Chapelle des Carmes du Domaine de Wégimont
La chapelle des Carmes du domaine de Wégimont, située sur le territoire de la principauté de Liège, témoigne des liens indéfectibles entre le marquisat et la principauté. Une pierre sculptée située au-dessus de l’entrée de la chapelle rappelle le souvenir d’un gouverneur du marquisat. Au-dessus d’un linteau millésimé 1671, on peut lire l’inscription suivante : « Messire Charles Ernest, baron de Lynden et de Froidcourt, visconte de Dormale, se[I]g[NEUR] de Soumaigne, Mélen, Ryanwe, grand m[AÎT]re d’hostel de son altesse sérénissime de Liège, gowerneur du principaulté de Stavelot et du marquisat de Franchemont (…) ». Le haut de la composition figure les armoiries des Aspremont-Lynden.
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Frédéric MARCHESANI, 2013Chapelle Collard et chapelle Gourdet
Située sur une hauteur au milieu des champs entre les villages de Grandvoir et Tournay se trouve la chapelle Collard qui garde aujourd’hui le souvenir d’une famille de notables de l’Empire. Né en 1752, Pierre-Joseph Collard se rallie dès 1795 à la République française, chose plus rare pour un habitant de l’ancien duché de Luxembourg. Il devient successivement juge de paix à Luxembourg, membre du conseil des Cinq-Cents entre 1797 et 1799, puis du corps législatif de 1799 à 1805. En 1811, il est nommé président du tribunal de première instance de Neufchâteau. Il poursuit sa carrière sous le régime hollandais jusqu’en 1820 avant d’abandonner la vie politique. Il meurt au château de Grandvoir en 1843.
Son frère, Jean-Herman-Joseph Collard, se rallie lui aussi aux idées révolutionnaires et devient commissaire du Directoire à Neufchâteau puis sous-préfet de Neufchâteau de 1800 à 1811. Il est ensuite membre du corps législatif entre 1811 et 1814. Sur la route le menant à Grandvoir, il est brutalement assassiné le 3 décembre 1814, quelques mois après la chute de l’Empire. Tous deux sont inhumés dans la chapelle-crypte érigée en style néoclassique pour la famille Collard en 1843.
Dans la chapelle Gourdet se trouve une dalle commémorative mentionnant les noms de soldats de l’armée napoléonienne tués au cours des campagnes d’Espagne et de Russie comme l’indique leur épitaphe : « Louis Gourdet, tué au siège de Saragosse l’an 1809, âge de 21 ans, et son frère Henri Gourdet mort l’an 1812 pendant la campagne de Russie, âge de 21 ans ». L’édifice a été érigé par la famille aux alentours de 1860.
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Frédéric MARCHESANI, 2014Cense du roi
© IPW
Primitivement fief de Thieu, cette seigneurie passa à la famille de Gougnies au milieu du XIVe siècle pour devenir par la suite domaine privé des comtes de Hainaut. Il n’en subsiste actuellement que quelques dépendances où s’ouvre une porte surmontée d’un linteau en bâtière portant les initiales couronnées de l’impératrice Marie-Thérèse et le millésime 1758.
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Frédéric MARCHESANI, 2013Cathédrale Saint-Paul et l’ancienne abbaye de Beaurepart
© Guy Focant (SPW)
Fondée aux alentours de 970 puis reconstruite en style gothique entre les XIIIe et XVIe siècles, la cathédrale Saint-Paul impressionne par ses dimensions et sa riche ornementation. Sa voûte est décorée de rinceaux peints et son choeur orné de vitraux Renaissance. Devenue cathédrale au début du XIXe siècle, l’église est alors enrichie d’un nouveau mobilier néogothique, ainsi que du mobilier d’églises détruites après la Révolution, comme le Christ gisant de Jean Del Cour. Elle devient aussi le dépositaire du trésor de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert. Récemment dotée de nouvelles verrières contemporaines et reconnue patrimoine exceptionnel de Wallonie, la cathédrale de Liège s’apprête à entamer un important chantier de restauration qui vise à lui redonner son lustre d’antan.
Dès les premières heures de la Révolution, la collégiale Saint-Paul fait les frais du changement de régime, tant de la part des Liégeois que des Français. Le 1er octobre 1795, la principauté est annexée à la France et soumise aux lois républicaines. Le chapitre collégial est supprimé et l’église Saint-Paul est transformée en abattoir et en boucherie. Elle est pillée de ses objets de culte, la plupart de ses verrières sont brisées, le plomb des vitraux retiré pour en faire des balles, le pavé est enfoncé et plusieurs cloches sont volées. Partie intégrante d’un projet devant doter des dizaines de musées nationaux sur tout le territoire français, Saint-Paul (comme de nombreuses autres églises belges) est dépouillée d’une partie de son patrimoine. C’est ainsi qu’en 1797 la Conversion de saint Paul de Bertholet Flémal, chef-d’œuvre du baroque liégeois, est détaché du maître-autel de la collégiale et emporté en France. L’œuvre est aujourd’hui visible au musée des Augustins de Toulouse.
En 1801, le Concordat entre le Premier Consul et le pape Pie VII ouvre la voie à la pacification religieuse. Saint-Paul redevient un lieu de culte et le nouvel évêque de Liège, Monseigneur Zaepffel, organise son diocèse. Les chanoines retrouvent leur église, élevée au rang de cathédrale en 1803 et choisie pour remplacer la défunte cathédrale Saint-Lambert pour sa position centrale et ses dimensions imposantes. Le nouvel évêque de Liège est un pur produit de la politique religieuse menée par Napoléon. Né en 1744 en Alsace, chanoine de la collégiale Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg et chanoine de la collégiale Notre-Dame de Saverne, il émigre en Allemagne après la Révolution. Il séjourne alors dans le pays de Bade jusqu’au Concordat. La nouvelle politique menée par Napoléon est bénéfique au religieux qui bénéficie des premières nominations épiscopales orchestrées par le Premier Consul. Jean-Évangéliste Zaepffel profite ainsi de ses relations familiales (il est le grand-oncle du général Clarke, ministre de la Guerre et futur général d’Empire) pour se faire nommer à la tête du nouveau diocèse de Liège le 30 avril 1802. La cérémonie d’installation a lieu dans l’ancienne capitale principautaire le 22 août suivant. Privé d’un évêque et d’une cathédrale depuis plusieurs années, le diocèse de Liège doit être réorganisé : Zaepffel réforme les administrations de bienfaisance du département de l’Ourthe et choisit l’ancienne collégiale Saint-Paul pour installer le siège de sa nouvelle cathédrale. Le 14 mai 1803, l’évêque signe le décret qui élève la collégiale au rang de cathédrale.
Non loin de la nouvelle cathédrale se trouve l’ancien couvent de Beaurepart, dont le sort est lui aussi lié au Concordat et à la politique menée par Jean-Évangéliste Zaepffel. Construit par les frères Mineurs et occupé à partir de 1243 par les chevaliers de l’Ordre teutonique des Vieux-Joncs, le couvent est cédé aux Prémontrés en 1288. Les bâtiments conventuels sont occupés par les troupes républicaines françaises entre 1792 et 1794. Les Prémontrés en reprennent ensuite possession, entre 1795 et 1799. Les lieux sont ensuite transformés en arsenal par les autorités départementales. Situés le long de la Meuse, les bâtiments actuels sont le fruit de plusieurs campagnes de construction. Au sud-est, le logis abbatial a été érigé dans la seconde moitié du XVIe siècle et constitue le bâtiment principal sur lequel s’appuient les quatre ailes du cloître. L’église abbatiale a été érigée sur les plans de l’architecte liégeois Barthélemy Digneffe entre 1762 et 1770, à l’emplacement de l’ancienne église gothique.
L’abbaye est affectée à la résidence de l’évêque de Liège en 1809 par décret impérial, alors que Liège vient d’accueillir un nouveau prélat. Décédé le 17 octobre 1808, chevalier de la Légion d’honneur, Monseigneur Zaepffel est inhumé dans la chapelle du château de Lexhy (Grâce-Hollogne). C’est le grand vicaire de Paris, François-Antoine Lejéas, qui obtient les faveurs impériales. Il est nommé évêque de Liège le 9 février 1809 et prête serment le 19 mars suivant. Après avoir successivement reçu une nouvelle cathédrale et un nouvel évêque, le diocèse de Liège reçoit donc un bâtiment dans lequel installer les services épiscopaux. L’évêque y installe également le Grand Séminaire de Liège, supprimé en 1797 et rétabli dix ans plus tard. Le bâtiment abrite encore de nos jours les services du diocèse de Liège et le séminaire épiscopal.
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Frédéric MARCHESANI, 2014Borne du capitaine à Soignies
© J. Massaux-SPW
Située dans un enclos grillagé en bordure d’une prairie, une petite borne rappelle le décès accidentel du capitaine prussien Carl Börries, baron von Ulsar, au cours de la campagne de 1815. Le monument est composé d’une base quadrangulaire surmontée d’un monolithe terminé en pavillon et gravé d’inscriptions commémoratives sur les quatre faces. Un socle évasé a été ajouté en 1915 par des soldats allemands.
Adresse
7060 Horrues
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Frédéric MARCHESANI, 2014Bibliothèque Nicolas Pietkin
La bibliothèque Nicolas Pietkin porte le nom d’un des principaux défenseurs de la civilisation latine dans la Wallonie malmédienne. Né à Malmedy en 1849, sous le régime prussien (1815-janvier 1920), il est nommé curé à Sourbrodt en 1889. Durant la période de germanisation forcée, sous Bismarck et ses successeurs, Il ne cessera de lutter contre les mesures imposées par le Kulturkampf à l’encontre l’Église et contre l’interdiction du français.

Fondateur du Club wallon en 1898, avec son neveu Henri Bragard, Nicolas Pietkin est membre de la Société liégeoise de littérature wallonne dès 1902 et membre d’honneur du Musée de la Vie wallonne dès sa création en 1913. Surnommé « Le loup des Ardennes » par les Prussiens, l’abbé Pietkin est arrêté et brutalisé en août 1914 pour ses sympathies envers la culture française et la Wallonie. Décédé en 1921, il eut la satisfaction de voir Malmedy revenir à la Belgique.
En hommage, l’Assemblée wallonne, premier parlement officieux – de Wallonie, ouvrit une souscription pour lui élever le Monument à la Louve de Sourbrodt, inauguré le 3 octobre 1926. Endommagé par des sympathisants nazis pendant l’hiver 1940, ce monument est restauré et inauguré une nouvelle fois le 2 juin 1957.
Adresse
Place du Châtelet
4960 Malmedy
Bibliothèque centrale de l'UCL : hommage à Léopold Genicot
© UCL
Né en 1914 et décédé en 1995, Léopold Genicot est à la fois un historien médiéviste d’envergure internationale et un militant wallon. Docteur en Philosophie et Lettres de l’Université de Louvain, il est chargé de cours à l’U.C.L. pendant la guerre, époque durant laquelle il contribue à cacher des prisonniers en fuite.
A la Libération, il s’investit dans le Mouvement wallon, notamment au sein du mouvement de tendance chrétienne Rénovation wallonne. Au sein de l’Université, dans les années 60, il maintient le dialogue avec les professeurs flamands et contribue à définir les modalités du transfert à Louvain-la-Neuve. C’est au cœur de cette ville nouvelle qu’il a contribué à créer qu’il dispense, à partir de 1981, un cours d’Histoire de la Wallonie.
Désireux de rendre leur histoire aux Wallons, il dirige la rédaction d’une Histoire de la Wallonie, publiée en 1973. Premier ouvrage scientifique de ce type, son approche continue de faire référence. Sur le plan politique, il adhère au Rassemblement wallon au sein duquel il réclame l’autonomie culturelle pour la Wallonie et l’instauration d’un véritable système fédéral. Décédé en 1995, Léopold Genicot a été élevé au rang d’Officier du Mérite wallon en 2012.
Adresse
Bibliothèque centrale
1348 Louvain-la-Neuve
Ancienne usine Simonis de Verviers
© G. Focant © SPW
L’ancienne usine textile Simonis est résolument un des plus beaux témoins de l’architecture industrielle du début du XIXe siècle conservé en Wallonie. Situé le long de la Vesdre, le bâtiment est le plus ancien témoin d’une époque où bon nombre de ces usines s’implantaient à cet endroit. L’entreprise, une foulerie, appartient à la famille Dauchap au XVIIIe siècle avant d’être successivement vendue à
L’édifice le plus ancien des usines Simonis est érigé à la même époque, dans les premières années du XIXe siècle. De plan rectangulaire, l’usine compte sept niveaux, dont deux sous le toit, de dix-huit travées de long et trois travées de large. La façade ouest est percée au rez-de-chaussée de trois portes-fenêtres cintrées, et de baies à linteaux droits aux étages. Le long de la rue de Limbourg, la façade principale comporte des baies à linteaux droits et trois hautes portes-fenêtres à arcade en plein cintre d’une hauteur de deux niveaux à l’extrémité droite. La bâtisse, de style néoclassique, diffère des bâtiments industriels qui sont construits par la suite en Wallonie. Avant le véritable départ de la Révolution industrielle, l’architecture dans le domaine est encore très influencée par l’architecture traditionnelle régionale dont on retrouve toutes les caractéristiques ici : utilisation mêlée de brique et pierre calcaire, baies à linteaux droits, toitures mansardées la plupart du temps percées de lucarnes. L’ensemble a depuis été brillamment restauré et réaffecté en logements et constitue un bel exemple de réhabilitation d’un bâtiment industriel.
Adresse
Rue de Limbourg
4800 Verviers
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Frédéric MARCHESANI, 2014Bureau d'Octroi du boulevard des Gérardchamps, à Verviers
© SPW - G. Focant
En juillet 1803, la municipalité de Verviers décide d’appliquer la loi du 19 mai 1802 qui lui permet d’établir un bureau public de pesage, mesurage et jaugeage, autrement dit un bureau d’octroi. L’autorisation officielle parvient à la mairie le 21 avril 1804, et le système est inauguré le 21 mai suivant. La ville conclut également un partenariat avec la municipalité toute proche de Hodimont afin de mettre la perception des taxes en commun.
Sous le régime français, six bureaux d’octroi sont édifiés sur le territoire des deux communes. Le bureau central se trouve dans le couvent des Sépulcrines, qui sera ensuite transformé en collège impérial en 1807, lequel donnera son nom à la rue du Collège et dont ne subsiste aujourd’hui que la chapelle Saint-Lambert.
Actuellement, il ne reste que deux témoins, dont un situé dans rue de la Grappe, érigé sous le régime hollandais.
Le second, établi à la limite de Verviers-Centre, est un petit édifice néoclassique édifié au début du XIXe siècle. Élevé en brique peinte et calcaire, il est caractérisé par son péristyle formé de trois arcades cintrées retombant sur des colonnes et des pilastres d’ordre toscan. L’édifice, déplacé de quelques dizaines de mètres en 1969, est un bel exemple de style Empire dans nos régions.
L’octroi
Aboli le 19 février 1791 par l’Assemblée nationale, l’octroi est une taxe créée sous l’Ancien Régime dont devait s’acquitter tout qui souhaitait entrer dans les murs d’une ville. Les finances de l’État sont toutefois toujours aussi désastreuses après la Révolution, et de nombreuses villes accumulent rapidement un déficit important. L’octroi est donc progressivement rétabli sous le Directoire pour subvenir aux besoins des communes, des hôpitaux et des hospices. Il est rétabli par le gouvernement par les lois des 18 octobre et 1er décembre 1798.
Cette taxe locale frappe les boissons, le bétail, le bois, le fourrage et les produits alimentaires. Malgré le fait que l’octroi constitue la source principale de revenus de la municipalité, il est extrêmement impopulaire. La mesure se poursuit pendant quelques décennies et est supprimée en Belgique en 1860. En France, l’octroi ne disparaît officiellement qu’en 1948.
Adresse
Boulevard des Gérardchamps
4800 Verviers
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Frédéric MARCHESANI, 2014Institut Saint-Louis de Namur
Dans l’îlot actuel se trouve un bâtiment du XVIIIe siècle, vestige du couvent des Capucins. Il s’agit d’une grosse bâtisse en brique et pierre bleue sur soubassement appareillé, surmontée d’un clocheton octogonal.
Supprimé et vendu comme bien national après la Révolution, le couvent est transformé en prison après l’annexion. Cette trace, pouvant à certains égards paraître minime ou anecdotique, témoigne toutefois, comme d’autres, de la généralisation du modèle carcéral sous le régime français.
Cette fois, il s’agit bien d’une invention « belge » reprise par les Français. Le premier « nouveau » modèle de prison est en effet « inventé » dans les Pays-Bas autrichiens suite à l’ouverture des maisons d’arrêt de Gand en 1775 et de Vilvorde en 1779.
Grandpré, responsable du bureau des prisons à partir de 1792, propose à la République de suivre l’exemple « belge » dans lequel on retrouve déjà les caractéristiques du modèle carcéral moderne : punition par le travail, séparation entre criminels et vagabonds.
Les tribunaux criminels révolutionnaires vont ainsi généraliser la peine de prison et par là, provoquer les premiers effets pervers du système : les prisons sont, sous le régime français, pour la plupart installées dans des bâtiments reconvertis, souvent dans d’anciens couvents dont les locaux ne se prêtaient pas à une telle utilisation.
À peine créées, les maisons d’arrêt deviennent synonymes de surpopulation et d’insalubrité.