie nationale, t. 33, col. 627-63

Adresse
Place Joseph Meunier
5640 Mettet
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Paul DelforgePlaque Félicien ROPS
© Paul Delforge – Diffusion Institut Destrée - Sofam
Plaque commémorative Félicien Rops, 20 septembre 1925.
Réalisé à l’initiative des Amis de l’Art wallon.
Au sortir de la Grande Guerre, un certain temps est nécessaire pour que d’anciennes associations culturelles reprennent leurs activités. C’est le cas de l’association des Amis de l’Art wallon et surtout de ses sections. À Namur, sous l’impulsion de Jean Grafé, la section ne renaît qu’en 1925. Sa première activité consiste à placer une plaque commémorative sur la maison natale de Félicien Rops. Depuis son inauguration, le 20 septembre 1925, dans le cadre des Fêtes de Wallonie, une pierre bleue figure ainsi à mi-hauteur, entre le rez-de-chaussée et le premier étage du n°33 de la rue du Président, dans le vieux Namur. Gravées et surchargées de rouge, les lettres de la dédicace indiquent :
ICI EST NÉ
FÉLICIEN ROPS
LE 7 JUILLET 1833
S’inscrivant dans le cadre des Fêtes de Wallonie, l’inauguration rassemble de très nombreuses personnalités : parmi d’autres et notamment les membres de la famille Rops, on reconnaît le bourgmestre Golenvaux, trois échevins et de nombreux conseillers communaux dont François Bovesse, des représentants du ministère des Sciences et des Arts et des institutions culturelles namuroises, des artistes (Pierre Paulus, Victor Rousseau et Armand Rassenfosse), ainsi que les responsables des sections de Liège et de Namur des Amis de l’Art wallon. Les discours sont l’occasion de rappeler à la fois la personnalité de l’artiste honoré et les prolégomènes de la plaque commémorative.
En effet, dès 1912, les Amis de l’Art wallon avaient pris la décision d’inscrire un monument dans l’espace public de Wallonie en l’honneur de Rops. Chargé d’en étudier les modalités pratiques, Jean Grafé avait fait adopter les conclusions à l’unanimité : des soutiens nombreux étaient assurés pour garantir une souscription généreuse quand la Grande Guerre éclata. Au lendemain du conflit, la section de Liège des Amis de l’Art wallon se mobilise autour d’un projet tout aussi ambitieux, mais en l’honneur de César Franck dont on doit célébrer le centenaire de la naissance en 1922. Pour éviter confusion et concurrence, les « Namurois » patientent, mais ne voyant rien se concrétiser, décident d’aller de l’avant : la plaque commémorative apposée en 1925 n’est cependant qu’une étape. La section namuroise des Amis de l’Art wallon ne désespère pas en effet de réaliser un monument plus imposant, digne du « plus grand graveur que le monde ait engendré », selon la formule de Jean Grafé.
Peintre, aquafortiste, dessinateur, illustrateur et graveur, Félicien Rops (Namur 1833 – Essonnes 1898), le provocateur, le compositeur du Pornocratès, n’avait pas consenti beaucoup d’efforts pour éviter de tomber dans un purgatoire justifié seulement par la pudibonderie de son temps. Les esthètes de l’art wallon ne s’y étaient cependant pas trompés ; ils avaient rapidement reconnu dans l’œuvre de Rops des qualités exceptionnelles qu’il fallait absolument partager avec le plus grand nombre, tout en faisant de Rops un représentant majeur de l’art produit en Wallonie. Dans les milieux artistiques que fréquente le jeune Rops alors qu’il est inscrit aux cours de Droit de l’Université libre de Bruxelles, on a très vite reconnu aussi le talent du caricaturiste et du lithographe. Illustrateur des Légendes flamandes (1858) de Charles de Coster, il est poussé par Charles de Groux et Constantin Meunier. Maîtrisant toutes les techniques (vernis mou, pointe sèche, aquatinte), il excelle dans la gravure à l’eau-forte qu’il a étudiée à Paris. Illustrateur de Baudelaire (Épaves en 1866, et les poèmes condamnés des Fleurs du mal), Rops devient l’un des illustrateurs les plus recherchés de la capitale française où il s’installe définitivement en 1874, sans renoncer à voyager à travers l’Europe et l’Amérique du Nord. Il en ramène d’éblouissants paysages ; mais à côté de cette peinture à l’huile, le dessinateur continue d’affoler les bourgeois bien-pensant par ses thématiques provocatrices. Membre du Groupe des XX, Félicien Rops a encore croisé la route d’Armand Rassenfosse (1886). De leur profonde amitié naissent une technique particulière de gravure et un vernis mou transparent, au nom évocateur, le « Ropsenfosse ».
En inaugurant la plaque commémorative du côté de la rue du Président, les Amis de l’Art wallon n’ignorent pas que Rops est né dans un logis provisoire dont l’entrée est située du côté du Marché au Beurre ; choisissant de rendre la plaque plus visible, ils optent cependant pour l’hôtel de maître principal qui a sa façade principale du côté de la rue du Président. Ainsi, estiment-ils, la plaque commémorative rendra davantage le service pédagogique attendu, à savoir « rendre à Rops la place qu’il devrait occuper depuis longtemps dans l’esprit de chacun ». Saluant en Félicien Rops « un artiste wallon », le bourgmestre Golenvaux accepte au nom de la ville de Namur de prendre sous sa garde la plaque commémorative.
Insistant sur les très nombreux liens qui rattachent Rops à Namur, les Amis de l’Art wallon organiseront par la suite une rétrospective de l’artiste, envisageront l’érection d’un monument plus imposant et manifesteront leur intention de créer, à Namur, un Musée qu’ils enrichiraient progressivement, afin de remplacer le Musée des Beaux-Arts détruit pendant la Première Guerre mondiale (l’acquisition par les pouvoirs publics de l’Hôtel de la Croix, rue Saint-Antoine, permettrait d’en faire un musée des arts anciens majeurs et mineurs du Namurois). Ils ont fait l’annonce de leurs intentions lors d’une courte réunion solennelle dans la salle des séances du conseil communal de Namur.
Sources
Wallonia 1912, p. 561
La Vie wallonne, 15 août 1921, n°12, p. 573 et ssv
La Vie wallonne, 15 octobre 1925, LXII, p. 81
La Vie wallonne, 15 décembre 1925, LXIV, p. 133-146
La Vie wallonne, octobre 1933, CXLVIII, p. 66-68
Maurice KUNEL, dans Biographie nationale, t. 33, col. 627-631
Adresse
Rue du Président 33
5000 Namur